mercredi 4 juin 2014

La mise au pas des écrivains : l’impossible mission de l’abbé Bethléem au XXè siècle
Jean-Yves Mollier
Paris, Fayard, 2014. 510 pages.

« C’est le livre qui fait les révolutions. Voilà ce qu’il faut répéter à satiété ». Voilà ce que fit l’abbé Bethléem.

L’abbé Bethléem (1869-1940) est surtout connu pour avoir publié en 1904 un brûlot : «  Romans à lire et romans à proscrire », futur best-seller. Mais la force de frappe de son magazine culturel, « la Revue des Lectures », qui parvint à s’imposer dans le paysage culturel de l’entre-deux guerres, l’est beaucoup moins. Ce grand intellectuel catholique, soutenu par le Saint-Siège, fut la bête noire des surréalistes qui refusaient ses oukases, et il n’hésita pas non plus à s’attaquer à Gide ou à Mauriac. Après sa mort, il inspira la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse qui tenta d’empêcher les jeunes éditeurs Pauvert, Losfeld ou Tchou, de publier Sade et les auteurs maintenus dans l’Enfer de la Bibliothèque Nationale.

Jean-Yves Mollier raconte avec brio l’histoire de cet abbé chargé de mettre au pas les écrivains –y compris catholiques– au XXè siècle, et de les contraindre à respecter les lois relatives aux bonnes mœurs. Menacée dans ses certitudes et ses croyances à l’époque de l’Encyclopédie, l’Église souhaitait reconquérir les âmes perdues et traquer le Mal partout où il sévissait. L’abbé Bethléem s’attaqua au roman, au théâtre, à l’opéra, à la bande dessinée, à l’annonce publicitaire et enfin au maillot de bain féminin, pourtant bien loin du sulfureux bikini de l’après-Seconde Guerre mondiale. Fondé sur un important dépouillement d’archives et de journaux, cet ouvrage édifiant montre que la censure, présente encore au XXIe siècle, et refuge de tous les extrémismes, doit beaucoup à l’abbé Bethléem, et au-delà de sa forte personnalité, à l’Église catholique et à sa difficulté à laisser l’individu déterminer librement sa destinée.

Spécialiste de l’histoire des livres et des médias, auteur de nombreux ouvrages, Jean-Yves Mollier a publié notamment Pierre Larousse et son temps (avec Pascal Ory, Larousse, 1995), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d’un empire (Fayard, 1999) et Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).


LOS CRISTEROS : UNE "VENDEE MEXICAINE"

Histoire du Christianisme Magazine -hors série – Printemps 2014
L'épopée des cristeros : 1926-1929 : une « Vendée mexicaine »

En 1926, un soulèvement populaire secoue le Mexique suite aux lois du président Callès, qui interdisent toutes pratiques religieuses dans l’ensemble du pays. Des hommes et des femmes de tous horizons, les Cristeros, vont alors risquer leur vie pour défendre leur liberté et lutter contre les persécutions menées par le gouvernement. Une des pages les plus sombres de l’Histoire du Mexique.
Il faut remonter au milieu du XIXè siècle pour comprendre le contexte général de cette révolte. En 1857 est promulguée une Constitution destiné à faire du Mexique un Etat moderne. Parmi ces lois de Réforme figurent celles concernant la laïcité et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ces lois, reprises dans la Constitution de 1917 ne seront appliquées que dans les régions où l’attachement au catholicisme est le plus faible mais rendent difficiles et conflictuelles les relations entre l’Etat et l’Eglise.
Mais l’élection en 1924 du Président Plutarco Calles met fin à une relative trêve entre l’Eglise et l’Etat. Il fait appliquer strictement les lois anticléricales sur tout le pays et surtout en 1926 une loi interdit le port de l’habit clérical et l’enseignement religieux dans les écoles. Profondément anticlérical le nouveau président ne cache sa volonté d’éradiquer toute influence de l’Eglise catholique. En réaction l’attitude de l’Eglise se durcit et en juillet 1926 l’Epsicopat vote la suspension du culte religieux. Après une résistance non-violente qui échoue tout bascule dans la violence.
Dès août 1926 des affrontements ont lieu entre l’armée fédérale et  ce que l’on va appeler « los cristeros ». Cette armée rebelle est surtout composée de paysans du Sud du Mexique, le Nord du pays (plus tournée vers les Etats-Unis et vers un modèle libérale) ne soutient guère ce mouvement armé.  L’épiscopat lui-même se désolidarise des Cristeros et préfère négocier avec le gouvernement mexicain par l’entremise d’un émissaire des Etats-Unis. Cette guerre qui aura fait de nombreuses dans les deux camps se termine en 1929 un accord : « los arreglos » : le culte redevient libre, l’enseignement religieux est autorisé dans les églises et les prêtres recouvrent leurs droits civiques.
La guerre aura fait environ 100 000 morts parmi les combattants (dont 60 000 pour les fédéraux). Le bilan est difficile à évaluer parmi la population civile. Cette guerre menée au nom du « Christ Roi » a ses martyrs : des prêtres, des laïcs. On peut dire que révolte l’a été pour la défense de la liberté religieuse au nom de la foi. Mais elle laissera ouverte de nombreuses cicatrices au sein de la nation mexicaine : il faudra attendre Jean-Paul pour que soient que soit  reconnus martyrs (morts pour leur foi) de nombreuses victimes de cette tragédie.

