mardi 24 novembre 2009

LA TENTATION DU CHRISTIANISME


L'ouvrage que nous vous proposons aujourd'hui, est une contribution au débat sur les racines chrétiennes de l'Europe, illustré entre autres par les livres de M.F. Baslez et Paul Veyne. (1)
L'apport de Luc Ferry et de Lucien Jerphagnon à cette discussion ne réside pas dans la recherche du moment ou de la manière dont s'est imposé le Christianisme, mais plutôt dans la cause de ce triomphe même.
En effet la prééminence de la doctrine chrétienne qui parait naturelle aujourd'hui en Occident n'allait pas de soi à l'époque. Saint Paul l'exprime ainsi dans la première Epître aux Corinthiens (chap. 1,23) : " Nous prêchons un Messie crucifié scandale pour les Juifs folie pour les Païens".
Comment une doctrine si mal perçue a-t'elle pu finalement s'imposer ? Pour répondre à cette question, il est d'abord necessaire d'exposer succintement ce que les Romains entendaient par religion et quelle idée se faisait la philosophie grecque de l'Homme et de sa place dans l'univers.

Pour les Romains la religion remplissait deux fonctions. La première était à finalité civique : il s'agissait de se concilier par des offrandes la bienveillance des dieux qui en retour assuraient la primauté de Rome. La seconde était personnelle. Chacun par des Sacrifices essayaient d'obtenir des faveurs et des dons. Dans un cas comme dans l'autre ce qui était essentiel c'était d'accomplir les rites afin de ne pas mécontenter les dieux.
Cette démarche religieuse était assimilable à un contrat. On donnait pour recevoir. Il n'y avait pas d'engagement de l'être profond et encore moins d'élan mystique, sauf peut-être dans la religion populaire.
Si il existait une multitude de divinité que l'on invoquait dans des moments bien précis : maladie, amour, guerre etc.., les Romains étaient démunis face à la mort. L'être humain est laissé seul face à ses interrogations : survie dans l'au-delà et destin des êtres chers. Il n'en est pas tout à fait de même pour la philosophie grecque.

Pour les Grecs nous dit Luc Ferry, l'Homme doit être en harmonie avec le Cosmos qui est juste car créé et ordonné par les dieux. Dans ces conditions il faut accepter son destin et notamment la finitude et trouver la place qui est la sienne dans cet univers. En agissant ainsi l'être humain fait preuve de sagesse. Il dépasse la peur de la mort.
Les Grecs, à la différence des Romains n'éludaient pas le problème de la mort. Pour eux la soumission à l'ordre cosmique, le fait de vivre en harmonie avec cet ordre juste permet de dépasser la finitude propre à notre condition humaine. L'Homme sage en effet, survivait en ce sens qu'il se fondait dans l'univers dont il devenait une parcelle.

La religion romaine comme la Philosophie grecque étaient deux systèmes souples et cohérents, parfaitement adaptés à la mentalité humaine. Ils étaient également radicalement opposés au Christianisme. C'étaient en effet deux systèmes polythéistes qui méconnaissaient l'idée d'un salut personnel.
Comment expliquer alors la victoire du Christianisme ? Les auteurs nous donne deux séries de raisons. La première est conjoncturelle. Au 3ème Siècle, on assiste à l'affirmation des aspirations métaphysiques des individus, la Seconde est du à la faiblesse de la réponse tant de la religion romaine que de la philosophie grecque aux interrogations liées à la mort et à l'au-delà.
Justement dans ce domaine le Christianisme apportait des réponses novatrices et séduisantes. Ils assuraient ceux qui mettaient leur Foi dans le Christ non seulement de survivre mais encore de ressuciter corps et âme. En outre, ils étaient assurés de retrouver dans la vie future ceux qu'ils avaient chéris.
C'est bien selon nos auteurs parce qui'l ouvrait une perspective de survie réelle et qu'il offrait la certitude de retrouver ses proches que le Christianisme s'est imposé et qu'il est devenu la pierre angulaire de notre civilisation


