samedi 19 juin 2021

Période estivale !

 



A la rentrée en septembre il y aura de nouveaux horaires et bien d'autres nouveautés ...

En attendant bonnes vacances  !

jeudi 3 juin 2021

Informations de la bibliothèque diocésaine

 Dernières informations de la bibliothèque diocésaine




La bibliothèque rappelle à ses lecteurs qu'ils peuvent rendre les ouvrages empruntés pendant le mois de juin aux heures d'ouverture habituelles à savoir :

du mardi au vendredi de 9h à 12 et 14h à 17h.

A partir du 20 juin inclus la bibliothèque sera fermée jusqu'au mois de septembre en raison d'un changement de personnel à la bibliothèque. Il sera néanmoins possible de déposer les livres à rendre à l'accueil de la Maison diocésaine les lundis matins, mardis matins et jeudis matins jusqu'à la fin de ce mois.


Bonnes vacances à tous !

vendredi 30 avril 2021

Dernières informations



Dernières nouvelles.....


Pour l'instant aucune date n'est prévue pour que la bibliothèque retrouve ses heures d'ouverture de façon habituelle.
A partir du 10 mai prochain il sera néanmoins possible de venir pour rendre les ouvrages empruntés.

En attendant continuez à prendre soin de vous !
 

mardi 23 mars 2021

D'ailleurs, la révélation de Jean-Luc Marion

 

D'ailleurs, la révélation 
Jean-Luc Marion
Paris, Grasset, 2020. 608 pages.

 

 


Quatrième de couverture

 

«  Des révélations, nous en avons tous eu  : tranchant sur l'insignifiance quotidienne, elles seules, inoubliables, décident de notre vie réelle. Mais nous ne savons pas ce que signifie une révélation, parce qu'elle ne peut ni se commander ni se reproduire, donc jamais s'objectiver. Ainsi restons-nous muets devant ce qui nous caractérise le mieux. Les ignorant, nous nous ignorons. Ce livre voudrait nous les rendre accessibles.
Le lieu privilégié de la révélation se trouve dans ce que la tradition juive et chrétienne a reçu et médité à partir des deux Testaments. Nous y sommes donc allés voir, malgré leur technicité et les limites de toute science.
Pourtant il faut d'abord déconstruire, car aucun terme biblique ne correspond exactement au concept moderne de Révélation. Plus étonnant encore  : ce terme ne s'est imposé que tardivement (Thomas d'Aquin) dans l'opposition de la connaissance rationnelle à connaissance inspirée de Dieu. La modernité (les Lumières jusqu'à Kant) n'eut donc aucun mal à récuser la Révélation biblique au nom de sa trop étroite appréhension de la rationalité.
Puisque les théologiens modernes ont maintenu le terme de Révélation sans le re-penser à fond, il fallait tenter de le redéfinir à partir de la phénoménalité. Car les textes bibliques offrent d'abord et surtout des récits de phénomènes, à la fois simples et hors du commun  : manifestations, apparitions, signes et miracles, éblouissements, des ténèbres obscures et une Résurrection. On peut par principe les récuser comme des fables, mais en stricte philosophie et phénoménologie tout ce qui se manifeste doit, avant qu'on juge de son (in-) existence, se décrire.
D'où l'essai de décrire ce que les textes bibliques proposent obstinément à voir. Ainsi s'est ouverte une nouvelle définition de la connaissance  : non plus accepter ce que l'on a d'abord cru comprendre, mais voir (on non) ce que d'abord on accepte  (ou refuse) de recevoir, en renversant l'ordre de l'entendement et de la volonté. Ce qu'Augustin a thématisé d'une formule  : «  On n'entre dans la vérité que par la charité  ».
Et alors, même l'être et le temps peuvent se recevoir comme ils se donnent  : non dans la clôture de notre monde, mais comme un don d'ailleurs. Car c'est dans cet ailleurs que nous vivons, respirons et même sommes.  »

 

 

