mercredi 15 octobre 2008

FICHE THEMATIQUE 6

HYMNE AU CHRIST ABAISSE ET GLORIFIE



Lettre de Saint-Paul aux Philippiens (2,6-11)










LE TEXTE :

Lettre aux Philippiens 2, 1-11


Exhortation
Hymne
abaissement
elévation

2,1 S'il y a donc un appel en Christ,
un encouragement dans l'amour,
une communion dans l'Esprit,
un élan d'affection et de compassion,
2 alors comblez ma joie en vivant en plein accord.
Ayez un même amour, un même coeur; recherchez l'unité;
3 ne faites rien par rivalité, rien par gloriole,
mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous.
4 Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres.
5 ayez en vous les sentiments qui furent aussi en Christ Jésus.



6 Lui qui est de condition divine
n'a pas considéré comme une aubaine d'être à l'égal de Dieu.
7 Mais il s'est vidé lui-même,
prenant la condition d'esclave;

devenu semblable aux hommes,
et, reconnu à son aspect comme un homme,
8 il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort,
oui, à la mort sur une croix.

9 C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé
et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse,
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
11 et que toute langue confesse
que le Seigneur, c'est Jésus Christ,
à la gloire de Dieu le Père
[1].


[1] Traduction TOB, modifiée PB


FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE

Un appel vibrant à l'unité par le chemin de l'humilité

L'épître aux Philippiens est à la fois une lettre d’amitié et une lettre d’exhortation et de réconfort. Paul est prisonnier à Ephèse, en prison préventive, sans doute parce que le mouvement chrétien, qui se développe dans la ville et au-delà, peut paraître subversif de l’ordre de la cité. Paul peut cependant recevoir des visiteurs et même dicter des lettres. Comme il a reçu de l’argent de la part des Philippiens, il envoie une lettre de remerciement (4, 10-20). Par les allées et venues de chrétiens entre Philippes et Ephèse, il est tenu au courant de la vie de cette communauté ecclésiale des Philippiens, qui lui est particulièrement chère. Il donne de ses nouvelles et il en reçoit. Il fait part de ses angoisses et de son espérance. Sera-t-il condamné, sera-t-il libéré ? Peu importe, pourvu que le Christ soit glorifié ; mais il espère bien être acquitté et être rendu à ses amis et à sa tâche apostolique (1, 12-26).

Quant aux nouvelles de Philippes, elles sont bonnes dans l’ensemble. Il y a cependant deux points qui préoccupent l’apôtre : les pressions extérieures et quelques rivalités internes. Pressions extérieures (1,27-30) de la part des opposants à la foi chrétienne : Philippes est une colonie romaine, où il importe de faire allégeance à l'empereur, mais les croyants ne peuvent se rallier au culte impérial. Cela leur vaut des avanies ; ils doivent « combattre » pour se maintenir fidèles à l'Évangile ; qu’ils ne se laissent pas laisser intimider (1,28), mais considèrent comme une grâce non seulement de croire au Christ, mais de souffrir pour lui (1,29-30). Rivalités internes : deux chrétiennes, très engagées dans l’annonce de l’Evangile (4,2-3) sont invitées à s’accorder plutôt qu’à créer des pôles d’influence concurrents.

Ce constat nous mène tout droit à un thème majeur de la correspondance de Paul avec les Philippiens : ils ne pourront résister aux pressions extérieures que s'ils vivent dans l'unité à l'intérieur (1, 27- 30). Or l’unité n’est pas possible sans humilité, disposition à laquelle le milieu romain est particulièrement allergique. C'est donc pour soutenir cette exhortation à l'humilité, condition indispensable de la communion et de l'unité, que Paul va dresser devant eux « l'exemple » du Christ.

L'exemple du Christ

L'hymne au Christ qui s'est abaissé jusqu'à la mort de la croix et que Dieu a glorifié (Philippiens 2, 6-11) est l'un des passages les plus célèbres et les plus beaux de tout
le Nouveau Testament. Il pourrait être un chant des premières communautés chrétiennes que Paul aurait repris et adapté à son propos dans sa lettre aux Philippiens. Il l'aurait seulement marqué de sa griffe personnelle, en ajoutant à « obéissant jusqu'à la mort »: «oui, la mort de la croix ». Cela est assez vraisemblable, mais reste discuté. L'essentiel est qu'il ait été pris en compte par Paul dans sa lettre aux Philippiens, comme exprimant sa propre pensée. De cet abaissement volontaire du Christ, il a voulu faire un « exemple » pour la communauté chrétienne de Philippes. C'est pourquoi il faut lire cet hymne en étroite articulation avec l'exhortation à l'unité et à l'humilité qui le précède et qui l'introduit : « ayez en vous les dispositions intérieures qui furent aussi celles de Jésus-Christ (2, 5). Lui qui, étant de condition divine, etc ... » (2, 6-11).


I – Abaissement (6-8)

A - Le Christ, de condition divine, s'est fait esclave (6-7) :
Ø négativement : renoncement à être traité à égalité avec Dieu (6)
Ø positivement : il « s'est vidé » lui-même en assumant la condition d'esclave (7ab)

B - Il s'est fait obéissant : progression dans l'abaissement :
Ø vie humaine semblable à celle de tout humain (7bc)
Ø assimilation jusqu'à l'extrême « il s'est abaissé » lui-même jusqu'à la mort, et la mort sur une croix.

II – Elévation ( 9-11)

A - Exaltation (9a)
B - Don du Nom (9b)
A' - Adoration par toute la création (10)
B' - Proclamation du Nom (11)


¨Textes des Ecritures (A.T.) : Citations (implicites et explicites) des Écritures

* Isaïe 53,53 : Le Serviteur de YHWH abaissé et glorifié
Contraste stupéfiant entre l’abaissement et la glorification
52-13 Voici que mon Serviteur réussira, il sera haut placé, élevé, exalté à l'extrême.
14 De même que les foules ont été horrifiées à son sujet - à ce point détruite, son apparence n'était plus celle d'un homme, et son aspect n'était plus celui des fils d'Adam -, 15 de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées, des rois vont rester bouche close, car ils voient ce qui ne leur avait pas été raconté, et ils observent ce qu'ils n'avaient pas entendu dire.
Le Serviteur s’est dépouillé de sa vie, c'est pourquoi il reçoit les multitudes en héritage. Comparez avec Ph 2, 7.8.9

* Isaïe 53,12 : C’est pourquoi je lui taillerai sa part dans les foules, et c'est avec des myriades qu'il constituera sa part de butin, puisqu'il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort et qu'avec les pécheurs il s'est laissé recenser, puisqu'il a porté, lui, les fautes des foules et que, pour les pécheurs, il vient s'interposer.

* Isaïe 45 : Dieu caché, puis révélé : le Seigneur (YHWH) annonce que lui, qui était un Dieu caché (Is 45, 15) à travers l'exil de son peuple, se révèlera à toutes les nations et sera glorifié par tous (tout genou, toute langue) ; comparer avec Ph 2,10-11.

* Isaïe 45, 22 : Tournez-vous vers moi et soyez sauvés,
vous, tous les confins de la terre,
car c'est moi qui suis Dieu, il n'y en a pas d'autre.
23 Sur moi-même, j'ai prêté serment
de ma bouche sort ce qui est juste, une parole irréversible :
«Devant moi tout genou fléchira
et toute langue prêtera serment :
dans le SEIGNEUR seul, dira-t-on de moi,
résident la justice et la force.



II - ET MAINTENANT AU TEXTE


Quelle correspondance pouvez-vous trouver entre l'exhortation de Paul en
2, 1-4 et « l'exemple » du Christ qu'il donne en 2, 6-11 ?

L'abaissement du Christ (2, 6-8) :
° qui est le sujet des verbes de cette première partie ?
° en quoi consiste cet abaissement ?
° relevez ce que vous comprenez et ce qui vous reste obscur. Le texte établit-il une progression dans les abaissements du Christ ? Si oui, laquelle ?

L'élévation du Christ (2, 9-11)
° Qui est le sujet des verbes de cette seconde partie ?
° Quelle est la portée du « c'est pourquoi », qui ouvre la seconde partie ?
° Repérez les contrastes dans les figures et dans le vocabulaire lui-même entre la phase d'abaissement et la phase d'élévation

Pour poursuivre votre recherche :

§ Retrouvez-vous dans les évangiles synoptiques et dans le IVème évangile cette même figure paradoxale du Christ conscient de sa dignité et qui pourtant s’abaisse ? du Christ élevé sur le lieu-même de son abaissement ?

§ En quoi la glorification du Crucifié importe-t-elle à la révélation de Dieu ? Dieu est-il le même avant et après la Croix ?



III - PISTES POUR ACTUALISER

1. « Ayez en vous-mêmes les sentiments qui furent ceux du Christ Jésus » : Paul proposait cet hymne au Christ pour inviter à l'humilité comme chemin d'unité :
quelle vous paraît être l'actualité de cette démarche, dans nos rapports mutuels dans nos relations ecclésiales, oecuméniques, dans la société civile ?

2. « C’est Jésus-Christ qui est Seigneur » :
En quoi le bouleversement de l'image de Dieu que présente ce texte nous aide-t-il à annoncer l'Évangile aujourd'hui ?




IV - PISTES POUR LA PRIERE

Un refrain pour ouvrir le temps de prière :
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! »
(A. Gouzes)


Un chant : Jésus Christ est Seigneur - A. Gouzes n° 124 Abbaye Sylvanès

Jésus, qui était de condition divine
Ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’anéantit lui-même,
prenant la condition d'esclave ;
devenant semblable aux hommes.
A son aspect reconnu pour un homme,
Il s’humilia plus encore,
devenant obéissant jusqu'à la mort,
et la mort sur une croix.

C'est pourquoi Dieu l'a exalté
et lui a donné le Nom
au-dessus de tout nom.

Afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse,
au ciel, sur terre, et aux enfers,
et que toute langue proclame :
Jésus Christ est Seigneur,
à la gloire du Père


Un texte biblique : 2 Co 8, 9 :
«Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ :
lui qui était riche,
il s'est fait pauvre à cause de vous,
pour que vous, par sa pauvreté,
vous deveniez riches ».


Introduction au Notre Père : C’est l’Esprit-Saint qui met en nous les sentiments du Christ. Que ce soit lui qui nous inspire tandis que nous reprenons la prière de Jésus à son Père :


NOTRE PERE



FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS



V - QUELQUES CLES DE LECTURE

1 – Pas d'unité sans humilité (2,1-5)
La communauté de Philippes est exposée aux agressions qui viennent de l'extérieur ; pour y résister dans la foi et pour mener le combat de l'Évangile, Paul l'exhorte à vivre la concorde à l'intérieur (1, 27- 30). Il reprend cette exhortation en s'appuyant avec un certain lyrisme sur l'expérience que ces nouveaux croyants ont déjà de la chaleur, du réconfort, de l'amitié, de la communion vécues dans leur communauté comme dans toute Église digne de ce nom : 1- réconfort ou exhortation que l'on reçoit les uns des autres « en Christ Jésus », - c'est-à-dire en toute communauté qui vit du Christ Jésus ; 2- encouragement qui provient de l'agapè (amour fraternel qui prend source en Dieu) ; 3- « communion » d'esprit qui vient de l'Esprit; 4 - tendresse et compassion ...
Les communautés ecclésiales fondées par Paul veulent être effectivement le lieu de tout cela, et elles le sont (1 Co 12, 26; 1Th 5, 14-15). Si cela existe, dit Paul, au milieu de ce monde de rivalité, d'orgueil et de violence – alors « portez ma joie à son comble ». Ce n'est pas une manière de dire : « faites-moi plaisir », car la joie de Paul, si marquée dans l'épître aux Philippiens[2], est de voir fructifier l'œuvre du Christ jusqu'au Jour de sa Venue (1, 11. 25-26).

Mais cette unité ne peut être vécue que dans l'humilité. Paul le rappelle en accord avec la catéchèse des origines (Ph 2, 3; Col 3, 12; Ep 4, 2; Rm 12, 10; 1Pi 5, 5). L'humilité est une valeur chrétienne qui tranche sur les comportements prisés dans la société gréco-romaine, où c'est à qui s'imposera, fût-ce par l'écrasement et l'humiliation des autres. Appartenir à l'élite est un honneur, une « gloire » ; être en bas de l'échelle sociale est méprisable. Cet esprit de rivalité et de « vaine gloire » peut pervertir les relations ecclésiales (cf. 1 Co 4, 6). C'est contre cela que Paul fait entendre ses appels aux v 3-4. L'antidote est de considérer les autres comme supérieurs à soi. On peut comprendre : comme « meilleurs » que soi, moralement parlant; on peut comprendre aussi comme « ayant priorité sur soi »; de fait Paul termine sur l'invitation à s'oublier soi-même pour chercher d'abord le bien de l'autre (v 4). Il ne s'agit donc pas d'une humilité dépressive ou pathologique, qui n'aurait rien d'estimable ni d'évangélique, mais d'un abaissement de soi pour faire à l'autre toute la place qui lui revient.

Cet appel à l'humilité est formulé de manière à préparer l'appel que Paul va faire à l'exemple du Christ. Bien loin de revendiquer quelque supériorité sociale, en vertu de son origine divine, le Christ Jésus s'est mis à la dernière place, à la place la plus humble et la plus humiliante qui soit dans la société de ce temps. C'est sous cet aspect que l'hymne de Ph 2, 6-11 contemple la croix du Christ[3].





2 -L'abaissement volontaire du Christ (2,6-8)
La première partie de l'hymne (v 6-8) a pour sujet le Christ Jésus (5). C'est lui qui agit tout au long de cette première partie. Ainsi est souligné l’engagement personnel du Christ dans la manière de vivre et de mourir qui a été la sienne. La seconde partie de l’hymne aura « Dieu » pour sujet : au Christ l’acte de s’abaisser, à Dieu le Père l’acte de le glorifier.
«Lui qui...» : l’hymne est rattachée au Christ mentionné à la fin de l’exhortation précédente (v. 5), c’est-à-dire au Christ en sa vie terrestre et aux sentiments qui furent en lui à ce moment-là ; cela invite à penser que Paul a sous le regard, non pas le Verbe éternel comme dans le Prologue du IVème évangile, mais le Christ incarné. L’abaissement envisagé n’est pas l’incarnation, mais le mode d’existence humaine que le Christ a vécu, tout Fils qu’il était (de condition divine).

