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mardi 8 octobre 2019

Colloque Maurice Blondel à Aix-en-Provence


COLLOQUE MAURICE BLONDEL À AIX





Le propos du colloque est de comprendre comment il peut y avoir dans la réflexion philosophique de Maurice Blondel et de son propre aveu, un chemin de sainteté.

"La véritable philosophie est la sainteté de la raison. La volonté nous aliène et nous assimile à sa fin, l’entendement nous assimile et nous acquiert son objet : voilà pourquoi, en nous donnant à Dieu par un dévouement total, nous pouvons le mieux pénétrer par le regard ; la pureté du détachement intérieur est l’organe de la vision parfaite. On ne peut le voir sans l’avoir, l’avoir sans l’aimer, l’aimer sans lui apporter l’hommage de tout ce qu’il est, pour ne retrouver en tout que sa seule volonté et sa seule présence. Ce qu’il est, nous voulons qu’il le soit, quoi qu’il nous en coûte ; et ainsi ce qu’il est en soi, il le devient en nous."

Ce passage dessine cette voie étroite vers l'Amour qu'emprunte le philosophe d'Aix et qu'il propose, encore aujourd'hui à chaque philosophe comme voie de sainteté ! Pour tenter d'en saisir le sens il nous faudra réexaminer l'ensemble du projet philosophique blondélien sous ce nouvel angle.

Quatre axes possibles, mais cet énoncé n'est pas exhaustif, à la lumière, entre autres, d'une lecture intégrale des Carnets Intimes, nous imposent :

1. D'évaluer à nouveaux frais la signification de sa "phénoménologie"
2. De comprendre comment chez notre philosophe la philosophie obéit à une vocation proprement "sacerdotale"
3. De chercher où se situe chez lui la logique profonde de la vie intellectuelle et spirituelle
4. De dessiner ce qu'il définit lui-même comme une Métaphysique de la Charité.

Marice Blondel.
La philosophie ou la sainteté de la raison

Colloque à l’occasion des 70 ans de la mort de Maurice Blondel (1861-1949)

« La science n’est bonne que dans l’ardeur de la charité. »
Maurice Blondel, Carnets intimes, volume I

Le propos du colloque est de comprendre comment il peut y avoir, dans la réflexion philosophique de Maurice Blondel et de son propre aveu, un chemin de sainteté.

Manifestation organisée par l’Association des Amis de Maurice Blondel, l’Association des Philosophes chrétiens, le Collège supérieur (Lyon). Avec le soutien de l’Académie Catholique de France.

Soirée publique / Moment musical le vendredi, avec la participation exceptionnelle de Fabrice Hadjadj


PROGRAMME

Vendredi 15 novembre 2019


8h45 : accueil.
9h : début des travaux.
La philosophie comme sainteté de la raison
Le cardinal Paul Poupard, Mgr Pierre Henrici (évêque émérite de Coire), Philippe Capelle-Dumont (Académie catholique de France), Jean Leclercq (Université catholique de Louvain), Peter Reifenberg (diocèse de Mayence), Andrea Bellantone (ACDF, Institut catholique de Toulouse).
12h45 : Repas
14h30 : reprise des travaux.
Blondel une fécondité théologique, spirituelle et mystique
Jean-Noël Dumont (ACDF, Lyon), Mgr Alexis Leproux (Bernardins, Paris), Emmanuel Gabellieri (Université catholique de Lyon), Michel Faye (Académie catholique du Val de Seine, Paris).
18h30-20h45: soirée publique / Moment musical
Blondel, ou le combat spirituel d’un chrétien pour aujourd’hui
Présentation par Y. de Parcevaux et M.-J. Coutagne. Interventions de Fabrice Hadjaj (Institut Philanthropos, Fribourg) et Andreas Lind (Université de Namur).
Lecture de textes de Maurice Blondel.



