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jeudi 28 septembre 2017

L'antijudaïsme des Pères de l'Eglise

L’antijudaïsme des Pères : mythes et/ou réalité ?
Textes réunis par Jean-Marie Auwers, Régis Burnet et Didier Luciani
Paris, Beauchesne, 2017. 207 pages.


Présentation de l’ouvrage

L’antijudaïsme est aussi ancien que le christianisme même si on peut déjà le reconnaître dans ses conséquences dans le monde gréco-romain de l’Antiquité. Ce terme ne doit pas être confondu avec l’antisémitisme des XIXè et XXè siècles car cette notion est assez tardive.

Des relations entre les juifs et chrétiens à l’époque patristique, on retient surtout les invectives des Pères (un saint Jean Chrysostome ou même un saint Augustin par exemple) contre l’endurcissement irréductible des enfants d’Israël – thème qui est développé, parfois de manière virulente, dans les très nombreux traités et homélies Contre les juifs. On a ainsi pu parler d’un antijudaïsme des Pères que certains n’ont pas hésité à considérer comme le berceau des antisémitismes modernes. Cinquante ans après la promulgation de Nostra Ætate, quel regard porter sur cet antijudaïsme ?

Les recherches nouvelles sur la séparation du judaïsme et du christianisme n’imposent-elles pas de nuancer des classifications trop simplistes et de réinterpréter des affirmations souvent décontextualisées ? Pour autant, ces recherches doivent-elles nous conduire à disculper les premières générations chrétiennes et à affirmer qu’aucune hostilité n’exista jamais entre juifs et chrétiens ? Enfin, en quoi ces cinquante années de recherches sur les relations judéo-chrétiennes dans l’Antiquité peuvent-elles modifier notre vision et nous aider à vivre, dans une plus grande vérité, les relations judéo-chrétiennes aujourd’hui ?

Les articles qui suivent reprennent les interventions d’un colloque tenu à l’Université catholique de Louvain du 20 au 22 mai 2015 autour de ces interrogations. Ce colloque, tenu pour célébrer le cinquantenaire de Nostra Ætate, a été organisé en collaboration avec le Commission nationale belge pour les relations avec le judaïsme (CNCJ)

En 205, pour le cinquantième anniversaire de Nostra Aetate, la déclaration conciliaire sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes, l’Université de louvain a organisé en collaboration avec la Commission nationale belge pour les relations avec le judaïsme, un colloque sur les rapports entre juifs et chrétiens à l’époque patristique. Sans disculper les Pères de l’Eglise, car certaines de leurs invectives demeurent inaudibles, les contributions rassemblées ici invitent à replacer la polémique antijuive dans son contexte historique. Ce volume fait prendre conscience de la complexité de la question, dans la mesure où les premières générations chrétiennes ont aussi hérité du judaïsme pour élaborer leur théologie.


Pour aller plus loin

Dominique CERBELAUD : Ecouter Israël, Paris, Cerf, 1995.
Jules ISAAC : Genèse de l'antisémitisme, Paris, Calmann-Lévy, 1956.
Hedwig WAHLE : Juifs et Chrétiens en dialogue, Bruxelles, Lumen Vitae, 1997.


Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

vendredi 8 juillet 2016

La miséricorde chez les Pères de l'Eglise



Connaissance des Pères de l'Eglise N° 139, Septembre 20 La miséricordeCollectifNOUVELLE CITÉ, 2015. 64 pages


Une figure de la miséricorde dans la parabole du bon Samaritain, commentée par Origène.

Un commentaire original de la parabole du bon samaritain. L’homme blessé c’est Adam, le Samaritain c’est le Christ et l’auberge c’est l’Eglise.


Pardonner aux renégats. Cyprien et les lapsi. Retour sur une question et sa portée doctrinale / Paul Mattei.

Quand éclatent les persécutions contre les chrétiens dans les années 250-251 dans l’Empire romain, nombreux furent ceux qui sacrifièrent aux idoles comme le demandait l’Empereur par peur de la mort. On les appela les « lapsi » (ceux qui « faillirent » ou « tombèrent ») par opposition à ceux qui restèrent fermes dans la foi (ou « stantes » c’est-à-dire « restèrent debout »).
Cet article montre comment l’Eglise eut à gérer le problème de ces chrétiens qui voulurent réintégrer la communauté. Ce problème posa à l’Eglise naissance le difficile problème de leur réintégration : il fallut inventer des procédures et définir une théologie de la discipline pénitentielle afin de les réintégrer dans la communauté ecclésiale.
Dans cet article on voit comment Cyprien, évêque à Carthage affronta la difficile réintégration des lapsi face à ceux qui prônaient une exclusion définitive.


