mercredi 18 juillet 2018

L'Eglise dans la tourmente de mai 1968

L’Eglise dans la tourmente de 1968Yves ChironPerpignan, Artège, 2018. 272 pages. Comment l’Église a traversé Mai 68 ? Vaste mouvement de contestation, mai 68 a ébranlé la France. S’il n’a pas épargné l’Église, il n’a été que le « révélateur » d’une crise qui avait déjà commencé et qui continua des années après. Historien, Yves Chiron livre à Aleteia son analyse d’une période historique et inédite.« Il est interdit d’interdire », « Soyez réalistes, demandez l’impossible », « Sous les pavés, la plage »… La période de manifestations étudiantes et de grèves qui a secoué la France en mai 1968 se résume trop souvent, dans l’imaginaire collectif d’aujourd’hui, à des slogans et à quelques jeunes en quête d’idéal. Cinquante ans après ces événements, la rédaction d’Aleteia s’est intéressée à la délicate question de l’Église française dans les événements de 1968. Historien spécialiste de l’histoire du christianisme, Yves Chrion, auteur de biographies des papes contemporains, vient de publier un livre intitulé L’Église dans la tourmente de 1968. Il revient pour Aleteia sur la place, l’impact de l’Église dans les événements de Mai 68 et ses conséquences.  Aleteia : L’Église catholique de France a-t-elle été ébranlée par Mai 68 ?



