Affichage des articles dont le libellé est François (Pape). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est François (Pape). Afficher tous les articles

jeudi 8 octobre 2020

Fratelli tutti : nouvelle encyclique du Pape François

 

 “Fratelli tutti”, la nouvelle encyclique du Pape François

 


La fraternité et l’amitié sociale sont les voies indiquées par le Pape pour construire un monde meilleur, plus juste et plus pacifique, avec l’engagement de tous, peuples et institutions. Il rappelle avec force l’opposition à la guerre et à la mondialisation de l’indifférence.

 

Quels sont les grands idéaux mais aussi les voies concrètes que peuvent parcourir ceux qui veulent construire un monde plus juste et plus fraternel dans leurs relations quotidiennes, dans leur vie sociale, dans la vie politique, dans les institutions ? C’est la question à laquelle veut répondre Fratelli tutti, que le Pape présente comme une « encyclique sociale ». Elle tire son titre des Admonitions de saint François d’Assise, qui utilisait ces paroles « en s’adressant à tous ses frères et sœurs, pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile ». L’encyclique a pour objectif de promouvoir une aspiration mondiale à la fraternité et à l’amitié sociale. 

« Quand je rédigeais cette lettre, a soudainement éclaté la pandémie de la Covid-19 qui a mis à nu nos fausses certitudes », écrit François. Mais la crise sanitaire mondiale a démontré que « personne ne se sauve tout seul » et qu’est vraiment arrivé le moment de « rêver d’une seule et même humanité » dans laquelle nous sommes « tous frères ».


http://www.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20201003_enciclica-fratelli-tutti.pdf


https://fr.aleteia.org/slideshow/les-passages-cles-de-lencyclique-fratelli-tutti


 

Les deux prières du pape François à découvrir dans Fratelli tutti

  

L’encyclique se termine sur deux prières composées par le souverain pontife lui-même. L’une est adressée au Créateur et invite à « reconnaître le bien et la beauté » de chaque peuple tandis que l’autre est une prière œcuménique.

 

 Prière au Créateur

 

Seigneur et Père de l’humanité,
toi qui as créé tous les êtres humains avec la même dignité,
insuffle en nos cœurs un esprit fraternel.
Inspire-nous un rêve de rencontre, de dialogue, de justice et de paix.
Aide-nous à créer des sociétés plus saines
et un monde plus digne,
sans faim, sans pauvreté, sans violence, sans guerres.
Que notre cœur s’ouvre
à tous les peuples et nations de la terre,
pour reconnaître le bien et la beauté
que tu as semés en chacun
pour forger des liens d’unité, des projets communs,
des espérances partagées. Amen !

 

 

Prière chrétienne œcuménique

 

Notre Dieu, Trinité d’amour,
par la force communautaire de ton intimité divine
fais couler en nous le fleuve de l’amour fraternel.
Donne-nous cet amour qui se reflétait dans les gestes de Jésus
dans sa famille de Nazareth et dans la première communauté chrétienne.
Accorde aux chrétiens que nous sommes de vivre l’Évangile
et de pouvoir découvrir le Christ en tout être humain,
pour le voir crucifié
dans les angoisses des abandonnés et des oubliés de ce monde
et ressuscité en tout frère qui se relève.

Viens, Esprit saint, montre-nous ta beauté
reflétée en tous les peuples de la terre,
pour découvrir qu’ils sont tous importants, que tous sont nécessaires, qu’ils sont des visages différents de la même humanité que tu aimes. Amen !

 

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


samedi 28 mars 2020

Homélie du Pape Fançois lors de la bénédiction Utbi et Orbi (27 mars 2020)


Moment de prière place Saint Pierre, et Bénédiction Urbi et Orbi extraordinaire  (Vatican Media)



Prière pour la fin de la pandémie: L'homélie du Pape François
Le Pape François était seul sur la place Saint Pierre ce vendredi soir 27 mars pour un moment de prière et de lecture de la Parole de Dieu. Dans l'homélie, suivie par plusieurs millions de fidèles à la radio, à la télévision et sur les réseaux sociaux, François a évoqué les épaisses ténèbres qui se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage. 

Nous publions le texte intégral de l'homélie du Saint Père.