La miséricorde selon Jean Chrysostome : l’éveil de la conscience humaine à la compassion de Dieu / Laurence Brottier.

Le chrétien selon Jean Chrysostome doit se monter miséricordieux et compatissant à l’égard de son prochain comme l’est Dieu envers l’homme et tendre à imiter le Christ.


La miséricorde d’après saint Augustin / Jaime Garcia.

Saint Augustin n’a écrit aucun traité sur la miséricorde mais cette notion se retrouve dans toute son œuvre. Il fonde sa réflexion sur l’Ecriture : les Psaumes, l’Evangile de saint Jean et les épîtres de Paul. C’est en partant de son expérience personnelle qu’il parle de la miséricorde de Dieu.



 La quatrième de couverture nous offre une homélie de saint Grégoire de Naziance sur l'amour des pauvres

« Heureux les miséricordieux, dit le Seigneur ils obtiendront miséricorde ! La miséricorde n’est pas la moindre des béatitudes. Et encore : Heureux qui comprend le pauvre et le faible. Et aussi : L’homme bon compatit et partage. Ailleurs encore : Tout le jour, le juste a pitié, il prête. Emparons-nous donc de cette béatitude, sachons comprendre, soyons bons. La nuit elle-même ne doit pas arrêter ta miséricorde.
« Ne dis pas : Reviens demain matin et je te donnerai. Qu’il n’y ait pas d’intervalle entre le premier mouvement et le bien- fait. La bienfaisance seule n’admet pas de délai. Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, et fais-le de bon coeur. Celui qui exerce la miséricorde, dit saint Paul, qu’il le fasse avec joie. Ton mérite est doublé par ta promptitude. Le don fait avec chagrin et par contrainte n’a ni grâce ni éclat.
« C’est avec un coeur en fête, non en se lamentant, qu’il faut faire le bien. Si tu fais disparaître le joug, le geste de menace, dit le Prophète, c’est-à-dire si tu abandonnes l’avarice, la méfiance, si tu cesses d’hésiter et de grogner, qu’arrivera-t-il ? Quelque chose de grand et d’étonnant, une magnifique récompense : Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront rapidement.
« Et y a-t-il quelqu’un qui ne désire la lumière et la guérison ? C’est pourquoi, si vous voulez bien m’en croire, serviteurs du Christ, ses frères et ses cohéritiers, tant que nous en avons l’occasion, visitons le Christ, honorons le Christ. Non seulement en l’invitant à table, comme quelques-uns l’ont fait, ou en le couvrant de parfums, comme Marie Madeleine, ou en participant à sa sépulture, comme Nicodème, qui n’était qu’à moitié l’ami du Christ.
Ni enfin avec l’or, l’encens et la myrrhe, comme les mages l’ont fait avant tous ceux que nous venons de citer. Le Seigneur de l’univers veut la miséricorde et non le sacrifice, et notre compassion plutôt que des milliers d’agneaux engraissés. Présentons-lui donc notre miséricorde par les mains de ces malheureux aujourd’hui gisant sur le sol, afin que, le jour où nous partirons d’ici, ils nous introduisent aux demeures éternelles, dans le Christ lui-même, notre Seigneur, à qui appartient la gloire pour les siècles».

Grégoire De Nazianze, Homélie sur l’amour des pauvres 14, 38-40.

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles



dimanche 25 octobre 2015

Pour poursuivre la lecture de Laudato Si'

Pierre-Marie Hombert, La création chez les Pères de l'Eglise, Paris : Parole et Silence, col. Collège des Bernardins n°117, 2015, 161 p.


A l'instar des autres volumes de la collection du Collège des Bernardins, cet ouvrage est riche et bien documenté, mais très ardu.

Pierre-Marie Hombert discerne trois tendances dans la pensée des Pères de l'Eglise sur la création : il détermine dans un premier temps ce qu'elle a de commun avec la philosophie grecque et la conception juive, il aborde ensuite les ouvrages où une parole nouvelle apparaît, sans avoir la spécificité chrétienne qu'elle acquiert par la suite.

Après une analyse croisée, les principaux textes des Pères ayant traité ce sujet sont présentés. Ils couvrent toute la période patristique et sont dû aux Pères latins et grecs. La bibliographie complète cet ensemble pour permettre au lecteur d'aller plus loin.

