mardi 12 mai 2020

Initiation à la prère avec Hans Urs von Balthasar et Romano Guardini

La Prière contemplative 
Hans Urs von Balthasar
Paris, Parole et Silence, 2002. 280 pages.


Présentation de l'éditeur

Bien des chrétiens connaissent la nécessité et la beauté de la prière contemplative et y aspirent sincèrement. Mais peu, en dehors d'essais tâtonnants, bientôt abandonnés, restent fidèles à cette prière, et moins nombreux encore sont ceux qui sont convaincus et satisfaits de leurs efforts propres en cette matière. Une atmosphère de découragement et de pusillanimité entoure, dans l'Eglise, la contemplation. Nous voudrions bien, mais nous n'y arrivons pas. L'heure de méditation projetée s'écoule dans la distraction et dans l'incohérence et, parce qu'elle ne produit aucun fruit visible, nous sommes tentés d'abandonner. Le présent livre tente, en partant d'une vue d'ensemble de la révélation chrétienne, de décrire la profondeur et la splendeur de cette forme de prière. Il cherche à éveiller la joie qu'elle fait naître, à faire éprouver sa nécessité, à affirmer son caractère indispensable pour la vie. La prière contemplative nous découvre et exalte cette dimension verticale de la vie chrétienne. Rien de critique ni de négatif en ces pages, mais la plus constructive, la plus belle, la plus stimulante des ascensions spirituelles.


Initiation à la prière 
Abbé Romano Guardini
Perpignan, Edition Artège, 2013.





Avant propos de l'auteur

La prière est nécessité intérieure, grâce et accomplissement ; mais elle est aussi un devoir qui exige de la peine et un effort sur soi-même. Aussi y a-t-il d'une part l'expérience intérieure de la prière, de l'autre son exercice ; d'une part sa source, de l'autre son école.
Disons mieux : ses écoles, et de degrés différents. Avant tout celle de Jésus-Christ, telle que le Nouveau Testament la décrit. La personne du Seigneur baigne tout entière dans la prière. Il y a sans cesse un mouvement sacré du Père vers lui et de lui vers le Père. Les Évangiles en parlent souvent ; ainsi dans le passage qui raconte son baptême dans le Jourdain (Le 3,21) ; ou bien quand ils racontent qu'il se retire dans la solitude pour prier (Le 6,12 ; 9,18 ; 9,28-29 ; 11,1), ou encore dans le récit de la dernière Cène (Jn 17) et de l'agonie sur le mont des Oliviers (Mt 26,36-44). En dehors de ce rapport à la prière, il est impossible de saisir la vraie figure de Jésus et de comprendre sa vie. Il a également parlé explicitement de la prière : ainsi dans le Sermon sur la Montagne, où il distingue la prière authentique du bavardage des païens et de l'étalage des Pharisiens (Mt 6,5-8) ; ou encore en cette heure mémorable où ses disciples s'approchent de lui et lui demandent : «Apprenez-nous à prier, comme Jean l'a fait pour ses disciples» et qu'il leur fait don du Notre Père (Le 11,1-13). En outre, il y a l'école de la prière que l'Église a instituée dans sa liturgie. La liturgie est une prière unique en parole et en action, qui s'accomplit par la simple récitation et par le chant. Elle se déroule tout au long de l'année, pénètre toute la vie, et la prière des millénaires y a accumulé sa sagesse. Il y a enfin l'école des grands saints, qui ont vécu dans le commerce avec Dieu et ont consigné leurs expériences en de précieux écrits. Ils parlent de l'essence de la prière, des divers degrés de sa montée, de ses devoirs, de ses dangers et de ses magnificences.
Le contenu du présent ouvrage touche sans doute à tout ce qu'enseignent ces diverses écoles ; mais pour l'essentiel il se situe à un stade antérieur. Son titre a été choisi après mûre réflexion : il ne veut être, effectivement, qu'une école préparatoire de la prière, où l'on apprend des choses toutes simples et si, de temps à autre, il nous arrivera d'être entraînés plus loin, ce sera seulement dans la mesure où cela apparaîtra indispensable pour être complet. Certains n'ont plus besoin d'une telle initiation; ceux-là seront justement les derniers à en faire fi. Beaucoup y sont encore entièrement astreints. La plupart en ont à peine franchi le seuil.
Toute époque a besoin d'une prière claire et forte, mais tout spécialement la nôtre. Puisse ce petit livre contribuer quelque peu à l'enseigner.

Biographie de l'auteur
Romano Guardini, prêtre, théologien et philosophe, est lui aussi une des grandes figures de la théologie contemporaine.



dimanche 10 mai 2020

Dernières informations


Malgrè les annonces faites par le Gouvernement sur le déconfinement il a été décidé que la bibliothèque ne serait pas ouverte au public pour l'instant. Nous vous tiendrons au courant.

En attenant soyez prudents ! Continuez à prendre soin de vous et de vos proches !

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

samedi 9 mai 2020

Le Paradis de Dante


Le Paradis de Dante

Paradis : La Divine Comédie
Dante Alighieri ; traduction de Danièle Robert
Editions Actes Sud, 2020.


