mercredi 15 octobre 2008

FICHE THEMATIQUE 4

LE MESSAGE DE LA CROIX


1ère lettre de Saint-Paul aux Corinthiens (1,10-2,5)












LE TEXTE :

Première lettre aux Corinthiens 1,10-2,5

Divisions à Corinthe

1 Co 1-10 Je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ : soyez tous d'accord, et qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis dans un même esprit et dans une même pensée. 11 En effet, mes frères, les gens de Chloé m'ont appris qu'il y a des discordes parmi vous. 12 Je m'explique ; chacun de vous parle ainsi : «Moi j'appartiens à Paul. - Moi à Apollos. - Moi à Képhas. - Moi à Christ.» 13 Le Christ est-il divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? 14 Dieu merci, je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus; 15 ainsi nul ne peut dire que vous avez été baptisés en mon nom. 16 Ah si ! J'ai encore baptisé la famille de Stéphanas. Pour le reste, je n'ai baptisé personne d'autre, que je sache. 17 Car Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et sans recourir à la sagesse du langage, pour ne pas réduire à néant la croix du Christ.

Le message de la croix

18 La parole de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent,
mais pour ceux qui sont en train d'être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu.
19 Car il est écrit:
Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents.
20 Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le débatteur de ce monde ?
Dieu n'a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ?
21 En effet, puisque, dans la Sagesse de Dieu,
le monde par la sagesse n'a pas connu Dieu
Dieu a jugé bon, par la folie de la proclamation, de sauver ceux qui croient.
22 Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ;
23 mais nous, nous proclamons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs, folie pour les nations,
24 mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs,
il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes,
et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.



La naissance de l'Eglise

26 Regardez, mes frères, comment vous avez reçu l'appel de Dieu :
il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes,
ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille.
27 Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages ;
ce qui est faible dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre ce qui est fort ;
28 ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n'est pas,
Dieu l'a choisi pour réduire à rien ce qui est,
29 de sorte que personne ne puisse faire le fier devant Dieu.
30 C'est grâce à Lui que vous êtes en Christ Jésus,
qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, 31 afin, comme il est écrit, que le fier mette sa fierté dans le Seigneur.


Le ministère apostolique

2-1 Moi-même, quand je suis venu chez vous, mes frères, ce n'est pas avec le prestige du langage ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. 2Car j'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. 3 Aussi ai-je été devant vous faible, craintif et tout tremblant : 4ma parole et ma prédication n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration d'Esprit, de puissance, 5afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu
[1].






FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE

Que se passait-il donc ?

Paul séjournait à Ephèse dans les années 53-56. Il y avait ouvert un nouveau champ apostolique. Mais en même temps il restait en contact par lettres, ou par visites avec les Églises qu'il avait fondées pendant le voyage missionnaire précédent ; en particulier il avait beaucoup d'échanges avec l'Église de Corinthe, fondée en 50-51. Nos deux lettres aux Corinthiens sont le recueil de cette correspondance. Au début de la Première, Paul fait état de nouvelles reçues par le personnel d'une commerçante (dame Chloé), qui navigue entre Corinthe et Ephèse. On lui apprend que dans l'Église de Corinthe on s'entredéchire entre partisans de tel ou tel prédicateur de l'Évangile. Les uns se déclarent pour Paul, les autres pour Képhas (= Pierre), d'autres encore pour un certain Apollos, et peut-être y a-t-il un quatrième courant qui se dit « du Christ » (pas moins ! cf. 2Co 10, 7).

Un discours à l'emporte-pièce !

Quelle mouche l'a piqué, l'apôtre Paul ? Il dit son indignation devant ce culte de la personnalité, incompatible avec le sens authentique de l'Évangile. Qui donc pourrait exhiber son importance devant Jésus crucifié, qui est le cœur de l'Évangile ? Dans les coteries corinthiennes, il y allait du sens de l'Évangile. Alors Paul est capable de monter au plus haut niveau d'éloquence pour réduire à néant l'éloquence. L'Evangile n'est pas matière à discours, il est l'annonce provocante d'un événement, que rien ni personne ne pouvait imaginer ni déduire. Il sort tout droit de cette Sagesse de Dieu qui prend à revers les sages de ce monde, mais qui atteint les petits, les humbles, les croyants et qui les sauve. L'apôtre affiche Jésus crucifié comme l'expression inimaginable de l'amour de Dieu pour l'homme.


Attention au contresens

Quand nous entendons dire que, pour saint Paul, l'Évangile, c'est la croix du Christ et rien d'autre, nous risquons de commettre quelques sérieux contresens. Nous supposons un peu trop vite que Paul exalterait la souffrance et la mort pour elles-mêmes, pour faire un bel exemple de générosité, ou pire, parce qu'il faudrait à tout prix du sang et des larmes pour obtenir le pardon de Dieu. Rien de tel dans le discours de Paul. Il réagit contre une réduction de l'Évangile à une belle doctrine de sagesse, qui pourrait être l'objet de savants discours, tous plus intelligents les uns que les autres. Non, l'Évangile n'est pas une théorie religieuse, il est l'annonce d'un événement inouï, où se dévoile « le mystère de Dieu », le mystère de l'amour fou de Dieu. Dans le Christ crucifié, il est venu rejoindre l'homme au plus bas de l'échelle sociale, il est venu donner de l'importance aux « moins que rien », non pas pour les laisser dans quelque infériorité ou déchéance, mais au contraire pour les faire exister en Christ Jésus, participants de sa vie filiale et fraternelle. L'image de Dieu en est radicalement bouleversée, la sagesse humaine aussi.


Déroulement du discours

Voici comment se déroule la mise au point de Paul :

Il commence par évoquer la situation de compétition entre groupes corinthiens ; la lettre étant lue à haute voix dans la communauté réunie, ils s'entendent eux-mêmes dire : « Moi j'appartiens à Paul », et » moi à Kêphas », « et moi à Apollos... ». Après avoir montré l'inanité de ce tintamarre, du seul fait qu'aucune personnalité humaine ne peut revendiquer d'être à la place de Jésus-Christ, Paul affronte de face la déformation de l'Évangile qui est à la base de tels comportements : on prend l'Évangile pour un discours de sagesse, où chacun peut trouver son compte et se faire valoir devant les autres. Or l'Évangile est tout sauf sage. Ceux qui ne sont pas touchés par l'appel de Dieu n'y voient que niaiserie et insignifiance. Car il est l'annonce d'un crucifié. Paul va donc mettre le doigt sur ce paradoxe d'une révélation de la sagesse de Dieu et de sa puissance de salut :

Ø d'abord dans l'événement de la Croix lui-même,
Ø ensuite dans la naissance d'une Église à Corinthe.

Dans les deux cas, Dieu s'y est pris par les moyens fous et les moyens faibles, et c'est pourtant ce qui a réussi.

Conclusion : Paul pouvait-il s'y prendre autrement pour annoncer l'Évangile ?

1, 10-17 : Exposé de la situation ecclésiale et de ses enjeux.

1, 18-25 : L'événement de la Croix : comment Dieu s'y est pris pour sauver ?

1, 26-31 : Église de Corinthe, regarde comment Dieu t'a constituée.

2, 1-5 : Et moi, Paul, quel Evangile vous ai-je annoncé et comment ?


¨ Lexique :

* Apollos est un nouveau venu, un judéo-chrétien de la Diaspora d'Alexandrie, il est entraîné au maniement du discours de sagesse et doit exceller à faire le lien entre la culture grecque et la foi juive, et maintenant qu'il est devenu chrétien, avec l'Évangile (Ac 18, 24 - 19, 1). Il devait être, aux yeux des Corinthiens, le « concurrent » le plus sérieux de Paul, puisque le discours de l'Apôtre va porter expressément sur le discours de sagesse. Mais Paul l'estime (1 Co 16, 12).

* Baptême au Nom du Christ : formulation de type juif pour dire le transfert du baptisé à la personne du Christ, pour lui appartenir comme à son Seigneur et à son Sauveur. De son côté, le baptisé confesse sa foi dans le Seigneur Jésus et se réclame de Lui pour le salut. Les baptisés sont ceux qui "invoquent le Nom de N.S.J.C."
(1Co 1,22 ; Ac 22,16).


* Chloé : nom d'une femme (« verdure », « verdoyante », qualificatif de la déesse Démêter) qui devait diriger une entreprise commerciale entre Ephèse et Corinthe.

* Crispus : judéo-chrétien, chef de synagogue à Corinthe, converti par Paul (Ac 18,8)

* Croix : supplice barbare, d'origine perse, pratiqué aussi par les Juifs ; adopté par les Romains qui le réservaient aux révoltés et aux esclaves. CICERON : Pro Rabirio,5: "C'était un crime d'infliger le crucifiement à des citoyens romains. Le nom même de croix devait être écarté de leur pensée, de leurs yeux, de leurs oreilles" (vs). Paul en 1Co 2,2; Ga 3,1: "Christ crucifié a été affiché sous vos yeux". Paul est l'auteur du NT qui parle le plus souvent de la mort de Jésus en mettant l'accent sur le supplice de la crucifixion et en soulignant ce qu'elle comporte d'abaissement au niveau social le plus bas (Ph 2, 6-11).

* Discours, langage , parole : le même mot grec -logos- peut, selon le contexte, recevoir le sens de « langage » ou « discours », ou le sens de « parole », au sens biblique du terme : parole efficace qui fait ce qu’elle dit, parole-adressée-à. De 1, 17 à 1, 18 Paul passe intentionnellement du sens du « discours ou langage de sagesse » au sens de « la parole ou message de la croix ».

* Gaiüs : compagnon de voyage de Paul, Ac 19, 29; hôte de Paul et de toute l'Église à Corinthe (Rm 16, 23)

* Kêphas = Pierre est connu à Corinthe, peut-être y est-il passé ; il jouit du prestige du surnom (Roc) que lui a donné Jésus pour signifier sa responsabilité ecclésiale (Mt 16, 18-19) ; Paul connaît ce fait.

* sagesse : se réfère à la philosophie du monde grec, souvent vulgarisée par des philosophes ambulants, stoïciens, épicuriens (cf. Ac 17, 18) ; l’inspiration stoïcienne était dominante ; la sagesse est aussi l’apanage du judaïsme avec une dominante plus religieuse.

* Stephanas : la maison de Stéphanas (1 Co 16, 15. 17), premiers convertis de la province d'Achaïe, capitale Corinthe ; volontaires pour présider à l'Église de Corinthe ; écrivent à Paul et viennent le consulter à Ephèse.


¨Textes des Ecritures

Pour documenter la demande des signes par les Juifs (Ecclésiastique 36,2-9) :

Lève ta main contre les nations étrangères et qu'elles voient ta puissance.
Comme à leurs yeux tu t'es montré saint contre nous,
de même à nos yeux montre-toi grand contre eux.
Qu'elles te connaissent, comme nous avons connu,
qu'il n'y a pas d'autre Dieu que toi, Seigneur.
Renouvelle les prodiges et fais d'autres miracles,
glorifie ta main et ton bras droit,
réveille ta fureur, déverse ta colère,
détruis l'adversaire, anéantis l'ennemi,
hâte le temps, souviens-toi du serment,
que l'on célèbre tes hauts-faits.



II - ET MAINTENANT AU TEXTE

Relisez bien le début (1,10-17) : Qu'est-ce que Paul trouve le plus choquant dans la division des Corinthiens ? Quel lien Paul fait-il entre le baptême et la croix du Christ ?

En quoi « la croix du Christ » serait-elle réduite à néant par « la sagesse du langage » (1, 17) ?

Dans l'argumentation des v 18-25, repérez les différents groupes de personnes que Paul met en scène devant le message de la croix. Relevez les verbes qui les caractérisent. Qu'est-ce qui commande les prises de position des opposants ? En quoi sont-ils déroutés ?

Faites attention à ce que Paul dit au v 19 - 25 de la « stratégie » de Dieu pour conduire au salut : n'y a-t-il pas un tête-à-queue révélateur de la véritable image de Dieu ?

En quoi le choix de Dieu pour constituer une Église à Corinthe (1, 26- 31) s'accorde-t-il avec le choix de Dieu de sauver les croyants par la Croix ?