Hélène Biarnais

bibliothécaire du diocèse de Gap et d'Embrun

mardi 10 mars 2015

Une nouvelle reliure pour la « patro »

La collection de la patrologie de Migne conservée à la bibliothèque Mgr Depéry du diocèse de Gap est confiée aux religieuses de l’abbaye de Notre-Dame de Miséricorde de Rosans pour être reliée. Ce travail s’étendra sur plusieurs années.

La « patrologie » de Migne couvre à la fois les pères latins de l’Eglise et les pères grecs. Elle a été publiée par l’abbé Jacques Migne dans une collection bon marché au milieu du XIXe siècle. Sa maison d’édition, située à Montrouge, a également diffusé les grandes planches du catéchisme illustré. La postérité de celles-ci est due à la méthode pédagogique novatrice utilisant l’image même si Louis-Marie Grignon de Montfort l’employait déjà au début du XVIIIe siècle, mais sans la diffusion par l’imprimerie.
Dans le diocèse de Gap, la « patro » latine était déjà reliée, probablement parce qu’elle était plus utilisée car plus accessible pour les lecteurs. Ceux-ci n’avaient pas besoin de maîtriser un autre alphabet contrairement aux textes grecs. Il restait donc à offrir une reliure à la centaine de volumes des pères grecs.



En effet, l’abbé Jacques Migne avait pour ambition de proposer à prix réduits des textes à une diffusion plus large que le « public plus averti », cela non sans réticence d’une partie de l’épiscopat. Il convient cependant de relativiser cette « popularisation » des textes dans une France où l’école n’était pas obligatoire et où la connaissance du latin écrit touchait une toute petite minorité. Evidemment, la qualité matérielle des coutures et des couvertures se ressent des faibles coûts de production, surtout 150 ans et quelques déménagements plus tard !


Il faudra attendre un siècle après Migne pour que les « Sources chrétiennes », fondées en 1942 par les Jésuites, entreprennent d’une manière systématique des éditions de textes avec des instruments critiques construits à partir des recherches philologiques, exégétiques et historiques les plus récentes.


lundi 9 mars 2015

La conversion chez les Pères de l'Eglise


La conversion chez les Pères de l'Eglise

Daniel Vigne et collab., éd. Parole et Silence, 2014, 278 p., 2014


 Daniel Vigne énonce bien le projet de ce livre: "A l'heure où l'Eglise insiste sur l'urgence d'une nouvelle évangélisation, il est utile de se souvenir des temps où l'Evangile a commencé son chemin parmi les hommes" (p.5). Selon la méthode déjà mise en oeuvre pour le livre "Lire le Notre Père avec les Pères de l'Eglise" (2009), le présenta ouvrage est le fruit d'une collaboration inter-universitaire entre Instituts catholiques (Paris, Toulouse, Lyon, Naples,...SourcesChrétiennes,..) et institutions laïques (Paris-Sorbonne, Universités de Tours, Toulouse, Grenoble, Strasbourg,..).  Avec D. Vigne, de l'Institut Catholique de Toulouse, quatorze autres chercheurs présentent les facettes de la conversion entre le II° et le VII°. De manière fondamentale,  "le converti est un aveugle illuminé" analyse Agnès de Baynast en ouverture. Comme Justin de Rome et les autres. Les Apologistes grecs donnent des récits de conversion et les Apologistes syriaques montrent la dimension cosmique de la conversion. Avec Origène, c'est le devenir chrétien "dans une période en mutation" . Hilaire de Poitiers a connu tout un itinéraire spirituel. La conversion et la pénitence sont reconnues comme les "portes du progrès spirituel", selon le Pseudo-Macaire. Ambroise de Milan déploie toute une pédagogie de la foi. Les Pères Cappadociens (Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze) ont leur propre  apport. Augustin donne des conseils pour accueillir un nouveau converti. Saint Jérôme a connu une conversion lente, mais radicale, pour gouter la puissance de la Parole de Dieu. Cyrille d'Alexandrie offre la cas d'une conversion théologique, tandis que Maxime le Confesseur reconnaît à la conversion deux dimensions: le retournement initial (épistrophê), puis la nécessaire transformation permanente (métanoia). Au final, Françoise Vinel,de la Faculté de théologie de Strasbourg, aborde la question des "conversions collectives" et la "conversion des peuples"  depuis l'époque de Pentecôte (Actes des Apôtres) : la conversion de l'Arménie, du peuple anglais,...sous l'influence d' "acteurs éminents, rois , évêques, papes" (p. 265). 
       Toutes ces contributions manifestent, pour aujourd'hui comme pour hier, l'importance à la fois de la quête personnelle persévérante, le travail de la grâce et ses émergences. Les Pères de l'Eglise sont ainsi "nos frères aînés et, spirituellement, nos contemporains" (p. 6). En même temps, nous découvrons "ce qu'il y a de radicalement nouveau dans chaque conversion" (p. 266). Chacun peut faire le point sur son propre cheminement de conversion. Le lecteur de ce livre approfondi, mais accessible et varié, appréciera ses approches plurielles. Il pourra comparer avec les ouvrages sur les données récentes ou actuelles de la conversion à la foi chrétienne, notamment, Jean-Marie Gaudeul "Appelés par le Christ, ils viennent de l'islam" (cerf, 1991, 346 p.), ou, de Mgr Claude Dagens, la "Lettre aux catholiques de France. Proposer la foi dans la société actuelle" (Cerf, 1996, 129 p.) et, bien sûr, l'Exhortation du pape François "La joie de l'Evangile" (2013).
                                                                 Père Pierre Fournier