Biographie de l'auteur

Jean-Luc Marion a publié, chez Grasset, L’Idole et la distanceLe Phénomène érotiqueCertitudes négatives et Brève apologie pour un moment catholique. Spécialiste de Descartes et de l’histoire de la philosophie moderne, phénoménologue, il a enseigné à l’Université Paris-Sorbonne et au département de philosophie de l’Université de Chicago. Son œuvre philosophique est traduite dans de nombreux pays

 

 

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“D’ailleurs, la révélation”, de Jean-Luc Marion

 

Penseur sans concession, auteur d’une œuvre parfois très pointue, Jean-Luc Marion   n’en est pas moins l’un des philosophes français les plus lus et étudiés à travers le monde. À la fois historien de la philosophie, phénoménologue et théologien, c’est principalement en cette dernière qualité qu’il publie aujourd’hui D’ailleurs, la révélation (Grasset, 2020), même s’il prolonge les analyses qu’il a précédemment menées sur la phénoménologie de la donation. Cet ouvrage dense et exigeant est une exploration de la notion de révélation (avec un “r” minuscule, c’est-à-dire au sens courant et séculier du terme) et surtout celle de Révélation (avec une majuscule, autrement dit au sens religieux), qui apparaît comme un défi lancé à une conception qu’il juge étriquée et auto-satisfaite de la rationalité.

 

L’expérience de la révélation. L’ouvrage débute par l’analyse du concept de révélation, dans son sens a priori non religieux. S’appuyant sur des exemples tirés du domaine de la littérature, du sport ou de l’expérience amoureuse et érotique, il souligne d’emblée que la révélation échappe à toute volonté et à toute maîtrise. Elle vient toujours « d’ailleurs » elle nous saisit et nous surprend. Pourquoi, subitement, parvenons-nous à accomplir un geste que nous échouions à faire jusqu’alors ? Que signifie ce moment inoubliable où un monde nouveau s’ouvre à nous ? Dans la révélation, nous n’avons pas l’initiative même si c’est à nous qu’elle se montre et si c’est nous qu’elle bouleverse. Vivre une révélation, c’est ainsi vivre une expérience de dessaisissement dans ce que Jean-Luc Marion appelle la triple dimension de la révélation : « La révélation du phénomène par lui-même, la révélation de moi-même à moi-même […], et enfin la révélation à d’autres de celui que je suis devenu d’ailleurs. »

 

Le « témoin » et la « résistance ». La révélation se distingue d’une construction de concepts, de l’élaboration d’un savoir, ou même de toute transmission d’informations : ce qui se révèle est incommensurable à ce qu’on savait ou à ce qu’on comprenait jusqu’alors. C’est pourquoi elle appelle ce que Jean-Luc Marion appelle des « témoins », qui pourront éventuellement raconter ce qu’ils ont vu ou entendu, même s’ils ne peuvent pourront pas l’expliquer. Ces témoins pourront d’ailleurs rechigner à accorder quelque crédit que ce soit à l’expérience qu’ils ont vécue : c’est la « résistance » légitimement éprouvée devant un paradoxe qui pousse la logique dans ses retranchements. « La résistance, précise en effet Jean-Luc Marion, provient de ce que nul ne se trouve jamais d’emblée préparé, favorable ou acquis à une Révélation, mais que tout un chacun s’y oppose, en un premier temps du moins, parce qu’elle redéfinit le champ entier de la possibilité. »

 

Religion = Révélation ? « Au sens le plus courant, il y a Révélation quand il y a religion et d’autant plus qu’il y a religion ; et il y a religion quand et d’autant plus qu’il y a Révélation », constate Jean-Luc Marion, tout en soulignant qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Il montre en effet que ce n’est que de manière tardive et polémique que le terme de Révélation a été plaqué sur la religion, plus précisément par les philosophes des Lumières au moment où ils ont voulu dégager la spécificité de la science rationnelle en l’opposant à la théologie chrétienne… et mieux disqualifier celle-ci.