Samedi 16 novembre 2019 :

9h : reprise des travaux
Blondel en dialogues.
Jean-François Petit (Institut catholique de Paris), Nathanaël Garric (IUSL, Aix), Jérémy-Marie Pichon (doctorant Sciences Po, Aix), Pascal Vincette (Bernardins, Paris), Christian Chevalier (IUSL, Aix).
Débat conclusif

mardi 2 juillet 2019

Jean-Louis Chrétien (1952-2019)


Jean-Louis Chrétien (1952-2019)




Jean-Louis Chrétien, homme de parole
Le philosophe Jean-Louis Chrétien est décédé vendredi 28 juin.
Dans un dialogue fécond avec les Écritures, mais aussi avec la littérature et la poésie, son œuvre cherchait à recueillir les résonances de l’expérience humaine.

Avec Jean-Louis Chrétien, mort à Paris vendredi 28 juin, c’est l’un des grands noms de la philosophie en France qui disparaît, alors qu’il venait de prendre sa retraite. Né le 24 juillet 1952 à Paris, converti au catholicisme dans sa jeunesse, il fit une carrière universitaire classique. Après l’École normale supérieure et l’agrégation de philosophie – à ces deux concours, il fut reçu premier –, il passa trois ans à la Fondation Thiers puis enseigna à l’université de Créteil. Enfin, il termina sa carrière comme professeur à la Sorbonne, chargé de l’enseignement de la philosophie de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge.
Des générations d’étudiants gardent le souvenir de son enseignement, avec, accompagnant sa puissante vocation pédagogique et sa vaste érudition, une part non négligeable d’humour. En 2002, il recevait, de l’Académie française, le prix du cardinal Lustiger pour l’ensemble de son œuvre, riche d’environ 25 volumes.

La tradition du Dieu caché
C’est en 1985 qu’il publia son premier livre, Lueur du secret (L’Herne), dans lequel il étudiait la tradition du Dieu caché, et les rapports de la Révélation et du secret. Entre 1989 et 2001 parurent six livres de poèmes, puis Chrétien décida de clore cette partie de son œuvre, qui n’est cependant en rien une marge. D’une certaine manière, la rigueur de sa pensée s’y exprime pleinement. C’est ce que Merleau-Ponty nommait le cœur des choses et l’entrelacs de la chair et du monde, qui sont convoqués dans ces vers, comme l’analysa Jérôme Laurent, excluant les formes plaintives et narcissiques du lyrisme.

Le court essai intitulé L’Effroi du beau (Cerf, 1987) peut être lu comme une préface de l’œuvre à venir. Comme la poésie, l’art et la littérature resteront toujours des points d’approfondissement de la pensée phénoménologique de Jean-Louis Chrétien. En 1990, La Voix nuePhénoménologie de la promesse (Minuit), puis deux ans plus tard, chez le même éditeur, L’Appel et la Réponse posent l’axe de cette pensée au sein de laquelle la parole n’est pas un simple instrument.

Une méditation des Saintes Écritures
À ce propos, on se reportera à L’Arche de la parole et à Saint Augustin et les actes de parole (PUF, 1998 et 2002)« Toute voix humaine répond, toute inauguration est en souffrance et en passion sous une voix antérieure qu’elle n’entend qu’en lui répondant, qui la précède et qui l’excède. Elle ne parle qu’en écoutant, elle n’écoute qu’en répondant… », écrit Chrétien.
Réfutant une frontière étanche entre philosophie et théologie, il méditera les Saintes Écritures dans plusieurs ouvrages: « Nous ne parlons qu’appelés (…). Nous parlons pour avoir entendu, et ne cessant d’entendre, toute voix porte en elle plusieurs voix parce qu’il n’y a pas de première voix. » Le souci et l’exigence de la langue et jusqu’à la beauté du style de Jean-Louis Chrétien participent pleinement de son projet philosophique.
Souvent la réflexion du philosophe s’est concentrée sur un mot, une notionDe la fatigue (Minuit, 1996), La Joie spacieuse (id, 2007), ou il y a deux ans, comme un signe, Fragilité (id, 2017) (1). Il faut enfin citer les deux magnifiques volumes de Conscience et roman (id,2009 et 2011), dans lesquels l’analyse de la littérature ne contredit en rien les autres axes de ce qui est la pensée de Jean-Louis Chrétien.

