mardi 17 juillet 2018

Saint Augustin (354 -430 ap. J-C)


Saint Augustin : Dieu, la liberté, le sexe et les Pères de l’Eglise
Revue L’Histoire – numéro 448 de juin 2018.


La revue L’Histoire de juin 2018 a consacré un important dossier à l’un des plus grands saints de l’Eglise : Augustin, l’auteur des Confessions. Bien que, de prime abord il n’y ait aucun lien, la revue présente la dernier ouvrage paru de Michel Foucault : Les Aveux de la chair.


Une brève présentation de Saint Augustin

Saint Augustin (354 – 430 ap. J.-C.) est l’un des grands saints de l’Eglise catholique, un théologien et un philosophe chrétien de l’Antiquité tardive, né en Algérie. Il est l’un des quatre Pères de l’Eglise d’Occident. Après une jeunesse dissipée, qu’il raconte dans les Confessions, il s'intéresse au problème du mal. D'abord séduit par le manichéisme, il se convertit au christianisme et devient évêque d’Hippone. Il rédige la Cité de Dieu, l’ouvrage le plus reproduit par les copistes du Moyen Age. Il est canonisé en 1298 par le pape Boniface VIII.

Principaux ouvrages auxquels ils faut ajoutés les Sermons, les Commentaires des Psaumes, de saint Jean, etc…
les Confessions,
la Cité de Dieu,
De la trinité,


Saint Augustin vu par la revue L’Histoire

« C’est un monument planté au cœur de notre occident chrétien. Il incarne la puissance de l’Eglise, son intransigeance, l’implacable lutte contre les hérétiques, la guerre justifiée – la main de fer dans laquelle au XIIè siècle l’institution ecclésiale a enfermé les hommes.
Les historiens depuis Henri-Irénée Marrou avaient commencé à nous faire voir autrement. Derrière la figure du saint et de l’énormité de l’œuvre (la plus copiée au Moyen Age), on a redécouvert la trajectoire d’un immense intellectuel, dans un contexte aujourd’hui mieux connu. Il est né à  13 novembre  354 à Thagaste,  petite ville au sud d’Hippone (l’actuelle Annaba algérienne), dans cette Afrique romaine qui était alors « la partie la plus importante et la plus prospère de l’empire ». Un temps protégée des invasions, elle était, nous rappelle Stéphane Gioanni, une terre d’accueil pour les réfugiés, et bien loin des clichés ressassés sur la décadence d’un empire en pleine décomposition, le terreau fertile de quelques-unes des plus grandes figures du christianisme de l’époque.
Il n’allait pas de soi, pourtant que Foucault s’y intéressât : c’est en travaillant l’histoire de la sexualité qu’il est arrivé jusqu’à lui. Pour Foucault, la relation entre le christianisme et le sexe n’est pas une simple histoire de répression et d’occultation, mais bien celle d’une quête de soi dans laquelle l’auteur des Confessions (la première autobiographie latine) joue un rôle central. Connaître son désir, le dire et soumettre… Ces Aveux de la chair, publiés ce printemps chez Gallimard, sont,  nous dit Patrick Boucheron, une clé de lecture de l’Occident, bien plus éclairante que la morne litanie des pratiques sexuelles et de leur punition.
Voilà de quoi relire saint Augustin d’un autre œil. Le jeune homme aux désirs vifs, aux amours contrariés (par sa mère), nous a raconté comment il renonça à grand-peine à des plaisirs qui l’éloignaient de Dieu. Mais la chasteté n’est pas pour lui un but, ni la pureté une obsession : Peter Brown qui écrivit il a cinquante ans une magistrale biographie d’Augustin et qui fut l’ami de Foucault, nous relate ici comment il en est venu à la même conclusion : « Non, Augustin n’est pas le mauvais génie puritain de l’Occident ».
Il y a bien d’autres malentendus dans l’histoire de  l’augustinisme. Certes l’homme prêta son bras sans faillir à la persécution des hérétiques. Mais les auteurs de ce dossier nous montrent que c’est au Moyen Age que cette œuvre a été instrumentalisée : s’appuyant sur lui dans son bras de fer avec Philippe le Bel, Boniface VIII, au XIIIè siècle, en fait d’un seul coup un saint et l’un des quatre « docteurs de l’Eglise ». Et c’est ainsi que, négligeant son indifférence croissante aux formes politiques des cités des hommes, on lui emprunta de quoi fonder, pour mille ans, leur subordination à l’autorité spirituelle.
L’Eglise allait être rattrapée par cet inspirateur encombrant. Elle condamne Jansénius qui voulait en faire le penseur de la grâce. La querelle, nous dit Sylvio De Franceschi, n’a jamais été tranché. Ne nous y frottons pas. Retenons dans cette œuvre à la gloire de l’absolue puissance divine, œuvre foisonnante et qui ne se laisse pas facilement réduire en système, qu’il y a place aussi pour penser la liberté des hommes.
L’Histoire : Introduction au dossier sur Augustin



Présentation du livre de Michel Foucault

Histoire de la sexualité. IV : Les aveux de la chair
Michel Foucault ; sous la direction de Frédéric Gros
Paris, Gallimard, 2018. 448 pages


Les aveux de la chair, qui paraît aujourd'hui comme le quatrième et dernier volume de L'histoire de la sexualité, est en réalité le premier auquel Michel Foucault s'était consacré après La volonté de savoir (1976) qui constituait l'introduction générale de l'entreprise. Il s'attachait aux règles et doctrines du christianisme élaborées du IIe au IVe siècles par les Pères de l'Eglise. Au cours de son travail, Michel Foucault s'était persuadé que l'essentiel de ces règles et doctrines était un héritage remanié des disciplines de soi élaborées par les philosophes grecs et latins de l'Antiquité classique et tardive. C'est à leur analyse qu'il s'est courageusement appliqué, pour aboutir en 1984 à la publication simultanée de L'usage des plaisirs et du Souci de soi. L'ouvrage est donc un premier jet auquel Foucault comptait se remettre au moment de sa mort. La réunion des quatre volumes de Dits et Ecrits (1954-1988) publiés en 1994, puis celle des treize volumes des Cours au Collège de France en ont retardé l'édition et la mise au point dont s'est chargé Frédéric Gros, l'éditeur des œuvres de Michel Foucault dans la Bibliothèque de la Pléiade. Tel quel, cet ouvrage constitue un état très élaboré de la pensée de l'auteur et peut-être le cœur même de l'entreprise, la partie à laquelle il attachait assez d'importance pour se lancer dans l'aventure.


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