Présentation de l’éditeur
Avec Paradis, Dante aborde l’ultime partie du voyage avec Béatrice pour accomplir sa mission : donner à lire, à ses contemporains et à la postérité, le “poème sacré”. Il entre alors dans la connaissance d’un au-delà (du monde terrestre /de la pesanteur / du temps / du langage) où tout est aboli : actes du corps, rêve, temps et espace, paysages, figures humaines. Rien n’importe plus, sinon la “connaissance du vrai”, l’un des pivots de la pensée dantesque. Une expérience à ce point hors du commun, “divine”, qui est expérience de l’éternité requiert le déploiement de toutes les ressources du langage si bien que Paradis regorge de formes novatrices destinées à en rendre compte et que la traductrice Danièle Robert réussit magnifiquement, entre brio, empathie et rigueur, à restituer pour mieux nous faire prendre la mesure de l’invention extraordinaire que constitue l’oeuvre de Dante ( de la naissance duquel sera fastueusement célébré, en 2021, le sept-centième anniversaire).

Quatrième de couverture
Au terme de l’ascension qui a conduit Dante du purgatoire à l’éden, la figure de Béatrice est apparue, lumière vivante destinée à le faire entrer dans un monde radieux de chants et de danses et où les notions d’espace et de temps telles que nous les concevons n’existent plus : le Paradis, dernier volet de La Divine Comédie, est cette représentation de l’éternité à laquelle le poète aspire et à l’expérience de laquelle il convie tous les humains. Ce non-lieu/non-temps est peuplé, comme dans les deux précédentes cantiche, de personnages qui l’aident à franchir les dernières étapes du voyage par leurs récits, questions ou réponses, ainsi que d’anges qui l’entourent de leur scintillement cependant que Béatrice sourit et brille d’un éclat de plus en plus intense au fur et à mesure de l’avancée, jusqu’à l’ultime vision et la contemplation de “l’Amour qui meut le Soleil et les étoiles”.

Biographie de l’auteur

Écrivain (Les Chants de l’aube de Lady Day, Le Foulard d’Orphée, aux éditions le temps qu’il fait) et traductrice (latin, italien et italien médiéval, anglais), Danièle Robert a obtenu le Prix “Laure-Bataillon” classique 2003 pour la traduction des Écrits érotiques d’Ovide (Actes Sud, coll. “Thesaurus”) dont elle a également traduit, toujours pour Actes Sud, Les Métamorphoses et Lettres d’amour, lettres d’exil (Prix de traduction 2007 de l’Académie française). Elle a en outre obtenu le Prix Nelly-Sachs 2012 pour la traduction et l’édition critique de Rime de Guido Cavalcanti (éditions Vagabonde). Danièle Robert est la traductrice de l’œuvre poétique complète de Paul Auster (Disparitions, Actes Sud, 2004).



Tu seras avec moi dans le Paradis

Dans ce temps  pascal, une nouvelle traduction du «Paradis» de Dante invite à contempler la fragilité de l’homme, et son aspiration à la vie éternelle.

Paradis (La Divine Comédie), de Dante Alighieri 
Traduit de l’italien, préfacé et annoté par Danièle Robert, (édition bilingue)
Actes Sud, 540 p.,

Dante écrit aux hommes d’aujourd’hui. Depuis une Florence dominée par la corruption, « cité née de celui qui le premier tourna d’emblée le dos au Créateur », son XIVe siècle italien résonne étrangement avec le nôtre.
Épidémies mortelles, incurie de certains dirigeants, déviances et déclins spirituels, hégémonie du profit économique, conflits sanglants et sauvagerie guerrière… L’impuissance face à l’asphyxie du monde invite l’homme au sursaut d’une confrontation à ses propres manquements, dans une traversée solitaire qui peut le mener au Bien. Voilà ce que nous propose La Divine Comédie, dont le dernier volet, Paradis, est nouvellement traduit.
À l’époque où Dante se lance dans l’écriture de ce qui restera comme une œuvre majeure, les « chemins de paradis », voyages littéraires et spirituels prisés, permettent d’évoquer les crises présentes. Composant sa Divine Comédie, Dante s’inscrit dans cette démarche commune, à la fois religieuse et profane.
Le poète français Rutebeuf vient d’ailleurs d’écrire un de ces voyages, opportunément titré La Voie d’humilité. L’apport de Dante, on le sait, outre sa relecture de l’histoire humaine, sera la vivacité sensorielle de ses descriptions de l’enfer, du purgatoire et du paradis, lieux ineffables qu’il donne à voir selon son imagination grâce à l’inventivité de sa langue, offrant de ressentir des états de conscience proches du rêve, où sont abolis l’espace et le temps.

