mercredi 19 septembre 2018

Libérer la politique : foi et politique de Joseph Ratzinger


Libérer la liberté : foi et politique
Joseph Ratzinger (Benoît XVI)
Paris, Parole et Silence, 2018. 229 pages.


Présentation de l’éditeur

La relation entre foi et politique est un de ces grands thèmes qui a toujours été au centre de l'attention de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, et qui traverse tout son parcours intellectuel et humain. Je me réjouis donc particulièrement de pouvoir présenter ce second volume des textes choisis de Joseph Ratzinger sur le thème "foi et politique". Avec son impressionnante Opera Omnia, les textes nous aideront certainement tous à comprendre notre présent et à trouver une solide orientation pour le futur, mais ils seront aussi une véritable et authentique source d'inspiration pour une action politique qui, en plaçant la famille, la solidarité et l'équité au centre de son attention et de son programme, se tournera vraiment vers l'avenir avec hauteur de vue. Ratzinger nous accompagne dans la compréhension de notre présent, donnant un témoignage de l'immuable fraîcheur et vitalité de sa pensée. Aujourd'hui, de fait, plus que jamais, s'offre à nouveau cette même tentation du refus de toute dépendance à l'amour, à l'exception de l'amour de l'homme pour son propre ego, pour le "moi et ses caprices" ; et, par conséquent, le risque de la "colonisation" des consciences par une idéologie qui nie la certitude fondamentale selon laquelle l'homme existe comme homme et femme et que leur sont confiés la tâche de transmettre la vie. Cette idéologie conduit à la production planifiée et rationalisée d'êtres humains et amène - peut-être même dans une finalité considérée comme "bonne" - à estimer logique et licite d'éliminer ce qui n'est pas considéré comme déjà créé, donné, conçu et généré, mais fait par nous-mêmes. Pape François



Voici le texte intégral de la préface du Pape François. Le livre en français a été présenté, le  8 mai 2018, au pape Benoît XVI.