« étant de condition divine », « il a pris la condition d’esclave »

Pour faire saisir le renoncement à lui-même, le texte oppose ce qui le caractérise de par son origine, de par son être permanent, et ce qu'il a donné à voir dans son histoire humaine : d'un côté « les traits de Dieu »; de l'autre « les traits de l'esclave ». On traduit souvent : « étant de condition divine », « il a pris la condition de serviteur »[4]. Le Christ Jésus est [5] - et n'a jamais cessé d'être - celui qui peut revendiquer la condition divine, et pourtant il a pris la condition d'esclave; la traduction « esclave » est plus exacte et plus expressive du contraste que « serviteur », qui peut être un titre d'honneur (« serviteur de Dieu »). 2,9-11)C'est précisément cette condition d'esclave qui va trouver sa plus haute expression au v. 8 (situation de crucifié, supplice réservé aux esclaves et aux séditieux).

Le sens n'est pas : « Lui qui était Dieu, il s'est fait homme », même si cela est vrai ; mais ne plaquons pas sur ce texte de Paul la théologie johannique du Verbe qui s'est fait chair ; respectons sa perspective propre. « Prendre la condition d'esclave » ne veut pas dire « devenir homme ». Il s'agit de donner le Christ en exemple d'humilité aux chrétiens. Quand Paul veut donner le Christ en exemple aux chrétiens (cf. Rm 15, 3.7-8; 1Co 11, 1; Ep 5, 1-2.25), il ne se réfère jamais au Christ préexistant, mais au Christ dans sa vie terrestre, le seul que l'on ait vu et qui peut être un exemple. Or ce qui frappe après coup, c'est que ce Christ qui est de condition divine, a choisi de mener sa vie humaine de manière bien différente de celle à laquelle il pouvait prétendre: bien qu'il soit de condition divine, il a pris la condition d'esclave. Certes on peut penser que la préexistence divine du Christ auprès de Dieu est impliquée, mais là n'est pas le point d'attention de Ph 2 : ce qui lui importe, c'est, dans l'histoire humaine du Christ Jésus, le contraste entre ce qu'il est de plein droit (quelqu'un qui émarge à l'être même de Dieu) et le type de vie humaine qui a été la sienne, et cela en vertu d'un libre choix : il ne s'est pas arrogé quelque privilège que ce soit.

« il s'est vidé lui-même ... il s'est abaissé lui-même »

C'est à ce renoncement que renvoie, au v. 6, la formule : « il n'a pas considéré comme une aubaine d'être (traité) à l'égal de Dieu ». Il aurait pu profiter de sa condition divine pour échapper aux limites de la condition humaine (oppositions, humiliations, échecs, finalement la mort). Non, mais « il s'est vidé lui-même » (7a).
Ne cherchons pas bien loin en quoi cela a consisté, le texte le dit aussitôt : précisément « en prenant la condition d'esclave ». Il n'a pas perdu son être divin, il n'a pas cessé d'être ce qu'il est depuis toujours en Dieu, mais il n'en a pas laissé voir les traits en son existence humaine[6]. Il n'a pas cherché à s'imposer, à se faire servir; il s'est vidé de son importance sociale (cf. Lc 22, 27 : Je suis au milieu de vous comme celui qui sert »; Jn 13, 14 : Maître et Seigneur, Je (le)- Suis, et pourtant je vous ai lavé les pieds, comme le fait l'esclave de la maison).

Le texte rebondit sur ce renoncement : se dépouillant de tout privilège, il a été semblable aux hommes et il a été reconnu tout à fait comme un homme : il en avait le comportement et la réalité (7b). La progression du texte (v. 8) pousse jusqu'à l'extrême cette assimilation à la condition humaine la plus humble qui soit : « il s'est abaissé lui-même en étant obéissant jusqu'à la mort, oui la mort sur une croix ». « Il s'est abaissé lui-même » ( v 8) reprend « il s'est vidé lui-même » (v 6). Dans les deux cas est souligné l'engagement volontaire, cela ne lui a pas été imposé de l'extérieur, c'est bien lui qui s'est mis dans cette situation où il serait conduit jusque là. Il a vécu cela comme un acte d'obéissance ; c'est justement ce qui convient à « la condition de l'esclave » : un esclave ne commande pas, il obéit. Le texte ne dit pas à qui il a ainsi obéi, mais cela ne peut être qu'à Dieu seul. Il ne dit pas non plus en quoi, d'aller jusque là, était vécu comme un acte d'obéissance au dessein de Dieu. Saint Paul le dit ailleurs: il a été le Fils obéissant de Dieu qui n'avait rien de plus à cœur que de manifester jusqu'à quel point Dieu aimait les hommes et voulait les sauver, fût-ce au prix de la vie de son propre Fils (Rm 8, 31-32). Mais ne demandons pas à cette hymne de nous dire toute la christologie de Paul. L'accent est mis ici sur le contraire d'un faire-valoir de soi-même : Christ n'a pas régenté, il a obéi.

«Jusqu'à la mort : oui, la mort sur une croix»

L'expression de l'abaissement est renforcée par une figure de style, qui porte la marque de Paul : la mort : oui, la mort sur une croix. Mourir fait partie de la condition humaine ordinaire; mais mourir sur une croix est le lot le plus ignominieux. L'accent n'est pas sur la souffrance, mais sur la honte. Son caractère horrible et dégoûtant est à l'origine du silence dont on devait l'entourer dans les conversations polies du monde romain[7]. Paradoxe, le supplice des rebelles et des révoltés a été infligé à celui-là seul qui était parfaitement obéissant.
La première partie de l'hymne est arrivée au terme indépassable de l’abaissement auquel le Christ s'est volontairement soumis. Mais la croix est le pivot qui fait tout basculer : « Voilà pourquoi ... » : maintenant l'initiative est à Dieu ; maintenant Christ reçoit.

3 – L'élévation du Crucifié (2,9-11)La réponse de Dieu à l'abaissement du Christ est 1°- de le « sur-élever »; 2°- de lui « donner le Nom qui est au-dessus de tout nom ». Il ne s'agit pas de deux choses différentes, mais de deux aspects de la même glorification. Le texte n'emploie pas le langage de résurrection, mais il va droit à ce qui en est le cœur et le sens : l'élévation auprès de Dieu, dite au moyen d'un excès (Dieu l'a « super-exalté ») qui répond à l'excès d'obéissance et d'abaissement. La réponse de Dieu est gratuite, mais elle correspond à la démarche du Christ. Il n'y a pas simple succession de la croix et de la gloire; mais la gloire découle de la croix, au point qu'elle en révèle le sens.


(a) l'élévation : de même que « la condition d'esclave » renvoyait à une image sociale, l'élévation prend la forme d'une reconnaissance publique, et cela de la part de toute la création. L'hymne le dit en appliquant au Christ glorifié ce que la prophétie d'Isaïe disait de Dieu, qui serait enfin reconnu par les nations et par tout l'univers (Is 45, 22-23). C'est une manière indirecte, mais scripturaire, de dire la divinité du Christ. Ce qu'il n'avait pas revendiqué comme base d'un privilège lui est maintenant reconnu universellement. Le « genou » et la « langue » représentent l'être tout entier en acte d'hommage et de proclamation.

(b) Le Nom au dessus- de tout nom ne peut être que le Nom divin. Le texte le tient en suspens jusqu'à la fin de l'hymne : « Jésus Christ est SEIGNEUR ». Le titre de « Seigneur » est le Nom divin dans l'Écriture; il est la traduction de l'hébreu YHWH (qui n’était pas prononcé, par respect). Ce n'est pas que le Christ soit devenu « Dieu » en cette élévation, mais Dieu lui donne d'être reconnu et confessé comme tel. Le Nom est l'expression de la personne dans la relation à autrui. Le fait qu'il soit conféré au Crucifié amène à le réinterpréter : c'est celui qui s'est à ce point vidé de lui-même, au lieu de faire l'important, pour partager l'existence de l'humain jusqu'au plus bas de l'échelle sociale, qui reçoit en vérité le Nom et lui donne sa vérité ultime. Seule la gloire de ce Crucifié dit qui est Dieu. Dieu n’est plus le même avant et après la croix (du moins dans la connaissance qui nous en est donnée)[8]. Évidemment ce n'est pas l'abaissement en lui-même, ni la croix matériellement prise, qui servent de chemin vers cette révélation, mais l'abaissement et la croix en tant que fruit d'un choix qui est renoncement à soi. L'ensemble des épîtres de Paul et du NT qualifient ce choix par l'obéissance et l'amour : tout est dans la relation à l'Autre, dans le don et non dans l'appropriation. C'est pourquoi même dans la gloire le Christ reste décentré de lui-même: il reçoit l'hommage de toute la création « à la gloire de Dieu le Père » .


VI- POUR ALLER PLUS LOIN

Textes apparentés dans le N.T. :

* Le texte de la seconde lettre aux Corinthiens offre la même antithèse que Ph 2, 6-11, dans un langage métaphorique : « riche / pauvre » qui correspond à l'antithèse (plus radicale) « condition divine /condition d'esclave »; même insistance sur l'engagement volontaire du Christ dans le renoncement à soi. Mais il y manque l'antithèse abaissement/ élévation du Christ. Par contre le texte de la seconde lettre aux Corinthiens mentionne avec insistance la dimension salutaire de l'abaissement : « à cause de vous », « pour que vous, par sa pauvreté, vous deveniez riches ». Le « pour vous » si cher à Paul quand il évoque la Croix retrouve ici toute sa place, appelé par le propos de la collecte en faveur des frères dans le besoin.

* Les évangiles synoptiques (Mc 10, 45- 46 // Mt 20, 24-28; Lc 22, 24-27) soulignent la prise de distance de Jésus à l'égard des conceptions messianiques traditionnelles et de l'exercice du pouvoir chez les nations: non pas se faire servir, mais servir et donner sa vie en rançon pour la multitude; et cela est aussi donné comme chemin à emprunter par les disciples ; remarquer l'emploi du mot « esclave » ( Mc 10, 45 // Mt 20, 27).



* Le IVème évangile souligne le même paradoxe que Ph 2, 6-7 : c'est « le Maître et Seigneur », qui se dépouille de son vêtement et qui prend la tenue de l'esclave, dans l'acte de laver les pieds, ce qui est l'annonce de la croix (Jn 13). Comme en Ph 2, le comportement de Jésus est un exemple pour les disciples ( Jn 13, 15), mais sa portée reste plus large que l'exemple (Jn 13 8), de même que l'hymne de Ph 2, 6-11 dépasse la proposition de l'imitation du Christ.

Le IVème évangile, lui aussi, articule étroitement la Croix et la Gloire : ce n'est pas seulement la Croix et la Gloire, mais la Gloire de la Croix. Jésus meurt « élevé » sur la croix, ce qui est le premier pas vers l'élévation en gloire ( Jn 12, 32). C'est aussi à partir de la Croix que l'on sera amené à confesser que Jésus peut revendiquer le « Je-Suis » de la révélation divine (Jn 8, 28).


Relectures possibles de textes de l'A.T. :

On a cherché à lire Ph 2, 6-11 en référence :

* au IVème Chant du Serviteur (Is 52-53) :

Ø même itinéraire de l'abaissement à la glorification ; même contraste de super-abaissement (sous-humanité du Serviteur Is 52, 14;53, 2-3) et de super-exaltation (Is 52 13)

Ø même langage du dépouillement de soi-même (53, 12) ; mais le langage n'est pas aussi fort qu'au sujet du Christ (« se vider soi-même »); le Serviteur est plus abaissé qu'il ne s'abaisse ; mais le IVème chant souligne la dimension salvifique de la solidarité du Serviteur, trait absent de Ph 2, 6-11. Par contre, le Serviteur ne reçoit pas le Nom qui est au-dessus de tout nom.

* au récit de la transgression d'Adam (Gen 3) :

Ø des humains veulent s'approprier la condition divine (vous serez comme des dieux) ; celui qui est réellement de condition divine a renoncé à être traité à l'égal de Dieu, mais c'est pour cela qu'il reçoit le Nom qui est au-dessus de tout nom.


[1]Le texte grec prête à des traductions différentes, dues souvent à l'influence de positions théologiques. La traduction retenue ici est celle de la TOB, légèrement modifiée pour être plus littérale; la structuration en deux parties, abaissement / élévation, est généralement retenue; à l'intérieur de la 1ère partie (abaissement), la manière de couper le texte est discutée; celle qui a été retenue ici a de bonnes bases stylistiques.
[2]Joies humaines de l'amitié, des fins d'épreuves, joie de la proximité du jour du Seigneur : 1, 18; 2, 17.18.28; 3,1; 4,4.10
[3] Ce point de vue peut expliquer le silence de cette « hymne » sur la valeur salutaire de la croix (Christ mort pour nous). Tout est polarisé sur le rythme abaissement de soi / glorification par Dieu. Cela peut tenir aussi au fait que Paul cite et utilise dans un but d'exhortation une hymne qui avait déjà sa facture propre
[4] En effet le terme grec sous-jacent (« morphè », « forme ») n'indique pas directement l'essence, la nature, mais ce qui apparaît de quelqu'un dans son inscription sociale, en conformité certes avec la réalité, mais dans ce qui le caractérise dans sa manière d'être perçu par d'autres.
[5] Le verbe grec est au présent, qui indique la permanence.
[6] Pour éclairer ce dont il est question, le Fils aurait pu vivre une transfiguration permanente; c'est seulement de manière exceptionnelle que sur la montagne il a été transfiguré devant trois disciples; ensuite, et c'est la situation « normale », « ils ne virent plus que Jésus seul » ( Mc 9, 8)
[7]Cela prend encore plus de relief dans cette lettre écrite à Philippes qui est une colonie romaine.
[8] Cf. l’ouvrage du P. VARILLON, L’humilité de Dieu.