III - PISTES POUR ACTUALISER

Laisser le texte de Paul nous interroger dans notre monde face à l'Évangile, et nous dire son actualité.

A qui nous arrive-t-il de ressembler parmi les personnages de ce texte ?
«Scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs »

Qu'est-ce qui nous choque, nous aujourd’hui, à partir de notre mentalité, dans le message de la Croix ? Qu'est-ce qui est salutaire dans ce choc ?

Qu'est-ce que ce texte nous dit de l'identité de l'Evangile ? De la figure du Dieu de Jésus-Christ ?




IV - PISTES POUR LA PRIERE

Un refrain pour ouvrir le temps de prière :
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ,
Alléluia ! » (A. Gouzes)

DEUX CHANTS AU CHOIX (à chanter ou à méditer)


1er chant : Ce qu’il y a de fou dans le monde - Communauté du chemin neuf

Ce qu’il y a de fou dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi.
Ce qu’il y a de faible dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi !

Viens, Esprit de feu, viens Esprit d’amour,
Viens Esprit de Dieu, viens nous t’attendons !


2ème chant : Toi qui nous a créés - D. Rimaud/Ph. Robert - Ref. Signe musique n° 30

Toi qui nous a créés dans ton premier amour, O Seigneur
pour que nous devenions ton corps ressuscité et le vrai sanctuaire,
nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Refrain : Gloire à toi Messie crucifié !
Gloire à Toi, scandale et folie pour ce monde !
Gloire à Toi, messie crucifié !
Sagesse et Puissance de Dieu !

Toi qui nous a choisis
quand nous n’étions pourtant que pécheurs,
pour que nous devenions le temple de l’Esprit, fait de pierres vivantes,
Nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Toi qui nous as cherchés quand nous étions perdus loin de toi,
pour que nous devenions le peuple racheté, ton Eglise en ce monde,
Nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Toi qui nous as tirés de nos prisons d’exil et de mort,
pour que nous entonnions le chant des libérés en mémoire de Pâques.
Nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Relire un passage du texte : v 18-25
puis chacun redit tel verset, telle expression qui fait sens pour lui …

Introduction au Notre-Père : Seigneur Jésus, Messie crucifié, puissance et sagesse de Dieu, avec toi aujourd’hui, avec tous ceux que ne sont ni sages ni puissants aux yeux des hommes, nous prions le Père :

NOTRE PERE



FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS


V - QUELQUES CLES DE LECTURE

1 - Les enjeux d'une Église divisée
(1,10-17)
(1, 10-17)
L'indignation de Paul se manifeste par des questions redoublées. Quelle image renvoie du Christ une Église divisée en se livrant au culte de la personnalité ? Est-il encore le véritable centre, Lui, le crucifié, lui au nom de qui seul on peut être baptisé, à qui seul on peut appartenir ? En effet le baptême n'a pas d'autre sens que de référer le croyant au Christ crucifié qui a donné sa vie pour lui, comme le montrent les questions parallèles : « est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? »

Paul a vite décelé derrière ces « courants » une déformation de l'Évangile et un déficit christologique. Chacun reconstruit l'Évangile à sa façon de la manière la plus séduisante et la plus recevable à son point de vue. Mais on perd de vue que l'Évangile n'est pas un beau discours religieux. C'est un événement, c'est une personne. C'est le message de la croix et la croix n'est pas un discours, ni un événement intégrable à un discours de sagesse. C'est pourquoi Paul a reçu la mission d'annoncer l'Evangile "sans la sagesse du langage », sans l'habileté d'un langage persuasif, mais par le paradoxe provoquant du message de la croix. D'un côté il n'y aurait que du « discours », du « langage » (17), de l'autre il y a une « parole » (18) qui atteint l'interlocuteur et le transforme s'il veut bien la recevoir.

Sans la sagesse du langage , pour que ne soit pas "vidée" la croix du Christ". Mot très fort : la croix du Christ ne doit pas être vidée de son importance, de sa signification unique et décisive pour le salut. Il ne faut pas que soit vidé ce vide qu'est la croix en le remplaçant par quelque importance humaine que ce soit. Il est impliqué dans la phrase de Paul qu'une annonce de l'Évangile qui utiliserait les artifices du discours, et même les ressources de la "sagesse", ferait écran à son véritable contenu et se substituerait à la croix du Christ comme source unique de salut. Ce qui est mis en question, ce n'est pas seulement l'habileté du discours, c'est la possibilité de rendre compte de l'Évangile par une présentation satisfaisante aux yeux de la sagesse humaine.


2 – Le choix de Dieu de réaliser le salut par la Croix (1, 18-25)* Un constat : le double effet de l'annonce évangélique (18)

Paul commence par constater la force de salut qui émane de « la Parole de la Croix ». L'événement de la Croix a besoin d'être porté à la parole, pour en proclamer le sens. Ce n'est pas la croix matériellement prise qui sauve, c'est la croix annoncée, proclamée comme acte de Dieu en vue du salut. Il ne s'agit pas d'un « discours », mais d'un message qui percute l'existence. Certes il y a ceux qui continuent de se perdre en marginalisant cette parole comme une ineptie, mais il y a ceux qui se mettent sur la voie du salut en la recevant par la foi (1, 18). Paul parle de « ceux qui sont sauvés », au sens de « ceux qui sont en voie d'être sauvés » par leur accueil de l'Évangile.

* L'éclairage de l'Écriture (19-20)

Pour éclairer ce constat, Paul recourt à l'Écriture (1, 19 = Is 29,14; Ps 33, 10), où l'on voit déjà que Dieu prend de court les prétendus sages par son oeuvre à lui, étrange, déconcertante. Il n'est pas conforme à ce que l'on croirait attendre d'un Dieu, mais c'est justement le signe de sa transcendance au cœur de l'histoire. Alors aujourd'hui, devant le Christ crucifié, est-il surprenant que toutes les espèces de sages, aussi bien les lettrés du judaïsme que les sophistes du monde grec, soient aux « abonnés absents » (1, 20)?

* La stratégie divine (21)

Dieu a décidé en effet de se passer du service de la sagesse. Il l'a décidé dans sa Sagesse à Lui, devant l'échec du monde à le connaître par les voies de la sagesse, c'est-à-dire par les signes de la création (Sg 13, 1). Le monde aurait dû connaître Dieu par les voies de la sagesse, mais il ne l'a pas fait, il n'est pas allé jusqu'à une « re-connaissance » existentielle qui l'aurait mis en rapport avec Lui (cf. Rm 1, 19-21). Alors Dieu a repris l'initiative et il a inversé le mouvement. Le texte de Paul nous met devant un véritable tête-à-queue :

Puisque, dans la Sagesse de Dieu,
(c'est-à-dire selon la sage disposition divine sur l'histoire du salut)
le monde
n'a pas connu
par la sagesse
Dieu,
Dieu a jugé bon
par la folie du message
de sauver
les croyantsCe n'est plus le monde qui va vers Dieu, c'est Dieu qui vient vers l'homme. Il y vient, cette fois, non plus par des chemins de sagesse, mais par la folie du message en la personne du Christ crucifié. C'est ainsi qu'il se révèle comme capable de sauver les croyants (1, 21). Et ne parlons plus seulement de « connaissance », mais de « salut ». Ne parlons plus seulement de « sagesse », mais de « puissance ».
Ce « tête-à-queue » n'est pas une incohérence. Il relève de la Sagesse de Dieu, qui respectant la liberté humaine, s'expose à l'échec, mais qui a prévu de rebondir sur cet échec pour aboutir au salut par des chemins imprévus. Cette sagesse et cette puissance n'ont rien de commun avec ce que le langage humain met habituellement sous ces mots. Quand il s'agit de la sagesse et de la puissance de Dieu, il vaut mieux parler de folie et de faiblesse, car alors on ne saurait les confondre avec la sagesse et la puissance des hommes. C'est bien justement faiblesse et folie qui ont été dans le Christ crucifié, la révélation de la puissance et de la sagesse de Dieu.

* Trois verbes, trois prises de position devant la Croix

Devant cette stratégie divine, Paul campe les réactions humaines. Trois groupes, trois verbes : les Juifs « demandent »; les Grecs « cherchent »; nous, les croyants de l'Évangile, soit juifs, soit Grecs : « nous proclamons ». Cette typologie est pertinente. Pour Paul le message de la Croix met en question les deux grandes fractions de l'humanité selon la représentation du judaïsme auquel émarge Paul : les Juifs et les Nations, ici les Grecs comme les représentants les plus qualifiés du monde cultivé (face aux barbares).

Les Juifs demandent des signes

En effet la caractéristique des Juifs est de compter sur la puissance de Dieu, du Dieu de l'Exode, de celui dont le bras n'est pas trop court pour sauver son peuple et son messie par des signes et des prodiges. Quand ils lui demandent des « signes », ce n'est pas forcément par incrédulité (comme les Pharisiens de l'évangile), au contraire ce peut être parce qu'ils ont une haute idée de sa puissance face à toutes les oppositions de ce monde à son dessein. Voir la prière de Ben Sirah, l‘Ecclésiastique 36,2-9, citée dans « Pour Lire ». Ils attendent que se renouvellent ses merveilles pour se révéler au monde comme le seul Dieu véritable.

Ils « demandent », ils sont des mendiants de Dieu. C'est beau ; mais que leur faut-il mendier ? Là est la question, à laquelle la Croix répond autrement. Ils le savaient et ils le savent encore dans leur histoire[2], mais la croix sera toujours déroutante. Elle est un « scandale », c'est-à-dire un obstacle sur le chemin, auquel on achoppe. Un Christ crucifié : il y a là une prise de position polémique sur l'identité du véritable Christ, du véritable Messie, du Christ de Dieu : de celui qui, dans l'espérance d'Israël, devait procurer la libération et le salut. Paul nous met ici devant le même conflit d'interprétation que celui qui se reflète dans le récit évangélique : lorsque Pierre vient de professer au nom du groupe des disciples : Tu es le Christ. Mais quel Christ ? C'est alors que Jésus commença de leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'Homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté, mis à mort ... avant de ressusciter. Pierre ne comprend pas, il repousse vivement cette figure du Christ, mais Jésus le réprimande : il traite Pierre de Satan, ses vues sont tout humaines, elles ne sont pas celles de Dieu (Mc 8,27-33). Le scandale de Pierre devant cette annonce de Jésus dans le récit évangélique est typique du scandale du Juif devant le message de la Croix dans l'annonce apostolique.

Les Grecs cherchent

Quant aux Grecs, ils ne prient pas, ils « cherchent »; ils font fonctionner leur intelligence pour comprendre le monde, pour atteindre la sagesse, pour contempler ce qui est beau et s'unir au divin. Mais en quoi la vue d'un crucifié pourrait-il les y conduire ? Pour un Cicéron, c'est une image tellement horrible qu'il ne faut même pas la mettre sous les yeux d'un citoyen romain. « Crucifié » et « divin » sont incompatibles. « Evénement singulier » et « sagesse » sont incompatibles. Car ce n'est intégrable à aucun système, à aucune synthèse. Un événement reste un événement, aurait-il en lui-même un message à livrer ? Accorder une importance à un fait divers comme l'exécution d'un crucifié ne peut avoir aucun rapport avec la recherche de la sagesse. Peut-être un exemple de patience ? Mais y voir la source d'un salut ? C'est bien plutôt une ineptie.



Nous proclamons :

Nous, c'est-à-dire à la fois nous les apôtres et tous les croyants de l'Évangile, d'entre les Juifs et d'entre les Nations, nous proclamons, nous ne pouvons que proclamer ; car il ne s'agit pas d'une théorie, mais d'un événement singulier dans lequel Dieu s'est révélé. Israël le sait, Dieu se révèle dans l'histoire. Nous ne pouvons le déduire de rien, nous ne pouvons qu'en prendre acte et en témoigner, quand Dieu se dit dans un Messie crucifié. Dieu est venu à l'homme dans cet événement. Et certes, on n'a pas fini de comprendre ce qu'il signifie; en bien d'autres passages de ses lettres, Paul exalte l'amour de Dieu qui s'est révélé dans la Croix du Christ. Ce Christ crucifié se révèle être à la fois puissance et sagesse de Dieu aussi bien pour les Juifs que pour les Grecs (réunis cette fois dans la même expérience) à partir des fruits de la proclamation évangélique (signe de sa résurrection, Paul ne le dit pas ici, mais il en est convaincu).