Pour comprendre le mouvement des Cristeros dans l’histoire du Mexique on peut de reporter à de nombreux ouvrages notamment ceux de Jean Meyer, le premier historien qui s’est intéressé à cet épisode de la construction de l’Etat mexicain contre l’Eglise..
MEYER, Jean. –La rébellion des Cristerois.. l’Eglise, l’Etat, le peuple dans la révolution mexicaine. – Paris, CLD, 2014.
MEYER, Jean. – La révolution mexicaine, 19140-1940. – Paris, Tallandier, 2014.
IANNACCONE, M. A. – Cristiada, l’épopée dei cristeros in messico. – Editions Lindau, 2014.
GREEN, Graham. -  Route sans lois. – Paris, Petite bibliothèque Payot, 1998.
GREEN, Graham. – La puissance et la gloire. – Paris, le Livre de poche.



SAINT LAURENT IMBERT : UN SAINT ENFANT DE LA PROVENCE

Saint Laurent Imbert (1796-1839)
Marignane-Séoul, le voyage sans retour
Françoise Fauconnet-Buzelin
Aix-en-Provence, Editions Frémur, 2014.



Parmi les 103 martyrs de Corée, canonisés en mai 1984 à Séoul par Jean-Paul II, on compte 93 Coréens et 10 missionnaires français. Parmi eux un enfant de Provence : Laurent Imbert (1796-1839).
Né à Marignane, dans une famille très pauvre, le jeune Laurent n’a d’autre horizon que la misère. Mais remarqué par son curé pour son intelligence et sa piété  il devient membre des Missions Etrangères de Paris
Envoyé il commence sa vie de missionnaire.
Nommé vicaire apostolique par Rome en 1836 il entre clandestinement en Corée en 1937. Il devient l’Evêque d’une jeune Eglise convertie au christianisme par des lettrés confucéens qui se sont convertis lors d’une ambassade en Chine.
Repliée sur elle-même, la Corée traque les étrangers et particulièrement les chrétiens. Après une vie de clandestinité Laurent Imbert est capturé et exécuté le 21 septembre 1839. Son martyr et celui de ses compagnons posent les fondations de l’Eglise dynamique en Asie.

S’il est vénéré en Corée saint Laurent Imbert reste peu connu dans son pays. L’ouvrage de Françoise Fauconnet-Buzelin répare cet oubli.

mardi 3 juin 2014

LE PAPE JEAN-PAUL II

"Je suis dans les mains de Dieu"Carnets intimesKarol WojtylaParis, Bayard, 2014.