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Evangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Evangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.
Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : “Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.
La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.
À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : “Convertissez-vous”, « Revenez à moi de tout votre coeur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.
Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.
Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, “nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous” (cf. 1P 5, 7).


jeudi 23 mai 2019

Exhortation apostolique du Pape François Christus Vivit






Publication de l'Exhortation apostolique post-synodale "Christus vivit"  

Christus vivit: le Pape offre aux jeunes une «balise sur un chemin synodal»

Six mois après le Synode sur “Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel”, un de ses fruits majeurs est rendu public ce 2 avril: l’Exhortation apostolique post-synodale Christus vivit («Il vit, le Christ»). Un document que le Pape François avait signé le 25 mars dernier, aux pieds de la Vierge Marie, dans le sanctuaire de la Sainte Maison de Lorette. Dans ce texte divisé en neuf chapitres reprenant les principaux sujets abordés lors du Synode, le Saint-Père s’adresse directement aux jeunes, mais aussi «à tout le peuple de Dieu, à ses pasteurs et à ses fidèles, car la réflexion sur les jeunes et pour les jeunes nous interpelle et nous stimule tous».
 Cité du Vatican

«Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc: Il vit et il te veut vivant !». Ainsi commence le tout premier des 299 paragraphes de cette Exhortation apostolique post-synodale rédigée et signée par le Saint-Père. Le style du document magistériel est déjà perceptible dans ces quelques phrases: direct, vivifiant, plein d’espérance et jalonné par la personne du Christ.

Une exhortation apostolique écrite avec et pour les jeunes
Le Pape lui-même explique sa démarche concernant la rédaction d’un document qu’il qualifie de «balise sur un chemin synodal». Une lettre écrite «avec affection» et en tenant compte des rencontres passées. «Je me suis laissé inspirer par la richesse des réflexions et des échanges du Synode de l’année passée [du 3 au 28 octobre 2018]. [...] Ainsi, ma parole sera chargée de mille voix de croyants du monde entier qui ont fait parvenir leurs opinions au Synode. Même les jeunes non croyants, qui ont voulu y prendre part par leurs réflexions, ont soulevé des questions qui ont suscité en moi de nouvelles interrogations», reconnaît le Souverain Pontife.
Pour le fond, le Pape a voulu un texte «qui rappelle certaines convictions de foi et qui, en même temps, encourage à grandir en sainteté et dans l’engagement de sa propre vocation». Et concernant la forme, soit François s’adresse «directement aux jeunes» - le tutoiement est de mise dans la plupart des paragraphes -, soit il propose «des approches plus générales pour le discernement ecclésial», particulièrement utiles pour les pasteurs et les acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations.
Dans le Verbe de Dieu, des trésors de jeunesse
Après un premier chapitre consacré aux figures marquantes de jeunes dans la Bible, le Pape attire l’attention de ses lecteurs sur «Jésus-Christ, toujours jeune», dont les aspects de la vie constitue une inépuisable source d’inspiration. «Cela implique qu’il faut mûrir dans la relation avec le Père, conscient d’être membre de la famille et du peuple, se disposer à être comblé de l’Esprit et à être conduit [...]. Rien de cela ne devrait être ignoré dans la pastorale des jeunes, pour qu’on ne crée pas des projets qui isolent les jeunes de la famille et du monde, ou qui les transforment en une minorité sélectionnée et préservée de toute contagion. Nous avons plutôt besoin de projets qui les fortifient, les accompagnent et les lancent vers la rencontre avec les autres, vers le service généreux, vers la mission», conseille également le Saint-Père. «Il est très important de contempler le Jésus jeune que nous montrent les Évangiles, car il a été vraiment l’un de vous, et en lui on peut reconnaître beaucoup de caractéristiques des cœurs jeunes», poursuit-il.