Yves Chiron : Marquée oui, ébranlée non. À cette époque, moins de trois ans après la fin du concile Vatican II [1962-1965 ndlr], 82% des Français se disaient encore catholiques, mais si l’on se réfère aux sondages publiés à l’époque, 21% seulement assistaient à la messe dominicale chaque semaine. En parallèle, le nombre des ordinations sacerdotales était en baisse régulière depuis l’après-guerre : il y en a eu 1 800 en 1948, 646 en 1965, 461 en 1968… Cette date de Mai 1968 ne doit pas faire conclure que le concile serait la cause de cette crise. En réalité, le catholicisme français est traversé de déchirures, d’interrogations et de contestations, et cela bien avant Vatican II ! Elle a commencé dans les années 1950. Mais la nouveauté de 68, ce fut d’une part la contestation cléricale, qui ne se limita pas à la France. Ce fut d’autre part la remise en cause de l’Église comme institution et de l’identité sacerdotale, avec une volonté affirmée de « déclergification ». La crise qu’a traversé l’Église catholique en France, bien antérieure à Mai 68 et même au concile, a trouvé son paroxysme dans les années 1970. Mai 68 ne fut donc pas, pour l’Église, le commencement d’une crise mais le révélateur, un choc aggravant d’une crise qui avait déjà commencé et dont les conséquences furent durables et multiples.
  Comment expliquez-vous la diversité des réactions des chrétiens face aux événements de mai 68 ?Les événements de Mai 68 ont surpris tout le monde, l’opinion publique comme les chrétiens ! Un certain nombre de prêtres et de religieux ont été en phase avec le mouvement de Mai 68. Mais les positions ont été variées. L’abbé Jean-Marie Lustiger était à cette époque le directeur du Centre Richelieu, l’aumônerie pour les étudiants de la faculté de lettres de la Sorbonne. Il fut surpris de la radicalité et de la violence manifestées dès les premiers jours et va rapidement déplorer la « griserie » du discours et les manipulations politiques. L’autre aumônerie catholique du Quartier latin, le Centre Saint-Yves, pour les étudiants de la Faculté de droit et de sciences économiques, était dirigée par les dominicains Henri Burin des Roziers, Jean Raguénès et Michel Gest. Ils ont été très rapidement en accord et en symbiose avec cette contestation. Le témoignage de l’abbé Bernard Lerivray, alors aumônier national de l’Action catholique universitaire (ACU) est assez frappant. Il est ébloui par ce qui se passe et pense que c’est une sorte de prise de conscience de la jeunesse, un refus de la société de consommation, du monde matérialiste… Plus globalement, on peut dire que s’il y a peut-être eu une certaine fascination pour l’utopie mai 68, il y a rapidement eu un rejet de l’idéologie soixante-huitarde. Ce qui est certain, c’est que cette contestation a ensuite atteint l’Église elle-même : une fois l’ordre revenu en France (juin 68), la contestation qui s’était développée dans certains secteurs de l’Église s’est poursuivie sous des formes diverses. La crise dans l’Église (crise doctrinale, crise disciplinaire et crise d’identité sacerdotale) et qui était antérieure à l’ébranlement de Mai 68, a perduré et s’est trouvée renforcée.
  Pourquoi le concile Vatican II n’a-t-il pas permis de la résorber ?Un peu plus de deux ans séparent la fin de Vatican II (décembre 1965) et les événements de mai-juin 1968. Le concile était encore en cours d’application et d’assimilation lorsqu’est survenu l’ébranlement de Mai 68. Les remises en cause et les espoirs suscités par Vatican II ont reçu le choc d’une contestation (sociale et intellectuelle à la fois) venue de l’extérieur, de la société. Certains ont cherché à s’opposer à ce choc ou à s’en prémunir. D’autres, surpris, ont été hésitants et ont d’abord cherché à comprendre. D’autres encore ont vu dans ces événements l’occasion d’accélérer le processus d’une transformation à laquelle ils aspiraient depuis plus ou moins longtemps.  Est-on toujours aujourd’hui dans cette crise de foi ?C’est un phénomène de longue durée ! Ce qui est frappant en Mai 68 c’est que même le Credo proposé par Paul VI ainsi que son encyclique Humanae Vitae ont été refusés par des membres du clergé. Cela leur a semblé inadapté aux problèmes que rencontraient la société ainsi que des gens déjà éloignés de l’Église. Cette distorsion leur est apparue dommageable. Mais cinquante ans après, il s’avère finalement que ceux qui ont remis en cause l’enseignement de l’Église n’ont pas eu pas de meilleurs résultats…  Quels ont été les fruits de cette contestation ?La contestation qui s’est exprimée au grand jour a compté jusqu’à un millier de prêtres, à travers le mouvement Echanges et dialogue. Mai 68 a incité certains à développer une critique plus radicale, organisée… et a introduit le doute chez beaucoup de personnes. Les séminaires se sont vidés et le nombre de vocations sacerdotales a chuté. L’ébranlement consécutif à Mai 68 s’est fait ressentir des années après. Mais à la même époque, et indépendamment des événements de Mai 68, de nouveaux mouvements sont nés. Je pense par exemple au Renouveau charismatique et de ce qu’on a appelé les « communautés nouvelles » (c’est également à cette époque qu’est né le mouvement ATD Quart Monde avec le père Joseph Wresinski ndlr). En même temps que l’Église traverse une grande crise, d’autres choses naissent à côté et qui vont se développer plus ou moins rapidement. Il ne faut pas considérer les choses uniquement du point de vue français avec la remise en cause qui a lieu en 1968. Finalement, comme l’a dit l’historien et sociologue Émile Poulat : « On voit ce qui meurt, on ne voit pas ce qui naît ».


mardi 17 juillet 2018

Saint Augustin (354 -430 ap. J-C)


Saint Augustin : Dieu, la liberté, le sexe et les Pères de l’Eglise
Revue L’Histoire – numéro 448 de juin 2018.


La revue L’Histoire de juin 2018 a consacré un important dossier à l’un des plus grands saints de l’Eglise : Augustin, l’auteur des Confessions. Bien que, de prime abord il n’y ait aucun lien, la revue présente la dernier ouvrage paru de Michel Foucault : Les Aveux de la chair.


Une brève présentation de Saint Augustin

Saint Augustin (354 – 430 ap. J.-C.) est l’un des grands saints de l’Eglise catholique, un théologien et un philosophe chrétien de l’Antiquité tardive, né en Algérie. Il est l’un des quatre Pères de l’Eglise d’Occident. Après une jeunesse dissipée, qu’il raconte dans les Confessions, il s'intéresse au problème du mal. D'abord séduit par le manichéisme, il se convertit au christianisme et devient évêque d’Hippone. Il rédige la Cité de Dieu, l’ouvrage le plus reproduit par les copistes du Moyen Age. Il est canonisé en 1298 par le pape Boniface VIII.