 Une lente montée vers le Paradis
Ses trois fois 33 chants en vers de onze syllabes, dans un toscan littéraire dont il est le premier théoricien et promoteur comme langue d’écriture nationale, reprennent le geste épique dont usa Virgile pour L’Énéide, qui s’inspirait lui-même de L’Iliade et L’Odyssée. Le poète latin lui sert de guide tout au long de cette traversée commencée dans le désespoir, depuis l’enfer jusqu’à la lente remontée du purgatoire ; Virgile abandonne Dante au seuil du paradis, où nous le retrouvons au début de ce volume.
L’y l’attend sa bien-aimée Béatrice, pour une découverte en 33 chants, à l’avant-dernier desquels saint Bernard introduit en oraison la vision de la Vierge Marie, « celle qui l’humaine nature a tant ennobli que son créateur s’est fait de son plein gré sa créature ».
C’est là qu’éclateront, telle une source jaillissante, la perfection de la sainte Trinité et la révélation du mystère de l’Incarnation, reflets en inverse positif de l’imperfection du monde. Au terme d’un chemin dont les émotions et les couleurs sont celles de toute quête spirituelle, et après avoir croisé de nombreuses figures de saints, de sagesse et de connaissances, le pèlerin est enfin prêt à rejoindre le projet que Dieu a de toute éternité pour l’humanité, force de vie dont il est l’essence même : l’Amour.
 « Ainsi, toute suspendue, ma pensée était saisie, immobile et dans l’attente, et d’être saisie sans cesse brûlait. Cette lumière en nous est si prégnante qu’à s’en détourner pour ailleurs regarder il est impossible que l’on consente, puisque le Bien, objet de volonté, est tout entier en elle, et que hors d’elle est déficient ce qui là est parfait » (chant XXXIII).

 Une structure en tercet en miroir de la sainte Trinité
La traduction de Danièle Robert permet un accès facile à cette œuvre maintes fois traduite en français, tantôt heureusement, comme par Jacqueline Risset, tantôt avec un résultat moins lisible. Et parfois avec des choix radicaux, comme celui de René de Ceccatty avec l’une des récentes traductions (Points Seuil 2017), qui assumait la liberté d’un français très contemporain avec un texte dépouillé, d’une fluidité surprenante mais séduisante.
Danièle Robert, dans sa riche introduction, explique la fécondité des néologismes de Dante et le jeu d’écho entre certains vers d’un bout ou l’autre du livre : « Le lecteur attentif est conduit à faire sans cesse retour sur le texte, à entrer dans le cercle qui embrasse tous les cercles présents dans l’œuvre et, par ce mouvement de rotation incessante, à participer à l’expérience de l’éternité telle que l’a conçue Dante. »
Avec des choix qu’elle justifie minutieusement dans ses notes, la traductrice ose la structure singulière des rimes en tercet imaginée par Dante, au prix de certains compromis, au demeurant plaisants. La terza rima est pour elle le véritable moteur du poème, en ce que cette architecture puise dans l’inspiration première : la Trinité.

 La Croix du Christ vue par le poète
En ce Jeudi saint d’une Semaine sainte éminemment singulière, la lecture de ce grand texte pourra réchauffer des chrétiens privés depuis mi-mars de sacrements, eux « dont le cou se tendit vers le pain des anges suffisamment tôt – dont ici on vit mais ne se rassasie », rassure Dante au chant II, en une référence au Corps du Christ comme sagesse.
La contemplation de la croix, au chant XIV, nous touche aussi particulièrement, et ce d’autant qu’il s’agit d’un des rares passages où Dante confesse faillir au récit. Flamboyante, la croix qui défie ses yeux et sa plume est une émanation de celle en mosaïques azurées que le poète a pu voir sur l’abside de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf de Ravenne : « Dans cette croix resplendissait le Christ, et à la décrire je suis impuissant ; mais qui prend sa croix pour suivre le Christ excusera encore mon embarras, en voyant dans ce blanc briller le Christ. »

LA DIVINE COMEDIE DE DANTE

Résumé :
Peut-on encore aujourd’hui aimer Francesca, être troublé par Ugolino, trembler aux tourments des damnés de la Comédie ? L’Enfer de Dante, poétique et médiéval, n’a-t-il pas pâli irréparablement auprès des Enfers tout proches, et actifs, que notre époque n’a pas encore fini, semble-t-il, de susciter ? L’imagination créatrice de Dante est si puissante, et si précise, qu’elle semble décrire par avance, parfois, l’inimaginable horreur moderne.
Le gigantesque entonnoir de l’Enfer, qui se creuse jusqu’au centre de la terre, est dépeint comme le réceptacle de tout le mal de l’univers, comme une sorte de sac où viennent s’engouffrer tous les noyaux, tous les atomes de mal épars sur la planète. Mais nous lisons aussi autre chose dans L’Enfer plus que le catalogue effrayant des péchés et des châtiments possibles, il correspond pour nous au départ de l’exploration, à la première étape du grand roman initiatique d’une civilisation qui est la racine de la nôtre.



DANTE ALIGIGHIERI (1265-1321)


Dante Alighieri (Durante degli Alighieri) est un poète, un homme politique et un écrivain italien. Dante est le premier grand poète de langue italienne, et son livre « La Divine Comédie » est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature universelle.
En 1274, Dante aurait rencontré pour la première fois Béatrice qui meurt en 1290. On sait peu de chose d’un amour dont l’histoire est sublimée dans « Vie Nouvelle ».