Sources : Journal La Croix du 1er juillet 2019.


PRINCIPALES ŒUVRES A LA BIBLIOTHEQUE DIOCESAINE


CHRETIEN, Jean-Louis. – Le Regard de l’amour. – Paris, Desclée de Brouwer, 2000. 260,pages.

CHRETIEN, Jean-Louis. -L’intelligence du feu : réponses humaines à une parole de Jésus. – Paris, Bayard Editions, 2003. 202 pages.

CHREIEN, Jean-Louis. – La joie spacieuse : essai sur la dilation. – Paris, Les Editions de Minuit, 2007. 259 pages.

CHRETIEN, Jean-Louis. – Sous le regard de la Bible. – Paris, Bay-ard Editions, 2008. 133 pages.

CHRETIEN, Jean-Louis. – Pour reprendre et perdre haleine : dix brèves méditations. – Paris, Bayard Editions, 2009. 2010 pages.

CHRETIEN, Jean-Louis. – Répondre : figures de la réponse et de la responsabilité. – Paris, Presses universitaires de France, 2007. V-237 pages

CHRETIEN, Jean-Louis. – Saint Augustin et les actes de paroles. – Paris, Presses universitaires de France, 2002. 268 pages.

CHRETIEN, Jean-Louis. – Symbolique du corps : la tradition chrétienne du Cantique des Cantiques. – Paris, Presses universitaires de France, 2005. 310 pages.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

dimanche 2 juin 2019

Michel Serres (1930-2019)


Le philosophe et académicien Michel Serres est mort




L’auteur des best-sellers « Les Cinq Sens », « Petite Poucette », « Le Gaucher boiteux », s’est éteint à l’âge de 88 ans, « entouré de sa famille ».

C’était un philosophe comme on en fait trop peu, un bon vivant doublé d’un mauvais caractère, un amoureux des sciences et des saveurs, un esprit encyclopédique, un prodigieux manieur de mots, un grand penseur de tradition orale, un touche-à-tout de génie, un maître plutôt qu’un professeur, un arlequin, un comédien. Michel Serres est mort samedi 1er , à l’âge de 88 ans. « Il est mort très paisiblement à 19 h entouré de sa famille », a déclaré son éditrice Sophie Bancquart.
Nombreux sont ceux, parmi ses anciens élèves, qui se souviennent encore de la façon dont il commençait ses cours : « Mesdemoiselles, Messieurs, écoutez bien, car ce que vous allez entendre va changer votre vie… » Et, en effet, il arrivait parfois qu’au sortir de ses cours la vie eût changé. Elle était tout à coup plus colorée, plus gaie.