Principaux ouvrages auxquels ils faut ajoutés les Sermons, les Commentaires des Psaumes, de saint Jean, etc…
les Confessions,
la Cité de Dieu,
De la trinité,


Saint Augustin vu par la revue L’Histoire

« C’est un monument planté au cœur de notre occident chrétien. Il incarne la puissance de l’Eglise, son intransigeance, l’implacable lutte contre les hérétiques, la guerre justifiée – la main de fer dans laquelle au XIIè siècle l’institution ecclésiale a enfermé les hommes.
Les historiens depuis Henri-Irénée Marrou avaient commencé à nous faire voir autrement. Derrière la figure du saint et de l’énormité de l’œuvre (la plus copiée au Moyen Age), on a redécouvert la trajectoire d’un immense intellectuel, dans un contexte aujourd’hui mieux connu. Il est né à  13 novembre  354 à Thagaste,  petite ville au sud d’Hippone (l’actuelle Annaba algérienne), dans cette Afrique romaine qui était alors « la partie la plus importante et la plus prospère de l’empire ». Un temps protégée des invasions, elle était, nous rappelle Stéphane Gioanni, une terre d’accueil pour les réfugiés, et bien loin des clichés ressassés sur la décadence d’un empire en pleine décomposition, le terreau fertile de quelques-unes des plus grandes figures du christianisme de l’époque.
Il n’allait pas de soi, pourtant que Foucault s’y intéressât : c’est en travaillant l’histoire de la sexualité qu’il est arrivé jusqu’à lui. Pour Foucault, la relation entre le christianisme et le sexe n’est pas une simple histoire de répression et d’occultation, mais bien celle d’une quête de soi dans laquelle l’auteur des Confessions (la première autobiographie latine) joue un rôle central. Connaître son désir, le dire et soumettre… Ces Aveux de la chair, publiés ce printemps chez Gallimard, sont,  nous dit Patrick Boucheron, une clé de lecture de l’Occident, bien plus éclairante que la morne litanie des pratiques sexuelles et de leur punition.
Voilà de quoi relire saint Augustin d’un autre œil. Le jeune homme aux désirs vifs, aux amours contrariés (par sa mère), nous a raconté comment il renonça à grand-peine à des plaisirs qui l’éloignaient de Dieu. Mais la chasteté n’est pas pour lui un but, ni la pureté une obsession : Peter Brown qui écrivit il a cinquante ans une magistrale biographie d’Augustin et qui fut l’ami de Foucault, nous relate ici comment il en est venu à la même conclusion : « Non, Augustin n’est pas le mauvais génie puritain de l’Occident ».
Il y a bien d’autres malentendus dans l’histoire de  l’augustinisme. Certes l’homme prêta son bras sans faillir à la persécution des hérétiques. Mais les auteurs de ce dossier nous montrent que c’est au Moyen Age que cette œuvre a été instrumentalisée : s’appuyant sur lui dans son bras de fer avec Philippe le Bel, Boniface VIII, au XIIIè siècle, en fait d’un seul coup un saint et l’un des quatre « docteurs de l’Eglise ». Et c’est ainsi que, négligeant son indifférence croissante aux formes politiques des cités des hommes, on lui emprunta de quoi fonder, pour mille ans, leur subordination à l’autorité spirituelle.
L’Eglise allait être rattrapée par cet inspirateur encombrant. Elle condamne Jansénius qui voulait en faire le penseur de la grâce. La querelle, nous dit Sylvio De Franceschi, n’a jamais été tranché. Ne nous y frottons pas. Retenons dans cette œuvre à la gloire de l’absolue puissance divine, œuvre foisonnante et qui ne se laisse pas facilement réduire en système, qu’il y a place aussi pour penser la liberté des hommes.
L’Histoire : Introduction au dossier sur Augustin



Présentation du livre de Michel Foucault

Histoire de la sexualité. IV : Les aveux de la chair
Michel Foucault ; sous la direction de Frédéric Gros
Paris, Gallimard, 2018. 448 pages