La relation entre foi et politique est un de ces grands thèmes qui a toujours été au centre de l’attention de Joseph Ratzinger – Benoît XVI, et qui traverse tout son parcours intellectuel et humain. L’expérience directe du totalitarisme nazi l’amena, en tant que jeune chercheur, à réfléchir sur les limites de l’obéissance à l’État compte tenu de la liberté de l’obéissance à Dieu : « l’État – écrit-il en ce sens dans un des textes proposés – ne constitue pas la totalité de l’expérience humaine et n’embrasse pas non plus toute l’espérance humaine. L’homme et son espérance vont au-delà de la réalité de l’État et au-delà de la sphère de l’action politique. Et cela ne vaut pas seulement pour un État qui pourrait être qualifié de Babylone, mais pour n’importe quel État. L’État n’est pas le tout. Cela enlève un poids à l’homme politique et lui ouvre le chemin d’une politique rationnelle. L’État romain était faux et anti-chrétien parce qu’il voulait justement être le totum des possibilités et des espérances humaines. Il prétendait ainsi être ce qu’il ne pouvait réaliser, ce en quoi il trompait et appauvrissait l’homme. Son mensonge totalitaire le rendait démoniaque et tyrannique ».
Par la suite, sur cette même base et tout en accompagnant Jean-Paul II, Joseph Ratzinger élabora et proposa une vision chrétienne des droits de l’homme capable de débattre au niveau théorique et pratique avec la prétention totalitaire de l’État marxiste et de l’idéologie athée sur laquelle il est fondé. Parce que pour Ratzinger le contraste véritable entre marxisme et christianisme n’est certainement pas donné par l’attention préférentielle du chrétien pour les pauvres : « nous devrions réapprendre – non pas seulement en théorie, mais dans notre manière de penser et d’agir – qu’en plus de la présence réelle de Jésus dans le temple, dans le sacrement, il existe cette autre présence réelle de Jésus dans les plus petits, dans les laissés pour compte de ce monde, dans les derniers : en eux tous il veut que nous le rencontrions » écrivait déjà Ratzinger dans les années soixante-dix, avec une profondeur théologique et en même temps une immédiateté d’accès qui sont le propre du pasteur authentique. Ce contraste n’est pas non plus donné, comme lui-même le souligne au milieu des années quatre-vingt, par l’absence d’un sens d’équité et de solidarité dans le magistère de L’Église et donc « dans la dénonciation du scandale des inégalités évidentes entre les riches et les pauvres – qu’il s’agisse d’inégalités entre pays riches et pays pauvres ou d’inégalités entre cercles sociaux dans le domaine d’un même territoire national, qui n’est plus toléré -« .
Le contraste profond, note Ratzinger, est plutôt donné (et avant même la prétention marxiste de situer le ciel sur la terre et la rédemption de l’homme dans l’ici et maintenant) par la différence abyssale qui subsiste en référence au comment doit avoir lieu la rédemption : « la rédemption intervient-elle par la libération de toute dépendance, ou son unique chemin est-elle la pleine dépendance de l’amour, qui serait alors aussi la véritable liberté ? ».
Ainsi, par un saut de trente années, Ratzinger nous accompagne dans la compréhension de notre présent, donnant un témoignage de l’immuable fraîcheur et vitalité de sa pensée. Aujourd’hui, de fait, plus que jamais, s’offre à nouveau cette même tentation du refus de toute dépendance à l’amour, à l’exception de l’amour de l’homme pour son propre ego, pour le « moi et ses caprices »; et, par conséquent, le risque de la « colonisation » des consciences par une idéologie qui nie la certitude fondamentale selon laquelle l’homme existe comme homme et femme et que leur sont confiés la tâche de transmettre la vie. Cette idéologie conduit à la production planifiée et rationalisée d’êtres humains et amène – peut-être même dans une finalité considérée comme « bonne » – à estimer logique et licite d’éliminer cela qui n’est pas considéré comme déjà créé, donné, conçu et généré, mais fait par nous-mêmes.
Ces apparents « droits » humains qui sont totalement orientés vers l’autodestruction de l’homme – c’est ce que nous montre avec force et efficacité Joseph Ratzinger – ont pour unique dénominateur commun une seule et grande négation : la négation de la dépendance à l’amour, la négation que l’homme soit une créature de Dieu, faite amoureusement par Lui à son image pour qu’il le désire, comme le cerf cherche l’eau vive (Ps 41). Quand est niée cette dépendance entre la créature et le créateur, cette relation d’amour, on renonce au fond à la véritable grandeur de l’homme, on s’attaque au rempart de sa liberté et de sa dignité.
Ainsi, la défense de l’homme et de l’humain contre les réductions idéologiques du pouvoir passe à nouveau aujourd’hui par le fait d’inscrire l’obéissance de l’homme à Dieu comme limite de l’obéissance à l’État. Relever ce défi, dans le véritable et clair changement d’époque que nous visons aujourd’hui, signifie défendre la famille. Pour sa part, Jean-Paul II avait bien compris la portée décisive de la question ; appelé avec raison le « pape de la famille », il ne soulignait pas par hasard que « le futur de l’humanité passe par la famille » (Familiaris consortio, 86). Dans le même ordre d’idée, j’ai moi aussi insisté sur le fait que « le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du monde et de l’Église » (Amoris Laetitia, 31).
Je me réjouis donc particulièrement de pouvoir introduire ce second volume des textes choisis de Joseph Ratzinger sur le thème « foi et politique ». Avec son impressionnante Opera Omnia, les textes nous aideront certainement tous à comprendre notre présent et à trouver une solide orientation pour le futur, mais ils seront aussi une véritable et authentique source d’inspiration pour une action politique qui, en plaçant la famille, la solidarité et l’équité au centre de son attention et de son programme, se tournera vraiment vers l’avenir avec hauteur de vue.
© Librairie éditrice du Vatican
© Parole et Silence



mardi 18 septembre 2018

La bibliothèque diocésaine informe


La Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles vous informe !