 

Qu’est-ce qui se montre dans la Révélation ? Reste à préciser de quel type de phénomène la Révélation relève : c’est ce qui retient longuement Jean-Luc Marion dans le reste de l’ouvrage, où il étudie les textes bibliques avec minutie. Il s’arrête notamment sur la manière dont Yahvé s’est montré à Moïse, sans lui donner à voir la moindre forme visible, mais par sa parole, « en se faisant écouter ». Jean-Luc Marion écrit : « Rien de visible n’est découvert, sinon la manifestation même de l’invisible. […] Quand Yahvé se révèle, il n’y a rien à voir, sinon l’invisible comme tel, la parole, où se donne le Nom ». Alors qu’un secret cesse d’en être un aussitôt qu’on le révèle, c’est ainsi au mystère divin, selon Jean-Luc Marion, que cette Révélation conduit.

 

https://www.philomag.com/articles/dailleurs-la-revelation-de-jean-luc-marion

mercredi 3 mars 2021

Père Michel Rondet (1923-2021)



Père Michel Rondet (1923-2021)



https://www.la-croix.com/Religion/Deces-pere-Michel-Rondet-spiritualite-vecue-simplement-2021-03-03-1201143571 

Le secret de confession par le Père Thomas Poussier

  

Le secret de confession 

Thomas Poussier

Paris, Salvator, 2021. 192 pages.

 

 


La révélation récente de scandales d'abus sexuels et spirituels dans l'Église soulève à nouveau, d'une manière souvent dramatique, la délicate question du secret de confession. Longtemps considérée comme une réalité mystérieuse ou fantasmée, voire comme une façon de ne pas dénoncer les coupables, cette notion reste mal comprise et peu documentée. Ce secret respecte les consciences et aide à protéger aussi les victimes. Comment éviter justement qu'il ne soit un moyen facile de dédouaner l'institution ? Quels sont ses fondements théologiques et spirituels ? En quoi se distingue-t-il du secret professionnel ? Le père Thomas Poussier répond ici sans ignorer les objections, en s'appuyant notamment sur les dimensions canonique et pastorale. Signe de la miséricorde infinie de Dieu, le sacrement du pardon suppose un secret absolu. Pour autant, il ne supprime pas la nécessaire exigence de justice et de réparation due aux victimes. Comme l'écrit le père Poussier, « le secret n'est pas le silence ». Une analyse courageuse qui rejoint au premier chef l'actualité ecclésiale.

 

AUTEUR

Prêtre diocésain, le père Thomas Poussier est le supérieur du séminaire Saint-Luc à Aix-en-Provence, après avoir été aumônier d'étudiants et en paroisse.

 

Pour aller plus voir l’article du même auteur Pédocriminalité : le secret n’est pas le silence publié dans la revue Nouvelle Revue Théologique , 142 (2), avril-juin 2020.

 

https://www.nrt.be/fr/articles/pedocriminalite-le-secret-n-est-pas-le-silence-3015

vendredi 12 février 2021

Saint Paul et les femmes

 

Saint Paul et les femmes

 Depuis quelques années la place des femmes dans l’Eglise ne cesse de faire débat. Si ‘Eglise fait figure d’accusée dans ce domaine ce serait surtout à cause des épitres de saint Paul. Mais qu’en est-il exactement ? C’est le sujet de deux ouvrages parus récemment : Les femmes de saint Paul par Chantal Reynier et Paul et les femmes : ce qu’il a écrit, ce qu’on lui fait dire de Michel Quesnel.  Deux ouvrages qui font le point sur ce sujet en étudiant le contexte socio-culturel de l’époque, en replaçant ces phrases dans leur contexte mais surtout en montrant combien elles se démarquent de la culture de l’époque. Ces ouvrages accessibles à tous invitent à une relecture des épîtres pauliniennes.

 

Paul et les femmes : Ce qu'il a écrit, ce qu'on lui a fait dire 

Michel Quesnel

Paris, Médiaspaul, 2021. 142 pages.

