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lundi 10 décembre 2018

Le goût de l'autre de Elena Lasida

Le goût de l’autre : la crise, une chance pour réinventer le lien
Elena Lasida
Paris, Albin Michel, 2011. 267 pages.


En temps de crise, l'économie est souvent accusée de tous les maux. Mais si au lieu de la diaboliser, nous revisitions son rôle dans la société ? On pense en général qu'elle ne crée que des biens. C'est oublier sa vocation première : créer du lien, comme le montrent les réseaux d'économie solidaire. On pense aussi qu'elle épuise autant les ressources naturelles que les individus et les sociétés. C'est négliger les nouvelles pistes qui sont à notre portée, sources d'une croissance centrée sur le vivre-ensemble.
Elena Lasida, qui enseigne l'économie solidaire et le développement durable à l'Institut catholique de Paris, nous présente ici l'économie sous un jour radicalement nouveau. Non pas comme une énième théorie d'inspiration libérale ou sociale, mais comme un véritable projet de vie en commun, à construire à partir des mille initiatives qui naissent aujourd'hui au sein de la société civile. Elle puise dans les récits bibliques des outils et des notions comme la création, l'alliance, la promesse... qui se révèlent étonnamment pertinents pour réinventer nos modèles et en tirer le meilleur. Un meilleur que, chacun, nous pouvons accueillir et faire vivre au jour le jour.

Une réflexion interessante sur cet ouvrage



Biographie de l'auteur
Elena Lasida est docteur en économie et théologie. Maître de conférence à la Faculté des sciences sociales et économiques de l'Institut catholique de Paris, elle y est directrice du master "Économie solidaire et logique du marché". Elle est chargée de mission à Justice et Paix (service de l'Église catholique) où elle suit ce qui touche à l'économie et au développement durable. Elle est membre du Conseil des Semaines sociales de France.

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

lundi 9 janvier 2017

Le malheur français : Marcel Gauchet

Comprendre le malheur français : entretiens avec Eric Conan et François Azouvi
Marcel Gauchet
Paris, Stock, 2016. 378 pages

Il y a un malheur français, bien spécifique à ce pays : pourquoi sommes-nous les champions du monde du pessimisme et du mécontentement de nous-mêmes ? Pourquoi vivons-nous notre situation, notre place dans l’Europe et le monde, comme un malheur incomparable ?

« Pour les Français, la mondialisation est une rupture majeure. A l’intérieur du déclassement général de toutes les autres nations, européennes, la France subit le choc frontal de son héritage historique avec une provincialisation à laquelle elle ne se résigne pas. C’est sûrement l’une des clés du pessimisme français » (p. 33)

Marcel Gauchet aborde ce problème d’une façon originale, en procédant d’abord à un vaste examen historique du XVIIè-XVIIIè siècles à nos jours. Revenant sur le XXè siècle l’auteur analyse longuement les septennats de De Gaulle et de
Mitterrand, l’un et l’autre importants pour comprendre le présent ;  mais il analyse également sans concessions les politiques menées par leurs successeurs de Valéry Giscard d’Estaing à François Hollande
Puis Marcel Gauchet s’attaque aux ressorts de la société française d’aujourd’hui, dont il dissèque les maux : la mondialisation et l’insertion dans l’ensemble européen ressentis en France avec une particulière inquiétude ; le divorce entre les élites et le peuple qui prend chez nous ce tour dramatique ; la responsabilité ide nos dirigeants dans la montée de ce qu’on appelle «le populisme » ; et enfin dans le marasme français le néo-libéralisme assumé par la Gauche et auquel Mitterrand a converti la France sans le dire.

Ainsi nous sommes passés dans un monde où ce n’est pas le politique qui régule l’économie mais le marché qui impose ses lois au politique : « Nous sommes dans un nouveau mode de fonctionnement de l’économie, dans une nouvelle société dont le défi, adressé à la République, est désormais l’individu. Plus le citoyen ni les masses organisées, l’individu. La République des citoyens fonctionnait. La République des grandes organisations aussi. Mais la République des individus, c’est une autre affaire ! Des individus qui se réclament de leurs intérêts privés, qui se soucient comme d’une guigne de l’intérêt général, qui récusent l’autorité de l’Etat et pour qui la loi se définit de plus en plus comme ce qu’il faut contourner » (p. 214).