Trouver un auditoire à sa mesure
Michel Serres était gai. Ou, du moins, faisait très bien semblant de l’être, comme il faisait aussi, par pur caprice, très bien semblant d’être en colère. Il n’ignorait rien des ressources du théâtre, sans avoir eu besoin, pour cela, de fréquenter le conservatoire. Il était simplement né à Agen, le 1er septembre 1930, à la lisière de cette Gascogne qui a le théâtre dans la peau. Dans ce midi subtil, on naît « vedette », on ne le devient pas. Serres était né « vedette ». Il ne lui restait plus qu’à trouver un auditoire à sa mesure.
Celui du Lot-et-Garonne ne tarde pas à se révéler trop exigu. Tant de choses sollicitent le jeune homme : mathématiques, rugby, musique… Et, surtout, le vent du large, les vastes nuages qui descendent la Garonne en direction de Bordeaux. Michel Serres décide de naviguer. Puis, à peine admis à l’Ecole navale, il réalise qu’il ne veut pas être militaire, ni piloter, sa vie durant, de paisibles cargos. Démission, retour au lycée. Khâgne parisienne. Entrée à l’Ecole normale supérieure. Sa vocation ? Ce sera la philosophie. A l’agrégation, il est reçu deuxième. Georges Canguilhem (1904-1995), qui règne sur la Sorbonne, le félicite sobrement : « A ce concours, le meilleur est toujours reçu deuxième. Ce fut naguère mon cas. C’est aujourd’hui le vôtre. »
Commence alors une carrière universitaire classique : un peu de province (Clermont-Ferrand), puis la capitale (« pour le plaisir d’aller à Roland-Garros »), successivement à Paris-VIII et Paris-I. Commence aussi une longue série de livres. Une soixantaine au moins, en plus des cours – pour ne rien dire des articles et des conférences, innombrables. Michel Serres écrit beaucoup, tous les matins, de l’aube (il se lève à 5 heures, quoi qu’il advienne) jusqu’à midi. Il écrit aussi facilement qu’il parle, avec le même accent gascon, le même souffle épique. Au risque d’en faire trop, et d’oublier, parfois, que les lois de l’écriture ne sont pas celles de l’improvisation orale.

Le premier livre, la thèse, paraît à un mauvais moment : 1968. Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques (PUF) n’est pas, cette année-là, l’événement qui retient l’attention. Il s’agit pourtant d’un grand travail, soutenu par une intuition lumineuse : contrairement à sa réputation de penseur dispersé, voire brouillon, le philosophe allemand (1646-1716) est un auteur parfaitement cohérent. Son œuvre est sous-tendue par un système. A l’intérieur de celui-ci, le plus petit opuscule, le moindre sous-système reproduit la structure de l’ensemble. Et ce dernier, à son tour, n’est qu’un miroir du monde – un miroir de ce vaste « manteau d’Arlequin » qu’est le monde. « Tout est toujours et partout la même chose, au degré de grandeur et de perfection près » : est-ce la devise d’Arlequin ou bien celle de Leibniz ? Ce sera, en tout cas, celle de Serres.

Brouiller les frontières
Reste à en éprouver la validité. Dans la thèse de 1968, la démonstration utilise un modèle mathématique : la théorie des ensembles. Michel Serres est ainsi l’un des premiers à introduire, dans le champ de l’histoire de la philosophie, la notion de « structure ». Il n’en faut pas plus pour qu’il se voie rangé dans le camp « structuraliste » – lui qui déteste les modes, et a pour habitude de répéter que, à partir de 30 ans, « un philosophe qui se respecte doit cesser de lire ses contemporains ». Structuraliste, Serres ? Disons qu’en bon élève de Gaston Bachelard (1884-1962), qui a été le directeur de son diplôme d’études supérieures, il se refuse à séparer les avancées de la pensée philosophique de celles de la pensée scientifique. Comme Leibniz, là encore, il a envie de brouiller les frontières, de dériver où bon lui semble, de redessiner, à sa façon, la carte de l’univers. C’est pourquoi, à nouveau, il s’embarque. Mais c’est pour naviguer, cette fois, sur l’océan des livres et des savoirs.
De ce périple, les cinq premières étapes font date. La série des Hermès – cinq volumes qui s’égrènent de 1969 à 1980 (Minuit) – demeure son grand œuvre. Chacun de ces volumes est un recueil de textes brefs, placés, chaque fois, sous un titre distinct : La Communication, L’Interférence, La Traduction, La Distribution, Le Passage du Nord-Ouest. Derrière ces titres, y compris derrière la métaphore marine que recèle le dernier, des concepts, reliés entre eux au point d’en être interchangeables. Car si tout « communique », tout « interfère ». Et si tout « interfère », tout, ou presque tout, est « traduisible ». Tel tableau de La Tour renvoie à telle théorie de la perspective ou à telle conception de la grâce, telle œuvre littéraire n’est qu’une image de l’état du savoir à un moment donné, et même Les Bijoux de la Castafiore, d’Hergé (1963), peut se lire comme l’illustration d’un modèle communicationnel. Le philosophe ne jouit, ici, d’aucun privilège. Il n’est pas celui qui, le dos au mur, proclamerait la vérité dernière. Il n’est qu’un interprète, un « passeur », un « trafiquant », un « intermédiaire ». Bref, un « Hermès ».