FICHE THEMATIQUE 5

LES DONS DE L’ESPRIT




1ère lettre de Saint-Paul aux Corinthiens (12,1-31)






LE TEXTE :


1ère lettre aux Corinthiens (12,1-31)



12,1 Au sujet des phénomènes spirituels, je ne veux pas, frères, que vous soyez dans l'ignorance. 2 Vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous étiez entraînés, comme au hasard, vers les idoles muettes. 3 C'est pourquoi je vous le déclare :
personne, parlant sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu,
ne dit : « Maudit soit Jésus »,
et nul ne peut dire: « Jésus est Seigneur »,
si ce n'est par l'Esprit Saint.

4 Il y a diversité de dons de la grâce, mais c'est le même Esprit ;
5 diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur ;
6 diversité d'actions, mais c'est le même Dieu qui, en tous, met tout en oeuvre.
7 À chacun est donnée la manifestation de l'Esprit en vue du bien de tous.
8 À l'un, par l'Esprit, est donné un message de sagesse,
à l'autre, un message de connaissance, selon le même Esprit ;
9 à l'un, dans le même Esprit, c'est la foi ;
à un autre, dans l'unique Esprit, ce sont des dons de guérison ;
10 à tel autre, d'opérer des miracles,
à tel autre, de prophétiser,
à tel autre, de discerner les esprits,
à tel autre encore, de parler en langues ;
enfin à tel autre, de les interpréter.
11 Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui le met en oeuvre,
accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut.

12 En effet, prenons une comparaison: le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps: il en est de même du Christ. 13 Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour appartenir à un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.



14 Le corps, en effet, ne se compose pas d'un seul membre, mais de plusieurs.
15 Si le pied disait : «Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps», cesserait-il pour autant d'appartenir au corps ?
16 Si l'oreille disait: «Comme je ne suis pas un oeil, je ne fais pas partie du corps», cesserait-elle pour autant d'appartenir au corps ?
17 Si le corps entier était oeil, où serait l'ouïe ?
Si tout était oreille, où serait l'odorat ?
18 Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.
19 Si l'ensemble était un seul membre, où serait le corps ?
20 Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.
21 L'oeil ne peut pas dire à la main: «Je n'ai pas besoin de toi»,
ni la tête dire aux pieds : «Je n'ai pas besoin de vous».
22 Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, 23 et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c'est à eux que nous faisons le plus d'honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : 24 ceux qui sont décents n'ont pas besoin de ces égards.

Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d'honneur à ce qui en manque, 25 afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. 26 Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.

27 Or vous êtes le corps de Christ
et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

28 Et ceux que Dieu a disposés dans l'Église sont,
premièrement des apôtres,
deuxièmement des prophètes,
troisièmement des hommes chargés de l'enseignement ;
vient ensuite le don des miracles, puis de guérison, d'assistance, de direction, et le don de parler en langues.
29 Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous enseignent-ils ? Tous font-ils des
miracles ?
30 Tous ont-ils le don de guérison ? Tous parlent-ils en langues ?
Tous interprètent-ils ?
31 Ayez pour ambition les dons les meilleurs.
Et de plus, je vais vous indiquer une voie infiniment supérieure.


[Suite 1 Co 13 : Eloge de la charité]

Traduction TOB modifiée P.B.


FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE

La ferveur de l'Esprit

Les origines de l'Église ont été très marquées par la ferveur de l'Esprit, selon la promesse de Dieu : « Aux derniers temps, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur tous : vos fils et vos filles parleront en prophètes ... Oui, sur mes serviteurs, hommes et femmes, en ces jours-là je répandrai de mon Esprit » (Ac 2, 17-18; Joël 3, 1-5). Pierre l'avait constaté à Jérusalem pour la Pentecôte. Paul en est témoin dans les jeunes Églises des Nations : « N'éteignez pas l'Esprit , ne méprisez pas les messages des prophètes, discernez-tout» (1Th5,19). A Corinthe, les interventions des prophètes sont tellement fréquentes qu'il leur arrive de se couper la parole dans les assemblées ; quant aux glossolales*, ils prient dans une langue qui leur échappe et qui passe pour être celle des anges devant le trône de Dieu. Ces pratiques étaient ambiguës. D'un côté, elles correspondaient à la nouveauté des « derniers temps » marqués par l'effusion de l'Esprit. D'un autre côté elles faisaient penser à l'enthousiasme religieux du monde grec, à l'intérêt porté aux phénomènes de "possession" divine, dans la divination ou la glossolalie. Il arrivait que dans les assemblées chrétiennes les convertis récents du paganisme se comportent comme lorsqu'ils étaient « entraînés hors d'eux-mêmes et dévoyés vers des idoles muettes » (1Co 12, 2).


L'appel au discernement

C'est à propos de ces manifestations spirituelles que Paul -sans doute interrogé par ses correspondants- fait une longue mise au point (1Co 12-14). Il reprend le vocabulaire des Corinthiens, mais il y substitue aussitôt le sien (charismes, dons, 12, 4). Les Corinthiens parlaient « d'expériences spirituelles » (pneumatika, 12, 1) qui pouvaient les gonfler de suffisance et les faire remarquer par leur aspect spectaculaire. Paul réagit en parlant de « charismes », de « dons de grâce », pour mettre l'accent sur le libre don de l'Esprit, dans une infinie diversité, en vue du bien de tous. « Les (deux) manifestations spirituelles » tant prisées par les Corinthiens (prophétie et glossolalie) ne sont pas les seuls dons de l'Esprit, il y en a bien d'autres ...

Paul traite le sujet de la manière suivante :
12, 1-3 : Introduction du sujet (exorde)
12, 4-11 : Évocation de la diversité des dons de l'Esprit (récit)
12, 12- 31 : Éclairage par la comparaison avec le corps humain :
l'Église est comme un corps, elle est corps du Christ.
13, 1-13 : Digression qui permet de prendre de la hauteur par rapport au sujet
immédiat : l'amour est le don par excellence, sans lequel tous les autres
ne valent rien.
14, 1-40 : Retour au sujet pour résoudre la mise en œuvre de ces deux fameuses
« pratiques spirituelles » : prière en langues (glossolalie) et prophétie.



Trois mots sont donc avancés qui déplacent la question initiale : don, corps, amour (agapè). Les dons de l'Esprit contribuent à former l'Église comme corps du Christ dans l'amour. C'est à cette aune qu'il faut tout évaluer, à commencer par la prophétie* et la glossolalie*.
Nous ne pourrons pas travailler tout le texte (12-14) ; nous proposons de lire le chapitre 12. Voici la progression du discours :

12, 1-3 : entrée en matière (exorde); premier discernement de l'Esprit
12, 4-11 : première prise de distance par rapport aux conceptions corinthiennes : la variété des dons de l'Esprit pour le bien commun
12, 12-27 : les dons de l'Esprit au service d'un « corps », le corps du Christ :
a) énoncé sur l’Eglise (12-13)
(b) développement allégorique (14-26)
(a') énoncé sur l’Eglise et application de l'allégorie (27-30)
12, 28-30 : retour à la variété des dons, mais avec une certaine hiérarchie ...
12,31: transition vers l'éloge de l'amour (ch. 13)
¨ Lexique :

*anathème : mot grec qui traduit un mot hébreu pour dire ce qui est voué à l'extermination (chose ou personne) ; il est synonyme de « malédiction ». Un texte du Deutéronome 21, 22-23 était utilisé pour déclarer anathème, c'est-à-dire maudit de Dieu, le corps d'un crucifié : « maudit soit celui qui pend au gibet », et il a servi pour stigmatiser Jésus crucifié comme objet de malédiction (cf. Ga 3, 13); Paul a dû partager ce point de vue avant sa conversion.

*charismes : le mot charisme veut dire « don de grâce » ; Paul l'utilise pour parler du
don fondamental et commun à tous de la justification (Rm 5,15.16) et de la vie éternelle (Rm 6,23), ou bien de la vocation propre d'Israël (Rm 11,29), d'une vocation personnelle (grâce du célibat pour le Royaume,1Co 7,7), ou encore, c'est le cas ici, d'une contribution particulière à la vie communautaire (Rm 12,6; 1Co 1,7; 12,6). Remarquer que dans le texte de Rm 12,6-8, les services communautaires tels que « direction », service du partage, enseignement sont énumérés parmi les « charismata », les dons de grâce. Il n'y a pourtant là rien de spectaculaire, ni de purement occasionnel. De quoi rectifier le sens scripturaire du mot « charismes ».
Les « services « ne sont pas tous des « ministères » (au sens de services permanents et institués), mais tous les ministères sont des « services »; pour Paul ils sont aussi des dons de grâces.

*corps : dans l'anthropologie paulinienne, « le corps » ne se confond pas avec la « chair ». Le « corps » est la personne en tant qu'elle est insérée dans l'histoire, la communauté, la durée. La « chair » désigne l'homme tout entier, mais considéré dans sa faiblesse ; ou bien il s'agit de ce qui est propension au péché.

*corps du Christ : il s'agit toujours dans le langage de Paul du corps personnel du Christ, de la personne du Christ qui a été crucifié, ressuscité, est devenu source de l'Esprit. Ce corps du Christ est donné en communion dans l'eucharistie (1Co 10, 16). Par la foi et le baptême, les croyants reçoivent du Christ en personne l'Esprit qui les fait vivre de sa vie de Fils de Dieu ; c'est en ce sens qu'ils deviennent les « membres du Christ » (1Co 6, 15). Le langage bien postérieur de « corps mystique » a d'abord
désigné le corps du Christ dans l'eucharistie, pour dire le mode symbolique (en mystère) sous lequel le Christ se donne. Ce langage a été appliqué ensuite à l'Église ; Paul dit simplement qu'elle est « le corps du Christ », parce qu'elle reçoit du Christ sa vie et son unité, et parce qu'en elle le Christ ressuscité se donne à voir dans l'histoire comme source de vie, de communion et d'unité : elle, c'est aussi Lui (cf 1Co 1, 12); audace de Paul ! - C'est seulement dans les épîtres aux Colossiens et Ephésiens, que le Christ sera comparé à la Tête et l'Eglise au corps. En 1 Co 12, le Christ tient le rôle du corps par rapport aux membres (les croyants).

*docteurs ou « maîtres » : (en grec : didascales) ceux qui enseignent en faisant le lien de l'Évangile avec les Ecritures et avec les exigences de la vie chrétienne.

*glossolales / glossolalie : mot qui désigne « le parler en langues »; le glossolale emploie des mots étrangers ou simplement étranges, qu'il ne comprend pas nécessairement lui-même et qui réclament une interprétation ; phénomène religieux universel, ordinairement provoqué dans une ambiance d'enthousiasme.
Dans la 1ère lettre aux Corinthiens et dans les Actes des Apôtres, il s'agit de prière que l'homme adresse à Dieu pour « magnifier ses merveilles » (1 Co 13, 1; 14, 2 ; Ac 2, 11; 10, 46). La pratique était connue dans le judaïsme mystique au temps de Paul ; ainsi les filles de Job qui avaient reçu de leur père une ceinture qui leur donnait de parler les langues des anges, c'est-à-dire de participer à la liturgie du ciel (cf. 1Co 13, 1).

Dans les assemblées chrétiennes, prophètes et glossolales intervenaient abondamment (1 Co 14) ; Paul marque sa préférence pour la prophétie, parce qu'elle est directement intelligible et sert mieux la communauté.

*prophètes / prophétie : la prophétie consiste à dire la parole de Dieu en relation avec les événements, pour y faire entendre les appels de Dieu aux communautés et aux personnes : appels à la conversion, encouragement, décision opportune (Ac 11, 27-30) ; le prophète approfondit l'intelligence du mystère pascal, du lien entre souffrances et espérance, il réconforte dans les épreuves ; il intervient aussi dans la prière pour rendre grâces des merveilles de Dieu accomplies dans l'histoire (cf. Lc 1, 67-79). Tout croyant, homme ou femme (1Co 11,5), peut dire une parole « prophétique » dans l'assemblée ( 1Co 14, 5). Mais certains seulement sont reconnus comme prophètes patentés et exercent avec les enseignants un rôle de direction de communautés. Les prophètes viennent en deuxième position après les apôtres, témoins du Christ ressuscité et responsables du message pascal, et avant les maîtres (didascales). Tous ces services sont de services de la Parole.

Documents du monde gréco-romain : la fable des membres et de l'estomac

La comparaison de Paul du corps et de ses membres utilise à sa façon un lieu commun de la littérature gréco-romaine. Ainsi dans les fables d'Esope: L'estomac et les pieds : « L’estomac et les pieds disputaient de leur force. A tout propos les pieds alléguaient qu’ils étaient tellement supérieurs en force qu’ils portaient même l’estomac. A quoi celui-ci répondit : « Mais, mes amis, si je ne vous fournissais pas de nourriture, vous-mêmes ne pourriez pas me porter ». Il en va ainsi dans les armées : le nombre, le plus souvent, n’est rien, si les chefs n’excellent pas dans le conseil ».



Même lieu commun chez les stoïciens pour illustrer l'intégration des individus au corps social et au cosmos : « Comme sont les membres du corps dans un organisme unifié, ainsi sont les êtres raisonnables dans des individus distincts ; ils sont faits pour une unique action d’ensemble. Cette pensée te sera davantage présente, si tu te dis souvent à toi-même : « Je suis un membre (mélos) de l’ensemble fait des êtres raisonnables ». Si tu te dis que tu en es une partie (méros), c’est que tu n’aimes pas encore les hommes de tout ton cœur ; c’est que tu ne comprends pas encore la joie du bienfait ; c’est que tu y vois seulement une chose convenable, que tu ne fais pas de bien aux hommes comme à un autre toi-même. (Marc-Aurèle, Pensées, VII,13, vers 176 ap JC)


II - ET MAINTENANT AU TEXTE

Observez les mises au point que Paul fait en 12, 1-3, puis en 12, 4-11 et 12, 28-31. Qu'est-ce qui est fondamental? Qu'est-ce qui est commun, qu'est-ce qui est différent ? Quand et pourquoi met-il une hiérarchie dans l'énumération des charismes ?