 


On fait souvent un faux-procès à l'apôtre Paul en le taxant de misogynie. Dans cet ouvrage, le professeur Michel Quesnel reprend le dossier et fait un inventaire exhaustif des propos de Paul sur les femmes et de ses relations avec elles, tels qu'ils apparaissent dans le Nouveau Testament. Ses conclusions sont claires : certes, les lettres authentiques de Paul contiennent sur les femmes des propos que nous n'écririons plus. Mais ils sont conditionnés par la culture ambiante ; et il s'avère surtout que, dans ce domaine, Paul est nettement plus ouvert que beaucoup de ses contemporains. Michel Quesnel poursuit son analyse en montrant que, par la suite, des sociétés misogynes ont fait de ses textes des lectures misogynes, déjà dans d'autres livres du Nouveau Testament, puis au cours des siècles suivants. L'auteur examine trois corpus de textes antiques concernant Paul (les épîtres authentiques, les épîtres pseudépigraphes, les Actes sur Paul) et lui rend justice : « A propos de ce qu'il pensait des femmes, l'Apôtre des nations a été victime des préjugés de ses lecteurs pendant une vingtaine de siècles ». Et, en faisant une courte excursion dans Paul après Paul, de le montrer à travers le regard des Pères de l'Église mais aussi dans des traductions récentes du Nouveau Testament. Le sous-titre de l'ouvrage prend alors tout son sens.

 

 

 

Les femmes de Saint Paul 

Chantal Reynier

Paris, Le Cerf, 2020. 271 pages.

 


Misogyne Saint Paul ? Pourtant les Actes ne cessent de relater ses relations amicales avec les femmes qu'il a rencontrées lors de son périple apostolique. Ce sont Chloé, Phoebé, Evodie et les autres de ses collaboratrices que Chantal Reynier, enjambant, les siècles, est partie interviewer. Une enquête-vérité captivante et révolutionnaire.

Quelle est la place des femmes dans l'Église ? Face à cette question brûlante, il est temps d'en finir avec les clichés sur saint Paul qui les condamnerait au silence, au voile et à la soumission. Au contraire, au cours de ses voyages missionnaires, l'évangélisateur des Nations ne cesse de s'adresser aux femmes et de s'entourer de femmes, faisant d'elles ses collaboratrices au point d'employer à leur sujet les titres d'apôtre et de diacre !
Il fallait la science de Chantal Reynier pour partir à la découverte, par-delà les lieux et les temps, de Phoibè, Lydie, Chloé, Maria, Persis, Évodie, Syntychè, Prisca, Julia. Pour les rencontrer, aux quatre coins de la Méditerranée, dans leur activité, leur métier, leur foyer, leur foi. Et pour chacune d'elles raconter en son nom propre " son " Paul. Que disent-elles de lui ? Avant tout, la relation de dignité et de liberté qu'il revendique avec elles.
Pour la première fois, la parole est aux " femmes de Paul ". Écoutons le message révolutionnaire, parce que réfractaire aux idéologies à la fois hyper-patriarcales ou ultra-féministes, qu'elles nous transmettent dans ce livre exceptionnel de savoir et de sensibilité.

 

 

Les lettres de Paul

 

Les lettres de Paul ont été écrites pour qu’il puisse rester en contact avec les communautés qu’il a fondées et qu’il voulait visiter (Rome). Elles ont été lues par ces communautés qui les ont gardés et copiés pour que d’autres puissent les lire. On les a rassemblés et elles font presque que la moitié du contenu du Nouveau Testament. Ces lettres sont assemblées de la plus longue (Romains) à la plus courte (Philémon). Les écrits les plus anciens du Nouveau Testament sont les lettres de Paul. La première serait la lettre aux Thessaloniciens écrite autour de 51 apr. J.-C.