Dante joue un rôle très actif dans la vie politique de Florence. Il remplit avec succès un grand nombre de missions politiques et est nommé prieur de Florence en 1300, c’est-à-dire qu’il devient un des magistrats suprêmes de l’exécutif.
En 1300, le pape Boniface VIII revendique le vicariat impérial sur les communes toscanes. À partir de ce moment-là, Dante s’engage de plus en plus fermement du côté des guelfes blancs, c’est-à-dire contre la politique d’ingérence du pape.
Dante apprend qu’il est condamné pour concussion, gains illicites et insoumission au pape et à Charles de Valois. Il refuse de se présenter en accusé. Un deuxième procès, instruit le 10 mars 1302 par le podestat Cante Gabrielli de Gubbio, le condamne au bûcher. Tous ses biens sont confisqués, il est exilé avec d’autres guelfes blancs et ne reviendra jamais à Florence.
Dans les premiers temps de l’exil, Dante songe à assiéger la ville, aux côtés d’autres exilés guelfes blancs ou gibelins. Il vient passer quelque temps à Paris, où il fréquente l’université et s’arrête finalement à Ravenne chez le podestat Guido Novello da Polenta, où il meurt de la malaria dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321, après avoir fait de vains efforts pour rentrer dans sa patrie.



lundi 4 mai 2020

Charles Ehlinger (1927-20120)


Charles Ehlinger (1927-2020)


Charles Ehlinger, grande figure de l’édition catholique, emporté par le Covid-19
Longtemps assomptionniste, directeur du Centurion, Charles Ehlinger fut un acteur essentiel de l’édition religieuse pendant une trentaine d’années. Traducteur, éditeur, auteur, il publia de grands livres d’entretiens.


Charles Ehlinger s’est éteint samedi 2 mai, à l’âge de 92 ans, des suites du coronavirus qui l’a atteint alors que son état de santé général s’était fortement affaibli depuis l’hiver dernier. Assomptionniste pendant près de quarante ans, il fut un remarquable éditeur dans le domaine religieux. On lui doit notamment de nombreux ouvrages du jésuite François Varillon.

Né le 15 septembre 1927 à Urbès (Haut-Rhin), il fit sa première profession chez les Augustins de l’Assomption en 1946 et prononça ses vœux définitifs à Lyon le 21 novembre 1950. Ordonné prêtre à Lyon en 1954 après des études de philosophies et une licence en théologie et en Écriture sainte, il fut responsable de 1959 à 1964 de l’année de formation pastorale pour de jeunes prêtres de plusieurs instituts religieux et diocèses.

Un homme attachant et influent
Doué d’un sens aigu du discernement, il laisse un souvenir ému à ceux qui l’ont approché. La curiosité intellectuelle de ce travailleur acharné en faisait une référence. « Charles laisse en héritage une belle et noble vie, même si elle n’a pas été toujours facile. Le souci de vérité qui l’a toujours animé l’a poussé à des décisions courageuses, confie aujourd’hui le père Michel Kubler, assomptionniste, ancien rédacteur en chef religieux de La CroixIl a exercé – sans vraiment s’en rendre compte – un rayonnement important sur de nombreuses personnes et une sorte de magistère dans le monde de l’édition religieuse en son temps. »

Même émotion pour Marc Leboucher, éditeur chez Salvator qui fut auparavant responsable des éditions DDB : « C’était un très grand éditeur, un véritable accoucheur d’auteurs. Sa discrétion naturelle allait bien avec la position de retrait en coulisses, inhérente à ce métier. C’était un esprit acéré, toujours aimable, mais jamais complaisant dans le travail»

Un éditeur engagé
Directeur de 1964 à 1983 des éditions du Centurion qui font alors partie du groupe Bayard (éditeur de La Croix), Charles Ehlinger constitua un catalogue impressionnant de livres remarqués et d’auteurs importants. Il traduisit le très controversé Catéchisme hollandais (1968), lança la traduction pastorale de la Bible en 4 volumes, La Bible du Peuple de Dieu (1971), ainsi que la publication des Actes du Concile avec 200 pages de table analytique, constituant ainsi une première synthèse de Vatican II.

Homme de rencontre et de dialogue, il créa une collection de livres d’entretiens avec des personnalités religieuses ou profanes telles que le cardinal dominicain Yves Congar, le cardinal François Marty, le cardinal Etchegaray, mais aussi Alfred Grosser… et Georges Brassens ! Auteur lui-même de grands entretiens, il était aussi un scrupuleux traducteur d’ouvrages de théologie et d’exégèse en langue allemande ou anglaise.
Il a surtout publié des ouvrages à succès qui ont nourri la vie spirituelle de milliers de lecteurs, avec des auteurs tels François Varillon (L’Humilité de Dieu, puis La Souffrance de Dieu ; Joie de croire, joie de vivre ; Beauté du monde, souffrance des hommes…), l’assomptionniste André Sève (30 minutes pour Dieu, 1974, Essayer d’aimer, 1976) ou encore Pierre Talec (Les Choses de la foi, 1973).