3 – La convocation d'une Église à Corinthe (1, 26-31)A côté de la Croix, à l'ombre de la Croix, dans le discours de Paul, se tient l'Église. Paul continue de déployer sous les yeux des Corinthiens la stratégie divine. Il les invite à regarder comment Dieu, par son appel, par son élection, a constitué leur Église. Regardez qui vous êtes. Par trois fois Paul répète « Dieu a choisi », « Dieu a choisi », « Dieu a choisi ». De même qu'il avait jugé bon de sauver les croyants par la folie du message, de même il a choisi d'appeler à constituer son Église ce qui « n'existe pas ». Tous les « sans » : les sans culture, les sans pouvoir, les sans naissance. Certes il y en a quelques autres, mais pas beaucoup. Ce choix est provocant. Sa logique est de relativiser, et même de réduire à néant, les prétentions de quiconque s'imaginerait être au niveau du don de Dieu. Celui-ci est sans proportion avec quelque qualification humaine que ce soit. Certes tout croyant authentique en a conscience, mais cela devient plus visible et plus sensible quand l'existence chrétienne surgit là où on ne l'attendait pas : sous la figure de l'insignifiance sociale. C'est la même stratégie de victoire de la puissance et de la sagesse divines que dans la croix du Christ. Là aussi Dieu s'y prend par les moyens faibles et les moyens fous. Mais alors personne n'ira faire le fier devant Dieu. Tous vous reconnaîtrez que c'est de par Dieu, de par la grâce de Dieu, que vous « existez en Christ Jésus ». Vous qui avez tant soif d'existence sociale reconnue, comprenez que vous « existez », quand vous êtes appelés à entrer en communion avec le Christ, « qui est devenu pour nous (dans l'événement pascal) sagesse et justice et sanctification et rédemption ». Le mouvement amplifié de la péroraison se termine par une citation de l'Écriture empruntée à Jérémie. Le prophète dénonçait déjà l'assurance en soi-même en des termes très proches de ceux de Paul (sagesse, pouvoir, richesse): « Que le fier mette sa fierté dans le Seigneur » (Jr 9, 22).






4 - Le ministère apostolique de Paul à Corinthe
(2, 1-5)Après un tel parcours, Paul n'a aucune peine à montrer qu'il ne pouvait pas faire autrement, et qu'il n'a pas fait autrement, que de mettre ses pas dans les pas de Dieu, quand il est venu annoncer l'Évangile à Corinthe. Il le dit en référant son action à Dieu, au Christ et à l'Esprit.

A Dieu (le Père) : il n'a pas annoncé « le mystère de Dieu » - ce secret bien caché en Dieu qui devait se révéler dans la croix du Christ - avec le prestige du langage ou de la sagesse.
Au Christ : « je n'ai voulu savoir parmi vous que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » ; certes il a bien annoncé sa résurrection mais comme la glorification du Crucifié. Concentration extraordinaire du message sur la Croix.
Enfin relativement à l'Esprit : il n'a pas fait écran par les discours persuasifs de la sagesse à celui qui, seul, est à l'origine de la foi : l'Esprit saint. L'annonce de l'Évangile s'est faite dans « une démonstration d'Esprit, de puissance », autrement dit une manifestation de la puissance de l'Esprit; c'est-à-dire, comme en 1 Th 1, 5, grâce à l'assurance que donnait l'Esprit pour annoncer un tel Evangile, humainement si déroutant, et grâce à l'accueil que ce même Esprit suscitait chez les auditeurs de ce message. Autrement la foi reposerait sur des techniques humaines, et pas sur la puissance de Dieu, et alors elle ne serait pas fondée. Paul passe encore ici, en finale, du registre du discours au registre de l'acte, du registre de la sagesse au registre de la puissance. Car encore une fois l'Évangile est événement.






[1] Traduction TOB modifiée P.B.
[2]"Les SS pendirent deux Juifs et un adolescent devant les hommes du camp, rassemblés. Les hommes moururent rapidement, l'agonie de l'adolescent dura une demi-heure. "Où est Dieu? où est-il?" demanda quelqu'un derrière moi. Comme l'adolescent se débattait encore au bout de la corde, j'entendis l'homme appeler de nouveau: "Où est Dieu maintenant?. Et j'entendis une voix répondre en moi: Où est-il? Il est ici...Il est pendu au gibet". (Elie WIESEL,cité par Moltmann, Le Dieu crucifié, p 319). Texte révélateur à double titre: parce qu'il exprime bien la portée positive de cette demande de signes : où est Dieu? le silence de Dieu est-il supportable devant une oppression qui passe la mesure? - et parce qu'il exprime une réponse qui est déjà celle du message de la Croix, ce qui montre bien qu'il y a déjà dans la foi juive de quoi accueillir le message de la croix. Dans la théologie juive de la Shekinah (l'Habitation divine), le Dieu d'Israël se révèle comme celui qui communie à la détresse de son peuple, à son exil, à ses souffrances

FICHE THEMATIQUE 3

LA NAISSANCE D'UNE EGLISE A THESSALONIQUE

IERE LETTRE DE SAINT APUL AUX THESSALONICIENS
(1-2)




LE TEXTE :

Lettre 1 aux Thessaloniciens 1-2



Adresse (1, 11)

1 Th 1-1 Paul, Silvain et Timothée à l'Église des Thessaloniciens qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous grâce et paix.

Action de grâces : vous (1, 2-10)

2 Nous rendons continuellement grâce à Dieu pour vous tous quand nous faisons mention de vous dans nos prières ; sans cesse, 3 nous gardons le souvenir
de votre foi active,
de votre amour qui se met en peine,
et de votre espérance persévérante,
qui nous viennent de notre Seigneur Jésus Christ, devant Dieu notre Père,
4 sachant bien, frères aimés de Dieu, qu'il vous a choisis.
5 En effet, notre annonce de l'Évangile chez vous n'a pas été seulement discours, mais puissance, action de l'Esprit Saint, et plein succès. Et c'est bien ainsi, vous le savez, que cela nous est arrivé chez vous, en votre faveur.
6 Et vous, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, accueillant la Parole en pleine détresse, avec la joie de l'Esprit Saint: 7 ainsi, vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d'Achaïe. 8 De chez vous, en effet, la parole du Seigneur a retenti non seulement en Macédoine et en Achaïe, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s'est si bien répandue partout que nous n'avons pas besoin d'en parler. 9 Car chacun raconte, en parlant de nous, quel accueil vous nous avez fait,
et comment vous vous êtes tournés vers Dieu
en vous détournant des idoles,
pour servir le Dieu vivant et véritable
10 et pour attendre des cieux son Fils
qu'il a ressuscité des morts, Jésus,
qui nous arrache à la colère qui vient.







Comportement des apôtres : nous (2, 1-12)

2-1 Vous-mêmes le savez bien, frères, ce n'est pas en vain que vous nous avez accueillis. 2 Mais, alors que nous venions de souffrir et d'être insultés à Philippes, comme vous le savez, nous avons trouvé en notre Dieu l'assurance qu'il fallait pour vous prêcher son Évangile à travers bien des luttes.

3 C'est que notre prédication ne repose pas sur l'erreur,
elle ne s'inspire pas de motifs impurs,
elle n'a pas recours à la ruse.
4 Mais Dieu nous ayant éprouvés pour nous confier l'Évangile,
nous prêchons en conséquence ;
nous ne cherchons pas à plaire aux hommes, mais à Dieu qui éprouve nos coeurs.
5 C'est ainsi que jamais nous n'avons eu de paroles flatteuses, vous le savez,
jamais d'arrière-pensée de profit, Dieu en est témoin, 6 et jamais nous n'avons recherché d'honneurs auprès des hommes, ni chez vous, ni chez d'autres, 7 alors que nous aurions pu nous imposer, en qualité d'apôtres du Christ.
Au contraire, nous avons été au milieu de vous pleins de douceur, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu'elle nourrit. 8
Nous avions pour vous une telle affection que nous étions prêts à vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais même notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers. 9 Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues: c'est en travaillant nuit et jour, pour n'être à la charge d'aucun de vous, que nous vous avons annoncé l'Évangile de Dieu. 10 Vous êtes témoins, et Dieu aussi, que nous nous sommes conduits envers vous, les croyants, de manière sainte, juste, irréprochable.
11 Et vous le savez : traitant chacun de vous comme un père ses enfants, 12 nous vous avons exhortés, encouragés et adjurés de vous conduire d'une manière digne de Dieu qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire.[1]



FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE

Une fondation-éclair

Paul avait entrepris un voyage apostolique à partir d'Antioche de Syrie, voyage au cours duquel il avait traversé le centre et l'ouest de la Turquie actuelle, puis était passé en Macédoine et en Grèce ; au terme il devait séjourner un an et demi à Corinthe en 50-51. Il n'avait pas entrepris ce voyage seul, mais avec deux compagnons, Sylvain (ou Silas) et Timothée (qu'il s'était associé en cours de route). C'est au cours de ce voyage que les trois missionnaires avaient fondé une Église dans le grand port de Thessalonique en Macédoine (actuellement Salonique). La grande majorité de ces nouveaux croyants étaient des non-juifs. Paul n'avait pas pu rester avec eux aussi longtemps qu'il aurait été nécessaire pour affermir et compléter leur première formation. Il avait même dû déguerpir rapidement pour échapper à des embûches suscitées par des juifs hostiles à la foi qu'il prêchait. Il avait cherché plusieurs fois à revenir chez eux, mais en vain.

Une lettre d'action de grâces

Arrivé à Athènes, n'y tenant plus, inquiet de les savoir en butte à des tracasseries et des persécutions capables d'ébranler leur foi, il avait renvoyé Timothée en arrière prendre de leurs nouvelles et les encourager à tenir bon. Lorsque Timothée revient, il retrouve Paul à Corinthe et lui apporte de « bonnes nouvelles » : la confirmation que l'Évangile annoncé à Thessalonique a bel et bien pris en plein milieu païen. Paul avec ses deux compagnons en est tout réconforté, comme « évangélisé » (3, 6) par ceux qu'ils avaient évangélisés. C'est alors que « Paul, Sylvain et Timothée » envoient à Thessalonique une lettre où explose l'action de grâces à Dieu pendant trois chapitres, tandis que les deux derniers chapitres répondent à des questions de foi et de vie chrétiennes.

Le premier écrit du Nouveau Testament

La Première Epître aux Thessaloniciens se trouve être le premier écrit chrétien du Nouveau Testament (bien avant la rédaction finale des évangiles). Elle date de 50/51. D'où son grand intérêt pour la connaissance de la foi chrétienne qui se répand déjà en plein milieu gréco-romain, chez les juifs de la Diaspora et chez les non-juifs, vingt ans à peine après la crucifixion de Jésus.

Nous vous proposons de lire l'adresse de la lettre et le premier moment d'action de grâces, qui se présente comme une relecture de ce que les apôtres ont vécu quand ils ont fait leur entrée à Thessalonique pour y annoncer l'Évangile. Dans cette relecture, alternent le « vous » et le » nous » : comment vous avez reçu l'Évangile et comment nous nous sommes comportés parmi vous. Il ne s'agit ni de flatterie ni d'auto-glorification, mais de relecture de l'œuvre de Dieu à travers l'action et le comportement des uns et des autres. Et cette relecture est un encouragement et une indication pour le chemin à poursuivre maintenant.