«Une Église qui se laisse renouveler»
Dans ce deuxième chapitre, François évoque aussi l’Église dont les jeunes sont des membres décisifs. Une «institution si ancienne que l’Église peut se renouveler et se rajeunir aux diverses étapes de sa très longue histoire. En réalité, dans les moments les plus tragiques, elle sent l’appel à retourner à l’essentiel du premier amour», peut-on d’abord lire. Avec force, le Saint-Père poursuit: «Demandons au Seigneur de délivrer l’Église des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. […] Non! Elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour. Elle est jeune quand elle est capable de retourner inlassablement à sa source».
Puis le Souverain Pontife se fait le porte-parole des jeunes, en rapportant leur point de vue: «même s’il y a des jeunes qui se réjouissent de voir une Église se montrant humblement sûre de ses dons et de sa capacité de faire une critique loyale et fraternelle, d’autres jeunes réclament une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. Ils ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent. […] Une Église sur la défensive, qui n’a plus l’humilité, […] perd la jeunesse et devient un musée».
Dans les souffrances, proposer la consolation du Seigneur
Le Pape met ensuite en avant la Vierge Marie, «le grand modèle pour une Église jeune, qui veut suivre le Christ avec courage et docilité», et plusieurs figures de saints jeunes, dans des pages rappelant l’invitation à la sainteté lancée par François dans sa précédente exhortation apostolique, Gaudete et Exsultate.
Puis comment ne pas percevoir un écho des paroles prononcées lors des dernières Journées Mondiales de la Jeunesse, lors de la messe finale à Panama, lorsque s’ouvre le troisième chapitre?  «Après avoir consulté la Parole de Dieu, nous ne pouvons pas seulement dire que les jeunes sont l’avenir du monde. Ils sont le présent, ils l’enrichissent par leur contribution», affirme le Souverain Pontife, qui tente dans les paragraphes suivants de répondre à cette question: «Comment sont les jeunes aujourd’hui, qu’est-ce qui leur arrive à présent ?». Un regard «positif» sur la jeunesse est d’abord posé et promu. Toutefois, conscient de la diversité des cultures et des situations, le Pape ne souhaite pas «fournir une analyse exhaustive sur les jeunes dans le monde actuel». Il préfère présenter «brièvement certaines contributions parvenues avant le Synode, et d’autres que j’ai pu recueillir au cours du Synode même».

Plusieurs thèmes, souvent douloureux, sont alors abordés, en premier lieu les diverses violences subies par les jeunes, les «formes de marginalisation et d’exclusion sociale, pour des raisons religieuses, ethniques ou économiques». «Parfois, la souffrance de certains jeunes est vraiment déchirante; c’est une souffrance qu’on ne peut pas exprimer par des paroles; c’est une souffrance qui nous gifle», relève le Saint-Père. «Mais dans cette plainte déchirante se font présentes les paroles de Jésus: “Heureux les affligés, car ils seront consolés”(Mt 5, 4). […] Puisse-t-il y avoir toujours auprès d’un jeune qui souffre une communauté chrétienne capable de faire résonner ces paroles par des gestes, des accolades et des aides concrètes», écrit-il.
Le Pape dénonce aussi la tendance de la culture actuelle à présenter «un modèle de personne très associé à l’image du jeune. Se sent beau celui qui a l’air jeune, qui fait des traitements pour faire disparaître les traces du temps. Les corps jeunes sont constamment utilisés dans la publicité pour vendre. […] Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes; non pas qu’ils respectent, aiment et prennent soin des jeunes», met-il en garde.

Internet, migrations, abus… faire face à des défis majeurs
Dans quelques paragraphes dédiés aux «Désirs, blessures et recherches», le Pape aborde un sujet sur lequel les attentes des jeunes sont importantes: le corps et la sexualité, qui revêtent «une importance essentielle pour leur vie et pour le chemin de croissance de leur identité. Cependant, dans un monde qui souligne à l’excès la sexualité, il est difficile de garder une bonne relation avec son corps et de vivre sereinement les relations affectives. Pour cette raison, et pour d’autres, la morale sexuelle tend très souvent à être “une cause fréquente d’incompréhension et d’éloignement par rapport à l’Église, dans la mesure où elle est perçue comme un espace de jugement et de condamnation”», observe le Pape.
Puis François approfondit «trois thèmes d’une grande importance», traités lors du Synode.

Le monde numérique
Le Pape se montre préoccupé par les dérives de l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux, et identifie «un nouveau défi» auquel sont confrontés les jeunes: «interagir avec un monde réel et virtuel dans lequel ils pénètrent seuls comme dans un continent global inconnu. Les jeunes d’aujourd’hui sont les premiers à faire cette synthèse entre ce qui est personnel, ce qui est propre à chaque culture et ce qui est global. C’est pourquoi il faut qu’ils parviennent à passer du contact virtuel à une bonne et saine communication», souligne-t-il.
Les migrants
Concernant les migrants, «paradigme de notre temps» et sujet cher au Souverain Pontife, un appel est adressé aux plus jeunes d’entre eux. François leur demande «de ne pas se laisser enrôler dans les réseaux de ceux qui veulent les opposer à d’autres jeunes qui arrivent dans leurs pays, en les présentant comme des êtres dangereux et comme s’ils n’étaient pas dotés de la même dignité inaliénable propre à chaque être humain».