La traversée des épreuves
En 1984, au terme d’une réflexion douloureuse et ancienne sur sa foi, et après deux années en congé de la congrégation, Charles Ehlinger renonçait « pour motifs de conscience » à son ministère et à la vie religieuse sans pour autant rompre les liens constants avec l’Église et avec l’Assomption. Il rejoignait alors les éditions Desclée De Brouwer (DDB) comme éditeur et directeur de collection, jusqu’à sa retraite au tout début des années 1990. En 2005 enfin, Charles Ehlinger, publiait avec Michel Kubler, un dernier livre d’entretiens réalisé avec Mgr Joseph Doré sous le titre La Grâce de vivre (Bayard).

Après quelques années de solitude en région parisienne, il s’était rapproché de sa famille en Alsace et s’installait à Thann (Haut-Rhin). Il avait dû quitter en décembre 2019 son appartement et le millier de livres qui lui restait pour être hospitalisé à Oderen, avant de rejoindre l’Ehpad d’Oderen d’où il a à nouveau été hospitalisé en soins intensifs durant ces trois dernières semaines à Thann.


Publication : Bibliothèque diocésaine du diocèse d'Aix et Arles

Le Grand Meaulnes d'Alain-Fournier


Le Grand Meaulnes
d’Alain-Fournier
Édition établie par Philippe Berthier,
Paris, La Pléiade, 640 p.


Le Grand Meaulnes est un roman d'Alain-Fournier publié en 1913 chez Émile-Paul Frères. Il avait été auparavant publié en feuilleton dans la NRF de juillet à octobre 1913.

Résumé

Première partie
Le narrateur, François Seurel, raconte l’histoire d’Augustin Meaulnes, un de ses anciens camarades de classe qui est devenu son ami.
François, 15 ans, et Augustin, 17 ans, sont tous les deux élèves au cours supérieur de Sainte-Agathe, un petit village du Haut-Berry inspiré d'Épineuil-le-Fleuriel, et, comme lui, situé par l'auteur dans le Cher, près de Vierzon. Lors d’une escapade, Augustin Meaulnes arrive par hasard dans un domaine mystérieux où se déroule une fête étrange, poétique et pleine d'enfants. Le château est bruissant de jeux, de danses et de mascarades, et plein d'enfants qui semblent y faire la loi. Meaulnes apprend que cette fête est donnée à l’occasion des noces de Frantz de Galais. Parmi les festivités, des promenades en barque sur un lac sont offertes aux convives ; Meaulnes y rencontre une jeune fille, YvonnYvonne de Galais, la sœur de Frantz. Il en tombe instantanément amoureux, mais ne fait que la croiser plusieurs fois et n'a plus l’occasion de la revoir. Quant au mariage attendu, il n'a finalement pas lieu car la fiancée de Frantz, Valentine Blondeau, a disparu, refusant de devenir sa femme. Les membres de la fête se dispersent et Frantz, désespéré, disparaît en laissant à sa sœur un mot d'adieu.

Deuxième partie
Revenu à sa vie d’étude, Meaulnes n’a plus qu’une idée en tête : retrouver le domaine mystérieux et la jeune fille dont il est tombé amoureux. Ses recherches restent infructueuses, jusqu'au jour où les deux garçons se lient d'amitié avec un jeune bohémien. Celui-ci complète le plan du chemin que Meaulnes tentait vainement de reconstituer, leur confie l'adresse d'Yvonne de Galais à Paris et leur fait jurer de répondre à son appel quand il aura besoin d'eux. Puis, il disparait après leur avoir dévoilé sa véritable identité : Frantz de Galais.
Meaulnes décide alors de partir étudier à Paris, et tente à nouveau de retrouver Yvonne, sans succès. Les mois passent, et François n'a plus de nouvelle de son ami.