lundi 7 juillet 2014

Aux sources de notre foi




Bernard Lorenzato et Olivier Pety, Aux sources de l'Eglise de Provence : Île de Lérins, Arles, Marseille et Riez... Venelles : ASCP, 2014, 237 p.


L’association Aux Sources Chrétiennes de la Provence (ASCP) publie un livre très bien documenté. Après une brève introduction sur les Pères de l’Église en Provence complétée par une mise en situation sur les débuts du christianisme à Marseille et les grandes dates de la christianisation de la Provence, le livre présente les principaux écrivains et penseurs de l’Église de Provence du IVe au VIe siècle. Parmi eux Jean Cassien, le père du monachisme, Salvien de Marseille, Honorat, le fondateur du monastère de Lérins, Hilaire d’Arles, Césaire qui donna la première règle monastique écrite pour des femmes et bien d’autres encore.
 
Pour chacun d’eux, après avoir décrit l’homme de chair et de sang, les auteurs nous emmènent à la découverte de l’homme de foi puis ils nous présentent des extraits courts et percutants de ses écrits. Ce livre nous entraine au cœur de nos racines chrétiennes du sud de la France.

mardi 3 juin 2014



Aux Sources de l'Eglise de Provence
Les Pères de l'Eglise provençaux : Île de Lérins, Arles, Marseille et Riez…
Introduction aux pères de l’Eglise provençaux du IVè et VIè siècle
Bernard Lorenzato et Olivier Pety
Venelles, Association Aux Sources Chrétiennes de la Provence, 2014.



Ce livre présente les sources chrétiennes de l'Eglise de Provence à travers les écrits et la
vie  de ceux que l’on appelle les Pères de l'Eglise provençaux.
Après une présentation du cadre historique et des débuts de la christianisation, on
Découvrira les principaux écrivains et penseurs de l'Eglise de Marseille et de Provence
au IVè au VIè siècle. Ces pionniers vont dire le message évangélique dans la  culture de
leur temps, et aussi faire face aux défis et aux problèmes de l'Eglise.
Nous saluerons Cassien, le père du monachisme provençal avec son œuvre pour les
moines, Salvien venu de Trèves, d'abord moine de Lérins, puis prêtre à Marseille, qui
vante une spiritualité pour tous, en particulier pour les laïcs.
Sur l'île de Lérins, avec son monastère fondé par Honorat, on rencontre  des
hommes éminents comme Eucher, qui deviendra évêque de Lyon, Vincent le théologien
et l'écrivain. Fauste qui sera élevé au siège épiscopal de Riez. Place sera donnée
 aux inconnus de l'Eglise de Marseille du Vè siècle comme Gennade, rédacteur d'un
dictionnaire des "hommes illustres".
Seront présentés aussi ceux qui viennent s'établir près des lieux spirituels, des
monastères : Paula de Pella, Prosper d'Asquitaine…., ces laïcs qui veulent vivre un
christianisme plus fervent. Enfin les grandes figures des évêques d'Arles y seront
évoquées ; Hilaire, débordant de charité face aux invasions barbares et surtout Césaire
qui donne la première règle monastique féminine et compose des homélies encore pleine
de vitalité pour aujourd'hui.
En quelques pages, cet ouvrage sera consacré à l'héritage de nos Pères dans la foi qui ont
vécu sur la terre de Provence.

Les auteurs
Bernard Lorenzato, prêtre de l'Eglise de Marseille, ancien vicaire général, curé des
paroisses saint Michel et saint Pierre, également chargé des Relations avec le Judaïsme
pour son diocèse.

Olivier Pety, prêtre du diocèse d'Avignon, dirige un Centre de Réinsertion sociale au Mas de Carles (Villeuve-les-Avignon). Il est aussi avec la Pastorale des Migrants de la région apostolique.