Le combat contre les abus
Enfin, dans une partie intitulée «Mettre fin à tout genre d’abus», le Pape redit sa détermination et celle de toute l’Église à lutter contre ce fléau; il exprime sa gratitude envers ceux qui dénoncent «le mal subi», ou qui «chaque jour, se dépensent avec honnêteté et dévouement au service des jeunes. Leur œuvre est une forêt qui grandit sans faire de bruit», peut-on lire. Une nouvelle fois, le Saint-Père se tourne vers les jeunes. «Grâce à Dieu, les prêtres qui commettent ces horribles crimes ne constituent pas la majorité qui exerce un ministère fidèle et généreux. Je demande aux jeunes de se laisser stimuler par cette majorité. En tout cas, quand vous voyez un prêtre en danger, parce qu’il a perdu la joie de son ministère, parce qu’il cherche des compensations affectives ou qu’il est en train de perdre le cap, ayez le courage de lui rappeler son engagement envers Dieu et avec son peuple, annoncez-lui, vous-mêmes, l’Évangile, et encouragez-le à rester sur le bon chemin. Ainsi, vous offrirez une aide inestimable pour une chose qui est fondamentale : la prévention qui permet d’éviter que ces atrocités se répètent. Ce nuage noir devient aussi un défi pour les jeunes qui aiment Jésus-Christ et son Église […]».
François tient toutefois à pointer un horizon lumineux en «ce moment difficile», qui «avec l’aide précieuse des jeunes, peut véritablement être l’occasion d’une réforme de portée historique, pour déboucher sur une nouvelle Pentecôte et inaugurer une étape de purification et de changement qui confère à l’Église une nouvelle jeunesse».
Le chapitre se conclut sur l’espérance, proposée plus personnellement aux jeunes. Une espérance incarnée par le Christ. «Si tu es jeune en âge, mais si tu te sens faible, fatigué ou désabusé, demande à Jésus de te renouveler. Avec lui, l’espérance ne manque pas. Tu peux faire de même si tu te sens submergé par les vices, les mauvaises habitudes, l’égoïsme ou le confort malsain. Jésus, plein de vie, veut t’aider pour qu’être jeune en vaille la peine. Ainsi tu ne priveras pas le monde de cette contribution que toi seul peux lui apporter, en étant unique et hors pair comme tu es», écrit le Pape.

Les conseils du Pape aux jeunes
Les trois chapitres suivants – “La grande annonce pour tous les jeunes”, “Chemins de jeunesse”, “Des jeunes avec des racines” – constituent une partie originale mais non moins marquante de cette Exhortation apostolique. Le Souverain Pontife parle de cœur à cœur avec les jeunes. Il leur propose de précieux points de repères pour divers aspects de leur vie – spirituelle, professionnelle et relationnelle. Là encore, le Pape montre son attention envers les jeunes, sa connaissance des réalités qu’ils vivent. Il s’adresse à eux en père et en ami, tendre mais exigeant. On y retrouve les images concrètes et fortes fréquemment employées dans ses discours aux jeunes. En témoigne l’emblématique paragraphe 143: «Ne survivez pas avec l’âme anesthésiée, et ne regardez pas le monde en touristes. Faites du bruit! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent, afin de ne pas être changés en jeunes momifiés. Vivez! Donnez-vous à ce qu’il y a de mieux dans la vie! Ouvrez la porte de la cage et sortez voler! S’il vous plaît, ne prenez pas votre retraite avant l’heure !».
Le Pape insiste également sur «l’amitié avec le Christ», qui doit devenir un pilier de la vie du jeune. «Bien que tu vives et fasses des expériences, tu ne parviendras pas à la pleine jeunesse, tu ne connaîtras pas la véritable plénitude d’être jeune, si tu ne rencontres pas chaque jour le grand ami, si tu ne vis pas dans l’amitié de Jésus», peut-on lire. Une amitié qui grandit et s’entretient par la prière. «La prière est un défi et une aventure. […] La prière nous permet de lui dire tout ce qui nous arrive et de rester confiants dans ses bras, et en même temps elle nous offre des instants de précieuse intimité et d’affection, où Jésus répand en nous sa propre vie», explique François.