Les aveux de la chair, qui paraît aujourd'hui comme le quatrième et dernier volume de L'histoire de la sexualité, est en réalité le premier auquel Michel Foucault s'était consacré après La volonté de savoir (1976) qui constituait l'introduction générale de l'entreprise. Il s'attachait aux règles et doctrines du christianisme élaborées du IIe au IVe siècles par les Pères de l'Eglise. Au cours de son travail, Michel Foucault s'était persuadé que l'essentiel de ces règles et doctrines était un héritage remanié des disciplines de soi élaborées par les philosophes grecs et latins de l'Antiquité classique et tardive. C'est à leur analyse qu'il s'est courageusement appliqué, pour aboutir en 1984 à la publication simultanée de L'usage des plaisirs et du Souci de soi. L'ouvrage est donc un premier jet auquel Foucault comptait se remettre au moment de sa mort. La réunion des quatre volumes de Dits et Ecrits (1954-1988) publiés en 1994, puis celle des treize volumes des Cours au Collège de France en ont retardé l'édition et la mise au point dont s'est chargé Frédéric Gros, l'éditeur des œuvres de Michel Foucault dans la Bibliothèque de la Pléiade. Tel quel, cet ouvrage constitue un état très élaboré de la pensée de l'auteur et peut-être le cœur même de l'entreprise, la partie à laquelle il attachait assez d'importance pour se lancer dans l'aventure.


lundi 16 juillet 2018

Al-Andalous, la révolution industrielle.....


Codex : 2000 ans  d’aventure chrétienne
Eté 2018.
 


"Pour nos lecteurs cette période de vacances pourrait être l’occasion de redécouvrir l’œuvre des chrétiens sociaux. Ils furent parmi les premiers à combattre les excès de la révolution industrielle et la prolétarisation du monde ouvrier. Ils s’appelaient Léon Hamel, Jules Lemire ou Albert de Mun… Ils sont les pères des jardins ouvrier, des allocations familiales, des comités d’entreprise ou des banques mutualistes-Ce n’est pas Marx mais Frédéric Ozanam qui écrit en 1836 : « La question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous […] c’est une question sociale ; c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop. » Ce n’et toujours pas Marx, mais Mgr. Giraud, qui dénonce à Cambrai en 1845 : « L’exploitation de l’homme par l’homme ». En 1891, le Pape Léon XIII publie sur la question une encyclique qui récapitule les expériences des chrétiens sociaux européens et propose de nouvelles pistes qui feront lever des générations de militants. Ces hommes ont écrit une page d’histoire magnifique. Il est fascinant de réaliser combien ils sont tombés dans les oubliettes.

"Il risque d’arriver rapidement la même chose à certains pans de notre mémoire si l’on suit les analyses de Guillaume Cuchet. Dans un livre choc (et donc  excessif), Comment notre monde a cessé d’être chrétien, il présente une brillante analyse de la crise que traverse depuis les années soixante (1965 pour être précis) le catholicisme français (on pourrait ajouter francophone).
Nos lecteurs le savent bien, 1965 est l’année proposée par Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire comme borne d’une nouvelle période de reflux du sentiment religieux. Les hypothèses avancées par Guillaume Cuchet sont stimulantes. Elles méritent d’être étudiées et discutées. Sans ce numéro, elles sont aussi à mettre en perspective avec la tribune de Jean Duchesne (p. 101).

"Ces amnésies inquiétantes ne menacent pas, en revanche, le passé musulman de l’Espagne, ou du moins sa vulgate La place accordée aujourd’hui à al-Andalous est lourde d’enjeux contemporains L’Espagne médiévale reste un modèle Pour se justifier ses zélateurs évoquent « lesprit de Cordoue », la « tolérance » d’une terre multiculturelle où cohabitent trois religions Evidemment, le mythe – car c’est un mythe – ne s’encombre pas trop d’histoire médiévale Pour en prendre la mesure, nous avons chercher ce que fut la vie quotidienne d’un monde original qui, vu de Damas ou de Bagdad, était une sorte de Far-West, une frontière lointaine peuplée de croyants aux comportements étranges Bref, non pas le paradigme de l’islam médiéval mais une périphérie"
Editorial de la revue


les dossiers abordés

Dossier : Al-Andalus, la vie quotidienne des minorités. Immersion dans le monde complexe de l’Espagne médiévale. Sous la direction d’Adeline Rucquoi, directeur émérite de recherche au CNRS.