(1): Marie-Françoise Baslez : Comment notre monde est devenu chrétien, Tours, C.L.D., 2008

Paul Veyne : Quand notre monde est devenu chrétien, 312 - 394, Paris, Albin Michel, 2007

On citera également l'ouvrage de Bruno Dumezil : Les racines chrétiennes de l'Europe, conversions et liberté dans les royaumes barbares, 5ème - 8ème siècle, Paris, Fayard, 2006

jeudi 19 novembre 2009




OUVRAGES DU MOIS DE SEPTEMBRE ET OCTOBRE 2009



BENOÎT XVI. – L’amour dans la vérité : lettre encyclique sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité. – Paris, Parole et Silence, Lethielleux, 2009.

BAUCKHAM, Richard. – La théologie de l’Apocalypse. – Paris, Le Cerf, 2006.

BERTRAND, Régis. – Le Christ des Marseillais : histoire et patrimoine des chrétiens de Marseille. – Marseille, Editions La Thune, 2008.

BORDEYNE, Philippe (dir). – Théologiens pourquoi ? Pour qui ?. – Paris, Bayard, 2009.

CAHIERS DE FANJEAUX. – Moines et religieux dans la ville (XIIè-XVè siècle). – Toulouse, Privat, 2009.

CAPELLE, Philippe (éd.). – Expérience philosophique et expérience mystique. – Paris, Le cerf, 2005.

CAPELLE-DUMONT, Philippe (Dir.). – Philosophie et théologie dans la période antique. Anthologie tome I : Paris, Le Cerf, 2009.

CAPELLE-DUMONT ? Philippe (dir). – Philosophie et théologie au Moyen Âge. Anthologie Tome II. – Paris, le Cerf, 2009.

CAPELLE, Philippe ; GREISCH, Jean (éd.). – Raison philosophique et christianisme à l’aube du IIIè millénaire. – Paris, Le Cerf, 2004.

DAGENS, Claude. – Aujourd’hui l’Evangile. – Paris, Parole et Silence, 2009.

DRILHON, Bruno. – Dieu missionnaire : Les missions visibles des Personnes divines selon saint Thomas d’Aquin. – Paris, Téqui, 2009.

ELDERS , Leo J. (s.v.d.) – Au cœur de la philosophie de saint Thomas d’Aquin. – Paris, Parole et Silence, 2009.

DU ROY, Olivier. – La Règle d’or : Le retour d’une maxime oubliée. – Paris. – Le Cerf, 2009.

GRUBER, Jacques. – « Vous serez mes témoins » : pour un temps de confusion et de mutation. – Paris, Le Cerf, 2009.

L’héritage judéo-chrétien, mythe ou réalité ?. – In revue « Cités », n° 34, 2008.

RENAUD ? Bernard. – Un Dieu jaloux entre colère et amour. – In « Cahiers Evangile », N° 149, septembre 2009.

Le Roi René dans tous ses états (1409-1480). – Paris, Editions du Patrimoine, 2009.

SAGNE, Jean-Claude. – La symbolique du repas dans les communautés : De la cène au repas monastique. – Paris, Le Cerf, 2009.

SIMON, René. – Pour une éthique commune : Réflexions philosophiques et éclairages théologiques (1970-2000). – Paris , le Cerf, 2009.

VANNIER, Marie-Anne (dir). – Les Pères et la naissance de l’ecclésiologie. – Paris, le Cerf, 2009.

Le vertige du mal. – In revue « Cités », N° 36, 2008.