Michel Serres n’est pas seul, à l’époque, à tenir ce genre de discours. Ses travaux entretiennent une certaine proximité avec ceux de Louis Marin (1931-1992). Pourtant, malgré le succès d’estime des Hermès et de trois ou quatre autres livres qui leur sont contemporains (Jouvences, Minuit ; Feux et signaux de brume, Grasset ; Esthétiques, Hermann ; La Naissance de la physique, Minuit, respectivement consacrés à Verne, Zola, Carpaccio et Lucrèce), la reconnaissance que Serres obtient ne lui semble pas à la hauteur de ses ambitions. A Paris-I, il n’est pas hébergé par le département de philosophie mais par celui d’histoire, où il enseigne l’histoire des sciences. Le Collège de France ne le coopte pas. Quand il en parle, une imperceptible amertume se glisse dans sa voix. Il finit même par se persuader, à tort, qu’il est le grand « maudit » de la philosophie française.

Carrière américaine
Alors, il compense. D’abord, il gère sa carrière américaine. Depuis la fin des années 1960, il se rend fréquemment à l’université Johns Hopkins, à Baltimore, où l’invite René Girard (1923-2015). Puis, quand ce dernier quitte le Maryland, Michel Serres le suit sur la côte Ouest. C’est à Stanford qu’a lieu, en septembre 1981, un mémorable colloque sur « l’auto-organisation », dont Serres est, le dernier jour, le conférencier vedette. Sommet californien d’une belle carrière, dont le principal bénéficiaire regrette, cependant, qu’elle ne dépasse pas le cadre des départements de français. Il est vrai que, en anglais comme en français, il parle toujours gascon. Et que sa propre indifférence à la philosophie anglo-saxonne ne facilite pas le dialogue.
Autre compensation : l’écriture. Michel Serres est, pour les éditeurs, une valeur sûre, entretenue par les articles amicaux d’une pléiade d’anciens élèves. Du coup, le philosophe ne sait plus s’arrêter. C’est dommage car, pour rester un genre « noble », l’essai suppose une exigence de rigueur qui, ici, tend à se relâcher au fil des ans. Le Parasite, ces deux textes curieusement « girardiens » que sont Genèse et Rome (tous trois chez Grasset), puis des ouvrages comme Les Cinq Sens, L’Hermaphrodite, Statues, Le Contrat naturel ou Le Tiers-Instruit (Grasset, Flammarion, François Bourin) ne peuvent pas ne pas décevoir – surtout ceux qui se souviennent des débuts du philosophe.
D’autres lecteurs, en revanche, apprécient sa faconde, se laissent prendre par sa réputation de séducteur, par son look (soigneusement entretenu) de vieux loup de mer, par ses tempes grisonnantes, son accent rocailleux – ainsi que par sa facilité à parler de toutes les choses connues, et de plusieurs autres encore.