Troisième partie
C’est par hasard que François, bientôt instituteur, retrouve la piste d'Yvonne de Galais. Dès qu'il est sûr de son fait, il part annoncer la nouvelle à son ami Meaulnes, qui lui confie son désespoir et fait allusion à une grave faute commise. Il apprend entre temps le sort de Valentine, la fiancée en fuite, recueillie par la tante de François, puis montée à Paris pour exercer son métier de couturière.
Meaulnes demande Yvonne en mariage, et la jeune fille accepte. Mais Frantz vient rappeler aux deux jeunes gens leur promesse : lui venir en aide, alors qu'il cherche vainement sa fiancée Valentine. François tente d'obtenir de lui un sursis d'un an, mais le lendemain du mariage, Meaulnes disparaît sans laisser de nouvelles. François décide de venir en aide à Yvonne, devenue une amie proche, dont il devient peu à peu le confident. Quelques mois passent, et Meaulnes ne donne toujours pas de nouvelles. Un jour, Yvonne apprend à François qu'elle est enceinte de Meaulnes. François décide donc de s'occuper d'elle en attendant le retour de son mari. L'accouchement d'Yvonne se passe très mal : la jeune femme meurt d'une embolie pulmonaire après avoir donné naissance à une petite fille, et le père d'Yvonne expire quelques mois plus tard. François devient légataire universel de la famille jusqu'au retour de Meaulnes et s'occupe de la fille de son ami. Il découvre alors les carnets de Meaulnes, dans lesquels ce dernier explique qu'il a rencontré Valentine pendant son séjour à Paris, et qu'il a eu une brève relation avec elle, lui promettant le mariage et la convaincant d'abandonner son métier. Mais quand les jeunes gens ont découvert qu'ils connaissaient tous les deux Frantz, ils se sont séparés, horrifiés. Rongé par le remords, et décidé à tenir sa promesse en réunissant Frantz et sa fiancée disparue, Meaulnes annonce, dans son carnet, son départ après son mariage avec Yvonne, afin de réaliser ce projet. Un an plus tard, Meaulnes ramène Frantz et Valentine mariés, mais en revenant chez lui, il apprend la nouvelle de la mort de son épouse par son ami. François lui présente sa fille et regarde leurs premiers échanges, imaginant qu'Augustin va repartir avec sa petite fille « pour de nouvelles aventures ».


Personnages

Personnages principaux
Augustin Meaulnes : adolescent de 17 ans, grand et mystérieux. Aimant l'aventure et admiré par ses camarades de classe, il les emmène dans les rues du bourg après les cours.
François Seurel : adolescent de 15 ans, calme et posé, il est le narrateur du roman. Il est le seul ami de Meaulnes. Ses deux parents sont instituteurs dans l'école où il étudie. Moins téméraire, il accompagne pourtant Meaulnes dans sa quête du domaine perdu.
Yvonne de Galais : la belle du domaine perdu, deviendra l’épouse d’Augustin et la mère de leur fille.
de Galais: le vieux père d'Yvonne et Frantz dFrantz de Galais, est ruiné après l'échec du mariage de son fils.
Frantz de Galais: le prétendant de Valentine Blondeau. Selon Yvonne de Galais, sa sœur, il est casse-cou et insouciant.
Valentine Blondeau : la fiancée perdue, puis l'épouse de Frantz à la fin du roman.

Personnages secondaires
La mère de Meaulnes : elle amène son fils Augustin à l'école de Sainte-Agathe et le présente aux instituteurs au début du roman.
Monsieur Seurel : père de François, il est instituteur de l'école de Sainte-Agathe. Il dirige le Cours Supérieur et le certificat d'études de l'école.
Millie : elle est la mère de François, femme de Monsieur Seurel et institutrice. Elle dirige la petite classe de l'école de Sainte-Agathe.
La tante Moinel : une vieille dame qui aidera François à retrouver Valentine Blondeau.
Ganache : un jeune bohémien de 15 ans, ami de Frantz de Galais.
Florentin : l'oncle de François. Son commerce est le lieu des retrouvailles entre François Seurel et Yvonne de Galais. Augustin Meaulnes arrivera par la suite pour y retrouver son amante.

  
Lieux de l'action

Alain-Fournier situe l’action de son roman en Sologne, sa région natale. Il s’est inspiré du village d’Épineuil-le-Fleuriel à l’extrémité sud-est du Cher où l’on retrouve tous les lieux du cours supérieur de « Sainte Agathe ».
Le pays perdu et le domaine des Sablonnières se trouveraient probablement entre le Vieux-Nançay et La Chapelle-d'Angillon, lieu de naissance d’Alain-Fournier, où, à la sortie nord du village, un hameau porte le nom des Sablonnières.


Distnctions
Le Grand Meaulnes est classé à la 9e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle

Suite
Guillaume Orgel a écrit une suite au Grand Meaulnes, intitulée La Nuit de Sainte-Agathe, publiée en 1988 au Cherche midi

Le Grand Meaulnes dans la musique
Les chansons
Dans Le Surveillant Général, Michel Sardou chante, sur une musique de Jacques Revaux :
En ce temps-là,
je lisais Le Grand Meaulnes
et après les lumières,
je me faisais plaisir,
je me faisais dormir.
Je m’inventais un monde
rempli de femmes aux cheveux roux ;
j’ai dit de femmes, pas de jeunes filles.

Je vous ai bien eus du même Sardou commence par :
Je sortais tout droit du Grand Meaulnes avec mes airs d’adolescent…

Dans La mère à Titi, Renaud chante :
Sur la télé qui trône
Un jour j’ai vu un livre
J’ crois qu’ c’était Le Grand Meaulnes
Près d’ la marmite en cuivre.
Dans Les valses de Vienne, François Feldman chante :
Et nos chagrins de môme
Dans les pages du Grand Meaulnes

Dans L'École, Marcel Amont se souvient de l'école de son enfance :

Ce n'était pas celle du Grand Meaulnes
Mais c'était mon école.