Dans la comparaison de la communauté avec le corps humain 12, 12-26, s'agit-il seulement d'unité ? Et quelle forme d'unité Paul veut-il promouvoir ?

Paul s'en tient-il à une comparaison : l'Église « comme» un corps ? Comment comprenez-vous ce qu'il dit dans les v. 12-13 et dans le v. 27 du rapport entre le Christ et la communauté ecclésiale ?



III - PISTES POUR ACTUALISER

1. « Diversité de dons, mais le même Esprit » (12, 4...) (12, 22) ... En quoi cette mise au point sur les « charismes » vous paraît-elle d'actualité : retour aux sources, valeurs, limites? Quelle image de l'Église peut-elle promouvoir ?

2. « Les plus faibles sont nécessaires » : à votre avis, de quelles faiblesses, de quelles pauvretés l’Eglise a-t-elle besoin aujourd’hui ?

3. « Vous êtes le corps du Christ » (12, 27) :
Quel regard posez-vous sur votre communauté locale telle que vous la connaissez ?
Quelle dignité, quelle responsabilité ?



IV - PISTES POUR LA PRIERE


Un refrain pour ouvrir le temps de prière :
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! »
(A. Gouzes)

Lecture d’un autre passage de Paul : 1ère lettre aux Corinthiens (13,2-13)

Refrain : Dieu est Amour, Dieu est Lumière, Dieu notre Père

« J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu’à transporter les montages, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne sert à rien.

L’amour prend patience ; l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais.

Un jour, les prophéties disparaîtront, le don des langues cessera, la connaissance que nous avons de Dieu disparaîtra. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel disparaîtra. Quand j’étais un enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, je fais disparaître ce qui faisait de moi un enfant. Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir. Ce jour là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle. Ce jour là, je connaîtrai vraiment comme Dieu m’a connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la Foi, l’Espérance et la Charité ; mais la plus grande des trois, c’est la Charité » (version liturgique).

Introduction au Notre Père : Plus encore que le chant des anges, que toutes les langues de la terre et du ciel, ta Parole, Seigneur Jésus !
Unis dans un même Esprit, nous osons dire avec confiance la prière que nous avons reçue de toi:

NOTRE PERE

Reprise du refrain : Dieu est amour, Dieu est lumière, Dieu notre Père





FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS



V- QUELQUES CLES DE LECTURE


1- Dons personnels et gratuits
(12,1-11)Les pratiques spirituelles : parlons-en, mais parlons-en autrement. Il ne
s'agit pas d'expériences neutres et impersonnelles que nous nous procurerions nous-mêmes, que nous pourrions ambitionner ou qui nous arriveraient comme des mouvements incontrôlables …
mais parlons-en, comme de libres dons de l'Esprit-Saint, faits à chacun en vue du bien de tous.

Le don fondamental de l'Esprit, c'est la foi en Jésus Seigneur (12, 1-3). Y avait-il des chrétiens « spirituellement excités » qui dans l'assemblée se prenaient à dire : « Maudit soit Jésus », « anathème* à Jésus » (12, 3) ? Ce n'est pas impossible, mais peu vraisemblable. Il faut plutôt comprendre la première mise au point de Paul comme un rappel du critère le plus radical de la présence de l'Esprit. C'est un recto-verso. Avec lui, vous ne risquez pas de partager le point de vue d'un Paul pharisien avant sa conversion : considérer Jésus comme maudit par Dieu en raison de sa crucifixion (maudit soit celui qui pend au gibet). Inversement, vous ne pourrez jamais confesser la foi pascale, qui est à la base de l'existence chrétienne, sans que l'Esprit Saint vous fasse reconnaître et dire : «Jésus est Seigneur». Ainsi Paul coupe à la racine toute prétention élitiste des soi-disant "spirituels" à monopoliser l'Esprit. Le premier langage inspiré, c'est l'acte de foi à l'état naissant. C'est le don de base fait à tous les croyants.

Puis Paul entre dans le vif du sujet en étalant sous les yeux des correspondants la variété des dons de l'Esprit pour contrer la prétention de les ramener aux deux manifestations les plus en vue à Corinthe : prophétie et glossolalie. Il les mentionne mais en queue de liste. Auparavant il n'a pas assez de mots pour dire la diversité et la simplicité ; cela peut-être seulement une parole de sagesse, ou de connaissance ; et pas seulement des paroles, mais aussi des actes (guérisons, miracles) ; il se plaît à démultiplier : les prophéties ont besoin de discernement et les langues d'interprétation, et ce ne sont pas nécessairement les mêmes qui jouissent de ces dons. Répétition de "à un autre", "à un autre" : l'Esprit est décidément contre les monopoles. L'uniformité n'est pas de mise; l'unité est dans la source : c'est le même Esprit qui « distribue », qui répartit ses dons à chacun comme il l'entend. Et toujours pour le bien commun. Et il ne faut pas parler seulement de « dons », mais aussi de « services » et de « mises à l'action ». A vrai dire sous ces trois mots il n'y a pas des catégories différentes; car on ne parle bien de dons de l'Esprit, que s'ils mettent au service du Seigneur pour coopérer à l'œuvre de Dieu (le Père). Le fonctionnement des charismes est trinitaire dans sa source et dans sa finalité ; il est communautaire dans son exercice. Dès lors il n'est pas étonnant que Paul en vienne à la comparaison du corps pour rendre compte simultanément de la diversité et de l'unité




2 – L'allégorie du corps
(12,12-26)Paul ne se contente pas de dire : l'Eglise est comme un corps, il dit : "vous êtes un corps, corps du Christ" (v 27). On a souvent retenu la comparaison et l'allégorie qui la développe longuement (14-26), on n'a pas toujours été attentif aux énoncés ecclésiologiques qui l'encadrent (12-13 et 27) »: vous êtes « corps du Christ ». La comparaison évolue vers l'identification. Les deux ont leur intérêt.

(a) énoncé sur l’Eglise (12-13)
(b) développement allégorique (14-26)
(a') énoncé sur l’Eglise et application de l'allégorie (27-30)




Commençons par le plus facile : l'allégorie. Il n'y a pas de corps sans diversité. De cette allégorie, des lecteurs ne retiennent bien souvent qu'un appel à l'unité. En réalité, la diversité est présentée comme aussi nécessaire que l'unité. Il n'y aurait pas de corps sans cela, mais un cancer. Apparemment l'allégorie ne semble décrire qu'une réalité "somatique" quelconque. En réalité, les détails sont choisis en raison de leur transparence au comportement ecclésial que les Corinthiens ont ou devraient avoir.

La diversité (v 14-17). Accepter d'être différent, sans se croire supérieur, ni sans chercher à s'identifier à tel ou tel autre membre jugé supérieur. Les images de cette petite section vont de bas en haut, du moins digne au plus digne: le pied voudrait être la main, l'oreille voudrait être l'oeil. Allusion à ces Corinthiens qui ne voudraient être du corps qu'à la condition d'y tenir une place excellente.

Interdépendance (v 18-26). Il n'y a pas de corps sans diversité, mais il n'y a pas non plus de corps sans organisation et sans unité. Selon la mentalité du temps, Paul attribue cette organisation à Dieu directement, en toute liberté (v 18). Mais en disant cela il pense d'abord à l'Eglise[1] : Cette fois, les images vont dans le sens inverse : des membres supérieurs aux membres inférieurs, dans un mépris affiché des premiers rôles pour les seconds. Paul réagit en disant que les membres dits supérieurs ne peuvent se passer des autres: l'œil de la main, la tête des pieds. Bien plus, les membres "jugés les plus faibles" - encore une allusion aux jugements humains dans la communauté - sont "nécessaires". On ne dit pas « tolérables ». Les deux fois où l'initiative divine à l'égard du corps est expressément mentionnée expriment l'une sa liberté (contre le monopole, v.18), l'autre son attention aux plus faibles (contre le mépris, v 24). Non seulement tous sont différents, mais tous sont nécessaires, même les plus faibles ; non seulement ce qui serait source d'infériorité est compensé, de sorte qu'il n'y ait pas de "déchirure"; mais il y a positivement "le même souci mutuel" (v 25). L'interdépendance, devient une communion. Les verbes "souffrir-avec", "être glorifié-avec" sont choisis en fonction du mystère pascal auquel communient tous les membres du corps, non seulement avec le Christ, mais aussi et, de ce fait ,entre eux.




3 - « Corps du Christ »
(12,27-31)L'allégorie est encadrée par deux énoncés de foi, le premier porte directement sur le Christ, le second sur l'Église, mais il sont étroitement solidaires l'un de l'autre.
Le premier compare le Christ au corps : « En effet, comme le corps est un, tout en ayant une multitude de parties, et comme toutes les parties du corps, en dépit de leur multitude, ne sont qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ » (12, 12). Le deuxième membre de la comparaison n'est pas développé. Mais on ne devrait pas hésiter sur son sens. Le Christ, dont il est question, n'est pas une sorte du « Christ mystique », qui n'existe pas dans le langage de Paul; il s'agit bien du Christ personnel. Or le Christ joue par rapport aux croyants le même rôle que le corps par rapport à ses membres: il les ramène à l'unité, si nombreux et si divers qu'ils soient. Dans cette comparaison le Christ n'est pas identifié à la tête comme il le sera dans les épîtres aux Colossiens et aux Ephésiens, mais au corps dans sa fonction d'intégration et d'unité. Et, de fait, les versets suivants expliquent cette fonction : par le baptême les croyants ont été référés à ce corps unique du Christ pour lui appartenir comme ses membres: « Nous avons été baptisés à un seul corps », pas seulement pour former un seul corps, l'Église, mais pour être-à, pour appartenir-vitalement-à cette personne unique qui est le Christ. L'incorporation à l'Église est seconde par rapport à l'incorporation au Christ. Ce qui est fondamental, c'est de devenir par la foi et le baptême « membre du Christ »; Paul l'avait déjà dit en 1 Co 6, 15 à propos de ceux qui jugeaient négligeable la prostitution : « Ne savez-vous pas que vos corps (vos personnes) sont des membres du Christ ? » On est de l'Église parce qu'on est du Christ, et non pas l'inverse.

Cette incorporation au Christ se fait par l'Esprit, dans l'Esprit. C'est par l'Esprit que nous vivons de la même vie divine, spirituelle, qui est celle du Christ ressuscité. C'est pourquoi Paul dit : nous avons été baptisés à un seul corps (celui du Christ) en un seul Esprit (l'Esprit du Christ). Baptisés dans l'Esprit, nous sommes encore abreuvés de cet unique Esprit dans l'Eucharistie. Voilà de quoi dépasser des représentations matérielles inadéquates, mais aussi l'idée d'une simple union morale au Christ : il y a bien plus que l'union des sentiments, que l'accord des volontés ; il y a le fait que, pour vivre de la vie de fils de Dieu, nous recevons constamment l'Esprit du Christ, dont il vit lui-même en son humanité et qu'il nous communique.

La formule d'unité : "soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres" manifeste que l'appartenance à l'unique corps du Christ transcende toutes les différences d’origine : religieuses, culturelles, sociologiques. C'est un leitmotiv qui accompagne naturellement les formules baptismales (Ga 3,27-28; Col 3,9b-11). C'est le cas ici. Les différences sociologiques ne sont pas supprimées mais elles sont complètement relativisées dans l'appartenance au corps du Christ.

Le 2ème énoncé déclare : « vous êtes (le) corps du Christ et ses membres
chacun pour sa part" (v.27).
Au terme de son allégorie, Paul formule à nouveau ce qui la fonde : vous n'êtes pas seulement comparable à un corps (diversité, interdépendance, unité). Vous êtes réellement un corps, un corps dans lequel se laisse voir et agir le Christ, et, en ce sens, « corps du Christ ». Vous êtes « un corps en Christ », dira l'épître aux Romains (12, 5) dans un contexte semblable. Si vous avez l'unité d'un corps, c'est en dépendance du Christ, en vertu de votre communion vitale avec Lui. Votre corps, c'est Lui (12, 12) et vous, vous êtes aussi, tous ensemble, son corps, et vous êtes ses membres chacun pour sa part. (12, 27).

N'est-ce pas le Christ lui-même, le corps du Christ, qui se donne à voir à travers la communauté ecclésiale, à tel point que si elle est divisée, il faudrait en conclure que "le Christ est divisé" ? (1Co 1,13). C'est la communauté seulement qui peut être dite "corps du Christ" ; chacun n'a qu'un statut de membre ; sous-entendu : il ne peut vouloir être tout, ni tout ramener à son modèle ; ce que Paul va précisément illustrer encore aux versets 28-30.

4 - D'une « hiérarchie » à l'autreAux v. 28-30, Paul énumère à nouveau, et à deux reprises, une liste de charismes. Mais cette fois il ne s'agit plus de jeter en vrac des dons extrêmement variés comme en 12, 4-11 ; il s'agit d'abord de souligner l'importance des membres que Dieu a établis dans une certaine responsabilité; ensuite d'illustrer une dernière fois la nécessaire diversité inhérente à la communion ecclésiale. Tous ne font pas tout, tous ne font pas la même chose. Ceux que Dieu a « établis » sont énumérés avec un numéro d'ordre : 1° des apôtres; 2° des prophètes ; 3° des maîtres (des enseignants). Cet ordre est significatif de l'originalité chrétienne par rapport au judaïsme, pour qui ce sont les enseignants qui tenaient le premier rôle (scribes, docteurs de la Loi, sages). Dans les communautés chrétiennes, ceux qui viennent en premier, ce sont les apôtres qui mettent le fondement en annonçant le Christ pascal. Eux aussi, apôtres, prophètes et maîtres sont des « dons » de Dieu pour son Église (Ep 4, 8-11 les dira dons du Christ).