La bibliothèque diocésaine d’Aix et Arles informe qu’elle est ouverte à TOUS pour la consultation et (ou) l'emprunt d’ouvrages   (théologie, spiritualité, philosophie, fonds provençal et autre…)De plus la bibliothèque propose gratuitement des doubles d’ouvrages déjà en rayons (même si certains veulent apporter leur contribution)


 Horaires d’ouverture : 
Lundi : 14h – 17h30
Mardi : 
14h – 17h30
Vendredi : 
9h12h et 14h17h
Samedi : 
9h12h et toute la journée lors des formations IUSL

Inscription à l'année : 15 €

Contact : Claude Tricoire – Christian Chevalier – 04 42 17 59 38 – bibliotheque@catho-aixarles.fr

Site du catalogue en ligne : http://catalogue.dioceseaix.biblibre.com



mardi 28 août 2018

Jésus, méditations : un livre de François Varillon


Jésus, méditations
François Varillon ; présentation par Charles Ehlinger
Paris, Bayard, 2018. 375 pages.


« Une semaine de méditations d’Evangile pour une grande retraite, voilà l’origine des textes du père Varillon réunis dans ce volume. Ces « plongés d’Evangile », pour reprendre un mot qu’il affectionnait, ne veulent point être des exposés doctrinaux ou exégétiques. Ce sont de vraies méditations pour la contemplation en vue de la décision spirituelle personnelle. Toutefois, jusque dans ces méditations spirituelles, le père Varillon mettait en œuvre tout l’approfondissement biblique et théologique dont il se nourrissait constamment. Chez lui la spiritualité ne fait jamais di des exigences de l’Esprit.
« Le père Varillon est un instructeur au sens qu’à ce mot dans la littérature spirituelle. Il invite ses auditeurs à se former leur propre vision de la foi et de la vie chrétienne, à aboutir à une décision qui met en jeu leur personne »
Charles Ehlinger dans la préface à cet ouvrage.

« Contempler. Il ne faut pas lire l’Evangile avec le texte à un kilomètre des yeux, ce ne sont pas des théorèmes de géométrie, tout ça, il faut revire la scène à fond » (Père François Varillon).


Quarante ans après sa mort, ce jésuite dont l’ouvrage d’abord paru en 2000 vient d’être réédité, reste un éveilleur à l’intelligence de la foi. Le livre se veut une retraite dans la ligne des exercices de saint Ignace de Loyola. Charles Ehlinger a rassemblé une semaine de méditations d’Évangile données pour une grande retraite et enregistrées par un participant.
C’est une réflexion qui est donne la part belle à la théologie biblique pour démontrer la cohérence de la Révélation, mais une Révélation qui est incarnée ; cette spiritualité ne s’éloigne en rien, bien au contraire des contingences des réalités d’ici-bas. C’est ainsi que le Père Varillon dans ses multiples conférences à pu accompagner de nombreux chrétiens sur le chemin d’une foi vécue au plus près des évènements du XXè siècle (guerres, dictatures, le mouvement des 1968). Il savait expliquer le mystère chrétien sans tomber dans la facilité ou une apologétique de mauvais aloi.


Biographie de l'auteur
François Varillon (1905 - 1978), jésuite, est un de ceux qui ont marqué la pensée catholique du 20ème siècle. Beaucoup de ses ouvrages sont devenus de grands succès spirituels, comme Joie de vivre, joie de croire, L’humilité de Dieu ; dans ses livres il su montrer le mystère de l’amour de Dieu pour les hommes quand on voyait Dieu comme lointain et impassible. Editeur du journal de Claudel, grand lecteur de Fénelon et Péguy, ses méditations ont marqué des générations de croyants et de lecteurs.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

jeudi 2 août 2018

Le silence ; comme introduction à la métaphysique

Le silence : comme introduction à la métaphysique
Joseph Rassam ; Préface de Philippe-Marie Margelidon.
Perpignn, Paris, Artège – Lethielleux, 2017, 280 pages