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Le Grand Meaulnes, histoire d’un malentendu

En accédant à La Pléiade, l’œuvre d’Alain-Fournier retrouve des couleurs en s’ouvrant à une relecture tonique, menée par Philippe Berthier, qui lui restitue sa complexité sentimentale et romanesque.
Jean-Claude Raspiengeas, 



« Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189… » Cet incipit, première phrase d’un roman, est entré dans la grande histoire de la littérature. Ses lecteurs le découvrent en novembre 1913 sous la couverture des Éditions Émile-Paul Frères. Son jeune auteur, qui se fait appeler Alain-Fournier, n’a que 27 ans. Le 3 décembre, Le Grand Meaulnes rate de peu le prix Goncourt.

Neuf mois plus tard, le 22 septembre 1914, le lieutenant Henri Alban Fournier est tué dans la région des éparges, non loin de Verdun. Deux semaines après son ami Charles Péguy. Est-ce à cause de ce destin tragique, propre à cette « génération perdue », que Le Grand Meaulnes, unique roman d’un auteur mort à la guerre, devint le livre fétiche du romantisme de l’absolu ? Le genre d’ouvrage que l’on découvre dans les greniers ou les armoires de famille, entre les pages duquel jaunissent lettres d’amour oubliées, serments défaits, reliques de passions éteintes.
Il fut longtemps le vade-mecum des adolescences rêveuses et tourmentées nimbées du parfum évanescent d’un idéal féminin insaisissable, donc obsédant. Et quand, enfin, Augustin Meaulnes, cette âme perdue, touche son bonheur introuvable, il s’acharne à le détruire en poursuivant de nouvelles chimères, au nom d’une promesse lâchée une nuit de feu.

Que sa destinée soit scellée pendant une fête onirique et hivernale, enchantée par l’apparition de l’inaccessible Yvonne de Galais, rendue désastreuse par la démence de Franz de Galais, fiancé privé de sa promise, le jour de ses noces où errent des figurants costumés, renforce l’aura de ce roman tragique, puissant mélodrame qui fit chavirer les cœurs et tirer les mouchoirs. Mais, en dépit ou à cause de son succès (quatre millions d’exemplaires, l’un des livres les plus lus dans le monde), il finit rangé parmi les vieilleries d’une France disparue, lointaine et enjolivée, des préaux et des hussards noirs de la République. Son entrée dans La Pléiade, bardé d’un appareil critique, ouvre la voie à une relecture que conduit avec énergie Philippe Berthier, soucieux de lui restituer sa modernité et sa complexité.
Alain-Fournier aura été victime à la fois de l’évolution des sensibilités et d’une récupération abusive
Dans une préface vivifiante et argumentée, il tord le cou aux idées reçues sur ce roman de formation, maintenant réduit à « une bagatelle puérile ». Il s’en prend à Isabelle Rivière, « autoproclamée vestale du culte fraternel », coupable d’avoir affadi et dénaturé Le Grand Meaulnes, le rivant à une quête religieuse exclusive, provoquant un durable et fâcheux malentendu, en occultant ce que comporte de sourd et de sauvage cette œuvre polyphonique. Alain-Fournier aura été victime à la fois de l’évolution des sensibilités et d’une récupération abusive, menée par sa sœur, Isabelle, mariée à Jacques Rivière, son meilleur ami, destinataire de la riche et abondante correspondance avec le futur romancier encore incertain qui révèlent les pilotis du Grand Meaulnes.

Sur le style réputé trop simple d’Alain-Fournier, Philippe Berthier soutient que « l’ingénuité formelle du Grand Meaulnes est un trompe-l’œil très réussi, puisque la plupart des lecteurs ne soupçonnent pas ce qu’il a fallu d’élagage sans concessions et de sévère contrôle de soi pour donner cette impression d’évidence ». Le maître d’œuvre de cette réédition revient sur les épisodes de la passion contrariée que voua Henri Fournier à Yvonne de Quièvrecourt, croisée un 1er mai à Paris, qu’il poursuivit de son assiduité insatisfaite, modèle transparent du personnage d’Yvonne de Galais.
Philippe Berthier ausculte aussi le mouvement interne de ce roman envoûtant, flagrante dialectique du dedans et du dehors, qu’accentue la position sédentaire du narrateur. Gardien des secrets, figé dans son école de Sologne, François Seurel demeure l’observateur mélancolique des errements d’Augustin Meaulnes, « semeur d’inquiétude » et « professeur de désir », admiratif et fasciné, impuissant à le retenir. Et l’on voudrait que Le Grand Meaulnes ne fût qu’une bluette désuète ? Allons donc…




Un grand roman de l’adolescence

 Alain-Fournier a publié son unique roman, Le Grand Meaulnes, empreint de rêve et de poésie à 26 ans. Avant d’être rattrapé par la guerre et de mourir au front en 1914.