Structure littéraire de l'extrait proposé : (1,1-2,12)

Adresse (1, 1) : auteurs[2] et destinataires
A - Action de grâces (1, 2-10) :
Ø pour le plein succès de l'Évangile à Thessalonique (1, 2-5)
Ø pour le rayonnement de la foi des Thessaloniciens (1, 6-10)

B - Relecture du comportement des apôtres (2, 1-12)
Ø des apôtres qualifiés par leurs épreuves (2, 1-4)
Ø des apôtres désintéressés (amour maternel) (2, 5-8)
Ø des apôtres engagés (amour paternel) (2, 9-12)

¨ Lexique :

* Église : au singulier ou au pluriel (les Églises), le mot désigne ordinairement dans le langage de Paul les communautés locales. Origine du mot : ek-klèsia en grec ; mot dont la racine est le verbe « kalé-ô » = appeler, convoquer. Les « églises » sont des communautés qui répondent à la « convocation » divine sur la base de la foi en Jésus. En se désignant ainsi les communautés chrétiennes se distinguaient des « synagogues » (réunion, lieu de réunion) du judaïsme. Les premières communautés chrétiennes empruntent le terme au langage grec des assemblées de citoyens et au langage de la Bible grecque, qui désignait ainsi l'assemblée convoquée par Dieu pour recevoir sa Parole au Sinaï (« l'Église du désert », Ac 7, 38).

* L'Évangile : la « Bonne Nouvelle » qui annonce le Christ mort et ressuscité comme événement du salut: il est « l'Évangile de Dieu », parce que Dieu en est l'origine et en fait la force de transformation de la condition humaine : il est « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1, 16)

* Macédoine, Achaïe (Grèce) : deux provinces romaines, respectivement au nord et au sud; la Macédoine ancienne avait pour capitale Thessalonique, aujourd'hui Salonique; l’Achaïe avait pour capitale Corinthe, port double sur l'Egée et l'Adriatique. Paul implante l'Évangile dans les centres urbains d'où il rayonnera.

* La Colère à venir : manière humaine de parler de Dieu; il ne se met pas en colère, mais la rupture de l'alliance avec Lui entraîne la privation des biens du salut. La « colère de Dieu » dit l'incompatibilité entre Dieu et le peuple pécheur. « La Colère à venir » désigne le Jugement final sous cet aspect négatif. Israël y échappe par la conversion (cf. prédication de Jean-Baptiste, Mt 3: 7-10). La foi chrétienne reprend ce thème à l'adresse de tous les hommes :ils peuvent tous y échapper par la foi en Jésus

* Philippes : colonie romaine en Macédoine (voir la fondation d'une communauté chrétienne à Philippes en Ac 16, 12-40). Paul y a été prisonnier et battu de verges, juste avant d'arriver à Thessalonique.

*Prosélyte : «celui qui s'approche », le non-juif qui s'intéresse à la foi et la morale d'Israël ; il peut aller jusqu'à l'intégration au judaïsme par la circoncision, ou rester un sympathisant, participer au culte synagogal; dans ce cas le NT parle des « craignant-Dieu » ou des « adorateurs / adoratrices / de Dieu.

Synagogue : lieu de réunion de prière des communautés juives ; on y lit et commente les Ecritures

II - ET MAINTENANT AU TEXTE

Lire une première fois le texte d'affilée (1, 1 – 2, 12), comme on lit avec intérêt une lettre que l'on vient de recevoir. Ensuite revenir aux différents moments de la lettre :

Ne pas télescoper l'adresse (1, 1) : elle dit déjà des choses sur les auteurs et les destinataires. Comment comprenez-vous la désignation de « l'Église des Thessaloniciens en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ »? Que signifie cette double relation ?

Qu'est-ce qui caractérise une Église naissante selon l'image que Paul renvoie d'eux-mêmes aux Thessaloniciens en 1, 2-10 ? Leur place dans le dessein de Dieu, leur style de vie, le contenu et le rayonnement de leur foi ?

Quels sont les traits du comportement apostolique que les apôtres tiennent à mettre en relief (2, 1-12) ? Pourquoi?

Si l'Esprit-Saint n'est pas mentionné dans l'adresse, il l'est dans l'action de grâces et dans la relecture de la mission apostolique : quels rôles lui sont attribués ? Qu'est-ce que cela dit de la mission et de l'existence chrétienne ?



III - PISTES POUR ACTUALISER


« Votre foi qui agit, votre amour qui se donne de la peine, votre espérance qui tient bon ... », « la Parole du Seigneur a retenti de chez vous en tout lieu » :
quel sang neuf peut apporter à nos communautés ecclésiales cet éloge de Paul ?

« Frères aimés de Dieu … vous avez été choisis » : que voyez-vous naître de nouveau au sein de nos communautés ecclésiales ? et au-delà ?

« Vous nous avez imités, nous et le Seigneur... » (1, 6) : comment le mystère
pascal marque-t-il nos vies ? La vie de nos communautés ?





IV - PISTES POUR LA PRIERE


Un refrain pour ouvrir le temps de prière :

« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! »
(A. Gouzes)


Psaume 116 : à lire ou à chanter (CNA page 140)


Antienne : « Allez dire au monde entier les merveilles de Dieu »

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
Fêtez-le, tous les pays !
Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
Eternelle est la fidélité du Seigneur !


Lecture d’un autre passage de Paul : Lettre aux Romains 15,7-13


Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. Je l’affirme en effet, c’est au nom de la fidélité de Dieu que Christ s’est fait serviteur des circoncis, pour accomplir les promesses faites aux pères ; quant aux païens, ils glorifient Dieu pour sa miséricorde. Selon qu’il est écrit : « C’est pourquoi je te célébrerai parmi les nations païennes, et le chanterai en l’honneur de ton nom ». Il est dit encore : « Nations, réjouissez-vous avec son peuple ». Et encore : « Nations, louez toutes le Seigneur, et que tous les peuples l’acclament ». Esaïe dit encore : « Il paraîtra, le rejeton de Jessé, celui qui se lève pour commander aux nations. En lui les nations mettront leur espérance ». Que le Dieu de l’espérance vous comble de joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint.


Introduction au Notre-Père : Père c’est ton Fils qui nous rassemble dans la joie de l’Esprit Saint. C’est lui qui fait de nous une communauté. Avec lui, avec tous ceux qui mettent leur espérance en lui, nous te disons :



NOTRE PERE



FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS



V - QUELQUES CLES DE LECTURE


1 - Naissance d'une Eglise (1,1)Une Église* est née à Thessalonique. La mission a consisté à faire surgir dans cette ville une communauté originale de foi et de vie. C'est à la communauté comme telle que les trois apôtres écrivent. C'est la vie ecclésiale qui leur importe. Le « nous » des apôtres fait face au « vous » de la communauté.
Cette Eglise est née en plein monde païen. D'après le récit des Actes des apôtres (17, 1-9), Paul a commencé par la synagogue* et il y a trouvé des adhérents à l 'Evangile, soit parmi les Juifs, soit parmi les païens qui sympathisaient avec la foi juive. Mais l'Évangile n'a pas tardé à toucher majoritairement les non-juifs, puisque Paul dit à ses correspondants qu'ils se sont détournés des idoles. Ce passage de l'Évangile du seul monde juif au monde des Nations est un événement. Jusque là, il y avait des prosélytes*, c'est-à-dire des non-juifs agrégés au judaïsme par la circoncision ou des sympathisants du judaïsme (« adorateurs de Dieu », « craignant-Dieu »).
Maintenant est apparue une communauté de type inédit qui peut rassembler Juifs et non-juifs sur la seule base de la foi en Jésus. Paul désigne « l'Église des Thessaloniciens » comme une Église « en Dieu le Père et le Seigneur Jésus-Christ », c'est-à-dire qu'elle a été et demeure constituée comme Église à partir de la convocation de Dieu, le Père - c'est Lui qui la rassemble par son appel - et en vertu de sa communion avec Jésus-Christ, le Seigneur. Elle n'est donc pas une oeuvre humaine. Paul ne dit pas encore ici que l'Église est le « corps du Christ » (il le dira en 1 Corinthiens). Mais déjà il exprime sa dépendance vitale à l'égard du Seigneur Jésus. Le titre de « Seigneur » lui convient en tant qu'il est le Ressuscité, pleinement associé à Dieu le Père comme source du salut.

La nouveauté qui apparaît dans la naissance de l'Église des Thessaloniciens, c'est que les païens sont aimés de Dieu. « Frères aimés de Dieu » (1, 4), dit le judéo-chrétien Paul à ces païens convertis. Avant d'être aimés de Paul comme des frères, ils se sont révélés à lui comme « aimés de Dieu », et il a reconnu en eux les signes de « l'élection » : Dieu les a choisis par amour. Ce sont des mots très forts, qui, jusqu'à présent, caractérisaient la relation du peuple d'Israël avec Dieu ; maintenant ce ne sont plus seulement les fils d'Israël qui sont « élus » et « aimés », mais aussi les gens des nations.

A quoi Paul a-t-il reconnu que ces païens sont « aimés » et « choisis » ? A ce que l'Évangile a été annoncé chez eux avec plein succès. En effet, dit Paul, l'Évangile que nous vous avons fait entendre n'a pas consisté seulement en paroles (il y en a eu, certes, pour dire la foi), mais il s'est produit sous la forme d'une intervention puissante de l'Esprit-Saint. A quoi Paul fait-il référence par ces mots ? La « puissance », au singulier, ne fait pas allusion aux « miracles », mais à la force divine déployée pour produire le salut. Il y avait disproportion entre l'Évangile et les forces humaines, soit celles des apôtres pour l'annoncer, soit celles des auditeurs pour le recevoir; mais l'Esprit-Saint a été la puissance de l'Evangile de Dieu chez les uns et chez les autres. Les apôtres ont été pleinement engagés (malgré leurs épreuves antérieures) et les nouveaux croyants ont été transformés dans leurs convictions et dans leur vie. C'est cela « le plein succès » (traduction préférable à «certitude absolue») de l'Évangile à Thessalonique (1, 5). Paul fera souvent référence dans ses lettres à la disproportion entre la faiblesse humaine de l'apôtre et la force de l'Évangile qu'il porte. Cette disproportion signe l'engagement de Dieu dans l'investissement des apôtres.

2 – Le trio : foi, amour, espérance (1,3)
(1,Quand Paul rend grâces à Dieu pour l'accueil de l'Évangile à Thessalonique, il caractérise la vie des nouveaux croyants par trois mots-clés : foi, amour, espérance. Ce trio va devenir classique pour parler de l'existence chrétienne[3]. La foi ouvre le croyant à la vie du Christ en lui ; elle le fait participer à l'amour qui vient de Dieu, qui s'est exprimé dans le Christ jusqu'au don de lui-même sur la croix, et qui devient maintenant pour le croyant sa manière d'aimer. Cette vie de foi et d'amour génère l'espérance, parce qu'elle atteste au croyant qu'il est aimé de Dieu (cf. Rm 5, 5).

Paul ne dit pas simplement : « foi, amour, espérance », il dit « l'agir de la foi », « le labeur de l'amour », « la constance de l'espérance (1,3). Il dit ce qui les rend authentiques. Quel est « l'agir » de la foi ? On peut penser naturellement aux fruits qu'elle porte dans la vie (conversion, service, amour, diverses formes d'engagement, cf. Ga 5, 6 : « la foi qui agit par l'amour »). Il n'est pas interdit de penser aussi, dans le contexte de notre épître, au rayonnement de la foi sur l'environnement proche et lointain (cf. 1, 8). Quant à l'amour, Paul le désigne en grec par le mot « agapè » : amour gratuit et désintéressé, fait de respect et d'estime de l'autre, amour qui n'attend pas la valeur mais qui la crée, à l'image de l'amour de Dieu pour l'homme. Le trait caractéristique de l'agapè, c'est de se donner du mal, sans en rester aux bons sentiments. L'espérance enfin se caractérise par sa capacité d'endurance : elle résiste sous les épreuves qui pourraient entamer la confiance dans la Promesse, elle ne se désiste pas, elle « tient sous » l'épreuve.
La foi, l'agapè et l'espérance – et pas seulement l'espérance – sont dites « de Jésus-Christ ». C'est-à-dire qu'elles prennent leur source et leur norme en lui. C'est de lui désormais que nous tenons la possibilité de croire, d'aimer, d'espérer ; c'est lui qui, dans sa vie terrestre et dans l'événement pascal, a inauguré ce style de relation à Dieu, fait de confiance et de donation de soi absolues.