Joseph Rassam (1917-1977), philosophe thomiste, professeur apprécié, aura laissé une œuvre brève dont on réédite, avec soin et de nombreux amendements, un texte daté de 1962, paru posthumément en 1980 et réédité en 1988. Parler du silence est aussi aventureux, voire plus, que de parler du langage. Les grands livres sur le silence sont rares (celui de Max Picard, Le monde du silence, 1954, est évidemment de nombreuses fois cité) ; celui de l'auteur est sous-tendu par une thèse « à la suture de la phénoménologie et de l'ontologie ». Le silence n'est pas l'envers négatif de la parole, il hante toute parole. La parole humaine n'est pas démiurgique, elle ne parle qu'à recevoir ce dont elle est l'offrande. « La métaphysique n'est pas, à proprement parler, un discours sur l'être, mais plutôt le discours de l'être en nous. » Et ce discours est ineffable, non pas indicible (l'ineffable étant l'envers positif de l'indicible, il est le trop inépuisable de ce qui excède tout dire). C'est grâce au silence, « berceau de la parole », que nous pouvons nous entendre ; par son entremise, nous communiquons avec l'être. Il n'y a pas d'antéprédicatif : « L'expérience métaphysique, et c'est en cela qu'elle est acte de silence, est l'attention à travers les essences qui définissent les étants à l'acte qui les fait être. » Réalisme thomiste ! « Attention » : le mot est philosophiquement et spirituellement riche, il est inséparable du silence. L'attention est ouverture, disponibilité, écoute, façon d'être à l'autre, à l'être. À autrui, au monde. Ce livre minutieusement écrit, dense – aucun mot, aucune phrase, aucune référence ne venant encombrer ou combler le vide –, mérite une lecture attentive.

Source : Revue Etudes, numéro de avril 2018.
https://www.revue-etudes.com/article/le-silence-comme-introduction-a-la-metaphysique-de-joseph-rassam-19217  


L’auteur : Joseph Rassam
Docteur et agrégé de philosophie, Joseph Rassam (1917-1977) a dessiné, entre les philosophies de la subjectivité et de l'intériorité, les contours de ce qu'on peut appeler un « réalisme spirituel ». Il est l'auteur de trois ouvrages sur la métaphysique de saint Thomas d'Aquin.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles




lundi 30 juillet 2018

Quand le curé met son grain de seil



Quand le curé met son grain de sel : Petites pensées salutaires
Fabrice ChatelainPerpaigan, Artège, 2018. 252 pages.
  


"Si tu ne te réveilles pas chaque matin avec le sourire, mets l'amour de Dieu et du prochain au coeur de ta vie, dès aujourd'hui. Tu vas voir, ça fait du bien."

 M. Le curé a le sens de la formule ! Il nous livre ici de courtes pensées sur l'essentiel : Dieu, le mal, le salut, la vie éternelle. En un instant, le cœur de chacun, débutant dans la foi ou pratiquant, est touché. Mais ce ne sont pas des paroles qui passent, de ces pirouettes littéraires qui laissent un goût fugace. Chacune de ces paroles est écrite pour renverser nos a priori ou encourager notre réflexion. Elles nous montrent ce qu'est la foi, comment la vivre en toute simplicité. Alors gare... quand le curé met son grain de sel c'est notre salut qui est en jeu ! 


Après avoir été missionnaire au Pérou durant dix ans, le père Fabrice Chatelain est désormais curé de paroisse dans le diocèse d'Aix en Provence


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


lundi 23 juillet 2018

Une bibliographie de Jean Mercier, journaliste et écrivain, décédé le 19 juillet 2018

Jean Mercier, journaliste à La Vie, auteur de Monsieur le Curé fait sa crise (2016) est décédé le 19 juillet. Ses obsèques ont été célébrées ce 23 juillet. Il était âgé de 54 ans. Vous trouverez, ci-dessous, une bibliographie des ouvrages de Jean Mercier empruntables dans les bibliothèques diocésaines d'Aix et Arles, Fréjus-Toulon et Gap :


Monsieur le curé fait sa crise, Paris : Quasar, 2016, 174 p. Vous le trouverez dans les bibliothèques diocésaines d'Aix-en-Provence et de Gap. Une recension de cet ouvrage se trouve ici : http://mediatheque-diocesedegap.com/les-cures-font-leur-rentree/

Célibat des prêtres : la discipline de l'Église doit-elle changer ? Paris : Desclée de Brouwer, 2014, 336 p. Bibliothèques diocésaines de Fréjus-Toulon et de Gap.