L’authenticité des lettres attribuées à Paul pose question. Voici les lettres généralement considérées comme étant de Paul en ordre chronologique:

La première lettre aux Thessaloniciens

La première lettre aux Corinthiens

La seconde lettre aux Corinthiens

La lettre aux Philippiens

La lettre à Philémon

La lettre aux Galates

La lettre aux Romains

Les avis des exégètes sont encore partagés, mais la majorité d’entre eux croient que les lettres aux Colossiens, Éphésiens ainsi que la deuxième lettre aux Tessaloniciens auraient été écrite par un disciple de Paul après la mort de ce dernier. Enfin, il est généralement admis que les lettres à Timothée et la lettre à Tite ne sont pas authentiques.

 

 

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Les femmes de saint Paul

 

Les lettres de saint Paul révèlent le visage des femmes qui ont activement collaboré à la diffusion de l’Évangile. Paul reconnaît leur dignité et leur confie des responsabilités égales à celles des hommes. Elles bénéficient d’une liberté inconnue dans le milieu juif et dans la société gréco-romaine.

 

 À quelles sources avez-vous eu recours pour écrire Les femmes de saint Paul, collaboratrices de l’Apôtre des Nations (éd. du Cerf) (1)?

Chantal Reynier: Je me suis appuyée sur les lettres de Paul, bien sûr, qui sont des témoignages de première main sur une période restreinte; sur les Actes des apôtres, qui sont une mine de renseignements sur le milieu paulinien; sur la littérature antique (Ovide, Plutarque) pour comparer ce que les auteurs disent des femmes (matrones vertueuses ou séduisantes courtisanes…) avec la façon dont Paul en parle. L’archéologie nous renseigne aussi sur les conditions de voyage, les réalités économiques, l’organisation des maisons… Les travaux récents d’historiens, comme ceux de Nicole Loraux (2), m’ont permis de mieux situer le rôle des femmes à l’époque (3).

 

Quel est le profil des collaboratrices de Paul?

Il n’y a pas de profil type mais une grande variété. Certaines sont mariées: Prisca est l’épouse d’Aquila, Julia de Philologue, Junia d’Andronikos. Il est intéressant de noter que Paul cite le nom de la femme en premier, ce qui est contraire aux usages. Cela traduit l’importance de leur rôle dans les premières communautés. Il y a aussi des veuves comme la mère de Rufus. Des célibataires: sans doute la sœur de Nérée. Des sœurs: probablement Tryphaine et Tryphose. Le premier cercle des collaboratrices de Paul est constitué de Phoibè, Prisca, Junia et Lydie. On retrouve la même organisation concentrique avec les collaborateurs masculins. Comme Jésus, Paul est accompagné par un groupe de femmes.

 

Quel est leur milieu social et religieux?

Là aussi, il y a une grande variété. Lydie est une marchande de pourpre qui fait du commerce entre la Grèce et la Turquie actuelle. Elle accueille Paul et ses compagnons dans sa maison, cela signifie qu’elle est plutôt aisée (seulement 3% de la population vit dans une maison). Nympha est une femme d’affaires autonome. Chloé et Phoibè, travaillent dans l’import-export. Ces femmes voyagent pour des motifs professionnels mais aussi pour la mission. La plupart sont issues d’Asie mineure. Certaines proviennent d’un milieu juif comme Prisca ou Junia, la mère de Rufus, Eunice, Loïs… En revanche, Lydie est une païenne qui fréquente les milieux juifs de Phillipes.

 

Quels sont leurs points communs?

Elles sont actives, généreuses et engagées dans la mission. Ce sont des femmes fortes qui n’hésitent pas à traverser les mers, à parcourir les viae de l’empire. À cause de leur foi, elles traversent des épreuves. Junia, Evodie et Syntichè ont, dit Paul, «combattu pour l’Évangile» – ce combat est à prendre au sens métaphoriquemais aussi réel: Prisca a failli être décapitée à Éphèse…

 

Quel type d'aide apportent-elles à Paul?