Un livre contenant les notes personnelles du pape Jean-Paul II qui n’ont pas été brûlées après sa mort par son ancien secrétaire sera publié en Pologne le 5 février, a annoncé mercredi 22 janvier la maison d’édition Znak.
Dans son testament, le pape polonais a demandé de brûler ses notes personnelles, alors que le cardinal Stanislaw Dziwisz, son ancien secrétaire, aujourd’hui archevêque de Cracovie, a décidé de préserver certaines d’entre elles.
« Les notes et la correspondance qui devaient être brûlées ont été brûlées, détruites », a reconnu le cardinal lors de la présentation du livre à Cracovie dans le sud de la Pologne. Les réflexions du pape publiées dans le livre intitulé “Je suis dans les mains de Dieu. Notes personnelles 1962-2003”, sont des notes de souvenirs. Cet ouvrage regroupe deux carnets. Le premier a été rédigé de 1962 à 1984, et le second de 1984 à 2003, essentiellement sur la base de notes prises pendant des retraites.
 « Le pape a révélé ici un fragment de son âme, de sa rencontre avec Dieu, la contemplation, la dévotion, et c’est là que réside la plus grande valeur de cette publication, a encore déclaré l’ancien secrétaire. Je n’avais aucun doute. Ce sont des choses tellement importantes, parlant de la spiritualité, de l’homme, d’un grand pape, que ce serait un crime de détruire cela. »

LE PAPE JEAN XXIII

Une affaire de famille
Jean XXIII, les juifs et les chrétiens
Alexandre Adler
Paris, Le Cerf, 2014.


Istanbul, 1942. L'Allemagne nazie étend la solution finale à l'Europe du Sud-Est. Une femme, un homme décident de joindre leurs forces pour organiser le sauvetage des juifs. Cette femme, c'est Maria Bauer, la grand-mère d'Alexandre Adler. Cet homme, c'est Angelo Roncalli, le délégué apostolique du Saint-Siège.

Rome, 1962. Le concile Vatican II, convoqué par Angelo Roncalli, élu pape sous le nom de Jean XXIII, entame l'aggiornamento de l'Église catholique qui, entre autres, renouvellera totalement les relations avec le judaïsme.

D'une amitié à l'autre, d'une histoire personnelle à l'histoire collective, ce livre dévoile les dimensions secrètes de la Bulgarie du tsar Boris, de la Turquie de Mustafa Kemal, de la France de Charles de Gaulle dans la construction d'un destin ; ce livre  révèle la profondeur de l'antinazisme de Pie XI et même de Pie XII, cerne la dette d'une grande théologie à l'égard de l'école parisienne animée par les Maritain, Congar, de Lubac. S'attachant surtout au portrait intime d'un grand spirituel et examinant son influence intellectuelle que fut le Pape Jean XXIII sur ses successeurs jusqu'au pape François, Alexandre Adler retrace ici le renversement religieux, philosophique, géopolitique, de deux millénaires de défiance en un dialogue essentiel avec le judaïsme, inséparable du dialogue œcuménique. En cela l’auteur invite l'entière humanité à se redécouvrir comme une seule famille.

Un livre pour comprendre l'universalité d'un pontife qui aura été réellement "saint". 


Aux Sources de l'Eglise de Provence
Les Pères de l'Eglise provençaux : Île de Lérins, Arles, Marseille et Riez…
Introduction aux pères de l’Eglise provençaux du IVè et VIè siècle
Bernard Lorenzato et Olivier Pety
Venelles, Association Aux Sources Chrétiennes de la Provence, 2014.