ANDRE VAUCHEZ
FRANCOIS D’ASSISE : ENTRE HISTOIRE ET MEMOIRE
Paris, Fayard, 2009


L’auteur donne une biographie du saint d’Assise située loin des habituels clichés : il restitue un François bien inséré dans son milieu et son époque.
Né en 1182 à Assise d’un père marchand dans une époque de foisonnement intellectuel et aux milieux des conflits civils ou religieux (croisades, guerres entre cités en Italie , hérésies des vaudois et des cathares)
Après une jeunesse faite de plaisir et de rêves chevaleresques François devient après sa conversion (1205-1206) le Poverello.
L’idéal de François est revenir à la vie de l’Evangile du Christ loin des fastes de l’Eglise officielle et des monastères. Ainsi il recruta quelques frères qui vivront avec lui cet idéal prêchant et gagnant leur pain parla mendicité. A la différence des certains groupes de laïcs qui souhaitaient vivre cet idéal hors de l’Eglise, il se comporta toujours en « fils fidèle » Ainsi il put constituer l’ordre franciscain en ayant l’habileté de rester ferme sur certains principes tout en comprenant les exigences de la curie romaine. Notons que récupération - et même trahison après sa mort – ne se fit pas sans heurts entre les deux parties, surtout après sa mort (1226) et sa canonisation (1228)
Loin de l’hagiographie officielle l’auteur passe en revues les différentes facettes de cette vie et de cette sainteté. Il nous restitue également les débuts de l’ordre franciscain avec les difficultés liés aux idéaux de François et aux désirs de la papauté décidé à faire de cet ordre nouveau le fer de lance de son évangélisation.




JEAN-JACQUES ANTIER
LE CURE D’RAS : UN SAINT DANS LA TOURMENTE
Paris, Perrin, septembre 2006


Jean-Jacques Antier retrace la vie de Jean-Marie Vianney (1786-1859) curé du petit village d’Ars à 30 ans et qui fut un guide spirituel hors norme consulté par des foules de contemporains. Lui qui fut renvoyé du séminaire à cause de son ignorance devint, en quelques années le plus célèbre des confesseurs du XIXè siècle. Canonisé en 1925 il fut proclamé patron de tous les curés du monde.
L’auteur nous montre un homme de foi et prière n’ayant qu’un seule obsession : l’amour de Dieu et le désir de convertir ses semblables. Son rayonnement sut vaincre les réticences d’abord des villageois d’Ars puis de ses nombreux pénitents.
Lors de son voyage en France Jean-Paul II déclarait : « Nous avons plus que jamais besoin de son témoignage ».

mardi 17 novembre 2009

Pourquoi aller à l'Eglise ? de timothy Radcliffe



POURQUOI ALLER A L’EGLISE ? : L’EUCHARISTIE,
UN DRAME EN TROIS ACTES.
PARIS, LE CERF, 2009.
292 pages. 20 euros.


« Pourquoi aller à l’Eglise ? ». Le Père Timothy Radcliffe répond à cette question avec son humour anglo-saxon tout en soulignant l’enjeu capital : « L’Eglise nous ouvre des chemins d’humanité que nous ne pourrions pas trouver ailleurs ». Avec une verve constante, il commence par décrire la désaffection des célébrations dominicales. Ceci lui permet de redire quelques vérités sur l’Eucharistie qui n’est ni un spectacle, ni un acte mémoriel, mais bien un « drame » qui se joue au cœur de la foi. Conjuguant récits personnels et textes bibliques, l’auteur relate pas à pas les différentes étapes de la célébration pour en révéler le sens.
Livre vivifiant et généreux, qui ouvre des perspectives pastorales et permet un approfondissement personnel. Sans nier les difficultés de compréhension et d’adhésion au « mystère », l’auteur rappelle avec tendresse et pédagogie l’enjeu de l’Eucharistie et de la fidélité des chrétiens aux sacrements : « Ses dons, Dieu nous les donne à travers la lente transformation de qui nous sommes : travail divin, silencieux et sans tapage, qui nous recrée hommes et femmes de foi, d’espérance et de charité »

mercredi 28 octobre 2009








BENOÎT XVI
L'amour dans la vérité : Lettre encyclique sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérite
présentation et commentaire Mgr Jérôme BeauLethielleux , ParisParole et silence , Saint-Maur (Val-de-Marne)
collection Collège des Bernardins-Ecole cathédrale, cahier , numéro hors série
Parution : juillet 2009



Benoît XVI aborde de front la question cruciale du développement intégral de l'humanité et de la mondialisation et invite nos contemporains à trouver de nouvelles formes d'engagement fondées sur le don gratuit de soi.