Mais à cette hiérarchie de ministres s'en substitue encore une autre, à un autre niveau, où s'établit la valeur suprême de l'existence chrétienne et de la construction ecclésiale : l'amour. Paul ici parle de « voie » : « je vais vous montrer la voie qui surpasse tout ». L'amour est-il un « charisme »? Paul ne le dit pas expressément, ce serait le ranger trop étroitement dans une liste de dons particuliers. L'agapè n'est pas seulement un don du Saint-Esprit, elle est une activité du Saint-Esprit lui-même au coeur de l'homme : "Le Saint-Esprit peut conférer toute espèce de dons sans être présent lui-même; il démontre qu'il est présent par la grâce quand il accorde l'amour" (Fulgence cité par Paul VI, Discours au Renouveau, Pentecôte 1975, in: DC 1975, p 563)



[1] il reprendra le même verbe au v 28 qu'au v 18: "Dieu a établi les membres, chacun d'entre eux, dans le corps" (v.18) // "ceux que Dieu a établis dans l'Eglise" (v.28).

FICHE THEMATIQUE 4

LE MESSAGE DE LA CROIX


1ère lettre de Saint-Paul aux Corinthiens (1,10-2,5)












LE TEXTE :

Première lettre aux Corinthiens 1,10-2,5

Divisions à Corinthe

1 Co 1-10 Je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ : soyez tous d'accord, et qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis dans un même esprit et dans une même pensée. 11 En effet, mes frères, les gens de Chloé m'ont appris qu'il y a des discordes parmi vous. 12 Je m'explique ; chacun de vous parle ainsi : «Moi j'appartiens à Paul. - Moi à Apollos. - Moi à Képhas. - Moi à Christ.» 13 Le Christ est-il divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? 14 Dieu merci, je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus; 15 ainsi nul ne peut dire que vous avez été baptisés en mon nom. 16 Ah si ! J'ai encore baptisé la famille de Stéphanas. Pour le reste, je n'ai baptisé personne d'autre, que je sache. 17 Car Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et sans recourir à la sagesse du langage, pour ne pas réduire à néant la croix du Christ.

Le message de la croix

18 La parole de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent,
mais pour ceux qui sont en train d'être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu.
19 Car il est écrit:
Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents.
20 Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le débatteur de ce monde ?
Dieu n'a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ?
21 En effet, puisque, dans la Sagesse de Dieu,
le monde par la sagesse n'a pas connu Dieu
Dieu a jugé bon, par la folie de la proclamation, de sauver ceux qui croient.
22 Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ;
23 mais nous, nous proclamons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs, folie pour les nations,
24 mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs,
il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes,
et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.



La naissance de l'Eglise

26 Regardez, mes frères, comment vous avez reçu l'appel de Dieu :
il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes,
ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille.
27 Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages ;
ce qui est faible dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre ce qui est fort ;
28 ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n'est pas,
Dieu l'a choisi pour réduire à rien ce qui est,
29 de sorte que personne ne puisse faire le fier devant Dieu.
30 C'est grâce à Lui que vous êtes en Christ Jésus,
qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, 31 afin, comme il est écrit, que le fier mette sa fierté dans le Seigneur.


Le ministère apostolique

2-1 Moi-même, quand je suis venu chez vous, mes frères, ce n'est pas avec le prestige du langage ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. 2Car j'ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. 3 Aussi ai-je été devant vous faible, craintif et tout tremblant : 4ma parole et ma prédication n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration d'Esprit, de puissance, 5afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu
[1].






FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE

Que se passait-il donc ?

Paul séjournait à Ephèse dans les années 53-56. Il y avait ouvert un nouveau champ apostolique. Mais en même temps il restait en contact par lettres, ou par visites avec les Églises qu'il avait fondées pendant le voyage missionnaire précédent ; en particulier il avait beaucoup d'échanges avec l'Église de Corinthe, fondée en 50-51. Nos deux lettres aux Corinthiens sont le recueil de cette correspondance. Au début de la Première, Paul fait état de nouvelles reçues par le personnel d'une commerçante (dame Chloé), qui navigue entre Corinthe et Ephèse. On lui apprend que dans l'Église de Corinthe on s'entredéchire entre partisans de tel ou tel prédicateur de l'Évangile. Les uns se déclarent pour Paul, les autres pour Képhas (= Pierre), d'autres encore pour un certain Apollos, et peut-être y a-t-il un quatrième courant qui se dit « du Christ » (pas moins ! cf. 2Co 10, 7).

Un discours à l'emporte-pièce !

Quelle mouche l'a piqué, l'apôtre Paul ? Il dit son indignation devant ce culte de la personnalité, incompatible avec le sens authentique de l'Évangile. Qui donc pourrait exhiber son importance devant Jésus crucifié, qui est le cœur de l'Évangile ? Dans les coteries corinthiennes, il y allait du sens de l'Évangile. Alors Paul est capable de monter au plus haut niveau d'éloquence pour réduire à néant l'éloquence. L'Evangile n'est pas matière à discours, il est l'annonce provocante d'un événement, que rien ni personne ne pouvait imaginer ni déduire. Il sort tout droit de cette Sagesse de Dieu qui prend à revers les sages de ce monde, mais qui atteint les petits, les humbles, les croyants et qui les sauve. L'apôtre affiche Jésus crucifié comme l'expression inimaginable de l'amour de Dieu pour l'homme.


Attention au contresens

Quand nous entendons dire que, pour saint Paul, l'Évangile, c'est la croix du Christ et rien d'autre, nous risquons de commettre quelques sérieux contresens. Nous supposons un peu trop vite que Paul exalterait la souffrance et la mort pour elles-mêmes, pour faire un bel exemple de générosité, ou pire, parce qu'il faudrait à tout prix du sang et des larmes pour obtenir le pardon de Dieu. Rien de tel dans le discours de Paul. Il réagit contre une réduction de l'Évangile à une belle doctrine de sagesse, qui pourrait être l'objet de savants discours, tous plus intelligents les uns que les autres. Non, l'Évangile n'est pas une théorie religieuse, il est l'annonce d'un événement inouï, où se dévoile « le mystère de Dieu », le mystère de l'amour fou de Dieu. Dans le Christ crucifié, il est venu rejoindre l'homme au plus bas de l'échelle sociale, il est venu donner de l'importance aux « moins que rien », non pas pour les laisser dans quelque infériorité ou déchéance, mais au contraire pour les faire exister en Christ Jésus, participants de sa vie filiale et fraternelle. L'image de Dieu en est radicalement bouleversée, la sagesse humaine aussi.


Déroulement du discours

Voici comment se déroule la mise au point de Paul :

Il commence par évoquer la situation de compétition entre groupes corinthiens ; la lettre étant lue à haute voix dans la communauté réunie, ils s'entendent eux-mêmes dire : « Moi j'appartiens à Paul », et » moi à Kêphas », « et moi à Apollos... ». Après avoir montré l'inanité de ce tintamarre, du seul fait qu'aucune personnalité humaine ne peut revendiquer d'être à la place de Jésus-Christ, Paul affronte de face la déformation de l'Évangile qui est à la base de tels comportements : on prend l'Évangile pour un discours de sagesse, où chacun peut trouver son compte et se faire valoir devant les autres. Or l'Évangile est tout sauf sage. Ceux qui ne sont pas touchés par l'appel de Dieu n'y voient que niaiserie et insignifiance. Car il est l'annonce d'un crucifié. Paul va donc mettre le doigt sur ce paradoxe d'une révélation de la sagesse de Dieu et de sa puissance de salut :

Ø d'abord dans l'événement de la Croix lui-même,
Ø ensuite dans la naissance d'une Église à Corinthe.

Dans les deux cas, Dieu s'y est pris par les moyens fous et les moyens faibles, et c'est pourtant ce qui a réussi.

Conclusion : Paul pouvait-il s'y prendre autrement pour annoncer l'Évangile ?

1, 10-17 : Exposé de la situation ecclésiale et de ses enjeux.

1, 18-25 : L'événement de la Croix : comment Dieu s'y est pris pour sauver ?

1, 26-31 : Église de Corinthe, regarde comment Dieu t'a constituée.

2, 1-5 : Et moi, Paul, quel Evangile vous ai-je annoncé et comment ?


¨ Lexique :

* Apollos est un nouveau venu, un judéo-chrétien de la Diaspora d'Alexandrie, il est entraîné au maniement du discours de sagesse et doit exceller à faire le lien entre la culture grecque et la foi juive, et maintenant qu'il est devenu chrétien, avec l'Évangile (Ac 18, 24 - 19, 1). Il devait être, aux yeux des Corinthiens, le « concurrent » le plus sérieux de Paul, puisque le discours de l'Apôtre va porter expressément sur le discours de sagesse. Mais Paul l'estime (1 Co 16, 12).

* Baptême au Nom du Christ : formulation de type juif pour dire le transfert du baptisé à la personne du Christ, pour lui appartenir comme à son Seigneur et à son Sauveur. De son côté, le baptisé confesse sa foi dans le Seigneur Jésus et se réclame de Lui pour le salut. Les baptisés sont ceux qui "invoquent le Nom de N.S.J.C."
(1Co 1,22 ; Ac 22,16).


* Chloé : nom d'une femme (« verdure », « verdoyante », qualificatif de la déesse Démêter) qui devait diriger une entreprise commerciale entre Ephèse et Corinthe.

* Crispus : judéo-chrétien, chef de synagogue à Corinthe, converti par Paul (Ac 18,8)

* Croix : supplice barbare, d'origine perse, pratiqué aussi par les Juifs ; adopté par les Romains qui le réservaient aux révoltés et aux esclaves. CICERON : Pro Rabirio,5: "C'était un crime d'infliger le crucifiement à des citoyens romains. Le nom même de croix devait être écarté de leur pensée, de leurs yeux, de leurs oreilles" (vs). Paul en 1Co 2,2; Ga 3,1: "Christ crucifié a été affiché sous vos yeux". Paul est l'auteur du NT qui parle le plus souvent de la mort de Jésus en mettant l'accent sur le supplice de la crucifixion et en soulignant ce qu'elle comporte d'abaissement au niveau social le plus bas (Ph 2, 6-11).

* Discours, langage , parole : le même mot grec -logos- peut, selon le contexte, recevoir le sens de « langage » ou « discours », ou le sens de « parole », au sens biblique du terme : parole efficace qui fait ce qu’elle dit, parole-adressée-à. De 1, 17 à 1, 18 Paul passe intentionnellement du sens du « discours ou langage de sagesse » au sens de « la parole ou message de la croix ».

* Gaiüs : compagnon de voyage de Paul, Ac 19, 29; hôte de Paul et de toute l'Église à Corinthe (Rm 16, 23)

* Kêphas = Pierre est connu à Corinthe, peut-être y est-il passé ; il jouit du prestige du surnom (Roc) que lui a donné Jésus pour signifier sa responsabilité ecclésiale (Mt 16, 18-19) ; Paul connaît ce fait.

* sagesse : se réfère à la philosophie du monde grec, souvent vulgarisée par des philosophes ambulants, stoïciens, épicuriens (cf. Ac 17, 18) ; l’inspiration stoïcienne était dominante ; la sagesse est aussi l’apanage du judaïsme avec une dominante plus religieuse.

* Stephanas : la maison de Stéphanas (1 Co 16, 15. 17), premiers convertis de la province d'Achaïe, capitale Corinthe ; volontaires pour présider à l'Église de Corinthe ; écrivent à Paul et viennent le consulter à Ephèse.


¨Textes des Ecritures

Pour documenter la demande des signes par les Juifs (Ecclésiastique 36,2-9) :

Lève ta main contre les nations étrangères et qu'elles voient ta puissance.
Comme à leurs yeux tu t'es montré saint contre nous,
de même à nos yeux montre-toi grand contre eux.
Qu'elles te connaissent, comme nous avons connu,
qu'il n'y a pas d'autre Dieu que toi, Seigneur.
Renouvelle les prodiges et fais d'autres miracles,
glorifie ta main et ton bras droit,
réveille ta fureur, déverse ta colère,
détruis l'adversaire, anéantis l'ennemi,
hâte le temps, souviens-toi du serment,
que l'on célèbre tes hauts-faits.



II - ET MAINTENANT AU TEXTE

Relisez bien le début (1,10-17) : Qu'est-ce que Paul trouve le plus choquant dans la division des Corinthiens ? Quel lien Paul fait-il entre le baptême et la croix du Christ ?

En quoi « la croix du Christ » serait-elle réduite à néant par « la sagesse du langage » (1, 17) ?

Dans l'argumentation des v 18-25, repérez les différents groupes de personnes que Paul met en scène devant le message de la croix. Relevez les verbes qui les caractérisent. Qu'est-ce qui commande les prises de position des opposants ? En quoi sont-ils déroutés ?

Faites attention à ce que Paul dit au v 19 - 25 de la « stratégie » de Dieu pour conduire au salut : n'y a-t-il pas un tête-à-queue révélateur de la véritable image de Dieu ?

En quoi le choix de Dieu pour constituer une Église à Corinthe (1, 26- 31) s'accorde-t-il avec le choix de Dieu de sauver les croyants par la Croix ?



III - PISTES POUR ACTUALISER

Laisser le texte de Paul nous interroger dans notre monde face à l'Évangile, et nous dire son actualité.

A qui nous arrive-t-il de ressembler parmi les personnages de ce texte ?
«Scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs »

Qu'est-ce qui nous choque, nous aujourd’hui, à partir de notre mentalité, dans le message de la Croix ? Qu'est-ce qui est salutaire dans ce choc ?

Qu'est-ce que ce texte nous dit de l'identité de l'Evangile ? De la figure du Dieu de Jésus-Christ ?




IV - PISTES POUR LA PRIERE

Un refrain pour ouvrir le temps de prière :
« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ,
Alléluia ! » (A. Gouzes)

DEUX CHANTS AU CHOIX (à chanter ou à méditer)


1er chant : Ce qu’il y a de fou dans le monde - Communauté du chemin neuf

Ce qu’il y a de fou dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi.
Ce qu’il y a de faible dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi !

Viens, Esprit de feu, viens Esprit d’amour,
Viens Esprit de Dieu, viens nous t’attendons !


2ème chant : Toi qui nous a créés - D. Rimaud/Ph. Robert - Ref. Signe musique n° 30

Toi qui nous a créés dans ton premier amour, O Seigneur
pour que nous devenions ton corps ressuscité et le vrai sanctuaire,
nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Refrain : Gloire à toi Messie crucifié !
Gloire à Toi, scandale et folie pour ce monde !
Gloire à Toi, messie crucifié !
Sagesse et Puissance de Dieu !