3 – Un style de vie marqué par le mystère pascal (1, 6)Un nouveau « modèle [4]» de vie est apparu. Quand Paul écrit aux croyants de Thesssalonique qu'ils ont imité les apôtres et le Seigneur Jésus, et qu'à leur tour ils sont devenus un modèle (un « type ») pour tous les croyants de Macédoine et de toute la Grèce, il ne se place pas au point de vue moral, comme si ces nouveaux croyants étaient devenus des champions de vertu. Mais au point de vue du style d'existence inauguré par la Pâque du Christ. C'est-à-dire qu'ils accueillent la Parole « au milieu de bien des épreuves », mais que ces épreuves deviennent pour eux le lieu de la joie pascale, celle que donne l'Esprit-Saint. Paul lui-même dira qu'il surabonde de joie au milieu des épreuves (2Co 7, 4). Pourquoi ? Parce qu'en communiant à la Passion du Christ il est certain d'être uni à sa gloire. C'est en cela que consiste le nouveau « modèle ». Le style de vie des chrétiens est un style « pascal », qui connaît nécessairement l'épreuve et la souffrance, en raison même de la fidélité à la Parole ; mais qui au sein même de l'épreuve connaît la joie d'être conduit et habité par l'Esprit-saint, ce qui est gage d'espérance. Remarquons déjà deux mentions de l'Esprit, dans ce court passage : il est à l'origine de la foi et de la joie pascales.

Ce style pascal inscrit les nouveaux croyants dans la grande tradition qui vient des prophètes, du Seigneur Jésus, des apôtres, des Églises de Judée ; et maintenant l'Église de Thessalonique prend le relais ; elle hérite d'une histoire ; c'est ce que lui dit Paul dans un second moment d'action de grâces (2, 14-15). Il est frappant de constater qu'aux yeux de Paul ces nouveaux croyants sont d'entrée de jeu mis en communion avec le mystère pascal et que, de ce point de vue, ces novices de la foi en sont déjà des modèles.

4 – La rumeur de Thessalonique
(1, 8 - 10)


Si l'Évangile engendre une Église, cette Église à son tour rayonne l'Évangile. Paul fait état ici de ce qu'on pourrait appeler « la rumeur de Thessalonique ». Sa foi est maintenant connue « partout ». Les gens savent l'accueil fait au message apostolique, ils le disent eux-mêmes. Paul en résume les données fondamentales :

- se tourner vers Dieu, et de ce fait, se détourner des idoles (d'abord le positif, ensuite le négatif); cela fait partie de l'annonce de l'Évangile en milieu non-juif ;

- ce changement radical d'orientation amène à « servir le Dieu vivant et vrai», service qui n'est plus simplement « cultuel » comme dans « la religion », mais qui consiste dans l'orientation de toute l'existence vers la Venue de son Fils ;

- « attendre son Fils » n'est pas une attente passive, mais au contraire une vie de foi, d'amour et d’espérance, comme Paul le précisera plus loin en 5, 7. Dans la prédication de Jésus, c'était le Royaume de Dieu qui était annoncé et attendu comme tout proche ; dans la prédication apostolique, la Venue de Jésus prend la place de l'avènement du Royaume : le Royaume, c'est Lui.

- Paul ne parle pas du « retour du Christ», mais de « sa Venue »; elle est rendue possible, depuis que Dieu l'a ressuscité des morts : la résurrection de Jésus n'est pas mentionnée ici pour elle-même, mais pour l'avenir qu'elle a ouvert. Quant à la croix, elle est seulement implicite dans ce raccourci (elle est impliquée dans « ressuscité des morts »); Paul lui donnera beaucoup plus de place (la place centrale, décisive) dans les épîtres suivantes (1 Co, Ga).

- Enfin est prononcé le nom bien humain de ce Fils de Dieu : Jésus ; il n'est pas un être mythique, comme il y en avait beaucoup dans les religions orientales, grecques et romaines; notre épître est celle qui emploie le plus souvent le nom de « Jésus » sans lui accoler aucun titre (Christ, Seigneur).

- Sa Venue sera victorieuse et libératrice à l'égard du mal et de l'injustice qui opprime l'humanité. Elle est future, elle est attendue, mais Jésus est « celui qui nous libère », déjà au présent : présent de certitude, présent de définition (il est le libérateur), présent d'anticipation. Il nous libère « de la Colère qui vient », c'est-à-dire qu'il nous permet d'échapper aux conséquences désastreuses qui s'abattraient finalement sur un monde en rupture d'alliance avec Dieu (voir le Lexique sur « la Colère »). Les croyants n'ont plus à redouter quelque catastrophe finale ; ils ne vivent plus dans la peur, mais dans l'espérance et la confiance.


5 - Le style de vie des apôtres dans l'annonce de l'Évangile (2, 1 - 12)Dans la relecture, les apôtres tiennent à rappeler quel a été leur comportement au milieu des gens. Il ne s'agit pas pour eux de se vanter, mais de se démarquer des nombreux prédicateurs et philosophes ambulants, qui, souvent, cherchaient le profit, la gloriole ou les aventures suspectes. Si les apôtres tiennent à s'en démarquer, c'est d'abord pour encourager les croyants à maintenir leur confiance dans l'Évangile qui leur a été annoncé: il n'est pas une doctrine frelatée.
Pour l'annoncer à Thessalonique, il leur fallait trouver en Dieu leur assurance, vu les souffrances, les injures et les outrages qu'ils avaient subies à Philippes*. Mais c'est précisément à travers les épreuves que Dieu les a testés et qualifiés au plus intime de leur cœur, et il continue de le faire.

Par ce rappel et cette relecture de leur comportement, les apôtres indiquent aussi à leurs correspondants comment poursuivre le travail commencé. Il y a un style d'annonce de l'Évangile qui correspond à son contenu, c'est-à-dire le souci de la vérité, la motivation de l'amour, la gratuité de l'annonce. Paul l'exprime au moyen d'images : l'amour maternel de la mère et de la nourrice, l'amour paternel qui éduque par l'exemple, les appels, les exhortations, les encouragements. L'autorité des apôtres s'est exercée dans la douceur; ils n'ont pas « pesé » sur la communauté ; ils ont gagné leur vie par le travail ; c'est un point d'honneur auquel Paul tient absolument (cf. 1Co 9). Ce comportement traduisait un amour qui joignait le don de soi (risquer sa propre vie) au don de l'Évangile, comme un « plus », comme s'il pouvait y avoir un « plus » que l'Évangile; mais l'Évangile de l'amour de Dieu peut-il être annoncé sans aimer ? Bien plus, Paul dira qu'il reçoit l'Évangile quand il l'annonce, et c'est en cela qu'il se trouve payé (1 Co 9, 15-23). Raison de plus pour l'annoncer gratuitement.



[1] Traduction TOB modifiée P.B.
[2] Remarquer que Paul, Sylvain et Timothée se présentent collégialement comme les trois co-auteurs de la lettre; Paul ne se met pas à part ni au-dessus, bien qu'il ait des choses personnelles à dire (cf. 3, 5)
[3] - Dans cet ordre ou dans un ordre différent (1 Th 1, 3 ; 5,8 ; 1Co 13, 13; Ga 5, 5-6 . Ces « vertus » sont dites « théologales », parce qu'elles traduisent dans l'existence humaine la participation à la vie de Dieu lui-même (et pas seulement un bel humanisme).
[4]- comme on parle aujourd'hui d'un nouveau modèle de fabrication, d'une nouvelle mode vestimentaire ou, mieux, d'un style de vie.

FICHE THEMATIQUE 2



« J’AI TOUT PERDU POUR GAGNER CHRIST »

La Nouveauté Chrétienne

Lettre de Saint-Paul aux Philippiens (3,1-16)





LE TEXTE :

Lettre aux Philippiens 3,1-16

1 Au reste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur : je n’éprouve aucun ennui à vous écrire les mêmes choses, et pour vous, c’est une sécurité.
2 Prenez garde aux chiens! prenez garde aux mauvais ouvriers! prenez garde aux partisans de la mutilation! 3 Car les vrais circoncis, c'est nous, qui rendons notre culte par l'Esprit de Dieu, qui plaçons notre gloire en Jésus Christ, qui ne nous confions pas en nous-mêmes.
4 Pourtant, j'ai des raisons d'avoir aussi confiance en moi-même. Si un autre croit pouvoir se confier en lui-même, je le peux davantage, moi, 5 circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d'Hébreux; pour la Loi, Pharisien;
6 pour le zèle, persécuteur de l'Église; pour la justice qu'on trouve dans la Loi, devenu irréprochable.
7 Or toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. 8 Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu'est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur.

À cause de lui j'ai tout perdu,
et je considère tout cela comme ordures
afin de gagner Christ
9 et d'être trouvé en lui,
non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi,
mais avec celle qui vient par la foi du Christ,
la justice qui vient de Dieu et s'appuie sur la foi.
10 Il s'agit de le connaître, lui,
et la puissance de sa résurrection,
et la communion à ses souffrances,
de devenir semblable à lui dans sa mort,
11 afin de parvenir, s'il est possible, à la résurrection d'entre les morts.

12 Non que j'aie déjà obtenu tout cela ou que je sois déjà devenu parfait ; mais je m'élance pour tâcher de le saisir, parce que j'ai été saisi moi-même par Jésus Christ.
13 Frères, je n'estime pas l'avoir déjà saisi. Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, 14 je m'élance vers le but, en vue du prix attaché à l'appel d'en haut que Dieu nous adresse en Jésus Christ.
15 Nous tous, les «parfaits», comportons-nous donc ainsi, et si en quelque point vous vous comportez autrement, là-dessus aussi Dieu vous éclairera. 16 En attendant, au point où nous sommes arrivés, marchons dans la même direction.
[1] Traduction TOB, modifiée P.B.

FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE


Quand ça chauffe ...

Paul a fondé une Eglise à Philippes en Macédoine au cours du 2ème voyage missionnaire, qui l'a conduit jusqu'à Corinthe. Philippes était une colonie romaine, peuplée de vétérans de l'armée. Il y avait aussi une communauté juive, peu nombreuse ; Paul y a rencontré des femmes, hors synagogue, rassemblées pour la prière au bord d'un cours d'eau. Il a été invité chez Lydie, une « adoratrice de Dieu », c'est-à-dire une prosélyte, marchande de pourpre, qui s'est convertie avec toute sa maison (Ac 16,11-15). Des non-juifs ont été gagnés à l'Évangile. A Philippes, Paul a subi des outrages (1Th 2,2), d'après les Actes (16, 16-40) il y a connu une nuit de prison. Mais la communauté s'y est développée et a soutenu, même financièrement, la mission paulinienne ; que Paul en ait accepté de l'argent était une marque de grande confiance mutuelle. Il lui a été d'autant plus pénible d'apprendre, pendant son séjour à Ephèse (53-56), que même à Philippes des menées judaïsantes* tentaient de détacher la communauté de son fondateur. Heureusement les liens entre elle et l'apôtre étaient si forts, que ce sera peine perdue. Il en reste cependant une page de l'épître aux Philippiens qui prend vivement à parti les « faux ouvriers », traités de « chiens » (c'est l'injure traditionnelle des juifs envers les païens, mais elle est lancée ici contre des judéo-chrétiens : cela nous en dit long sur les tensions entre groupes chrétiens des origines ...); ils sont dits partisans de « la mutilation », terme injurieux pour parler de la circoncision. Nous mesurons à de pareils accents que Paul n'était pas toujours « un petit saint », doux, jamais violent, et surtout que l'enjeu de pareils conflits, le maintien de l'Évangile « sans la Loi », ouvert aux Nations, était un enjeu extrêmement chaud.