Transformer le monde en restant enracinés
Puis le Saint-Père invite les jeunes à l’engagement, car «toujours il est bon et opportun de partager la joie de l’Évangile. C’est ainsi que le Seigneur va chercher tout le monde. Et vous, jeunes, il veut que vous soyez ses instruments pour répandre lumière et espérance, car il veut compter sur votre audace, votre courage et votre enthousiasme». Des jeunes entrainés vers le dur mais fécond sentier du dépassement… «Il ne faut pas espérer que la mission soit facile et confortable. Certains jeunes ont donné leur vie afin de ne pas arrêter leur élan missionnaire». «Chers amis, n’attendez pas demain pour collaborer à la transformation du monde avec votre énergie, votre audace et votre créativité. Votre vie n’est pas un “entre-temps”», rappelle le Pape.
Celui-ci dédie ensuite un chapitre au thème de l’enracinement, qui lui tient à cœur. Il met en garde la jeunesse contre les manipulateurs et les «idéologies de toutes les couleurs, qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition. Pour cela elles ont besoin de jeunes qui méprisent l’histoire, qui rejettent la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations, qui ignorent tout ce qui les a précédés»«Si nous marchons ensemble, jeunes et vieux, nous pourrons être bien enracinés dans le présent, et, de là, fréquenter le passé et l’avenir», soutient le Pape. «Les racines ne sont pas des ancres qui nous enchaînent à d’autres époques […] Elles sont, au contraire, un point d’ancrage qui nous permet de nous développer et de répondre à de nouveaux défis».

Des réserves à l’égard de certaines formes de pastorale
Au début du septième chapitre, le Pape estime que la pastorale des jeunes «a souffert de l’assaut des changements sociaux et culturels». Cependant, François ne souhaite pas «proposer une sorte de manuel de pastorale des jeunes ou un guide de pastorale pratique», mais seulement «mettre en jeu l’intelligence, l’ingéniosité et la connaissance que les jeunes eux-mêmes ont de la sensibilité, de la langue et des problématiques des autres jeunes».
Ce qui n’empêche pas le Pape de prévenir: «La pastorale des jeunes doit acquérir une autre flexibilité, et réunir les jeunes pour des évènements […] qui leur permettent aussi […] de faire l’expérience de la rencontre communautaire avec le Dieu vivant. D’autre part, il serait particulièrement souhaitable de recueillir encore plus de bonnes pratiques: ces méthodologies, ces motivations, ces langages qui ont été réellement attractifs pour conduire les jeunes au Christ et à l’Église. Peu importe leur couleur, qu’ils soient "conservateurs ou progressistes", qu’ils soient "de droite ou de gauche". Le plus important est que nous recueillons tout ce qui a donné de bons résultats et ce qui est efficace pour communiquer la joie de l’Évangile».
En bref, «la pastorale des jeunes ne peut être que synodale, autrement dit, constituer un "marcher ensemble"». Elle a deux axes principaux: «l’un est l’approfondissement du kérygme, l’expérience fondatrice de la rencontre avec Dieu par le Christ mort et ressuscité. L’autre est la croissance de l’amour fraternel, dans la vie communautaire, par le service».

François formule ensuite une mise en garde. Aux jeunes, on offre parfois «seulement des réunions de "formation" où sont uniquement abordées des questions doctrinales et morales […]. Le résultat est que beaucoup de jeunes s’ennuient, perdent le feu de la rencontre avec le Christ et la joie de le suivre, beaucoup abandonnent le chemin et d’autres deviennent tristes et négatifs», note-t-il. Le Saint-Père se montre également réservé vis-à-vis de «certains collèges catholiques» qui «semblent être organisés seulement pour leur préservation. […]. L’école transformée en “bunker” qui protège des erreurs “de l’extérieur”, est l’expression caricaturale de cette tendance. Cette image reflète d’une manière choquante ce que beaucoup de jeunes éprouvent à la sortie de certains établissements éducatifs: une inadéquation insurmontable entre ce qu’ils ont appris et le monde dans lequel ils doivent vivre. Même les propositions religieuses et morales qu’ils ont reçues ne les ont pas préparés à les confronter avec un monde qui les ridiculise, et ils n’ont pas appris comment prier et vivre leur foi d’une manière qui puisse être facilement soutenue au milieu du rythme de cette société».