Toi qui nous a choisis
quand nous n’étions pourtant que pécheurs,
pour que nous devenions le temple de l’Esprit, fait de pierres vivantes,
Nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Toi qui nous as cherchés quand nous étions perdus loin de toi,
pour que nous devenions le peuple racheté, ton Eglise en ce monde,
Nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Toi qui nous as tirés de nos prisons d’exil et de mort,
pour que nous entonnions le chant des libérés en mémoire de Pâques.
Nous te louons ! nous te bénissons ! Nous te louons et nous te bénissons !

Relire un passage du texte : v 18-25
puis chacun redit tel verset, telle expression qui fait sens pour lui …

Introduction au Notre-Père : Seigneur Jésus, Messie crucifié, puissance et sagesse de Dieu, avec toi aujourd’hui, avec tous ceux que ne sont ni sages ni puissants aux yeux des hommes, nous prions le Père :

NOTRE PERE



FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS


V - QUELQUES CLES DE LECTURE

1 - Les enjeux d'une Église divisée
(1,10-17)
(1, 10-17)
L'indignation de Paul se manifeste par des questions redoublées. Quelle image renvoie du Christ une Église divisée en se livrant au culte de la personnalité ? Est-il encore le véritable centre, Lui, le crucifié, lui au nom de qui seul on peut être baptisé, à qui seul on peut appartenir ? En effet le baptême n'a pas d'autre sens que de référer le croyant au Christ crucifié qui a donné sa vie pour lui, comme le montrent les questions parallèles : « est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? »

Paul a vite décelé derrière ces « courants » une déformation de l'Évangile et un déficit christologique. Chacun reconstruit l'Évangile à sa façon de la manière la plus séduisante et la plus recevable à son point de vue. Mais on perd de vue que l'Évangile n'est pas un beau discours religieux. C'est un événement, c'est une personne. C'est le message de la croix et la croix n'est pas un discours, ni un événement intégrable à un discours de sagesse. C'est pourquoi Paul a reçu la mission d'annoncer l'Evangile "sans la sagesse du langage », sans l'habileté d'un langage persuasif, mais par le paradoxe provoquant du message de la croix. D'un côté il n'y aurait que du « discours », du « langage » (17), de l'autre il y a une « parole » (18) qui atteint l'interlocuteur et le transforme s'il veut bien la recevoir.

Sans la sagesse du langage , pour que ne soit pas "vidée" la croix du Christ". Mot très fort : la croix du Christ ne doit pas être vidée de son importance, de sa signification unique et décisive pour le salut. Il ne faut pas que soit vidé ce vide qu'est la croix en le remplaçant par quelque importance humaine que ce soit. Il est impliqué dans la phrase de Paul qu'une annonce de l'Évangile qui utiliserait les artifices du discours, et même les ressources de la "sagesse", ferait écran à son véritable contenu et se substituerait à la croix du Christ comme source unique de salut. Ce qui est mis en question, ce n'est pas seulement l'habileté du discours, c'est la possibilité de rendre compte de l'Évangile par une présentation satisfaisante aux yeux de la sagesse humaine.


2 – Le choix de Dieu de réaliser le salut par la Croix (1, 18-25)* Un constat : le double effet de l'annonce évangélique (18)

Paul commence par constater la force de salut qui émane de « la Parole de la Croix ». L'événement de la Croix a besoin d'être porté à la parole, pour en proclamer le sens. Ce n'est pas la croix matériellement prise qui sauve, c'est la croix annoncée, proclamée comme acte de Dieu en vue du salut. Il ne s'agit pas d'un « discours », mais d'un message qui percute l'existence. Certes il y a ceux qui continuent de se perdre en marginalisant cette parole comme une ineptie, mais il y a ceux qui se mettent sur la voie du salut en la recevant par la foi (1, 18). Paul parle de « ceux qui sont sauvés », au sens de « ceux qui sont en voie d'être sauvés » par leur accueil de l'Évangile.

* L'éclairage de l'Écriture (19-20)

Pour éclairer ce constat, Paul recourt à l'Écriture (1, 19 = Is 29,14; Ps 33, 10), où l'on voit déjà que Dieu prend de court les prétendus sages par son oeuvre à lui, étrange, déconcertante. Il n'est pas conforme à ce que l'on croirait attendre d'un Dieu, mais c'est justement le signe de sa transcendance au cœur de l'histoire. Alors aujourd'hui, devant le Christ crucifié, est-il surprenant que toutes les espèces de sages, aussi bien les lettrés du judaïsme que les sophistes du monde grec, soient aux « abonnés absents » (1, 20)?

* La stratégie divine (21)

Dieu a décidé en effet de se passer du service de la sagesse. Il l'a décidé dans sa Sagesse à Lui, devant l'échec du monde à le connaître par les voies de la sagesse, c'est-à-dire par les signes de la création (Sg 13, 1). Le monde aurait dû connaître Dieu par les voies de la sagesse, mais il ne l'a pas fait, il n'est pas allé jusqu'à une « re-connaissance » existentielle qui l'aurait mis en rapport avec Lui (cf. Rm 1, 19-21). Alors Dieu a repris l'initiative et il a inversé le mouvement. Le texte de Paul nous met devant un véritable tête-à-queue :

Puisque, dans la Sagesse de Dieu,
(c'est-à-dire selon la sage disposition divine sur l'histoire du salut)
le monde
n'a pas connu
par la sagesse
Dieu,
Dieu a jugé bon
par la folie du message
de sauver
les croyantsCe n'est plus le monde qui va vers Dieu, c'est Dieu qui vient vers l'homme. Il y vient, cette fois, non plus par des chemins de sagesse, mais par la folie du message en la personne du Christ crucifié. C'est ainsi qu'il se révèle comme capable de sauver les croyants (1, 21). Et ne parlons plus seulement de « connaissance », mais de « salut ». Ne parlons plus seulement de « sagesse », mais de « puissance ».
Ce « tête-à-queue » n'est pas une incohérence. Il relève de la Sagesse de Dieu, qui respectant la liberté humaine, s'expose à l'échec, mais qui a prévu de rebondir sur cet échec pour aboutir au salut par des chemins imprévus. Cette sagesse et cette puissance n'ont rien de commun avec ce que le langage humain met habituellement sous ces mots. Quand il s'agit de la sagesse et de la puissance de Dieu, il vaut mieux parler de folie et de faiblesse, car alors on ne saurait les confondre avec la sagesse et la puissance des hommes. C'est bien justement faiblesse et folie qui ont été dans le Christ crucifié, la révélation de la puissance et de la sagesse de Dieu.

* Trois verbes, trois prises de position devant la Croix

Devant cette stratégie divine, Paul campe les réactions humaines. Trois groupes, trois verbes : les Juifs « demandent »; les Grecs « cherchent »; nous, les croyants de l'Évangile, soit juifs, soit Grecs : « nous proclamons ». Cette typologie est pertinente. Pour Paul le message de la Croix met en question les deux grandes fractions de l'humanité selon la représentation du judaïsme auquel émarge Paul : les Juifs et les Nations, ici les Grecs comme les représentants les plus qualifiés du monde cultivé (face aux barbares).

Les Juifs demandent des signes

En effet la caractéristique des Juifs est de compter sur la puissance de Dieu, du Dieu de l'Exode, de celui dont le bras n'est pas trop court pour sauver son peuple et son messie par des signes et des prodiges. Quand ils lui demandent des « signes », ce n'est pas forcément par incrédulité (comme les Pharisiens de l'évangile), au contraire ce peut être parce qu'ils ont une haute idée de sa puissance face à toutes les oppositions de ce monde à son dessein. Voir la prière de Ben Sirah, l‘Ecclésiastique 36,2-9, citée dans « Pour Lire ». Ils attendent que se renouvellent ses merveilles pour se révéler au monde comme le seul Dieu véritable.

Ils « demandent », ils sont des mendiants de Dieu. C'est beau ; mais que leur faut-il mendier ? Là est la question, à laquelle la Croix répond autrement. Ils le savaient et ils le savent encore dans leur histoire[2], mais la croix sera toujours déroutante. Elle est un « scandale », c'est-à-dire un obstacle sur le chemin, auquel on achoppe. Un Christ crucifié : il y a là une prise de position polémique sur l'identité du véritable Christ, du véritable Messie, du Christ de Dieu : de celui qui, dans l'espérance d'Israël, devait procurer la libération et le salut. Paul nous met ici devant le même conflit d'interprétation que celui qui se reflète dans le récit évangélique : lorsque Pierre vient de professer au nom du groupe des disciples : Tu es le Christ. Mais quel Christ ? C'est alors que Jésus commença de leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'Homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté, mis à mort ... avant de ressusciter. Pierre ne comprend pas, il repousse vivement cette figure du Christ, mais Jésus le réprimande : il traite Pierre de Satan, ses vues sont tout humaines, elles ne sont pas celles de Dieu (Mc 8,27-33). Le scandale de Pierre devant cette annonce de Jésus dans le récit évangélique est typique du scandale du Juif devant le message de la Croix dans l'annonce apostolique.

Les Grecs cherchent

Quant aux Grecs, ils ne prient pas, ils « cherchent »; ils font fonctionner leur intelligence pour comprendre le monde, pour atteindre la sagesse, pour contempler ce qui est beau et s'unir au divin. Mais en quoi la vue d'un crucifié pourrait-il les y conduire ? Pour un Cicéron, c'est une image tellement horrible qu'il ne faut même pas la mettre sous les yeux d'un citoyen romain. « Crucifié » et « divin » sont incompatibles. « Evénement singulier » et « sagesse » sont incompatibles. Car ce n'est intégrable à aucun système, à aucune synthèse. Un événement reste un événement, aurait-il en lui-même un message à livrer ? Accorder une importance à un fait divers comme l'exécution d'un crucifié ne peut avoir aucun rapport avec la recherche de la sagesse. Peut-être un exemple de patience ? Mais y voir la source d'un salut ? C'est bien plutôt une ineptie.



Nous proclamons :

Nous, c'est-à-dire à la fois nous les apôtres et tous les croyants de l'Évangile, d'entre les Juifs et d'entre les Nations, nous proclamons, nous ne pouvons que proclamer ; car il ne s'agit pas d'une théorie, mais d'un événement singulier dans lequel Dieu s'est révélé. Israël le sait, Dieu se révèle dans l'histoire. Nous ne pouvons le déduire de rien, nous ne pouvons qu'en prendre acte et en témoigner, quand Dieu se dit dans un Messie crucifié. Dieu est venu à l'homme dans cet événement. Et certes, on n'a pas fini de comprendre ce qu'il signifie; en bien d'autres passages de ses lettres, Paul exalte l'amour de Dieu qui s'est révélé dans la Croix du Christ. Ce Christ crucifié se révèle être à la fois puissance et sagesse de Dieu aussi bien pour les Juifs que pour les Grecs (réunis cette fois dans la même expérience) à partir des fruits de la proclamation évangélique (signe de sa résurrection, Paul ne le dit pas ici, mais il en est convaincu).



3 – La convocation d'une Église à Corinthe (1, 26-31)A côté de la Croix, à l'ombre de la Croix, dans le discours de Paul, se tient l'Église. Paul continue de déployer sous les yeux des Corinthiens la stratégie divine. Il les invite à regarder comment Dieu, par son appel, par son élection, a constitué leur Église. Regardez qui vous êtes. Par trois fois Paul répète « Dieu a choisi », « Dieu a choisi », « Dieu a choisi ». De même qu'il avait jugé bon de sauver les croyants par la folie du message, de même il a choisi d'appeler à constituer son Église ce qui « n'existe pas ». Tous les « sans » : les sans culture, les sans pouvoir, les sans naissance. Certes il y en a quelques autres, mais pas beaucoup. Ce choix est provocant. Sa logique est de relativiser, et même de réduire à néant, les prétentions de quiconque s'imaginerait être au niveau du don de Dieu. Celui-ci est sans proportion avec quelque qualification humaine que ce soit. Certes tout croyant authentique en a conscience, mais cela devient plus visible et plus sensible quand l'existence chrétienne surgit là où on ne l'attendait pas : sous la figure de l'insignifiance sociale. C'est la même stratégie de victoire de la puissance et de la sagesse divines que dans la croix du Christ. Là aussi Dieu s'y prend par les moyens faibles et les moyens fous. Mais alors personne n'ira faire le fier devant Dieu. Tous vous reconnaîtrez que c'est de par Dieu, de par la grâce de Dieu, que vous « existez en Christ Jésus ». Vous qui avez tant soif d'existence sociale reconnue, comprenez que vous « existez », quand vous êtes appelés à entrer en communion avec le Christ, « qui est devenu pour nous (dans l'événement pascal) sagesse et justice et sanctification et rédemption ». Le mouvement amplifié de la péroraison se termine par une citation de l'Écriture empruntée à Jérémie. Le prophète dénonçait déjà l'assurance en soi-même en des termes très proches de ceux de Paul (sagesse, pouvoir, richesse): « Que le fier mette sa fierté dans le Seigneur » (Jr 9, 22).






4 - Le ministère apostolique de Paul à Corinthe
(2, 1-5)Après un tel parcours, Paul n'a aucune peine à montrer qu'il ne pouvait pas faire autrement, et qu'il n'a pas fait autrement, que de mettre ses pas dans les pas de Dieu, quand il est venu annoncer l'Évangile à Corinthe. Il le dit en référant son action à Dieu, au Christ et à l'Esprit.

A Dieu (le Père) : il n'a pas annoncé « le mystère de Dieu » - ce secret bien caché en Dieu qui devait se révéler dans la croix du Christ - avec le prestige du langage ou de la sagesse.
Au Christ : « je n'ai voulu savoir parmi vous que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » ; certes il a bien annoncé sa résurrection mais comme la glorification du Crucifié. Concentration extraordinaire du message sur la Croix.
Enfin relativement à l'Esprit : il n'a pas fait écran par les discours persuasifs de la sagesse à celui qui, seul, est à l'origine de la foi : l'Esprit saint. L'annonce de l'Évangile s'est faite dans « une démonstration d'Esprit, de puissance », autrement dit une manifestation de la puissance de l'Esprit; c'est-à-dire, comme en 1 Th 1, 5, grâce à l'assurance que donnait l'Esprit pour annoncer un tel Evangile, humainement si déroutant, et grâce à l'accueil que ce même Esprit suscitait chez les auditeurs de ce message. Autrement la foi reposerait sur des techniques humaines, et pas sur la puissance de Dieu, et alors elle ne serait pas fondée. Paul passe encore ici, en finale, du registre du discours au registre de l'acte, du registre de la sagesse au registre de la puissance. Car encore une fois l'Évangile est événement.