-Le pèlerinage du Lough Derg.  Sur une île, trois jours de pénitence dans la grande tradition irlandaise.

-Cahier pédagogique : la révolution industrielle. Les excès des nouveaux moyens de production suscitent très tôt des contestations et l’engagement des chrétiens.
-« Le catholicisme français a changé de format ». Entretien avec Guillaume Cuchet, auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien.

-Sur les traces de Ligier Richier. Escapade dans la Meuse pour découvre un sculpteur génial de la Renaissance.



Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

Un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines

Un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines
Nicolas Diat
Paris, Fayard, 218. 226 pages.  


Comprendre les derniers instants de la vie : ce qu’en dit l’auteur au début de ce livre : 
«Aujourd’hui, la liturgie de la mort n’existe plus. Or les peurs et les angoisses n’ont jamais été aussi fortes. Les hommes ne savent plus comment mourir.Dans cet univers désolé, j’ai eu l’idée de prendre le chemin des grands monastères pour découvrir ce que les moines ont à nous dire de la mort. Derrière les murs des clôtures, ils passent leur existence à prier et à réfléchir aux fins dernières. 

« J’ai pensé que leurs témoignages pourraient aider les hommes à comprendre la souffrance, la maladie, la peine et les derniers instants de la vie. Ils savent les morts compliquées, les morts rapides, les morts simples. Ils y ont été confrontés plus souvent, et de plus près, que la plupart de ceux qui vivent au-delà des enceintes des monastères. J’avais l’intuition, en commençant mon travail, que les moines ne me cacheraient rien, qu’ils me parleraient du trépas des leurs avec vérité. 

« J’aimerais que ce livre donne un peu d’espoir, car les moines nous montrent qu’une mort humaine est possible. L’homme du XXIè siècle n’est pas condamné à des fins solitaires, sans amour, dans des chambres anonymes d’hôpitaux. L’homme du XXIè siècle n’est pas condamné à la fausse humanité d’une mort maquillée et travestie dans des salons funéraires désincarnés.Aujourd’hui les moines sont peut-être les derniers à pouvoir comprendre les mots de saint François d’Assise dans son « Cantique au frère soleil » :
Loué sois-tu Seigneur,
pour notre sœur la mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
heureux ceux qu’elle surprendra en faisant sa volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire. 

« Les récits recueillis dans les abbayes que j’ai visitées ne m’ont pas détrompé. J’aimerais que ce livre donne un peu d’espoir, car les moines nous montrent qu’une mort humaine est possible. [...] Les histoires que m’ont confiées les bénédictins d’En-Calcat, de Solesmes et de Fontgombault, les trappistes de Sept-Fons, les cisterciens de Cîteaux, les chanoines de Lagrasse, les prémontrés de Mondaye et les ermites de la Grande-Chartreuse sont aussi belles et exceptionnelles que les paroles mémorables des temps anciens.»


  Présentation du livre
 Voilà un livre qui parle de la mort, mais de la mort qui s’ouvre sur la Vie.  Son auteur, Nicolas Diat, est surtout connu pour ses livres sur Benoît XVI et le cardinal Sara, qui ont obtenu un grand succès en France comme à l’étranger. Mais ici c’est en enquêteur sur un sujet difficile qu’il a entrepris de recueillir les confidences de nombreux moines sur la fin de vie derrière les murs clos de leurs monastères. Les témoignages sont extrêmement divers et l’attitude devant la mort est celle de tout être humain ce qui les rend plus proches de nous et plus bouleversants encore. Certains ont peur de la mort, ce qui peut sembler étonnant de la part d’un religieux, certains aussi ont peur de ne pas « faire une bonne mort » ; d’autres l’attendent comme la rencontre, celle qui donne sens à la vie, et à toutes choses.
 Devant la mort personne ne peut tricher ! Il peut y avoir chez certains comme une attitude enfantine devant cet instant à la fois inéluctable, devant cette fin à la fois redoutée mais le plus souvent désirée : « Nous savons où nos frères partent »   « Le lendemain de sa mort, je disais le chapelet dans le jardin et je me suis fait la réflexion que je n’avais pas eu le temps de pleurer; j’ai aussitôt fondu en larmes. Pourtant, dans un monastère, nous ne pleurons pas pour un décès. Il ne faut pas y voir une sécheresse de nos sentiments. Nous savons où nos frères partent. Les enterrements sont toujours joyeux. Notre existence doit être un noviciat d’éternité. » (page 92)
  