Pour une Église ouverte à tous
Le Pape termine ce chapitre en développant une réflexion sur la «“pastorale populaire des jeunes”, qui ait un autre style, d’autres temps, un autre rythme, une autre méthode». Un forme de pastorale fortement encouragée par François, et qui «consiste en une pastorale plus ample et plus flexible qui stimule, dans les différents lieux où les jeunes se déplacent, ces leaderships naturels et ces charismes que l’Esprit Saint a déjà semés en eux».
Dans cette partie se trouve aussi un véritable plaidoyer en faveur d’une «Église aux portes ouvertes»«Une attitude d’ouverture suffit pour tous ceux qui ont le désir et la volonté de se laisser trouver par la vérité révélée par Dieu, écrit François. Certaines propositions pastorales peuvent supposer un chemin déjà parcouru dans la foi, mais nous avons besoin d’une pastorale populaire des jeunes qui ouvre des portes et offre un espace à tous et à chacun avec ses doutes, ses traumatismes, ses problèmes et sa recherche d’identité, avec ses erreurs, son histoire, ses expériences du péché et toutes ses difficultés».
Par conséquent, il «doit également y avoir de la place pour tous ceux qui ont d’autres conceptions de la vie, professent une foi différente ou se déclarent étrangers à l’horizon religieux. Tous les jeunes, sans aucune exception, sont dans le cœur de Dieu et donc dans le cœur de l’Église», soutient le Souverain Pontife.

Accomplir sa propre vocation: la famille mise en valeur  
Enfin, les deux derniers chapitres de l’exhortation correspondent à deux sujets principaux du dernier Synode: “la vocation” et “le discernement”.
Le Pape rappelle aux jeunes la signification de la vocation et de sa réalisation. «Pour accomplir sa propre vocation, il est nécessaire de développer, de faire pousser et grandir tout ce que l’on est. Il ne s’agit pas de s’inventer, de se créer spontanément à partir de rien, mais de se découvrir soi-même à la lumière de Dieu et de faire fleurir son propre être», souligne-t-il. Par ailleurs, note François, «certaines jeunes femmes estiment qu’elles ont besoin de plus d’exemples de leadership féminin au sein de l’Église et elles désirent avec leurs dons intellectuels et professionnels participer à l’Église».
Sont également rapportées les attentes formulées par les jeunes vis-à-vis des accompagnateurs spirituels. Ces derniers ne devraient pas être des modèles lisses, ils «ne devraient pas conduire les jeunes comme s’ils étaient des sujets passifs mais marcher avec eux en leur permettant d’être acteurs de leur cheminement. Ils devraient respecter la liberté des jeunes qu’ils rencontrent sur leurs chemins de discernement et les équiper pour discerner en leur donnant les outils utiles pour avancer», écrit notamment François.

Puis un fort accent est mis sur le mariage et la famille, même si cela signifie d’aller à contre-courant. «Aujourd’hui règne une culture du provisoire qui est une illusion. Croire que rien ne peut être définitif est une tromperie et un mensonge», affirme le Saint-Père. «Moi, au contraire, je vous demande d’être révolutionnaires, je vous demande d’aller à contre-courant; oui, en cela je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsabilités, elle croit que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment.  J’ai confiance en vous, et pour cela je vous encourage à opter pour le mariage», encourage-t-il.
L’importance du travail est également rappelée. Le travail «définit et affecte l’identité et l’estime de soi d’un jeune adulte et c’est un lieu fondamental où se développent des amitiés et d’autres relations parce que, généralement, on ne travaille pas seul». Là aussi le Pape apporte son soutien aux jeunes: «Il est vrai que tu ne peux pas vivre sans travailler et que parfois tu dois accepter ce que tu trouves, mais ne renonce jamais à tes rêves, n’enterre jamais définitivement une vocation, ne te donne jamais pour vaincu ».
Enfin, plus brièvement, sont abordées les vocations à une consécration particulière. À ce propos, François explique aux jeunes qu’«il ne faut pas exclure la possibilité de se consacrer à Dieu dans le sacerdoce, dans la vie religieuse ou dans d’autres formes de consécration. Pourquoi l’exclure?  Sois certain que, si tu reconnais un appel de Dieu et que tu le suis, ce sera ce qui te comblera».

Des recommandations pour mieux discerner
Dans le neuvième et dernier chapitre sur le discernement, le Pape s’adresse bien sûr aux jeunes, par des conseils – les questions à se poser, par exemple – et des encouragements – «avant toute loi et tout devoir, ce que Jésus nous propose pour choisir est le fait de suivre, comme le font des amis qui se suivent et se cherchent et se trouvent par pure amitié. Tout le reste vient après, et même les échecs de la vie peuvent être une expérience inestimable de cette amitié qui jamais ne se brise». Les accompagnateurs sont pris en compte. Le Souverain Pontife leur demande de développer trois sensibilités: attention «à la personne» - comme le Seigneur aux côtés des disciples d’Emmaüs -, attention dans le discernement – «Il s’agit d’épingler le moment précis où l’on discerne la grâce ou la tentation»-, écoute des «impulsions que l’autre expérimente “en avant”».  François insiste sur la nécessité «de susciter et d’accompagner des processus, et non pas d’imposer des parcours. Et ce sont des processus de personnes qui sont toujours uniques et libres».