L'identité chrétienne

La question est abordée ici, non plus sous l'angle de l'autorité apostolique de Paul comme en Galates, mais sous l'angle de la vie dans « la justice », c'est-à-dire de ce qui est fondamental pour tout croyant : qu'est-ce qui l'ajuste à la volonté de Dieu.
Paul pose la question : qui sont les véritables circoncis ?
En transposant dans un langage moderne, on dirait : « qu'est-ce qu'un juste ? »,
« qui est juste ? ».
Ceux dont le signe d'appartenance à Dieu est inscrit dans la chair ? Non, mais ceux dont l'existence humaine est remodelée par l'Esprit de Dieu : nous, les croyants de Jésus-Christ. C'est pour illustrer ce que l'on pourrait appeler « la nouvelle frontière de la justice » que Paul en appelle à son itinéraire spirituel. Il est passé, lui, le Pharisien irréprochable, d’un type de « justice» recherchée dans la pratique de la Loi, à une justice qui consiste à entrer en communion avec le Christ pascal. Ce passage est « exemplaire » de tout devenir chrétien. Dans cette mise au point, au-delà de la polémique, nous avons à recevoir une très profonde définition de l'identité chrétienne.



¨ Lexique :

* chiens : épithète injurieuse des juifs à l’égard des non-juifs (cf. Mt 15, 26) ; ici Paul la retourne contre des judéo-chrétiens, qui voulaient imposer la circoncision aux croyants des nations.

* connaître : « le connaître » (lui, le Christ) : il s’agit d’une connaissance vitale, qui comporte communion de toute l’existence ; c’est bien ce qu’exprime la suite du v. 10.

* mauvais ouvriers : désigne ici les « ouvriers » de l’Evangile » qui, selon Paul, font mal le travail en voulant imposer les règles du judaïsme aux non-juifs convertis. Ce sont des judéo-chrétiens que nous désignons comme les « judaïsants »

* foi du Christ : avec le verbe croire, il est clair que Paul parle de l’acte de croire en Christ, avec l’idée d’un mouvement vers Lui ; quand Paul emploie le substantif « foi » et le complément « du Christ », on peut hésiter et traduire soit « la foi au Christ », au même sens qu’avec le verbe ; soit « la foi du Christ », au sens où il s’agirait de la « fidélité » du Christ à Dieu dans le don total de soi. De toutes manières, la foi qui fonde la *justice (qui ajuste l’homme au dessein de Dieu) consiste à prendre appui sur le Christ, et non pas sur soi-même.

* judaïsants : voir « mauvais ouvriers »

* parfaits : allusion aux membres de la communauté qui veulent être des croyants « accomplis » ; ils ne le seront que dans la mesure où ils imiteront Paul dans la conscience de courir une course toujours inachevée.


II - ET MAINTENANT AU TEXTE

Quel portrait religieux Paul fait-il de lui-même avant sa conversion ? Quels étaient ses « avantages » ? Vous pouvez comparer avec ce qu'il dit aussi de lui dans l'épître aux Galates, 1, 13-14 (fiche 1)

Dans quel domaine veut-il situer le changement ? Quelles images emploie-t-il pour décrire l'événement ?

Quelle idée se fait-il maintenant de sa relation à Dieu et au Christ ? Faites attention aux oppositions qu'il formule aux v 7-10, à l'équivalence qu'il établit entre « justice » et « connaissance du Christ », et en quoi consiste cette « connaissance » ?


III - PISTES POUR ACTUALISER

« Le Christ m’a saisi »
« Tout perdre pour gagner Christ »
« Le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection » …

De quelle nouveauté de vie ces paroles de Paul sont-elles révélatrices pour moi ? Laquelle m’atteint le plus vivement ?
Tout perdre pour gagner le Christ, qu’est-ce que ça évoque pour moi ?

IV - PISTES POUR LA PRIERE

Un refrain pour ouvrir le temps de prière :
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! »
(A. Gouzes)

Chant : Dieu qui nous appelles à vivre (K158 CNA n° 547)

1 - Dieu, qui nous appelles à vivre
Aux combats de la liberté, ( bis) Pour briser nos chaînes Fais en nous ce que tu dis !Pour briser nos chaînes Fais jaillir en nous l´Esprit !

2 - Dieu, qui nous apprends à vivre
Aux chemins de la vérité,(bis)
Pour lever le jour Fais en nous ce que tu dis !
Pour lever le jour Fais jaillir en nous l´Esprit !

3 - Dieu, qui nous invites à suivre
Le soleil du Ressuscité,(bis) Pour passer la mort Fais en nous ce que tu dis !Pour passer la mort Fais jaillir en nous l´Esprit !

4 - Dieu, qui as ouvert le livre
Où s´écrit notre dignité,(bis),Pour tenir debout Fais en nous ce que tu dis !Pour tenir debout Fais jaillir en nous l´Esprit !

Deux textes au choix :

« Au soir de cette vie,
je paraîtrai devant vous
les mains vides,
car je ne vous demande pas, Seigneur,
de compter mes oeuvres.
Toutes nos justices ont des taches
à vos yeux.
Je veux donc me revêtir
de votre propre Justice
et recevoir de votre Amour
la possession éternelle
de Vous-même »
Thérèse[1]
Ô Jésus vivant en Marie,
venez et vivez en vos serviteurs,
dans votre esprit de sainteté,
dans la plénitude de votre force,
dans la perfection de vos voies,
dans la vérité de vos vertus,
dans la communion de vos mystères;
dominez sur toute puissance ennemie,
dans votre Esprit à la gloire du Père. Amen
J.-J/ OLIER[2]

Introduction au Notre-Père : Saisis par le Christ Jésus, oubliant le chemin parcouru et tout tendus en avant, nous unissons notre prière à la sienne pour dire :

NOTRE PERE

FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS



V - QUELQUES CLES DE LECTURE

1 – Un événement passé toujours présent et agissant

Ce que Paul a compris dans l'instant de sa conversion, il ne cesse de le vivre dans le cours de sa vie personnelle et apostolique. Si bien que dans cette relecture de Ph 3, on ne peut plus départager clairement les mots qui se rapportent à l'expérience originelle et ceux qui se rapportent à la vie présente de l'Apôtre. Quand il dit: « j’ai considéré comme une perte » tout ce qui faisait ma fierté de juif (3, 7), il parle certes de ce qui est arrivé dans sa conversion au Christ; mais cela ne peut pas être seulement un fait passé, cela reste toujours présent et actif dans tous les choix qu'il doit faire et qu'il fait actuellement : «j’ai considéré comme une perte ... bien plus je considère tout comme une perte… ». Ce « continu » fait tellement corps avec l'événement, que celui-ci est à peine distingué dans la relecture comme un moment précis; on l'entrevoit seulement dans ce mot dit en passant, mais lourd de sens, évocateur de toute une histoire : le Christ « l'a saisi » (3, 12). Paul « poursuivait » le Christ en persécuteur. Mais, comme dans les courses du stade, le Christ poursuivait Paul, il l'a rattrapé et l'a saisi. Maintenant c'est Paul qui court après le Christ dans une course sans repos pour tâcher de rejoindre (dans la résurrection, si possible !) et de « saisir celui par qui il a été saisi ».

2 –« Tout perdre pour gagner Christ »

L'évènement de Damas a provoqué un changement de regard sur ce qui faisait à juste titre la valeur religieuse et la fierté de Paul le Pharisien. Les convertis sont portés à déprécier leur passé au regard de la vie nouvelle qu'ils ont découverte. Ils en sont tellement éblouis qu'ils le rejettent dans l'ombre. C'est bien ce que Paul fait ici. En ce qui concerne ce passé, Paul relève tout ce qui faisait sa fierté juive :

a) ce qu’il a trouvé « dans le berceau » :

circoncis dès le 8ème jour (donc sans retard sur les prescriptions de la Loi)
de la lignée d’Israël (pas un prosélyte venu des nations)
de la tribu de Benjamin, celle qui a donné son premier roi à Israël, Saül, dont il a reçu le nom lors de la circoncision
Hébreu, fils d’Hébreu, il appartient de naissance au monde culturel de la terre d’Israël par opposition à la culture grecque de la Diaspora.

b) ce qu’il s’est donné lui-même comme qualification religieuse :

quant à la Loi, un Pharisien (ce fut son option parmi les courants du judaïsme, le plus engagé dans la recherche de la sainteté)
quant à la passion jalouse pour Dieu, persécuteur de l’Eglise ; l’engagement des « zélotes » au sens religieux du terme faisait un devoir de corriger sévèrement ceux qui s’écartaient de la pratique de la Loi
quant à la Loi, c’est-à-dire quant à sa pratique, Paul fait sonner le mot : irréprochable. « La Loi » et le zèle pour la Loi, c'était tout lui.




Mais alors, ce qui était considéré comme un « plus » est maintenant considéré comme un «moins » ; en langage commercial, la colonne « des gains » passe dans la colonne des «pertes ». L’opérateur de changement, c’est la découverte du Christ, de l’excellence de la connaissance du Christ ; ce n’est pas l’échec à pratiquer la Loi[3]. Paul parle encore au présent de ce qui a pu faire sa fierté dans le judaïsme : « Pourtant j’ai des raisons d’avoir aussi confiance en moi-même … » ; cela n’est pas évacué de sa conscience ; mais il en parle à partir de la nouvelle évaluation qu’il en fait à partir de sa rencontre du Christ. « La super-excellence de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur » lui fait considérer sa qualification pharisienne comme une « perte » dans la mesure où, dans la satisfaction qu’elle lui donnait, elle l’empêchait de s’ouvrir à la nouveauté du Christ. Paul renchérit dans un langage très fort, excessif, qui est celui des convertis : « je considère tout (pas seulement mon comportement de Juif zélé) comme des ordures, des déchets », pas seulement comme une perte. Sa conversion au Christ a consisté à « tout perdre » pour « gagner Christ ».


3 – « Gagner Christ, ou plutôt être trouvé en Lui »

Gagner Christ ? Disons plutôt « être trouvé en lui » (3,9). De l'actif au passif. Cette correction de langage est significative du changement de centre de l’existence : le centre n’est plus « moi », mais « le Christ ». Ou encore le centre n’est plus la Loi, la justice de la Loi, qui pouvait être mienne, mais le Christ dont je reçois la justice que Dieu veut pour moi. Le croyant se trouve complètement déraciné d’une prétendue autonomie, pour «être trouvé » (par Dieu - passif divin) au jugement final, mais aussi dès maintenant, « en Christ », membre du Christ.
C'est par ce décentrement que Paul caractérise son nouveau rapport à la justice*, et, par le fait même, la nature de cette justice (9-11) :

non plus un « avoir », une justice qui serait « ma justice » ; mais une justice de relation ;
non plus « la justice qui provient de la Loi » : un « faire », une œuvre, l’engagement « zélé » de moi-même ; mais un accueil : « la justice qui se communique par la foi du Christ*» : faire confiance au Christ et prendre appui sur la fidélité du Christ lui-même dans le don de sa vie ;
« cette justice-là, je ne me la procure pas moi-même, elle vient de Dieu », elle
prend appui sur « la foi ». Ce qui est le contraire de prendre appui sur soi-même.
Le judaïsme, déjà, confessait que « la foi » est le principe de la justice ; mais la nouveauté consiste dans le fait que la foi de l’homme est déterminée désormais comme « foi au Christ », et comme remise de soi à « la foi du Christ » (sa fidélité, son obéissance jusqu’à la mort).

Il est important de remarquer que Paul ne fonde pas son adhésion au Christ sur le déficit de sa pratique juive; c'est la découverte du Christ qui, après coup, dévalue sa pratique antérieure.



4 – La connaissance du Christ Jésus

Quelle est en effet cette justice « venant de Dieu » ?
Paul la définit aussitôt comme «la connaissance du Christ Jésus», et celle-ci à son tour
est déclinée au sens existentiel de la communion à sa mort et à sa résurrection (v.10-11). La définition se fait par paliers :

La nouvelle justice consiste à « connaître » le Christ,
«Connaître le Christ» consiste à entrer en communion avec sa personne et son chemin pascal :
« le connaître Lui,
et la puissance de sa résurrection
et la communion à ses souffrances,
configuré (continuellement) à sa mort
pour parvenir, si possible, à la résurrection d’entre les morts »

Désormais « la justice » (ce qui ajuste l’homme à Dieu) se définit en termes de communion de destin avec le Christ pascal. Il est notable qu'ici Paul commence par parler de l’expérience de la puissance de sa résurrection. Parce que c’est d’abord cela que Paul a expérimenté sur le chemin de Damas. La communion à ses souffrances et à sa mort est encadrée par les deux mentions de sa résurrection. La première se rapporte à la puissance du Ressuscité capable de transformer un opposant, et même un persécuteur, en un croyant. La seconde se rapporte à l’aboutissement de l’itinéraire pascal dans lequel le croyant se trouve engagé en communiant aux souffrances et à la mort du Christ. En effet la résurrection eschatologique a revêtu en la personne du Christ Jésus la figure de la glorification du Crucifié. La résurrection des croyants doit nécessairement porter cette figure pascale. Mais c’est bien elle qui est le terme visé. Il ne s'agit pourtant pas d’un processus « automatique », mais de la réponse gratuite de Dieu au don gratuit du croyant comme du Christ. C’est pourquoi Paul dit, afin de parvenir, si possible, à la résurrection d’entre les morts : « Rien n'est dû, tout est don ».