De toutes les périodes de la vie, l’adolescence est sans doute l’une des plus propices à la lecture. C’est le temps des découvertes et des émois, des rêveries et, souvent, des envies d’ailleurs. Les romans, surtout quand ils sont bons, savent mettre ces ingrédients à portée de main. Quand l’identification et la fantaisie sont de la partie, alors c’est tout l’esprit qui vagabonde.
Le jeune lecteur du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, l’une des plus belles évocations de cet âge de transition, est ainsi transporté. Il y a l’amitié, l’amour, bien sûr, mais aussi la poésie et le merveilleux, avec cette fête dont on ne sait d’abord si elle a bien eu lieu, ou si elle a été rêvée. L’identification du jeune lecteur avec le narrateur, 15 ans, est d’autant plus aisée qu’Alain-Fournier, né en 1886, n’était lui-même guère plus âgé quand il a songé à son roman.

Critiques élogieuses
Pour raconter les émois de François, également fils d’instituteurs, l’auteur plonge dans ses souvenirs encore frais. Né dans le Cher, à La Chapelle-d’Angillon, il passe une partie de son enfance dans le sud du département, à Épineuil-le-Fleuriel, village qui sera le décor de son roman, sous le nom de Sainte-Agathe. Une commune voisine, Meaulne, fournira le nom du nouveau compagnon qui prend place dans la classe, et aussitôt chamboule l’univers monotone de François. « L’arrivée d’Augustin Meaulnes fut pour moi le commencement d’une vie nouvelle », écrit le narrateur.
Le charme de ce roman, dont la sortie en 1913 est accueillie par une presse très élogieuse, réside dans celui que les élèves appellent bientôt « le Grand Meaulnes » et qui ne va pas tarder à les fasciner. C’est lui qui est entouré de cette aura de merveilleux et de rêve, auquel le jeune auteur était très attaché. « Mon idéal serait d’arriver à ce que ce trésor merveilleusement riche de vies accumulées qu’est ma simple vie, si jeune soit-elle, se produise au grand jour sous cette forme de rêves qui se promènent, écrivait-il à un ami, en 1905, cinq ans avant d’entamer l’écriture du Grand Meaulnes. J’emploie ce mot, rêve, parce qu’il est commode. J’entends par rêve vision du passé, espoirs, une rêverie d’autrefois revenue, qui rencontre une vision qui s’en va, un souvenir d’après-midi qui rencontre la blancheur d’une ombrelle et la fraîcheur d’une autre pensée. »

Un jeune poète
C’est d’ailleurs d’abord par des poèmes qu’Henri Fournier – son vrai nom – avait manifesté, dès l’été 1904, son désir d’écrire. Quelques-uns de ces premiers écrits – vers et proses – seront d’ailleurs publiés de son vivant, dans diverses revues. Mais pour vivre, il se tournera vers la presse, non sans avoir un temps été tenté par la marine et le grand large. Après son service militaire, de 1907 à 1909, il commence à travailler en 1910 au Paris-Journal, où il est chroniqueur.
C’est à cette époque qu’il fréquente les milieux artistiques et intellectuels, se liant notamment d’une amitié solide à Charles Péguy, et s’attaque à l’écriture de son premier roman. En 1913, le public comme la presse sont au rendez-vous, même si le prix Goncourt échappe au Grand Meaulnes. Mais il n’a que 27 ans, et toute une vie de romancier devant lui.

Destin tragique
Sans perdre de temps, il écrit les premières lignes d’un second roman, Colombe Blanchet. Qui ne sera jamais achevé. Car le destin tragique de l’Europe s’impose à lui. La guerre, déjà menaçante, fait tonner ses premiers canons. Lieutenant de réserve, il est immédiatement mobilisé et rejoint le front de Lorraine comme lieutenant d’infanterie, le 23 août. Un mois plus tard, quelques semaines après Charles Péguy, également mort au champ d’honneur, il est porté disparu, au cours d’un combat meurtrier pour sa compagnie, dans le bois de Saint-Remy, sur la crête des Hauts-de-Meuse.
Ses restes ne seront découverts qu’en mai 1991, dans une fosse commune où les Allemands l’avaient enterré avec vingt de ses compagnons d’armes. « Mélancolique destinée, analogue à son œuvre, qui est courte et jolie, toute frissonnante de rêve, où le rêve est blessé, où le sourire même a quelque chose de triste, un air d’incrédulité », écrivait joliment la Revue des Deux Mondes dix ans après sa mort, alors que paraissait Miracles, recueil de poèmes et de contes d’Alain-Fournier.
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Alain-Fournier en quelques dates
3 octobre 1886. Naissance à La Chapelle-d’Angillon (Cher) d’Henri-Alban Fournier.
1901. Songeant à devenir marin, il rentre en seconde au lycée de Brest, pour préparer l’école navale. Mais il y renonce au bout d’un an et passe son baccalauréat à Bourges.
1910. Chroniqueur littéraire à Paris-Journal. C’est à cette époque qu’il publie ses premiers poèmes, essais et contes.
1913. Parution du Grand Meaulnes. Il entreprend l’année suivante l’écriture d’un second roman, inachevé en raison de la guerre.
22 septembre 1914. Mobilisé le 2 août, il meurt au combat quelques semaines plus tard lors d’un affrontement dans la Meuse, près de Verdun.