Les Français en tirent les conséquences : perte de confiance dans les élites qui nous gouvernent, sentiment profond que la mondialisation nous est imposée et que la France doit se dissoudre  sans ce vaste marché sans âme. « Ce qui est perçu le plus profondément, c’est que le monde et sa marche vont contre ce que nous sommes et, face à ce rouleau compresseur, nous ne sommes pas défendus. C’est le cœur du reproche principal fait à la fois aux hommes politiques et aux médias : les élites ne nous défendent pas parce qu’elles sont les alliées du mouvement de modernisation et de mondialisation dans lequel la spécificité française est appelée à se dissoudre. On ne voit pas comment cette manière d’être originale que l’on appelle le “modèle français” pourrait perdurer… » (p. 16).
L’auteur ne se montre guère indulgent sur le fonctionnement de l’Europe et les discours sur les bienfaits de cette Europe ne suscitent guère que la méfiance ou même le rejet : « ce n’est pas l’Europe qui a bâti la paix, mais l’inverse : l’Europe s’est bâtie grâce à la paix d’un genre spécial assurée par la Guerre froide. Quant à la prospérité, elle a été générale dans le monde occidental durant les trente ans qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, y compris pour des pays qui n’étaient pas embarqués dans l’aventure européenne. Celle-ci a pu être au plus un adjuvant. Mais la question brûlante aujourd’hui, ce sont les perspectives d’avenir. Que nous promet l’Europe ? » (p. 162).

L’auteur montre que nous sommes aujourd’hui au plein coeur d’une période d’idéologie (quand bien même on s’évertue à nous dire que le temps des idéologies est mort !), d’autant plus pernicieuse qu’elle n’est jamais repérée pour ce qu’elle est, mais toujours confondue avec le cours obligatoire des choses : il s’agit de l’idéologie néo-libérale, qui va de pair avec la dépolitisation de nos sociétés

Quant à la place de la France dans le monde  Marcel Gauchet le dit franchement : « la France ne sera jamais plus une grande puissance » et qu’il n’y a rien à regretter. Cela mérite débat. Il est vrai que la France ne sera jamais plus une grande puissance coloniale, ni une puissance impériale – ce qu’elle était brièvement devenue au rebours de sa vocation nationale. Il est vrai qu’il n’est pas dans la vocation de la France de dominer l’Europe car au rebours du nationalisme, une nation historique se conçoit dans le concert des nations. Mais il faut que la France dispose d’une puissance suffisante pour préserver son vaste domaine terrestre et maritime, pour diffuser sa culture  et pour participer au maintien ou au rétablissement des grands équilibres mondiaux – politiques, économiques, écologiques…"  

Il y cependant dans les dernières lignes de ce livre une note d’espoir : si la France a perdu sa puissance Marcel Gauchet évoque ce qui fait la force de ce pays : la liberté d’esprit et la capacité d’imagination qui permettront encore à la France et aux Français d’être utiles au monde et parfois exemplaires. La France à une vocation universaliste et cette ambition peut arracher ce pays au « malheur français »



Biographie de l'auteur

Marcel Gauchet est directeur d’études à l’EHESS et rédacteur en chef du Débat. Il est notamment l’auteur d’une histoire philosophique du monde contemporain intitulée L’Avènement de la démocratie (trois volumes, Gallimard, 2007, 2010). Chez Stock il a publié La Condition historique (2002), et avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi, Conditions de l’éducation (2010) et Transmettre, apprendre (2014). Marcel Gauchet est ici interrogé par Éric Conan, journaliste à Marianne et auteur entre autres de Vichy, un passé qui ne passe pas (avec Henry Rousso, Fayard, 1994) et de La Gauche sans le peuple (Fayard, 2004), et par François Azouvi, directeur honoraire de recherche au CNRS, et auteur notamment du Mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire (Fayard, 2012).

publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

jeudi 16 juin 2016

CATHOLIQUES, ENGAGEONS NOUS !