5 – Une course sans retour en arrière

Au terme de cette description de la justice reçue de Dieu par la foi, Paul marque la différence avec la justice de la Loi : il pouvait jadis s'estimer « irréprochable » (3, 8). Maintenant c'est impossible : « non que je sois devenu parfait / accompli » (« 3, 12); il est engagé dans une course sans repos, tant qu'il n'aura pas saisi le Christ par qui il a été saisi. Une seule chose compte précisément : ne jamais se retourner en arrière pour voir où l'on en est ; c'est alors que nous serons des gens accomplis.

On peut schématiser le passage de l'avant » à « l'après » de la manière suivante :
AVANT

irréprochable
poursuivant l’Eglise de Dieu
(course-poursuite au sens de la persécution)

assurance en soi-même

une justice mienne qui viendrait de la Loi
APRèS

Non que je sois devenu parfait
je poursuis ma course
(course-poursuite pour rejoindre le Christ)

« parvenir si possible »

justice qui est par la foi du Christ
justice venant de Dieu et fondée sur la foi
justice de communion au Christ pascal



[1] Thérèse de l'Enfant-Jésus dans : « L'Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux » (Oeuvres complètes, Cerf 1997, p 963)
[2] Prière de Jean-Jacques OLIER (17ème siècle)
[3] « Sa prédication n’est pas née d’un échec » (J.-F. COLLANGE).

FICHE THEMATIQUE I

FICHE 1



« DIEU M’A REVELE SON FILS »

Lettre de Saint-Paul aux Galates (1,11-24)





LE TEXTE :

Lettre aux Galates 1, 11- 24



1, 11Je vous le déclare, frères : cet Évangile que je vous ai annoncé n'est pas simplement humain ; 12et d'ailleurs, ce n'est pas par un homme qu'il m'a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus Christ.

13Car vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme: avec quelle frénésie je persécutais l'Église de Dieu et je cherchais à la détruire; 14 je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères.

15Mais, lorsque celui qui m'a mis à part depuis le sein de ma mère et m'a appelé par sa grâce a jugé bon 16 de révéler en moi son Fils afin que je l'annonce parmi les non-juifs, aussitôt, sans consulter personne 17sans même monter à Jérusalem pour voir ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie, puis je suis revenu à Damas.

18Ensuite, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Képhas et je suis resté quinze jours auprès de lui, 19sans voir cependant aucun autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur. 20Ce que je vous écris, je le dis devant Dieu, ce n'est pas un mensonge. 21Ensuite, je me suis rendu dans les régions de Syrie et de Cilicie. 22Mais mon visage était inconnu aux Églises du Christ en Judée;
23simplement, elles avaient entendu dire : «celui qui nous persécutait naguère annonce maintenant la foi qu'il détruisait alors», 24et elles glorifiaient Dieu à mon sujet
.[1]




FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS




I - POUR LIRE


Un évangile et un apôtre contestés

L'épître aux Galates est la plus vive et la plus intense des lettres de Paul. Le ton polémique s'explique par les campagnes de diffamation et de dénigrement qu'il essuie de la part de missionnaires judéo-chrétiens qui estiment devoir refaire l'évangélisation des communautés pauliniennes pour les mettre dans le droit chemin. Ils refont la mission sur ses talons. Paul est à peine arrivé à Ephèse après avoir visité pour la seconde fois les Églises de Galatie (région actuelle d'Ankara), qu'il apprend les menées subversives des « faux frères ». On veut leur imposer les pratiques du judaïsme sous prétexte d'en faire de vrais fils d'Abraham. Quant à Paul, il n'aurait aucune autorité personnelle pour annoncer l'Évangile qu'il annonce, tel qu'il l'annonce: sans la Loi, sans la circoncision. N'est-il pas qu'un missionnaire de second ordre, qui devrait se montrer soumis aux autorités de Jérusalem ? Or il se permet d'annoncer un évangile au rabais, d'inspiration purement humaine. C'est pour couper court à ces accusations que Paul réagit en faisant état de ce qui lui est arrivé sur le chemin de Damas : Dieu lui a révélé son Fils pour qu'il l'annonce parmi les Nations. C'est de cette révélation fulgurante du Fils qu'il tient à la fois toute son autorité apostolique, sans rien devoir à personne, et la compréhension de l'Évangile comme bénédiction offerte à tout homme, indépendamment de la soumission à Loi, par la seule foi au Christ.

Paul se défend en racontant

Pour le montrer, il évoque le changement radical survenu dans son itinéraire de Juif ardent à défendre la religion des Pères. S'il est devenu apôtre du Christ, il ne peut l'attribuer qu'à l'initiative absolument gratuite de Dieu. Il va donc rappeler ce qu'était son engagement dans le judaïsme avant le chemin de Damas, engagement violemment opposé au mouvement chrétien. Il dira en une phrase seulement (et une phrase subordonnée circonstancielle de temps : « Quand il a plu à Dieu de me révéler son Fils ... ») le retournement opéré en lui par la grâce de Dieu.
Puis il déroulera sous les yeux du lecteur ce qui a suivi ce moment décisif :
son premier engagement apostolique en « Arabie », immédiatement, avant tout contact avec quelque autorité chrétienne que ce soit;
sa première montée à Jérusalem seulement trois ans après, pour les premiers contacts avec ceux qui étaient apôtres avant lui (Pierre et Jacques);
enfin son départ en Syrie et Cilicie (Antioche et Tarse), ce qui le tenait éloigné physiquement des Églises de Judée, mais non de leur estime et de la louange qu'elles adressaient à Dieu pour sa conversion. Cette séquence démontre son indépendance humaine et sa dépendance de Dieu seul pour ce qui relève de son annonce de l'Evangile.

On le voit : l'avant et l'après tiennent plus de place dans le récit de Paul que l'instant même de la conversion. C'est d'eux qu'il tient son relief. Mais dans sa brièveté il est d'un poids théologique considérable, que nous devrons examiner à la lumière des allusions qu'il recèle.

Proposition (11-12) : Paul tient son Evangile d'une « révélation de Jésus-Christ »

Argumentation sous forme de récit (13-24) :
- Avant le chemin de Damas : Paul persécuteur de l'Église de Dieu (13-14)
- Après le chemin de Damas : première annonce de l'Évangile aux Nations;
rencontre de Pierre et Jacques ensuite seulement, éloge des Églises judéo-
chrétiennes de Judée (17-24)
- Entre les deux : « la révélation du Fils » (15-16)








Lexique :

* Arabie : non pas toute la péninsule arabique, mais le territoire des Nabatéens, commerçants caravaniers, qui s'étendait de Damas à Pétra, approximativement la Jordanie actuelle ; Arétas IV, roi des Nabatéens, était à ce moment-là en conflit armé avec le roi juif Hérode Antipas de Galilée ; cela doit expliquer que l'initiative apostolique de Paul dans ce territoire ait tourné court et qu'il ait été pris à partie, lui le Juif, par la police d'Arétas jusque dans Damas.

* Galates : cousins des Gaulois ; tribu celte qui avait émigré en Asie Mineure au 3ème siècle avant J.C. principalement dans la région de l’actuelle Ankara.

* Grâce : amour gratuit de Dieu, qui est tour à tour « connaissance », prévenance, élection, appel, fidélité, pardon.

* Kêphas : surnom araméen donné par Jésus à Simon pour signifier sa responsabilité à l'égard de son Église. Il est intéressant de trouver ce surnom connu et attesté par Paul, bien avant la rédaction des évangiles.

* « Révélation » : mot familier de la langue des « apocalypses » dans le judaïsme du temps de Paul. Sens étymologique de « dévoilement » de ce qui est caché en Dieu de toute éternité jusqu'à ce qu'il soit dévoilé aux derniers temps. C'est l'événement du salut final qui, en se réalisant, le dévoilera. Pour Paul, dire qu'il a bénéficié d'une « révélation », qui est la révélation de Jésus-Christ, c'est dire plus qu'une révélation particulière quelconque, c'est dire qu'il a été mis en relation avec ce dévoilement final (de fait le Christ ressuscité).

* « Traditions des pères » : expression de la Loi orale, chère aux Pharisiens aussi importante que la Loi écrite; elles sont censées dériver toutes deux de Moïse au Sinaï




¨Textes des Ecritures (A.T.) : deux vocations prophétiques auxquelles Paul se réfère :

Jérémie 1-4 La parole du Seigneur s'adressa à moi: 5«Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais; avant que tu ne sortes de son ventre, je t'ai consacré; je fais de toi un prophète pour les nations.»

Isaie 49-1Écoutez-moi, vous les îles, soyez attentives, populations du lointain: le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel, dès le ventre de ma mère, il s'est répété mon nom. 2 Il a disposé ma bouche comme une épée pointue, dans l'ombre de sa main il m'a dissimulé. Il m'a disposé comme une flèche acérée, dans son carquois il m'a tenu caché... 6Il m'a dit : « C'est trop peu que tu sois pour moi un serviteur en relevant les tribus de Jacob, et en ramenant les préservés d'Israël ; je t'ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu'à l'extrémité de la terre. »


II - ET MAINTENANT AU TEXTE

1 – L'avant et l'après

Ø Qu'est-ce que le récit de «l'avant » Damas (v 13-14) révèle des raisons de l'opposition de Paul au mouvement chrétien ? En quoi ce récit prépare-t-il ce que Paul va dire de sa mission ?

2 – L'événement lui-même (v 15-16, sans oublier les v 11-12)

Ø Quels sont les traits de l'expérience spirituelle que Paul dit avoir vécues dans cet événement ?
Ø Comment la caractérise-t-il ?
Ø Quel en est l'auteur, la forme, le contenu, la finalité ?
Ø Quel changement de regard sur Jésus ? (comparer avec Ga 3, 13)
Ø Quel lien peut-il mettre entre la révélation qui lui est faite et l'objet de la mission qui lui est confiée ?

3 – Pourquoi et en quoi Paul compare-t-il son appel à celui du prophète Jérémie (1, 4-5) et à celui du Serviteur (Isaïe 49, 1-6) ?

Ø Quelle expérience fondamentale Paul pense-t-il avoir vécue comme eux et en quoi cette expérience l'ouvrait-elle à sa mission ?


III - PISTES POUR ACTUALISER

1 – Est-ce que je connais des personnes dont la vie a été transformée par une
rencontre avec le Christ ?

2- « La grâce de Dieu à mon égard » : que puis-je en dire ?

3-« Dieu a révélé son Fils en moi » ; quelle nouveauté est-ce pour moi, pour nous
aujourd’hui ?



IV - PISTES POUR LA PRIERE

Un refrain pour ouvrir le temps de prière :
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! » (A. Gouzes)

Un chant à chanter ou à lire : PEUPLE CHOISI D Rimaud / J. Crüger K64 CNA N° 543Dieu fait de nous en Jésus Christ des hommes libres ;Tout vient de lui, tout est pour lui, qu´il nous délivre.1 - Peuple de Dieu reçois de lui ta renaissance :Comme un pasteur, il te conduit où tout est grâce.3 - Peuple choisi pour annoncer une espérance,Montre ton Christ : il t´a chargé de sa présence.4 - Peuple choisi pour témoigner de l´Evangile,Laisse sa vie te ranimer aux sources vives.