Charme fou et folles entreprises
Très logiquement, le grand écrivain finit par dire oui aux honneurs. Il se retrouve à l’Académie française et devient, pour un temps, conseiller de la Cinquième, « chaîne du savoir ». On se gardera bien de le lui reprocher. Son charme fou a attiré vers la philosophie un public que, sans lui, celle-ci n’aurait jamais conquis, et aidé à monter quelques folles entreprises, néanmoins fort utiles, comme le « Corpus des œuvres de philosophie en langue française »On ne reprochera pas davantage à Michel Serres ses ambiguïtés politiques, ni son obscure attirance pour la religion (qu’atteste, entre autres, ce livre bizarre sur La Légende des anges, Flammarion, qu’il accompagna, à New York, d’une conférence-spectacle dans une église d’Harlem).
Il n’est pas de grand voyageur qui ne s’égare, quelquefois, en chemin. Or Michel Serres fut un grand voyageur – ce qui lui permit d’être, aussi, un prodigieux conteur d’histoires. Il fut un philosophe comme on n’en fait plus trop. Et peut-être même, à sa façon, un sage. C’est de cela, de cela avant tout, que l’on se souviendra.


Michel Serres en quelques dates

1er septembre 1930 Naissance à Agen (Lot-et-Garonne)
1955 Agrégation de philosophie
A partir des années 1960 Universitaire, enseignant à Paris et aux Etats-Unis
1968 « Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques » (PUF)
1985 « Les Cinq Sens » (Grasset, réédition Fayard)
1990 Election à l’Académie française
2012 « Petite Poucette » (Le Pommier)
2015 « Le Gaucher boiteux. Puissance de la pensée » (Le Pommier)
1er juin 2019 Mort à l’âge de 88 ans
Christian Delacampagne (philosophe et écrivain, collaborateur du Monde des livres, mort en 2007) et Roger-Pol Droit

Par Christian Delacampagne (philosophe et écrivain, collaborateur du Monde des livres, mort en 2007) et Roger-Pol Droit Publié par le Journal Le Monde le 1er juin 2019.


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Ses ouvrages à la bibliothèque diocésaine d’Aix et Arles.

SERRES, Michel. – Le Parasite. – Paris, Grasset, 1980. 348 pages.

SERRES, Michel. – Le système de Leibniz et ses modèles mathémtqiues : étoiles, schémas, points. – Paris, PUF, 1990. 834 pages.

FREMONT, Christiane (éd.) ; SERRES, Michel (préface). – L’Etre et la relation : avec trente-cinq lettres de Leinbniz au R.P. de Bosses. – Paris, J. Vrin, 1981. 218 pages.

SERRES, Michel. – Le Tiers-Instruit. – Paris, Gallimard, 1991. 249 pages.

SERRES, Michel. – Les Cinq sens. – Paris, Grasset, 1985. 381 pages. In Philosohie des corps mêlés.

SERRES, Michel. – Le Contrat naturel. – Paris, E. Bourin, 1990. 191 pages.

SERRES, Michel. – Genèse. – Paris, Grasset, 1981. 222 pages.

SERRES, Michel ; CARBONNIER, Jean. – Actes du Colloque Générique, Procréation e Droit (1985). – Arles, Actes Sud, 1985. 569 pages.

SERRES, Michel. – Statues : le second livre des foundations. – Paris, E. Bourin,1987. 346 pages.

SERRES, Michel. – Eloge de la philosophie en langue française. – Paris, Fayard, 1995. 276 pages.

SERRES, Michel. – Les origines de la géométrie : Tiers livre des fondations. – Paris, Flammarion, 1993. 337 pages.

SERRES, Michel. – Eclaircissements : cinq entretiens avec Bruno Latour. – Paris, F. Bourin, 1992. 297 pages.

SERRES, Michel. – Atlas. – Paris, Julliard, 1994. 279 pages.

SERRES, Michel. – Hominesence. – Paris, A. Fayard/Le Pommier, 2001. 339 pages.

BALZAC, Honoré de. – Sarrasine ; [suivi de] L’hermaphrodite par Michel SERRES. – Paris, Flammarion, 1989. 183 pages.

COUTURIER, Marie-Alain ; SERRES, Michel (avant-propos). – La vérité blessée. – Paris, Plon, 1984. 442 pages.

TESTART, Jacques ; SERRES, Michel (préface). – L’œuf transparent.  Paris, Flammarion, 1986. 216 pages.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

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