La conclusion de l’exhortation Christus vivit est brève, en forme de désir exprimé par le Saint-Père à ses principaux destinataires. «Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. Que l’Esprit Saint vous pousse dans cette course en avant. L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre», demande-t-il, reprenant les mots d’un discours prononcé devant des jeunes à Rome, au mois d’août dernier.



Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


vendredi 1 décembre 2017

Les racines théologiques du Pape François

La théologie du peuple : racines théologiques du Pape François
Juan Carlos Scannone
Namur, Editions Lessius/Editions Jésuites, 2017. 271 pages.



Ce livre permet de mieux comprendre ce que le pape argentin veut signifier quand il parle d’« une Église pauvre pour les pauvres ».

Grâce au pape François, le monde a découvert l'existence de la "théologie du peuple", une variante argentine de la "théologie de la libération". L'auteur montre d'abord avec force que cette théologie s'enracine dans la culture d'un peuple pauvre et croyant, où elle est amenée à reconnaître une forme de "sagesse" spécifiquement chrétienne. Tout en tenant compte des médiations, tant scientifiques que philosophiques, requises par l'intelligence de la foi, elle puise sans cesse aux sources vives d'un évangile vécu par le peuple des pauvres, des petits et des simples. La seconde partie de ce travail montre à quel point cette pratique de la théologie éclaire la manière dont le pape gouverne l'Eglise dans un dialogue sincère et ouvert avec les religions, les peuples et les cultures. Est ainsi mis en relief l'esprit dans lequel il tend à favoriser, à notre époque de globalisation, la paix, la solidarité et la justice envers les exclus.

Le jésuite argentin Juan Carlos Scannone, très connu dans le monde hispanique et anglophone, est l’un des meilleurs représentants de ce que l’on peut appeler « l’école théologique argentine ».
Né en 1931, il a été l’un des professeurs du jeune Jorge Bergoglio. À ce titre, il est donc tout à fait qualifié pour rendre compte de l’enracinement théologique du pape François dans la « théologie du peuple ».
L’une des grandes figures de cette branche de la théologie de la libération est le prêtre Lucio Gera (1924-2012), peu connu en Europe. Il fut très actif aux conférences générales de l’épiscopat sud-américain à Medellin (1968) et à Puebla (1979). Ce « théologien du peuple et à partir du peuple » décrit le peuple à partir d’une culture enracinée comprenant aussi un projet politique partagé en vue du bien commun, explique Juan Carlos Scannone.


Comprendre les propos du Pape

« L’apprentissage de ce contact avec le peuple, en lien avec la réflexion théologique, surtout ecclésiologique, et avec les orientations doctrinales de l’Église, contribua au fait que la pastorale argentine, sans perdre son esprit évangéliquement critique et prophétique, se fit réellement pastorale et populaire en se libérant des risques du rationalisme élitiste (tant libéral que marxiste) et du danger – réel – de se laisser emporter par une dialectique de lutte de classes transférée au sein de l’Église », poursuit le théologien.
Le propos du Père Juan Carlos Scannone permet de mieux comprendre ce que le pape François veut dire quand il parle d’« une Église pauvre pour les pauvres »« Des pauvres, il y en a toujours eu, et l’option évangélique pour les pauvres a toujours existé dans la communauté chrétienne, mais la nouveauté, comparable à une “irruption”, consiste dans la forte prise de conscience de l’injustice structurelle qui est la cause de la pauvreté ainsi que dans le “fait majeur” que les pauvres deviennent actuellement des protagonistes dans la société et dans l’Église. »


Une entrée dans la pensée du pape argentin
C’est aussi à partir de cette « théologie du peuple » que s’éclaire l’insistance du pape à la fois sur la piété populaire et sur l’inculturation.
Et c’est encore à partir du terreau de cette théologie que l’on peut mieux saisir les quatre fameuses priorités bergogliennes dans le gouvernement du peuple en vue du bien commun: supériorité du tout sur les parties, de la réalité sur l’idée, de l’unité sur le conflit, du temps sur l’espace. Bref, un livre capital pour entrer dans la pensée et les catégories du pape argentin.


Journal  La CROIX du 12/07/2017.