Ce livre présente les sources chrétiennes de l'Eglise de Provence à travers les écrits et la
vie  de ceux que l’on appelle les Pères de l'Eglise provençaux.
Après une présentation du cadre historique et des débuts de la christianisation, on
Découvrira les principaux écrivains et penseurs de l'Eglise de Marseille et de Provence
au IVè au VIè siècle. Ces pionniers vont dire le message évangélique dans la  culture de
leur temps, et aussi faire face aux défis et aux problèmes de l'Eglise.
Nous saluerons Cassien, le père du monachisme provençal avec son œuvre pour les
moines, Salvien venu de Trèves, d'abord moine de Lérins, puis prêtre à Marseille, qui
vante une spiritualité pour tous, en particulier pour les laïcs.
Sur l'île de Lérins, avec son monastère fondé par Honorat, on rencontre  des
hommes éminents comme Eucher, qui deviendra évêque de Lyon, Vincent le théologien
et l'écrivain. Fauste qui sera élevé au siège épiscopal de Riez. Place sera donnée
 aux inconnus de l'Eglise de Marseille du Vè siècle comme Gennade, rédacteur d'un
dictionnaire des "hommes illustres".
Seront présentés aussi ceux qui viennent s'établir près des lieux spirituels, des
monastères : Paula de Pella, Prosper d'Asquitaine…., ces laïcs qui veulent vivre un
christianisme plus fervent. Enfin les grandes figures des évêques d'Arles y seront
évoquées ; Hilaire, débordant de charité face aux invasions barbares et surtout Césaire
qui donne la première règle monastique féminine et compose des homélies encore pleine
de vitalité pour aujourd'hui.
En quelques pages, cet ouvrage sera consacré à l'héritage de nos Pères dans la foi qui ont
vécu sur la terre de Provence.

Les auteurs
Bernard Lorenzato, prêtre de l'Eglise de Marseille, ancien vicaire général, curé des
paroisses saint Michel et saint Pierre, également chargé des Relations avec le Judaïsme
pour son diocèse.

Olivier Pety, prêtre du diocèse d'Avignon, dirige un Centre de Réinsertion sociale au Mas de Carles (Villeuve-les-Avignon). Il est aussi avec la Pastorale des Migrants de la région apostolique.

NOUVEAUTES MAI 2014



LISTE DES OUVRAGES DE MAI 2014

ADLER, Alexandre. – Une affaire de famille : Jean XXIII, les juifs et les chrétiens. – Paris, Le Cerf, 2014. 136 pages.

BARON, Le Baptême de Jean : aux origines du rite baptismal – 1. – Québec, Médiaspaul, 2013. 134 pages.

BENKER, Günter. – Tout abandonner et trouver tout : la mystique de Jean de la Croix. – Paris, Parole et Silence, 2014. 262 pages.

 BIEMNI, Enzo. – La seconde annonce : la grâce de commencer. – Bruxelles, Lumen Vitae, 2013. 122 pages.

BLANCHARD, Yves-Marie. – L’Eglise mystère et institution selon le quatrième Evangile. – Paris, Institut Catholique de Paris, 2013. 239  pages.

DURAND, Emmanuel. – Evangile et Providence : une théologie de l’action de Dieu. – Paris, Le Cerf (Cogitatio fidei), 2014. 345 pages.

GILBERT, Guy. – Jésus, un regard d’amour. – Paris, Philippe Rey, 2013. 235  pages.
KUNG, Hans. - .Jésus. – Paris, le Seuil, 2014. 287 pages.

HEMMERLE, Klaus. – Thèses pour une ontologie trinitaire. – Paris, Editions ad Solem, 2014. 91 pages.

KASPER, WALTER. – L’Eglise catholique : son être, sa réalisation, sa mission. – Paris, Le Cerf (Cogitation Fidei), 2014. 587 pages.

LORENZATO, Bernard ; PETY, Olivier. – Aux sources de l’Eglise de Provence : Île de Lérins, Arles, Marseille et Riez…   : introduction aux Pères de l’Eglise provençaux du IVè au VIè siècle. -  Venelles (13), Association Aux Sources Chrétiennes de la Provence, 2014. 237 pages.

PRETOT, Patrick. – L’adoration de la Croix : Triduum pascal. – Paris, Le Cerf, 2014. 476 pages

MALLET, Robert. – Le développement personnel du chrétien. – Paris, Salvator, 2014. 199 pages.

PRZYWARA, Erich. – Majestas divina : spiritualité ignatienne : Suvi de Le christianisme selon John Newman – Paris, Editions Ad Solem, 2014. 116 pages

VARILLON, François. – Traversées d’un croyant :l choix de textes présentés par Charles Ehlinger. – Paris, Bayard, 2005. 286 pages.


WOJTYLA, Karol. – Je suis dans les mains de Dieu : Carnets intimes : 1962-2003. – Paris, Bayard, 2014.623 pages.