Avec Guillaume de Prémaré et Laurent Lemoine, Pédophilie, omerta et crise de confiance, dans Revue d'éthique et de théologie morale, 2010/3, n° 260, p 9-32. Cet article est également en ligne sur le site cairn.info. Bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence.


Mais où trouver ces ouvrages ?

Bibliothèque du diocèse d’Aix-et-Arles : 7 cours de la Trinité, Aix-en-Provence Tél: 04 42 17 59 38 et http://catalogue.dioceseaix.biblibre.com/

Bibliothèque du diocèse de Fréjus-Toulon, fondation La Castille, 83210 Solliès-Ville, tel. : 04 94 00 80 74 et http://bibliotheque.domaine-castille.fr/  

Médiathèque du diocèse de Gap et d'Embrun, 9 rue capitaine de Bresson, 05000 Gap (entrée par la place Ladoucette), tel. : 04 92 40 02 82 et http://www.mediatheque-diocesedegap.com

Bibliothèque du diocèse de Marseille, 11 impasse Camille Flammarion, 13001 Marseille, tel. : 04 91 50 83 85 et http://catalogue.diocesemarseille.biblibre.com

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun 


mercredi 18 juillet 2018

L'Eglise dans la tourmente de mai 1968

L’Eglise dans la tourmente de 1968Yves ChironPerpignan, Artège, 2018. 272 pages. Comment l’Église a traversé Mai 68 ? Vaste mouvement de contestation, mai 68 a ébranlé la France. S’il n’a pas épargné l’Église, il n’a été que le « révélateur » d’une crise qui avait déjà commencé et qui continua des années après. Historien, Yves Chiron livre à Aleteia son analyse d’une période historique et inédite.« Il est interdit d’interdire », « Soyez réalistes, demandez l’impossible », « Sous les pavés, la plage »… La période de manifestations étudiantes et de grèves qui a secoué la France en mai 1968 se résume trop souvent, dans l’imaginaire collectif d’aujourd’hui, à des slogans et à quelques jeunes en quête d’idéal. Cinquante ans après ces événements, la rédaction d’Aleteia s’est intéressée à la délicate question de l’Église française dans les événements de 1968. Historien spécialiste de l’histoire du christianisme, Yves Chrion, auteur de biographies des papes contemporains, vient de publier un livre intitulé L’Église dans la tourmente de 1968. Il revient pour Aleteia sur la place, l’impact de l’Église dans les événements de Mai 68 et ses conséquences.  Aleteia : L’Église catholique de France a-t-elle été ébranlée par Mai 68 ?