Un Psaume : Psaume 138 (à lire ou chanter)- version liturgique :
« O mon Dieu tu me connais, ton amour me conduit »

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;de très loin, tu pénètres mes pensées.Que je marche ou me repose, tu le vois,tous mes chemins te sont familiers.Avant qu’un mot ne parvienne à mes lèvres,déjà, Seigneur, tu le sais.Tu me devances et me poursuis, tu m’enserres,
tu as mis la main sur moi.Savoir prodigieux qui me dépasse,hauteur que je ne puis atteindre !J’avais dit : « Les ténèbres m’écrasent ! »mais la nuit devient lumière autour de moi.Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre,et la nuit comme le jour est lumière !
Introduction au Notre-Père : Frères et sœurs, nous le sommes grâce à l’Evangile qui nous a été annoncé. Mis à part par le Père qui révèle en nous son Fils et veut le révéler, nous le prions :

NOTRE PERE



FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS



V - QUELQUES CLES DE LECTURE


1 – « Une révélation de Jésus-Christ » (1,12)

La thèse que défend Paul est qu'il ne doit à personne qu'à Dieu seul la connaissance de l'Évangile qu'il annonce. Il ne l'a reçue ni par tradition ni par catéchèse. Evidemment Paul connaissait bien quelque chose des positions des disciples de Jésus, et des choses déterminantes, sans quoi il ne les aurait pas persécutés. Mais Paul ne veut pas parler d'une simple information, ni même d'une simple conviction humaine. Il s'agit de bien plus pour lui. Il emploie un langage technique du milieu juif : le langage de « révélation » (« apocalypse », « dévoilement »). A la fin des temps Dieu révèlerait aux croyants ce qui était caché en Lui dès avant la création du monde; par exemple le Fils de l'Homme », sauveur des justes, « la Jérusalem céleste », la cité de la Paix définitive. Eh bien voici que Paul dit avoir émargé déjà à cette « révélation » finale (eschatologique) : elle était « la révélation de Jésus-Christ », la révélation dont Jésus est à la fois l'origine et le contenu. Sur le chemin de Damas, Paul a été abouché en quelque sorte à l'achèvement de l'histoire: il s'agissait du propre Fils de Dieu, comme don définitif fait à l'humanité. Plus précisément, au v. 15, l'auteur de cette révélation est « Dieu » (le Père) et l'objet en est : « son Fils en moi ». Cette révélation est pure grâce, elle a été faite à un opposant, à un persécuteur.

2 - « Je persécutais à outrance l'Église de Dieu » (13-14)

Les termes sont forts : sans parler d'emprisonnement ou de mise à mort, ils disent un acharnement, par des sévices et des châtiments corporels destinés à ramener les récalcitrants à l'obéissance à la Loi. C'est après coup que Paul désigne comme « l'Église de Dieu » ce mouvement chrétien dont il traquait les membres dans les synagogues. « L'Eglise de Dieu » c'est-à-dire la sainte communauté que Dieu seul peut rassembler aux derniers temps. Paul était donc en travers de l'œuvre de Dieu. Et cela en raison de son zèle intransigeant Il s'y opposait en vertu de son attachement passionné non seulement à la Loi écrite mais aussi aux « traditions des pères », c'est-à-dire la Loi orale qui précisait, actualisait, protégeait l'obéissance à la Loi écrite. C'est donc l'identité juive, telle que la comprenaient les plus religieux d'entre les juifs, les Pharisiens (cf. Ph 3), qui semblait à Paul menacée par le mouvement judéo-chrétien. Paul ne s'explique pas davantage sur cette incompatibilité; elle a dû lui apparaître surtout à partir de la manière dont le mouvement d'Etienne (Ac 6, 8-15) comprenait l'Évangile (relativisation du Temple et des lois de pureté, qui mettaient à part les Juifs des Nations). « Traditions des pères », « passion jalouse », « excellence dans le judaïsme », « persécution » donnent au jeune Paul d'avant Damas la figure du « zélote », qui n'hésite pas à sévir et faire le coup de main contre les Juifs renégats. Conclusion : ce n'est pas de lui-même que Paul se portait vers la foi au Christ Jésus.





3 – Quand il a plu à Dieu de révéler son Fils en moi (15-16)

Il y eut donc un changement d'époque pour Paul. [2]Et ce changement d'époque a consisté dans la révélation du « Fils » . « Dieu m'a révélé son Fils » ou, selon une traduction plus littérale : « Dieu a révélé son Fils en moi ». Voilà le retournement auquel Paul ne s'attendait pas. Jusque là, il considérait Jésus le crucifié comme un transgresseur maudit de Dieu, selon les mots de l'Écriture (Dt 21, 23 qu'il cite expressément en Ga 3, 13 « Maudit - par Dieu - celui qui pend au gibet »). Or voici que ce Jésus crucifié lui est révélé comme « le Fils », ce qui suppose à la fois relation intime et parfaite obéissance, le contraire de la transgression et de la malédiction. Et si Dieu a révélé son Fils en lui, lui a révélé son Fils comme destiné à vivre en lui (« ce n'est plus moi qui vis, mais Christ en moi », Ga 2, 20), alors Paul a compris que la Loi avait fait son temps (Rm 10, 4). Ce n'était pas la Loi, mais le propre Fils de Dieu qui était le don définitif, offert non seulement à Israël, au peuple de la Loi, mais à toute l'humanité, sur la seule base de la foi. C'est du moins ce que Paul formulera clairement plus tard dans ses écrits. Mais le germe en était là dans l'expérience du chemin de Damas.

4 - « Pour que je l'annonce parmi les Nations »

Paul a souligné cette articulation entre « la révélation du Fils » qui lui a été faite et son envoi aux Nations. Dieu, dit-il, m'a révélé son Fils « pour que je l'annonce parmi les nations », et de fait, poursuit-il, j'ai obéi aussitôt à cet appel de Dieu ; sans consulter personne, sans monter à Jérusalem, sur la seule base de cette révélation divine, « je suis parti en Arabie ». Si l'on s'en tient au contexte immédiat de la phrase de Paul, il ne s'agissait pas d'aller « faire retraite », mais bien d'obéir à la mission donnée par Dieu. Cette première mission l'a exposé à de sérieuses menaces, qui l'ont obligé non seulement à rentrer à Damas, mais encore à s'échapper de Damas pour, finalement, rejoindre quelque temps sa patrie d'origine, la Cilicie, dont Tarse était la capitale.
Si, en effet, le don ultime de Dieu n'est pas la Loi, mais le Fils, il n'y a plus de barrière socio-religieuse qui interdirait la proposition de l'Évangile sans l'obligation d'appartenir à Israël. Et cela ne met que plus en relief la grâce de Dieu qui est au fondement de la justice et du salut.

5 – « Appelé par sa grâce »

Paul relit l'événement spirituel du chemin de Damas comme une expérience forte de la grâce de Dieu, c'est-à-dire de son amour gratuit, sans aucun mérite antérieur, au contraire en situation de démérite, puisqu'il avait persécuté « l'Eglise de Dieu ». Et même il remonte plus haut dans la relecture de son histoire personnelle. Il n'y a pas eu seulement « l'avant-chemin de Damas », dans la vie « zélote » de Paul, mais « l'avant de l'avant », car « Dieu l'avait mis à part dès le ventre de sa mère » - donc avant tout mérite ou démérite – sans aucune prestation possible de sa part. Et c'est à partir de cette prévenance radicale, que, le moment venu, Dieu l'avait « appelé » à la foi par sa grâce, lui, le persécuteur de son Église.



En relisant ainsi son histoire, Paul l'interprète à partir des figures scripturaires du prophète Jérémie, « prophète pour les nations » (Jr 1,5) et du Serviteur de Dieu, appelé à être « la lumière des nations » (Is 49, 1-6). L'un et l'autre ont été l'objet d'un amour et d'une élection divine avant leur naissance; l'un et l'autre ont été choisis pour le service d'un dessein de Dieu qui, au-delà d'Israël, viserait les nations. Paul situe donc sa vocation apostolique dans la ligne de la vocation prophétique, et de la vocation de ces prophètes dont la mission était de révéler la portée universelle du dessein de Dieu, par Israël au delà d'Israël. « C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour ramener les tribus de Jacob, je ferai de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne les extrémités de la terre »(Is 49, 6).

Paul a vécu intensément son appel à la foi comme l'expression radicale de la grâce de Dieu à son égard. Cette expérience spirituelle personnelle est à la base de sa compréhension de l'Évangile comme « l'Evangile de la Grâce de Dieu ». Or, il y a un lien étroit entre le sens de la grâce et le sens de l'universalisme du dessein de Dieu. C'est parce que l'Évangile, comme don du Fils, est sans proportion avec quelque prestation humaine ou à quelque appartenance socio-religieuse que ce soit, qu'il peut être annoncé à tous. Le chemin de Damas a été pour Paul le chemin de la grâce, et le chemin de la grâce a été le chemin des nations.

[1] Traduction TOB, modifiée P.B.
[2] On peut rapprocher ce changement d'époque pour Paul de celui qui s'est réalisé pour toute l'humanité appelée à la foi : «Mais quand vint la plénitude des temps » Ga 4, 4). Là aussi il s'agit de l'apparition historique du « Fils ». L'humanité est passée en lui de l'heure de la minorité à la majorité
Année Saint Paul




A l'invitation du Pape Benoît XVI, l'Eglise Catholique vivra une année jubilaire centrée sur la personnalité de Saint Paul, de juin 2008 à juin 2009.
Celui que l'on appelle l'« Apôtre des Gentils » est le personnage le mieux connu de la première génération chrétienne en raison des Epîtres qu'il a écrites lui-même et par le récit de sa vie que Luc en donne dans les Actes des Apôtres. Mais il reste aussi mystérieux. D'une part, ces lettres ne couvrent qu’ une quinzaine d'années de sa vie. D'autre part, les Actes qui relatent son parcours sont écrits vingt ans après sa mort, avec la coloration apologétique de l'époque. Architecte du christianisme, missionnaire et épistolier inlassable, comment parler de Saint Paul sans passion ?
Cette année jubilaire Saint Paul, c'est l'occasion pour les chrétiens de découvrir sa vie et son message. La bibliothèque diocésaine offre une bibliographie aussi variée que possible sur sa personnalité, ses écrits ainsi que sur sa doctrine. Cette année jubilaire est une occasion pour tous de découvrir ou de redécouvrir la bibliothèque du diocèse.
Par ailleurs la Bibliothèque diocésaine recommande les sites des diocèses de Marseille et de Versailles qui offre des fiches thématiques pour l’étude et la méditation à partir des textes de saint Paul. Enfin le site de la Procure donne une excellente et complète bibliographie sur le sujet.

Contacts
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TRAVAILLER .... ET ETRE.PAUVRE

A la rue : Quand travailler ne suffit plus...

Présentation de l’ouvrage

A l’heure où le monde des bourses s’affolent, que les français s’inquiètent de la montée du chômage et que le Gouvernement vote le texte sur le RSA, les auteurs donnent la parole à ceux que l’ont appellent aujourd’hui pudiquement «les travailleurs pauvres». Certes ils ont un travail et un salaire ! Mais avec parfois 1200 euros par mois (comme beaucoup d’autres), ces derniers doivent se résigner à vivre dans des foyers, des caravanes ou même dans la rue : en effet ils n’ont pas accès à ce droit fondamental qu’est le logement. Ils errent donc dans les grandes villes (pas seulement Paris) à Marseille, Lille, Strasbourg ou Rennes. Les auteurs sont allés à leur rencontre pour les écouter et leur donner enfin le droit de d’exprimer ; ils racontent également le travail des associations qui travaillent à leur côté et interpellent les pouvoirs publics.
Parce que travailler ne suffit plus aujourd’hui pour vivre décemment voici une enquête sur une réalité de la France d’aujourd’hui. En sera-t-il de même dans le monde de demain ?



Biographie des auteurs

Véronique Vasseur est membre de l’Observatoire International des Prisons et travaille comme praticien hospitalier à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris ; elle est l’auteur de deux best-sellers : « Médecin-chef à la prison de la Santé » et « L’hôpital en danger ». Hélène Fresnel est journaliste indépendante et travaille sur des sujets de culture et de société.




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