Elles lui offrent l’hospitalité. Lydie, une fois convertie, héberge Paul et ses compagnons dans sa maison de Philippes. À Corinthe, Prisca accueille Paul et lui donne du travail dans sa boutique-atelier. Grâce à ces femmes, l’apôtre est en contact avec beaucoup de monde (famille, esclaves, clients) auprès desquels il témoigne du Christ ressuscité. Elles sont également des sources d’information précieuses sur les jeunes communautés chrétiennes. Quand des scandales éclatent au sein de la communauté de Corinthe, ce sont «les gens de Chloé» qui remontent l’information à Paul et le décideront à écrire. Elles informent aussi Paul sur la vie des différentes cités. Le réseau de Phoibè s’étend à Rome mais aussi en Espagne. C’est à elle que Paul confie la tâche de préparer une mission dans la péninsule Ibérique.

 

Quel rôle jouent-elles au sein des communautés?

Elles ouvrent la porte de leur maison aux assemblées chrétiennes, assumant ainsi un rôle d’union et de rassemblement. Elles guident la réflexion et la prière. À Rome, Phoibè visite les différentes maisonnées pour lire, expliquer et commenter la lettre de Paul. Dans l’Antiquité, on lit à voix haute. Expliquer ce type de lettre n’est pas à la portée de tout le monde, il faut être cultivé. Paul demande à Prisca d’enseigner à Apollos la foi au Christ ressuscité. Elle fabrique et vend des tentes et Apollos est un grand intellectuel d’Alexandrie! Ces pratiques vont totalement à l’encontre des us et coutumes gréco-romains: les femmes n’ont pas le droit d’enseigner ni de s’exprimer en public. Elles n’assument aucune fonction religieuse: elles n’ont pas même le droit de moudre la farine pour les sacrifices, ni de toucher les viandes sacrées, ni d’assister à la cérémonie. Leur rôle se résume à tisser la laine et à élever les enfants. Dans le judaïsme, la femme est cantonnée à la maison, elle ne participe pas aux pèlerinages et elle n’assume aucune fonction synagogale. On mesure la révolution qu’introduit Paul! Il les libère et les fait sortir de leur maison. Elles bénéficient d’une extraordinaire liberté par rapport à leurs contemporaines. Leur parole a une valeur. Elles s’adressent aussi bien aux hommes qu’aux femmes ou aux esclaves.

 

Y a-t-il une différence de traitement entre les collaborateurs et les collaboratrices de Paul?

Non, il les met sur un pied d’égalité. On relève cependant que ses collaboratrices n’accompagnent pas Paul dans ses voyages, sauf Prisca. Elles ne portent pas la collecte et ne vont pas à Jérusalem.

 

Quelles relations Paul entretient-il avec ces femmes?

ll les traite d’égal à égal. Il les laisse libre, ne leur impose aucun signe distinctif, ni style de vie ni domaine réservé (la maison). Il sait leur exprimer son affection, par exemple, en appelant Persis «bien aimée ». Il leur fait confiance. Quand elles partent en mission, il ne leur adjoint pas un homme pour les surveiller. Il ne leur demande pas de se retirer de la vie quotidienne. Cette façon de considérer les femmes découle de sa foi dans le Christ ressuscité: hommes et femmes sont tous fils et filles de Dieu, aimés par le Père. Dans la lettre aux Galates (3, 26-28), il affirme: «Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.» Quand des tensions apparaissent entre Evodie et Syntichè, il n’hésite pas à les reprendre, non pas en tant que femmes, mais en tant que disciples du Christ.

 

Après la mort de Paul, est-ce que la place des femmes change?

La force, l’audace et la foi de Paul ont permis de traiter à égalité ses collaborateurs et collaboratrices. Après lui, le poids de la société patriarcale reprend le dessus. Dans la première lettre à Timothée, rédigée probablement par des disciples de Paul, le silence est imposé aux femmes. Cela va même plus loin. Dans les manuscrits, les copistes réduisent la place des femmes en masculinisant leur prénom, Junia devient Junias. Il faut attendre 1993 pour redonner son vrai genre à Junia! Le même sort est réservé à Nympha de Laodicée. L’expression «les femmes premières» devient «la femme des premiers» (notables de la ville) pour minimiser leur rôle et leur influence. Ces réajustements sont parfois subtils. Les traducteurs du texte modifient les salutations. Dans l’épître de Philémon, Paul s’adresse « à Philémon et à Apphia »; cela devient sous la plume des traducteurs «à Philémon, avec Apphia ». Dans les Actes des apôtres, les traducteurs indiquent que Lydie a «contraint» Paul à demeurer chez elle. Or, en grec, c’est le même verbe qui est employé par les disciples d’Emmaüs pour «inviter» leur compagnon de route à rester avec eux…

 

Que faut-il retenir de l’attitude de Paul vis-à-vis des femmes?