Yves Chiron : Marquée oui, ébranlée non. À cette époque, moins de trois ans après la fin du concile Vatican II [1962-1965 ndlr], 82% des Français se disaient encore catholiques, mais si l’on se réfère aux sondages publiés à l’époque, 21% seulement assistaient à la messe dominicale chaque semaine. En parallèle, le nombre des ordinations sacerdotales était en baisse régulière depuis l’après-guerre : il y en a eu 1 800 en 1948, 646 en 1965, 461 en 1968… Cette date de Mai 1968 ne doit pas faire conclure que le concile serait la cause de cette crise. En réalité, le catholicisme français est traversé de déchirures, d’interrogations et de contestations, et cela bien avant Vatican II ! Elle a commencé dans les années 1950. Mais la nouveauté de 68, ce fut d’une part la contestation cléricale, qui ne se limita pas à la France. Ce fut d’autre part la remise en cause de l’Église comme institution et de l’identité sacerdotale, avec une volonté affirmée de « déclergification ». La crise qu’a traversé l’Église catholique en France, bien antérieure à Mai 68 et même au concile, a trouvé son paroxysme dans les années 1970. Mai 68 ne fut donc pas, pour l’Église, le commencement d’une crise mais le révélateur, un choc aggravant d’une crise qui avait déjà commencé et dont les conséquences furent durables et multiples.
  Comment expliquez-vous la diversité des réactions des chrétiens face aux événements de mai 68 ?Les événements de Mai 68 ont surpris tout le monde, l’opinion publique comme les chrétiens ! Un certain nombre de prêtres et de religieux ont été en phase avec le mouvement de Mai 68. Mais les positions ont été variées. L’abbé Jean-Marie Lustiger était à cette époque le directeur du Centre Richelieu, l’aumônerie pour les étudiants de la faculté de lettres de la Sorbonne. Il fut surpris de la radicalité et de la violence manifestées dès les premiers jours et va rapidement déplorer la « griserie » du discours et les manipulations politiques. L’autre aumônerie catholique du Quartier latin, le Centre Saint-Yves, pour les étudiants de la Faculté de droit et de sciences économiques, était dirigée par les dominicains Henri Burin des Roziers, Jean Raguénès et Michel Gest. Ils ont été très rapidement en accord et en symbiose avec cette contestation. Le témoignage de l’abbé Bernard Lerivray, alors aumônier national de l’Action catholique universitaire (ACU) est assez frappant. Il est ébloui par ce qui se passe et pense que c’est une sorte de prise de conscience de la jeunesse, un refus de la société de consommation, du monde matérialiste… Plus globalement, on peut dire que s’il y a peut-être eu une certaine fascination pour l’utopie mai 68, il y a rapidement eu un rejet de l’idéologie soixante-huitarde. Ce qui est certain, c’est que cette contestation a ensuite atteint l’Église elle-même : une fois l’ordre revenu en France (juin 68), la contestation qui s’était développée dans certains secteurs de l’Église s’est poursuivie sous des formes diverses. La crise dans l’Église (crise doctrinale, crise disciplinaire et crise d’identité sacerdotale) et qui était antérieure à l’ébranlement de Mai 68, a perduré et s’est trouvée renforcée.
  Pourquoi le concile Vatican II n’a-t-il pas permis de la résorber ?Un peu plus de deux ans séparent la fin de Vatican II (décembre 1965) et les événements de mai-juin 1968. Le concile était encore en cours d’application et d’assimilation lorsqu’est survenu l’ébranlement de Mai 68. Les remises en cause et les espoirs suscités par Vatican II ont reçu le choc d’une contestation (sociale et intellectuelle à la fois) venue de l’extérieur, de la société. Certains ont cherché à s’opposer à ce choc ou à s’en prémunir. D’autres, surpris, ont été hésitants et ont d’abord cherché à comprendre. D’autres encore ont vu dans ces événements l’occasion d’accélérer le processus d’une transformation à laquelle ils aspiraient depuis plus ou moins longtemps.  Est-on toujours aujourd’hui dans cette crise de foi ?C’est un phénomène de longue durée ! Ce qui est frappant en Mai 68 c’est que même le Credo proposé par Paul VI ainsi que son encyclique Humanae Vitae ont été refusés par des membres du clergé. Cela leur a semblé inadapté aux problèmes que rencontraient la société ainsi que des gens déjà éloignés de l’Église. Cette distorsion leur est apparue dommageable. Mais cinquante ans après, il s’avère finalement que ceux qui ont remis en cause l’enseignement de l’Église n’ont pas eu pas de meilleurs résultats…  Quels ont été les fruits de cette contestation ?La contestation qui s’est exprimée au grand jour a compté jusqu’à un millier de prêtres, à travers le mouvement Echanges et dialogue. Mai 68 a incité certains à développer une critique plus radicale, organisée… et a introduit le doute chez beaucoup de personnes. Les séminaires se sont vidés et le nombre de vocations sacerdotales a chuté. L’ébranlement consécutif à Mai 68 s’est fait ressentir des années après. Mais à la même époque, et indépendamment des événements de Mai 68, de nouveaux mouvements sont nés. Je pense par exemple au Renouveau charismatique et de ce qu’on a appelé les « communautés nouvelles » (c’est également à cette époque qu’est né le mouvement ATD Quart Monde avec le père Joseph Wresinski ndlr). En même temps que l’Église traverse une grande crise, d’autres choses naissent à côté et qui vont se développer plus ou moins rapidement. Il ne faut pas considérer les choses uniquement du point de vue français avec la remise en cause qui a lieu en 1968. Finalement, comme l’a dit l’historien et sociologue Émile Poulat : « On voit ce qui meurt, on ne voit pas ce qui naît ».