[1] Traduction TOB modifiée P.B.
[2]"Les SS pendirent deux Juifs et un adolescent devant les hommes du camp, rassemblés. Les hommes moururent rapidement, l'agonie de l'adolescent dura une demi-heure. "Où est Dieu? où est-il?" demanda quelqu'un derrière moi. Comme l'adolescent se débattait encore au bout de la corde, j'entendis l'homme appeler de nouveau: "Où est Dieu maintenant?. Et j'entendis une voix répondre en moi: Où est-il? Il est ici...Il est pendu au gibet". (Elie WIESEL,cité par Moltmann, Le Dieu crucifié, p 319). Texte révélateur à double titre: parce qu'il exprime bien la portée positive de cette demande de signes : où est Dieu? le silence de Dieu est-il supportable devant une oppression qui passe la mesure? - et parce qu'il exprime une réponse qui est déjà celle du message de la Croix, ce qui montre bien qu'il y a déjà dans la foi juive de quoi accueillir le message de la croix. Dans la théologie juive de la Shekinah (l'Habitation divine), le Dieu d'Israël se révèle comme celui qui communie à la détresse de son peuple, à son exil, à ses souffrances

FICHE THEMATIQUE 3

LA NAISSANCE D'UNE EGLISE A THESSALONIQUE

IERE LETTRE DE SAINT APUL AUX THESSALONICIENS
(1-2)




LE TEXTE :

Lettre 1 aux Thessaloniciens 1-2



Adresse (1, 11)

1 Th 1-1 Paul, Silvain et Timothée à l'Église des Thessaloniciens qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous grâce et paix.

Action de grâces : vous (1, 2-10)

2 Nous rendons continuellement grâce à Dieu pour vous tous quand nous faisons mention de vous dans nos prières ; sans cesse, 3 nous gardons le souvenir
de votre foi active,
de votre amour qui se met en peine,
et de votre espérance persévérante,
qui nous viennent de notre Seigneur Jésus Christ, devant Dieu notre Père,
4 sachant bien, frères aimés de Dieu, qu'il vous a choisis.
5 En effet, notre annonce de l'Évangile chez vous n'a pas été seulement discours, mais puissance, action de l'Esprit Saint, et plein succès. Et c'est bien ainsi, vous le savez, que cela nous est arrivé chez vous, en votre faveur.
6 Et vous, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, accueillant la Parole en pleine détresse, avec la joie de l'Esprit Saint: 7 ainsi, vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d'Achaïe. 8 De chez vous, en effet, la parole du Seigneur a retenti non seulement en Macédoine et en Achaïe, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s'est si bien répandue partout que nous n'avons pas besoin d'en parler. 9 Car chacun raconte, en parlant de nous, quel accueil vous nous avez fait,
et comment vous vous êtes tournés vers Dieu
en vous détournant des idoles,
pour servir le Dieu vivant et véritable
10 et pour attendre des cieux son Fils
qu'il a ressuscité des morts, Jésus,
qui nous arrache à la colère qui vient.







Comportement des apôtres : nous (2, 1-12)

2-1 Vous-mêmes le savez bien, frères, ce n'est pas en vain que vous nous avez accueillis. 2 Mais, alors que nous venions de souffrir et d'être insultés à Philippes, comme vous le savez, nous avons trouvé en notre Dieu l'assurance qu'il fallait pour vous prêcher son Évangile à travers bien des luttes.

3 C'est que notre prédication ne repose pas sur l'erreur,
elle ne s'inspire pas de motifs impurs,
elle n'a pas recours à la ruse.
4 Mais Dieu nous ayant éprouvés pour nous confier l'Évangile,
nous prêchons en conséquence ;
nous ne cherchons pas à plaire aux hommes, mais à Dieu qui éprouve nos coeurs.
5 C'est ainsi que jamais nous n'avons eu de paroles flatteuses, vous le savez,
jamais d'arrière-pensée de profit, Dieu en est témoin, 6 et jamais nous n'avons recherché d'honneurs auprès des hommes, ni chez vous, ni chez d'autres, 7 alors que nous aurions pu nous imposer, en qualité d'apôtres du Christ.
Au contraire, nous avons été au milieu de vous pleins de douceur, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu'elle nourrit. 8
Nous avions pour vous une telle affection que nous étions prêts à vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais même notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers. 9 Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues: c'est en travaillant nuit et jour, pour n'être à la charge d'aucun de vous, que nous vous avons annoncé l'Évangile de Dieu. 10 Vous êtes témoins, et Dieu aussi, que nous nous sommes conduits envers vous, les croyants, de manière sainte, juste, irréprochable.
11 Et vous le savez : traitant chacun de vous comme un père ses enfants, 12 nous vous avons exhortés, encouragés et adjurés de vous conduire d'une manière digne de Dieu qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire.[1]



FICHE DE TRAVAIL POUR LES PARTICIPANTS


I - POUR LIRE

Une fondation-éclair

Paul avait entrepris un voyage apostolique à partir d'Antioche de Syrie, voyage au cours duquel il avait traversé le centre et l'ouest de la Turquie actuelle, puis était passé en Macédoine et en Grèce ; au terme il devait séjourner un an et demi à Corinthe en 50-51. Il n'avait pas entrepris ce voyage seul, mais avec deux compagnons, Sylvain (ou Silas) et Timothée (qu'il s'était associé en cours de route). C'est au cours de ce voyage que les trois missionnaires avaient fondé une Église dans le grand port de Thessalonique en Macédoine (actuellement Salonique). La grande majorité de ces nouveaux croyants étaient des non-juifs. Paul n'avait pas pu rester avec eux aussi longtemps qu'il aurait été nécessaire pour affermir et compléter leur première formation. Il avait même dû déguerpir rapidement pour échapper à des embûches suscitées par des juifs hostiles à la foi qu'il prêchait. Il avait cherché plusieurs fois à revenir chez eux, mais en vain.

Une lettre d'action de grâces

Arrivé à Athènes, n'y tenant plus, inquiet de les savoir en butte à des tracasseries et des persécutions capables d'ébranler leur foi, il avait renvoyé Timothée en arrière prendre de leurs nouvelles et les encourager à tenir bon. Lorsque Timothée revient, il retrouve Paul à Corinthe et lui apporte de « bonnes nouvelles » : la confirmation que l'Évangile annoncé à Thessalonique a bel et bien pris en plein milieu païen. Paul avec ses deux compagnons en est tout réconforté, comme « évangélisé » (3, 6) par ceux qu'ils avaient évangélisés. C'est alors que « Paul, Sylvain et Timothée » envoient à Thessalonique une lettre où explose l'action de grâces à Dieu pendant trois chapitres, tandis que les deux derniers chapitres répondent à des questions de foi et de vie chrétiennes.

Le premier écrit du Nouveau Testament

La Première Epître aux Thessaloniciens se trouve être le premier écrit chrétien du Nouveau Testament (bien avant la rédaction finale des évangiles). Elle date de 50/51. D'où son grand intérêt pour la connaissance de la foi chrétienne qui se répand déjà en plein milieu gréco-romain, chez les juifs de la Diaspora et chez les non-juifs, vingt ans à peine après la crucifixion de Jésus.

Nous vous proposons de lire l'adresse de la lettre et le premier moment d'action de grâces, qui se présente comme une relecture de ce que les apôtres ont vécu quand ils ont fait leur entrée à Thessalonique pour y annoncer l'Évangile. Dans cette relecture, alternent le « vous » et le » nous » : comment vous avez reçu l'Évangile et comment nous nous sommes comportés parmi vous. Il ne s'agit ni de flatterie ni d'auto-glorification, mais de relecture de l'œuvre de Dieu à travers l'action et le comportement des uns et des autres. Et cette relecture est un encouragement et une indication pour le chemin à poursuivre maintenant.




Structure littéraire de l'extrait proposé : (1,1-2,12)

Adresse (1, 1) : auteurs[2] et destinataires
A - Action de grâces (1, 2-10) :
Ø pour le plein succès de l'Évangile à Thessalonique (1, 2-5)
Ø pour le rayonnement de la foi des Thessaloniciens (1, 6-10)

B - Relecture du comportement des apôtres (2, 1-12)
Ø des apôtres qualifiés par leurs épreuves (2, 1-4)
Ø des apôtres désintéressés (amour maternel) (2, 5-8)
Ø des apôtres engagés (amour paternel) (2, 9-12)

¨ Lexique :

* Église : au singulier ou au pluriel (les Églises), le mot désigne ordinairement dans le langage de Paul les communautés locales. Origine du mot : ek-klèsia en grec ; mot dont la racine est le verbe « kalé-ô » = appeler, convoquer. Les « églises » sont des communautés qui répondent à la « convocation » divine sur la base de la foi en Jésus. En se désignant ainsi les communautés chrétiennes se distinguaient des « synagogues » (réunion, lieu de réunion) du judaïsme. Les premières communautés chrétiennes empruntent le terme au langage grec des assemblées de citoyens et au langage de la Bible grecque, qui désignait ainsi l'assemblée convoquée par Dieu pour recevoir sa Parole au Sinaï (« l'Église du désert », Ac 7, 38).

* L'Évangile : la « Bonne Nouvelle » qui annonce le Christ mort et ressuscité comme événement du salut: il est « l'Évangile de Dieu », parce que Dieu en est l'origine et en fait la force de transformation de la condition humaine : il est « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1, 16)

* Macédoine, Achaïe (Grèce) : deux provinces romaines, respectivement au nord et au sud; la Macédoine ancienne avait pour capitale Thessalonique, aujourd'hui Salonique; l’Achaïe avait pour capitale Corinthe, port double sur l'Egée et l'Adriatique. Paul implante l'Évangile dans les centres urbains d'où il rayonnera.

* La Colère à venir : manière humaine de parler de Dieu; il ne se met pas en colère, mais la rupture de l'alliance avec Lui entraîne la privation des biens du salut. La « colère de Dieu » dit l'incompatibilité entre Dieu et le peuple pécheur. « La Colère à venir » désigne le Jugement final sous cet aspect négatif. Israël y échappe par la conversion (cf. prédication de Jean-Baptiste, Mt 3: 7-10). La foi chrétienne reprend ce thème à l'adresse de tous les hommes :ils peuvent tous y échapper par la foi en Jésus

* Philippes : colonie romaine en Macédoine (voir la fondation d'une communauté chrétienne à Philippes en Ac 16, 12-40). Paul y a été prisonnier et battu de verges, juste avant d'arriver à Thessalonique.

*Prosélyte : «celui qui s'approche », le non-juif qui s'intéresse à la foi et la morale d'Israël ; il peut aller jusqu'à l'intégration au judaïsme par la circoncision, ou rester un sympathisant, participer au culte synagogal; dans ce cas le NT parle des « craignant-Dieu » ou des « adorateurs / adoratrices / de Dieu.

Synagogue : lieu de réunion de prière des communautés juives ; on y lit et commente les Ecritures

II - ET MAINTENANT AU TEXTE

Lire une première fois le texte d'affilée (1, 1 – 2, 12), comme on lit avec intérêt une lettre que l'on vient de recevoir. Ensuite revenir aux différents moments de la lettre :

Ne pas télescoper l'adresse (1, 1) : elle dit déjà des choses sur les auteurs et les destinataires. Comment comprenez-vous la désignation de « l'Église des Thessaloniciens en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ »? Que signifie cette double relation ?

Qu'est-ce qui caractérise une Église naissante selon l'image que Paul renvoie d'eux-mêmes aux Thessaloniciens en 1, 2-10 ? Leur place dans le dessein de Dieu, leur style de vie, le contenu et le rayonnement de leur foi ?

Quels sont les traits du comportement apostolique que les apôtres tiennent à mettre en relief (2, 1-12) ? Pourquoi?

Si l'Esprit-Saint n'est pas mentionné dans l'adresse, il l'est dans l'action de grâces et dans la relecture de la mission apostolique : quels rôles lui sont attribués ? Qu'est-ce que cela dit de la mission et de l'existence chrétienne ?



III - PISTES POUR ACTUALISER


« Votre foi qui agit, votre amour qui se donne de la peine, votre espérance qui tient bon ... », « la Parole du Seigneur a retenti de chez vous en tout lieu » :
quel sang neuf peut apporter à nos communautés ecclésiales cet éloge de Paul ?

« Frères aimés de Dieu … vous avez été choisis » : que voyez-vous naître de nouveau au sein de nos communautés ecclésiales ? et au-delà ?

« Vous nous avez imités, nous et le Seigneur... » (1, 6) : comment le mystère
pascal marque-t-il nos vies ? La vie de nos communautés ?





IV - PISTES POUR LA PRIERE


Un refrain pour ouvrir le temps de prière :

« Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! »
(A. Gouzes)


Psaume 116 : à lire ou à chanter (CNA page 140)


Antienne : « Allez dire au monde entier les merveilles de Dieu »

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
Fêtez-le, tous les pays !
Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
Eternelle est la fidélité du Seigneur !


Lecture d’un autre passage de Paul : Lettre aux Romains 15,7-13


Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. Je l’affirme en effet, c’est au nom de la fidélité de Dieu que Christ s’est fait serviteur des circoncis, pour accomplir les promesses faites aux pères ; quant aux païens, ils glorifient Dieu pour sa miséricorde. Selon qu’il est écrit : « C’est pourquoi je te célébrerai parmi les nations païennes, et le chanterai en l’honneur de ton nom ». Il est dit encore : « Nations, réjouissez-vous avec son peuple ». Et encore : « Nations, louez toutes le Seigneur, et que tous les peuples l’acclament ». Esaïe dit encore : « Il paraîtra, le rejeton de Jessé, celui qui se lève pour commander aux nations. En lui les nations mettront leur espérance ». Que le Dieu de l’espérance vous comble de joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint.