Biographie de l'auteur
Juan Carlos Scannone, jésuite argentin, philosophe et théologien très connu dans le monde hispanique et anglophone, est un ami de longue date du pape François. Il est l'auteur d'une œuvre  considérable. Nous publions ici son premier livre en français. Le préfacier et traducteur, Francis Guibal, est philosophe. Il a contribué à faire connaître dans le monde francophone des théologiens de la libération comme Enrique Dussel, Gustavo Gutiérrez, Juan Luis Segundo et Jon Sobrino.

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

vendredi 3 juillet 2015

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI'


Lettre  Encyclique "Laudato si"
Pape François
Paris, Parole et Silence, 2015. 190 pages


Trois clés, trois axes, trois cris
"Tout est lié, tout nous est donné, tout est fragile." On peut retenir trois clés de lecture poiur comprendre l’encyclique sur l’écologie intégrale, qui sont trois piliers autour desquels s’articulent la réflexion du Pape

Tout est  est donné, fragile
Premier centre, première expression qui revient constamment : tout est lié. Cela est dit et redit en permanence dans cette encyclique. L'idée d'écologie et de rapport à la terre ne peut être conçue indépendamment par rapport aux humains, à Dieu, aux institutions, à la culture, à la politique, à l'économie. Le Pape pose là une définition courageuse de l'environnement : la relation existant entre la nature et la société qui l’habite. Cette dimension relationnelle est au cœur de l’encyclique.

Deuxième pivot : le don, le rappel que tout nous est donné. Cette terre dégradée, il faut avant tout se rappeler que c’est un don. Un rappel lié à la destination universelle des biens, un des principes-clés de la doctrine sociale de l’église.

Troisième centre de gravité de ce texte : la fragilité. Dans ce lien entre la terre et les hommes, tout est fragile. L'interdépendance entre les deux est totale. Ce document dit qu'aujourd'hui, on ne peut pas concevoir l’un sans l’autre, la lutte contre la pauvreté indépendamment de la lutte pour le respect de la terre et l'écologie.

Trois concepts forts
Par ailleurs, cette encyclique expose trois concerts forts. D'abord, bien sûr, la notion d’écologie intégrale. Une notion à mettre en parallèle du principe de développement intégral, dans la doctrine sociale de l’Église. Mais ici, le Pape va plus loin et parle d'écologie intégrale.

Autre concept : la notion de création. Un chapitre de cette encyclique est intitulé "Évangile de la création". Comme dans un parcours biblique, il est fait appel à l'Ancien et au Nouveau Testament pour montrer comment, dans la Bible, le rapport à la nature et à l'humain vont ensemble. Il y a là une théologie de la création, qui déconstruit tout rapport de domination à la terre.

Troisième mot clé : le dialogue. Un chapitre de cet encyclique propose des actions,  décliner l'action en termes de dialogue. C'est une invitation à l’Église à se situer face au monde, dans une relation de dialogue.

Trois cris associés à ces trois concepts

On peut aussi distinguer trois cris, trois appels, correspondant à ces trois concepts. D'abord un appel à construire notre maison commune. Dans cette construction, on va parler des différentes responsabilités, de dette écologique, les pays riches ayant plus profité de cette maison que les pays pauvres. En même temps, ce texte parle de louange. C’est le Cantique des créatures de saint François qui rythme l’encyclique. Cette maison commune est aussi à célébrer.

Deuxième cri, aussi une notion forte ; l'invitation à la conversion écologique, à trois niveaux. La gratitude permet de se reconnaître dans ce monde donné. La communion rappelle très fortement qu'il n'est pas de conversion sans conversion communautaire. La dimension communautaire est centrale. Cette conversion écologique s’inscrit enfin dans l’espérance. Elle ne demande pas seulement de réparer le mal fait à la terre et à la nature, mais ouvre à la possibilité d’une nouvelle création. Elle invite à la créativité et à l'enthousiasme.

Troisième et dernier appel, c’est celui à une révolution culturelle. Il faut un nouveau paradigme, quelque chose de radicalement nouveau pour construire le monde à venir. Il faut changer de style de vie, changer au niveau éducatif. Il faut de la sobriété, non pas dans une approche sacrificielle, mais comme une expérience libératrice. Il ne s'agit pas seulement d'une réduction de sa consommation : dans cette sobriété se joue notre liberté. Dernier élément : la célébration. Il faut célébrer cette belle création qui nous est donnée. Elle est source d’émerveillement et il ne faut pas l’oublier.