Le 29 juin 2009 Benoît XVI sort sa première encyclique sur la doctrine sociale de l’Eglise. Au même moment dans la ville d’Aquila en Italie se réunit le G8 où huit chefs d’Etats et de gouvernement doivent se pencher sur la situation moniale due à la crise financière et économique.
Le Pape Benoît XVI nous remet en mémoire l’Encyclique de Paul VI Populum progessio promulgué en 1967. Il en rappelle les grandes lignes et souligne combien elle est encore profondément actuelle. C’est pourquoi il conçoit son encyclique Caritas in veritate sur la même problématique tout en l’adaptant au monde d’aujourd’hui.
Avec la crise actuelle l’encyclique prend toute sa valeur : très documentée, extrêmement vaste par l’ampleur des sujets abordés, elle concerne tous les acteurs de la vie économique et sociale qui
sont invités à un changement radical dans leur mentalité. Après avoir fait un panorama de la situation actuelle au niveau économique et social, après avoir analysé les conséquences de la mondialisation (relativisme culturel et religieux, aggravation de la situation des pays pauvres, problèmes écologiques, manque de liberté religieuse dans certains pays, non-respect du droit à la vie…), Benoît XVI invite les dirigeants à remettre l’homme au cœur de leur réflexion et de leur action : « seule la charité guidée par la foi et la raison permettra à l’humanité d’atteindre un développement plus juste et plus humain »





mardi 15 septembre 2009

NOUVELLES DECOUVERTES EN ARLES






DU NOUVEAU SUR ARLES ANTIQUE


Le Monde de la Bible de Septembre 2009 consacre son dossier à la ville d'Arles antique. La revue fait le point sur les découvertes réalisées au cours des vingt dernières années. Elle nous permet de voir la cité sous un jour nouveau quant à son importance économique et commerciale. En outre les fouilles ont permis de mettre à jour une église paléochrétienne de grandedimension. C'est de cette découverte dont nous voudrions rendre compte en donnant un résumé de l'article de Marc Heijmans du CNRS.



1. Une grande découverte archéologique


Si les textes des 5ème et 6ème siècles les évoquaient largement, les édifices religieux (églises et monastères) d'Arles n'avaient laissés que peu de traces archéologiques. C'est dire l'importance de la découverte réalisée en 2003 par une équipe de l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives. Les vestiges d'une église paléochrétienne. Plus précisement ont été mis à jour les restes d'une abside semi circulaire de grandes dimensions (20mètres d'ouverture incluant une seconde abside d'environ 10 mètres de diamètres. Entre les deux on trouve un sol en marbre pourvu au moins dans sa partie sud d'une mosaïque polychrome.



2. Les installations liturgiques


A partir de 2006, les fouilles ont mis progressivement à jour des installations liturgiques. Il s'agit d'une part du Presbyterium (espace réservé aux clercs) et de l'ambon (sorte de chaire où se tenait le célébrant).

Ces installations feraient partie d'une construction datant de la première moité du VIème siècle. Le bâtiment auraient été construits par l'évêque Césaire (502 - 542) qui pourtant n'en souffle mot dans ses écrits.

De par ses dimensions cette église était très probalement une cathédrale. Outre qu'elle nous permet de visualiser un bâtiment décrit par les sources, cette découverte nous oblige à repenser la localisation de l'édifice. Sa situation en centre ville ne daterait que du VIème siècle et non du Vème comme cela était communément admis.

On est également frappé par le bon état de conservation des installations liturgiques. Cela serait du à un abandon du site dès le IX - Xème siècle. De sorte que le bâtiment n'a pas été remanié comme cela arrive bien souvent. Les archéologues ont donc une très belle opportunité de pouvoir étudier des installations liturgiques du VIème siècle dans leur état originel.

Il reste encore sûrement d'autres découvertes à faire sur ce chantier prometteur. Espérons que les moyens tant humains que financiers permettront d'exploiter pleinement ce site majeur de l'archéologie paléochrétienne.