Extraits du livre donnant quelques témoignages de moines

«Frère Vincent est mort avec une grande facilité.
En écoutant le Père Emmanuel-Marie, il me semble entendre un homme qui parle de la disparition de son propre enfant: “Je me suis penché au-dessus de lui, j’ai su que les dernières minutes approchaient. J’ai dit à sa mère de prendre sa main droite, à sa sœur de saisir la gauche. Son corps était brûlant. J’ai récité les prières des agonisants et je lui ai donné le sacrement des malades. Soudainement, nous avons senti qu’il s’apaisait.
 
Témoignage recueilli à En-Calcat
«Une année avant sa mort, pendant sa rémission, le Père Michel-Marie a reçu un journaliste. Il avait peur de souffrir, et cependant il a tenu [au journaliste] ce discours magnifique: “Me savoir ainsi atteint par la maladie m’a donné une hypersensibilité. Je me rends compte à quel point la vie n’est pas grand-chose. En même temps, elle revêt toute son importance. Je prends conscience désormais avec clarté de la fin de toute chose. Il faut cependant se lever et se battre pour la vie. J’ai le trac de la mort, comme avant un examen. La dimension de ce qui nous attend au ciel est affolante. Pourtant, j’ai un rôle à jouer dans cette grandeur. Dès ici-bas, tout ce que je fais prépare ce que j’aurai à vivre au ciel. Mais cela me dépasse. J’ai pris conscience de l’incroyable immensité de ce qui m’attend de l’autre côté.” [...]
En-Calcat est une oasis qu’on quitte à regret.»
Le Frère Pierre Buisson ne voulait pas devenir centenaire. Je savais donc que le temps était compté. Depuis quelques semaines, il était diminué.À la fin du mois de mai, lorsque je suis parti en Espagne, je lui ai demandé d’attendre mon retour pour mourir. Il m’a obéi.En revenant à l’abbaye, je suis monté rapidement dans sa chambre. Nous étions la veille de son décès.Il est parti comme une petite flamme. Il disait que sa valise était prête. Jusqu’à la fin, le Frère Pierre a passé des heures à prier. Il visitait tous les jours le cimetière pour honorer les morts. Il ne disait jamais de mal de personne. Notre Frère est parti avant l’office de sexte, alors que l’infirmier s’était brièvement absenté pour préparer une perfusion. Je suis monté lui donner l’absolution.”Le Père abbé était heureux et serein. Il avait pu le voir une dernière fois. Il n’imaginait pas être absent de Solesmes en ces moments si particuliers.»
 
Témoignage recueilli à La Grande-Chartreuse
«Dom Innocent me dit avec son humour habituel que la vie serait un désastre si nous ne savions pas que la mort viendrait nous chercher un jour. Comment les hommes resteraient-ils indéfiniment dans cette vallée de larmes?
“Nous sommes nés pour rencontrer Dieu. Les vieux chartreux lui demandent de ne pas tarder. La mort, c’est la fin de l’école. Après, le paradis arrive. Un moine a donné sa vie à Dieu, et il ne l’a jamais rencontré. Il est normal qu’il soit impatient de le voir. Comme dans les poèmes de Thérèse d’Ávila et de Jean de la Croix, les chartreux meurent de ne pas mourir. À notre grand regret, le Saint-Esprit n’est pas pressé de venir nous chercher. Dans notre Ordre, les purifications et les grandes épreuves ne sont pas courantes. Les derniers mois, le Christ s’est déjà emparé de nos vieux moines. Le corps usé retourne à la terre, mais c’est pour attendre la gloire de sa résurrection. Nous ne savons pas encore ce qu’est réellement notre corps, sa beauté, sa gloire et sa lumière. Le plus beau, et de loin, est encore devant.”»