Introduction au Notre-Père : Père c’est ton Fils qui nous rassemble dans la joie de l’Esprit Saint. C’est lui qui fait de nous une communauté. Avec lui, avec tous ceux qui mettent leur espérance en lui, nous te disons :



NOTRE PERE



FICHE DE TRAVAIL POUR LES ANIMATEURS



V - QUELQUES CLES DE LECTURE


1 - Naissance d'une Eglise (1,1)Une Église* est née à Thessalonique. La mission a consisté à faire surgir dans cette ville une communauté originale de foi et de vie. C'est à la communauté comme telle que les trois apôtres écrivent. C'est la vie ecclésiale qui leur importe. Le « nous » des apôtres fait face au « vous » de la communauté.
Cette Eglise est née en plein monde païen. D'après le récit des Actes des apôtres (17, 1-9), Paul a commencé par la synagogue* et il y a trouvé des adhérents à l 'Evangile, soit parmi les Juifs, soit parmi les païens qui sympathisaient avec la foi juive. Mais l'Évangile n'a pas tardé à toucher majoritairement les non-juifs, puisque Paul dit à ses correspondants qu'ils se sont détournés des idoles. Ce passage de l'Évangile du seul monde juif au monde des Nations est un événement. Jusque là, il y avait des prosélytes*, c'est-à-dire des non-juifs agrégés au judaïsme par la circoncision ou des sympathisants du judaïsme (« adorateurs de Dieu », « craignant-Dieu »).
Maintenant est apparue une communauté de type inédit qui peut rassembler Juifs et non-juifs sur la seule base de la foi en Jésus. Paul désigne « l'Église des Thessaloniciens » comme une Église « en Dieu le Père et le Seigneur Jésus-Christ », c'est-à-dire qu'elle a été et demeure constituée comme Église à partir de la convocation de Dieu, le Père - c'est Lui qui la rassemble par son appel - et en vertu de sa communion avec Jésus-Christ, le Seigneur. Elle n'est donc pas une oeuvre humaine. Paul ne dit pas encore ici que l'Église est le « corps du Christ » (il le dira en 1 Corinthiens). Mais déjà il exprime sa dépendance vitale à l'égard du Seigneur Jésus. Le titre de « Seigneur » lui convient en tant qu'il est le Ressuscité, pleinement associé à Dieu le Père comme source du salut.

La nouveauté qui apparaît dans la naissance de l'Église des Thessaloniciens, c'est que les païens sont aimés de Dieu. « Frères aimés de Dieu » (1, 4), dit le judéo-chrétien Paul à ces païens convertis. Avant d'être aimés de Paul comme des frères, ils se sont révélés à lui comme « aimés de Dieu », et il a reconnu en eux les signes de « l'élection » : Dieu les a choisis par amour. Ce sont des mots très forts, qui, jusqu'à présent, caractérisaient la relation du peuple d'Israël avec Dieu ; maintenant ce ne sont plus seulement les fils d'Israël qui sont « élus » et « aimés », mais aussi les gens des nations.

A quoi Paul a-t-il reconnu que ces païens sont « aimés » et « choisis » ? A ce que l'Évangile a été annoncé chez eux avec plein succès. En effet, dit Paul, l'Évangile que nous vous avons fait entendre n'a pas consisté seulement en paroles (il y en a eu, certes, pour dire la foi), mais il s'est produit sous la forme d'une intervention puissante de l'Esprit-Saint. A quoi Paul fait-il référence par ces mots ? La « puissance », au singulier, ne fait pas allusion aux « miracles », mais à la force divine déployée pour produire le salut. Il y avait disproportion entre l'Évangile et les forces humaines, soit celles des apôtres pour l'annoncer, soit celles des auditeurs pour le recevoir; mais l'Esprit-Saint a été la puissance de l'Evangile de Dieu chez les uns et chez les autres. Les apôtres ont été pleinement engagés (malgré leurs épreuves antérieures) et les nouveaux croyants ont été transformés dans leurs convictions et dans leur vie. C'est cela « le plein succès » (traduction préférable à «certitude absolue») de l'Évangile à Thessalonique (1, 5). Paul fera souvent référence dans ses lettres à la disproportion entre la faiblesse humaine de l'apôtre et la force de l'Évangile qu'il porte. Cette disproportion signe l'engagement de Dieu dans l'investissement des apôtres.

2 – Le trio : foi, amour, espérance (1,3)
(1,Quand Paul rend grâces à Dieu pour l'accueil de l'Évangile à Thessalonique, il caractérise la vie des nouveaux croyants par trois mots-clés : foi, amour, espérance. Ce trio va devenir classique pour parler de l'existence chrétienne[3]. La foi ouvre le croyant à la vie du Christ en lui ; elle le fait participer à l'amour qui vient de Dieu, qui s'est exprimé dans le Christ jusqu'au don de lui-même sur la croix, et qui devient maintenant pour le croyant sa manière d'aimer. Cette vie de foi et d'amour génère l'espérance, parce qu'elle atteste au croyant qu'il est aimé de Dieu (cf. Rm 5, 5).

Paul ne dit pas simplement : « foi, amour, espérance », il dit « l'agir de la foi », « le labeur de l'amour », « la constance de l'espérance (1,3). Il dit ce qui les rend authentiques. Quel est « l'agir » de la foi ? On peut penser naturellement aux fruits qu'elle porte dans la vie (conversion, service, amour, diverses formes d'engagement, cf. Ga 5, 6 : « la foi qui agit par l'amour »). Il n'est pas interdit de penser aussi, dans le contexte de notre épître, au rayonnement de la foi sur l'environnement proche et lointain (cf. 1, 8). Quant à l'amour, Paul le désigne en grec par le mot « agapè » : amour gratuit et désintéressé, fait de respect et d'estime de l'autre, amour qui n'attend pas la valeur mais qui la crée, à l'image de l'amour de Dieu pour l'homme. Le trait caractéristique de l'agapè, c'est de se donner du mal, sans en rester aux bons sentiments. L'espérance enfin se caractérise par sa capacité d'endurance : elle résiste sous les épreuves qui pourraient entamer la confiance dans la Promesse, elle ne se désiste pas, elle « tient sous » l'épreuve.
La foi, l'agapè et l'espérance – et pas seulement l'espérance – sont dites « de Jésus-Christ ». C'est-à-dire qu'elles prennent leur source et leur norme en lui. C'est de lui désormais que nous tenons la possibilité de croire, d'aimer, d'espérer ; c'est lui qui, dans sa vie terrestre et dans l'événement pascal, a inauguré ce style de relation à Dieu, fait de confiance et de donation de soi absolues.


3 – Un style de vie marqué par le mystère pascal (1, 6)Un nouveau « modèle [4]» de vie est apparu. Quand Paul écrit aux croyants de Thesssalonique qu'ils ont imité les apôtres et le Seigneur Jésus, et qu'à leur tour ils sont devenus un modèle (un « type ») pour tous les croyants de Macédoine et de toute la Grèce, il ne se place pas au point de vue moral, comme si ces nouveaux croyants étaient devenus des champions de vertu. Mais au point de vue du style d'existence inauguré par la Pâque du Christ. C'est-à-dire qu'ils accueillent la Parole « au milieu de bien des épreuves », mais que ces épreuves deviennent pour eux le lieu de la joie pascale, celle que donne l'Esprit-Saint. Paul lui-même dira qu'il surabonde de joie au milieu des épreuves (2Co 7, 4). Pourquoi ? Parce qu'en communiant à la Passion du Christ il est certain d'être uni à sa gloire. C'est en cela que consiste le nouveau « modèle ». Le style de vie des chrétiens est un style « pascal », qui connaît nécessairement l'épreuve et la souffrance, en raison même de la fidélité à la Parole ; mais qui au sein même de l'épreuve connaît la joie d'être conduit et habité par l'Esprit-saint, ce qui est gage d'espérance. Remarquons déjà deux mentions de l'Esprit, dans ce court passage : il est à l'origine de la foi et de la joie pascales.

Ce style pascal inscrit les nouveaux croyants dans la grande tradition qui vient des prophètes, du Seigneur Jésus, des apôtres, des Églises de Judée ; et maintenant l'Église de Thessalonique prend le relais ; elle hérite d'une histoire ; c'est ce que lui dit Paul dans un second moment d'action de grâces (2, 14-15). Il est frappant de constater qu'aux yeux de Paul ces nouveaux croyants sont d'entrée de jeu mis en communion avec le mystère pascal et que, de ce point de vue, ces novices de la foi en sont déjà des modèles.

4 – La rumeur de Thessalonique
(1, 8 - 10)


Si l'Évangile engendre une Église, cette Église à son tour rayonne l'Évangile. Paul fait état ici de ce qu'on pourrait appeler « la rumeur de Thessalonique ». Sa foi est maintenant connue « partout ». Les gens savent l'accueil fait au message apostolique, ils le disent eux-mêmes. Paul en résume les données fondamentales :

- se tourner vers Dieu, et de ce fait, se détourner des idoles (d'abord le positif, ensuite le négatif); cela fait partie de l'annonce de l'Évangile en milieu non-juif ;

- ce changement radical d'orientation amène à « servir le Dieu vivant et vrai», service qui n'est plus simplement « cultuel » comme dans « la religion », mais qui consiste dans l'orientation de toute l'existence vers la Venue de son Fils ;

- « attendre son Fils » n'est pas une attente passive, mais au contraire une vie de foi, d'amour et d’espérance, comme Paul le précisera plus loin en 5, 7. Dans la prédication de Jésus, c'était le Royaume de Dieu qui était annoncé et attendu comme tout proche ; dans la prédication apostolique, la Venue de Jésus prend la place de l'avènement du Royaume : le Royaume, c'est Lui.

- Paul ne parle pas du « retour du Christ», mais de « sa Venue »; elle est rendue possible, depuis que Dieu l'a ressuscité des morts : la résurrection de Jésus n'est pas mentionnée ici pour elle-même, mais pour l'avenir qu'elle a ouvert. Quant à la croix, elle est seulement implicite dans ce raccourci (elle est impliquée dans « ressuscité des morts »); Paul lui donnera beaucoup plus de place (la place centrale, décisive) dans les épîtres suivantes (1 Co, Ga).

- Enfin est prononcé le nom bien humain de ce Fils de Dieu : Jésus ; il n'est pas un être mythique, comme il y en avait beaucoup dans les religions orientales, grecques et romaines; notre épître est celle qui emploie le plus souvent le nom de « Jésus » sans lui accoler aucun titre (Christ, Seigneur).

- Sa Venue sera victorieuse et libératrice à l'égard du mal et de l'injustice qui opprime l'humanité. Elle est future, elle est attendue, mais Jésus est « celui qui nous libère », déjà au présent : présent de certitude, présent de définition (il est le libérateur), présent d'anticipation. Il nous libère « de la Colère qui vient », c'est-à-dire qu'il nous permet d'échapper aux conséquences désastreuses qui s'abattraient finalement sur un monde en rupture d'alliance avec Dieu (voir le Lexique sur « la Colère »). Les croyants n'ont plus à redouter quelque catastrophe finale ; ils ne vivent plus dans la peur, mais dans l'espérance et la confiance.


5 - Le style de vie des apôtres dans l'annonce de l'Évangile (2, 1 - 12)Dans la relecture, les apôtres tiennent à rappeler quel a été leur comportement au milieu des gens. Il ne s'agit pas pour eux de se vanter, mais de se démarquer des nombreux prédicateurs et philosophes ambulants, qui, souvent, cherchaient le profit, la gloriole ou les aventures suspectes. Si les apôtres tiennent à s'en démarquer, c'est d'abord pour encourager les croyants à maintenir leur confiance dans l'Évangile qui leur a été annoncé: il n'est pas une doctrine frelatée.
Pour l'annoncer à Thessalonique, il leur fallait trouver en Dieu leur assurance, vu les souffrances, les injures et les outrages qu'ils avaient subies à Philippes*. Mais c'est précisément à travers les épreuves que Dieu les a testés et qualifiés au plus intime de leur cœur, et il continue de le faire.

Par ce rappel et cette relecture de leur comportement, les apôtres indiquent aussi à leurs correspondants comment poursuivre le travail commencé. Il y a un style d'annonce de l'Évangile qui correspond à son contenu, c'est-à-dire le souci de la vérité, la motivation de l'amour, la gratuité de l'annonce. Paul l'exprime au moyen d'images : l'amour maternel de la mère et de la nourrice, l'amour paternel qui éduque par l'exemple, les appels, les exhortations, les encouragements. L'autorité des apôtres s'est exercée dans la douceur; ils n'ont pas « pesé » sur la communauté ; ils ont gagné leur vie par le travail ; c'est un point d'honneur auquel Paul tient absolument (cf. 1Co 9). Ce comportement traduisait un amour qui joignait le don de soi (risquer sa propre vie) au don de l'Évangile, comme un « plus », comme s'il pouvait y avoir un « plus » que l'Évangile; mais l'Évangile de l'amour de Dieu peut-il être annoncé sans aimer ? Bien plus, Paul dira qu'il reçoit l'Évangile quand il l'annonce, et c'est en cela qu'il se trouve payé (1 Co 9, 15-23). Raison de plus pour l'annoncer gratuitement.



[1] Traduction TOB modifiée P.B.
[2] Remarquer que Paul, Sylvain et Timothée se présentent collégialement comme les trois co-auteurs de la lettre; Paul ne se met pas à part ni au-dessus, bien qu'il ait des choses personnelles à dire (cf. 3, 5)
[3] - Dans cet ordre ou dans un ordre différent (1 Th 1, 3 ; 5,8 ; 1Co 13, 13; Ga 5, 5-6 . Ces « vertus » sont dites « théologales », parce qu'elles traduisent dans l'existence humaine la participation à la vie de Dieu lui-même (et pas seulement un bel humanisme).
[4]- comme on parle aujourd'hui d'un nouveau modèle de fabrication, d'une nouvelle mode vestimentaire ou, mieux, d'un style de vie.