Catholiques, engageons-nous!
de Pierre-Hervé Grosjean
Perpignan, Artège, 2016. 210 p.


« Catholiques, mouiller la maillot » : tel pourrait être le titre de l’ouvrage de l’abbé Pierre-Hervé Grosjean, si l’on osait parodier ce que l’on comme défi aux footballeurs ! En effet
En effet bien qu’il s’adresse en priorité aux jeunes générations catholiques il reste néanmoins un appel pour tout catholique à quitter le confort de sa paroisse, de son milieu pour réinvestir tout les domaines d’une société sécularisée laissés en jachère par les catholiques (la culture ou la politique….).

On peut se rappeler cette parole de Jésus dans Jean : « Je ne te prie pas pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. … Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai envoyés dans le monde… Je ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux qui grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un » (Jean 17, 7-20).  Le chrétien est donc envoyé en mission ! Et l’auteur n’hésite pas à mettre la barre très haut : hésite pas : « Il faut selon moi cultiver l’ambition de changer le monde »

Ce livre est un plaidoyer  pour un « lobbying chrétien » : il invite chaque chrétien à s’engager – chacun selon ses charismes et avec discernement – dans tous les secteurs de la société que ce soit la culture, l’éducation, les médias, et même évidemment, la politique pour diffuser avec conviction dans la société les valeurs que porte le message de l’Evangile.

Car le Père Grosjean en est convaincu: la « radicalité de l’Évangile » correspond à une attente. « Les gens n’en peuvent plus de l’eau tiède qu’on leur sert, de ce consensus qui ne fait grandir personne! », assure-t-il. Pour cela il s’appuie, non sans raison, sur le fait que chaque parole du Pape ou d’un évêque porte au-delà de sphère catholique. Et en même temps il ne s’agit pas de s’enfermer dans un « communautarisme » qui exclurait le dialogue avec celui qui ne partage pas les mêmes points de vue, qui condamnerait sans appel au nom d’une exigence irréaliste.

Mais tout engagement exige également d’avoir une vie de prière :  : « Un beau livre a marqué des générations entières de prêtres, L’Âme de tout apostolat de Dom Jean-Baptiste Chautard (Artège). Cette âme, c’est bien sûr l’oraison et la vie de prière. Sans cette part de contemplation, l’action devient de l’activisme. On s’épuise et on risque de s’agiter pour rien.
C’est un combat permanent que de trouver du temps pour prier. Mais il faut choisir de prendre ce temps et non attendre d’en avoir. Plus on a un tempérament actif, plus on doit être attentif à cela: la source de toute fécondité se trouve dans ces temps passés en silence devant Jésus, dans l’eucharistie reçue au moins le dimanche, dans des confessions humbles et franches vécues régulièrement, dans la prière du chapelet sous le regard de Marie, étoile et guide de nos engagements.
À cette condition-là, le Seigneur pourra nourrir des foules à partir de notre pauvre obole: nos cinq pains et nos deux poissons! Nous aurons pris le temps de remettre tout cela entre ses mains. Il ne s’agit pas de prier très longtemps; notre devoir d’état ne nous le permet pas toujours quand on est laïc dans le monde. Mais de prier fidèlement. La valeur de notre prière réside dans sa fidélité. Le fruit de notre prière est la fécondité de nos engagements.»  (page 79).

Voici comment être fidèle à ce que demandait Benoît XVI lors des JMJ de 2011 à Madrid : "Soyez des témoins décomplexés !" ou plus récemment le Pape François invitant chacun à "descendre du balcon" pour passer à l'action.


L’auteur

Le Père Pierre-Hervé Grosjean du diocèse de Versailles est un prêtre bien connus des médias. Il est en outre créateur de l’université d’été « Acteurs d’Avenir ». Conférencier très demandé il est également très actif sur les réseaux sociaux notamment grâce au blog « Padreblog » qu’il anime avec d’autres prêtres.