 Témoignage recueilli à l’Abbaye de Lagrasse

Le petit Frère semblait plus reposé, emporté dans un voyage qui le dépassait. Nous avions la certitude qu’il allait nous quitter. Il était devenu transparent. Le temps des crises, le temps des suffocations s’éloignait.Il ne nageait plus dans cette mer de souffrances qui était sa prison. Frère Vincent n’avait pas peur. Son départ a été doux.La veille, les spasmes déformaient son visage. À l’heure de la mort, il était rayonnant.”»

 Témoignage recueilli à Solesmes
«Je me souvenais de sa manière respectueuse et délicate de parler d’un moine qu’il aimait: “Je demande toujours à mes Frères de mourir lorsque je suis à l’abbaye. Je voyage beaucoup en raison de mes fonctions de supérieur de la congrégation de Solesmes.

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence

vendredi 13 juillet 2018

Comme l'éclair part de l'Orient

 
Comme l’éclair part de l’Orient
Alexandre Siniakov
Paris, Salvator, 2017. 196 pages.
 
 
Ce livre a obtenu le Prix du livre de Spiritualité 2018.

Ce ne sont pas de présomptueux mémoires, mais l'enthousiasmant témoignage d'un serviteur du Christ. Né en 1981 dans un village cosaque de la Russie soviétique, Alexandre Siniakov est un jeune prêtre et moine orthodoxe. Sa vocation précoce a conduit l'enfant, qui a grandi dans un sovkhoze d'un monastère des bords de la Volga, vers Toulouse, Paris, Louvain, Cambridge où il poursuivit sa formation, puis Vienne où il fut ordonné prêtre en 2004, Bruxelles où il vécut son premier ministère ecclésial, et enfin en région parisienne où il dirige un séminaire orthodoxe. Son itinéraire entre deux mondes (communiste et libéral, orthodoxe et catholique) commence par la contemplation du ciel étoilé dans les steppes de son Caucase natal et s'achève avec une méditation sur le « cosmopolitisme » et la « catholicité ».
 
Dans ces dix-sept chapitres, la réflexion théologique, nourrie de citations très lumineuses, éclaire, avec discernement, l'expérience quotidienne. La vie au sovkhoze, ses origines cosaques, sa passion libératrice pour les livres et les langues, la valeur de l'amitié fraternelle, le sens de la paternité, etc., lui font formuler des pensées en forme d'apophtegmes : « Le renoncement d'un père à vouloir imposer son choix à son fils pour le laisser partir […] est, d'une certaine façon, l'imitation du renoncement de Dieu dans la Création. » « Un homme humilié, torturé et condamné à mort peut être le Fils de Dieu. » « Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne le gardien de son frère. » Pour ce témoin du Royaume, l'endroit singulier où nous vivons en est la clé première.
 
 
Source : Revue Etudes, Novembre 2017.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles 

jeudi 12 juillet 2018

Les nouveautés pour le mois de juillet 2018



 NOUVEAUTES JUILLET 2018



BOUKRABA, Jean-François. – Guernica encore ?  - Saint-Denis (93200), Edilivre, 2018.

BOUKRABA, Jean-François. – Le vieil homme ou Ça flotte. Suivi de Il fait bien clair à Broons. – Saint-Denis (93200), Edilivre, 2018. 88 pages.

CHAPELLE, A. : COLLAUD, T. ; DIJON, X. ; MATTHEEUWS, A. ; ORNELLAS, P. – Bioéthique : vulnérabilité et communion. – Paris, cld ? 2018. 175 PAGES.

CHIRON, L’Eglise dans la tourmente de 1968. – Perpignan, 2018. 272 pages.

DIAT, Nicolas. – Un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines, : récit. – Paris, Fayard, 2018. 225 pages.

ISNARD, Armand. – Père Jacques Hamel. – Perpignan, Artège, 2018. 172 pages.