Il faut tout d’abord veiller à lire les textes de Paul en les resituant dans leur contexte. L’apôtre nous dit l’égalité de l’homme et de la femme. Dans une société totalement asymétrique, Paul reconnaît la dignité de la femme, comme il reconnaît celle de l’esclave ou de l’enfant. À travers les lettres de Paul, nous découvrons le visage concret des femmes qui ont participé à la diffusion du christianisme. Ce sont des femmes plongées dans le monde qui sont à l’écoute des besoins de leurs contemporains. Paul les appelle collaboratrices, au sens étymologique, elles œuvrent avec lui.

 

Quels enseignements peut-on tirer pour l’Église d'aujourd'hui?

Pour réfléchir à la place des femmes dans l’Église, il faut revenir à la source biblique et nous laisser interpeller par elle. La conduite des communautés n’est ni une promotion, ni une course aux honneurs, c’est un service inspiré de la figure du Christ serviteur. Ce n’est pas un modèle de domination. Malheureusement, aujourd’hui, gouverner est entendu comme «être au-dessus des autres». Paul donne aux femmes de prendre une part active aux décisions et à la conduite des communautés. Elles exercent des responsabilités identiques à celles des hommes. Nous voyons les femmes enseigner, conduire la prière, proclamer la parole et la commenter.

 

Alors, saint Paul, misogyne ou féministe?

Ni l’un ni l’autre. Misogyne, il ne l’est pas, on vient de le voir. Paul est, à la suite du Christ, le libérateur de la femme en lui reconnaissant sa pleine dignité d’enfant de Dieu. Il reconnaît son autonomie, il lui donne la parole, il la place à égalité avec l’homme. Dans la fameuse lettre aux Éphésiens («femmes soyez soumises à vos maris… »), il s’adresse à elles directement, sans passer par le mari, en contradiction totale avec les usages de l’époque. Il choisit des collaboratrices parmi elles, il leur donne le nom d’«apôtre» (Junia), de diakonos («serveur», Phoibè), de collaboratrice (Prisca). Paul considère la femme comme une adulte à part entière. Il ne cherche pas à instaurer une parité ou à répondre à des revendications féministes. Il reconnaît le rôle de la femme dans l’annonce de l’Évangile. On ne se rend pas compte de la liberté qu’instaure le christianisme. Paul a ouvert un réel espace aux femmes qu’elles n’ont jamais eu auparavant, que ce soit dans la société païenne ou dans le monde juif. Il met ses pas dans ceux du Christ qui a été le premier à traiter les femmes d’égale à égal. En s’inspirant de Jésus, il en tire toutes les conséquences.

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(1) Elle a également abordé les passages des lettres de Paul sur les femmes dans Comment l’évangile a changé le monde (éd. du Cerf).

(2) Auteure, entre autres, de La Grèce au féminin (Les belles lettres)Les expériences de Tirésias: le féminin et l’homme grec (NRF essai Gallimard)Les Enfants d’Athéna. Idées athéniennes sur la citoyenneté et la division des sexes (Points Seuil).

(3) Les recherches de Marie-Françoise Baslez sur saint Paul sont particulièrement utiles. M.-F. Baslez, Saint Paul, artisan d’un monde chrétien, Fayard.

Recueilli par Gilles Donada

https://croire.la-croix.com/Definitions/Bible/Saint-Paul/Paul-l-Apotre-qui-estimait-les-femmes