PAREYSON, Luigi. – Conversations sur l’esthétique. – Paris, Gallimard, 1992. 220 pages.

PERRET, Bernard. – Penser la foi chrétienne après René Girard. – Paris, Ad Solem, 328 pages.

PLET, Philippe. – Les Hébreux au désert : lecture du livre de l’Exode. – Paris, Salvator, 2018. 160 pages.

SALES, Michel. – Tout  Israël sera sauvé : contribution à l’intelligence d’un point de vue essentiel de la pensée théologique du Père Gaston Fessard. – Namur (Belgique), Lessius, 2018. 936 pages.

SINIAKOV, Alexandre. – Comme l’éclaire part de l’Orient. – Paris, Salvator, 2017. 196 pages.

VARILLON, François. – Jésus, méditations. – Paris, Bayard, 2018. 373 pages.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

mercredi 11 juillet 2018

Une biographie du Père Jacques Hamel

Père Jacques HamelArmand IsnardPerpignan, Artège, 2018. 172 pages.  Présentation de l'ouvrage
 
Armand Isnard publie la première biographie du Père Jacques Hamel  assassiné le 26 juillet 2016 alors qu’il célébrait la messe dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray.
Occultée en son temps par la légitime émotion ressentie et l'intérêt bien compréhensible des médias relatant le drame, la question se pose : qui était le Père Jacques Hamel ? Quel homme était-il ? Quel prêtre fut-il ? Ce n’est pas le moindre des mérites de ce livre de nous le faire découvrir. Il nous permet de savoir qui il était, et de découvrir l'homme qu'était le prêtre et le prêtre qu'était l'homme.
De chapitre en chapitre, nous voilà conviés à pénétrer dans l'intimité du père Jacques : son enfance, sa vocation, sa famille, sa spiritualité, son amour pour les autres et l'amour des autres pour lui, sa santé et sa résistance à la souffrance, sa générosité, son sens de l'humour, sa rigueur, son caractère et sa légendaire humilité.
 
"Il était discret, effacé. C'était un curé de campagne comme nous en avions beaucoup avant".
J'ai réutilisé les témoignages et je les ai approfondis pour certaines anecdotes. Quand ses amis en parlent, c'est comme s'il était encore vivant".
Beaucoup parlent de timidité, c'est en fait de l'humilité. Il vivait avec Dieu et n'avait presque pas besoin d'avoir des contacts avec d'autres personnes", 
"Dans ces dix dernières années, il était un autre homme"
Un peu taiseux diront certains. Le prêtre s'est pourtant ouvert dans les dix dernières années de sa vie. "Il a parlé à la fin de sa vie des formidables vacances qu'il avait passée avec sa sœur. Il avait besoin de se confier. Pareil pour la guerre d'Algérie. Il s'est trouvé dans une embuscade dont il était le seul survivant et il a culpabilisé toute sa vie". C’est ce que confiait l’auteur après la publication de son livre
 
Quant à son procès en béatification qui est en cours, aucun doute sur l'issue d'après l'auteur. "C'est un cas exceptionnel qui a tellement eu de retentissement. C'est logique de le béatifier et honnêtement, je pense que c'est proche", conclut-il.
 
En témoignent, de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Roselyne Hamel, sa sœur , et Monseigneur Lebrun, archevêque de Rouen. Toutes ont probablement à l'esprit le mot d'André Malraux qui disait que « la mort change une vie en destin ». À n'en pas douter, le destin du père Hamel l'aura conduit jusqu'à la sanctification.
 
 
Quant à son procès en béatification qui est en cours, aucun doute sur l'issue d'après l'auteur. "C'est un cas exceptionnel qui a tellement eu de retentissement. C'est logique de le béatifier et honnêtement, je pense que c'est proche »
 
 
Biographie de l'auteur
Auteur, éditeur, réalisateur de plus de 100 documentaires pour la télévision, Armand Isnard se consacre désormais à la réalisation de portraits fouillés de grandes figures profanes ou religieuses qui ont marqué notre temps. Dans un style journalistique, recueillant des témoignages des proches, sur les lieux de leur vie, il dresse des portraits intimes et documentés de ces personnalités.

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles