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jeudi 2 février 2017

Annibale Bugnini, la réforme liturgique

Yves Chiron, Annibale Bugnini (1912-1982) : réformateur de la liturgie, Paris : Desclée de Brouwer, 2016, 220 p., 19 €.
En nos périodes de débats liturgiques, ce livre est particulièrement opportun du fait que Mgr Annibale Bugnini (1912-1982) a été un ami proche de Paul VI et l'un des artisans majeurs de la Réforme liturgique issue du Concile Vatican II. Il a co-signé un ensemble de documents de cette Réforme. Historien, Yves Chiron a le mérite de donner une passionnante biographie bien documentée sur Annibale Bugnini, italien de l'Ombrie, prêtre lazariste, dont le charisme a été celui du travail méthodique et efficace, organisateur de la recherche menée avec des experts. Il a ainsi eu la responsabilité de secrétaire à plusieurs niveaux : de la Commission liturgique sous Pie XII, puis de la Commission préparatoire du Concile pour la liturgie (1959-1962), puis, après le vote quasi unanime de la Constitution sur la Liturgie (1963), secrétaire du "Consilium", organisme institué par le Concile, avec Paul VI, en 1964, pour mettre en oeuvre les orientations de la Constitution sur la Liturgie, puis, de 1969 à 1975, secrétaire de la Congrégation du Culte divin.
Yves Chiron montre comment Annibale Bugnini a travaillé sous la direction avisée du Cardinal Lercaro et davantage encore en contact avec Paul VI. En 1975, Paul VI s'est séparé d'Annibale Bugnini en le nommant nonce apostolique en Iran. Annibale Bugnini a ainsi travaillé avec ardeur au vaste programme de la Réforme liturgique conciliaire. Il a su coordonner la tâche de 30 à 40 cardinaux, évêques, et experts (le P. Martimort, le P. Gy, Dom Botte,...). Il s'est entouré de collaborateurs spécialistes sur le mystère pascal, la liturgie et la mission, l'adaptation des Missels et des divers Rituels des sacrements ou de la Liturgie des Heures, la célébration de l'Eucharistie (le mémorial, la concélébration, l'autel face au peuple, les prières eucharistiques, la communion sous les deux espèces, la communion dans la main,..), la Parole de Dieu et l'extension du Lectionnaire (le cycle des trois Évangiles...), la participation des assemblées, le dispositif des ministères (les Ordres mineurs...), l'inculturation des rites, l’œcuménisme et la liturgie... Après la mort d'Annibale Bugnini sont parus deux de ses livres éclairant son mode de travail, les étapes et les axes des mises en oeuvre, ses motivations: "La riforma liturgica: 1948-1975" (1983; rééd. augmentée en 1997) et "Liturgiae cultor et amator, servi la Chiesa" (2012, 231 p.).
Cinquante ans après la Constitution du Concile sur la rénovation de la liturgie, l'auteur nous replace ainsi dans le contexte de la Réforme, des orientations et des débats très animés. On pourra accompagner la lecture du livre d'Yves Chiron avec d'autres documents, notamment avec le "Dictionnaire encyclopédique de la Liturgie" (éd. Brepols) aux articles "Mouvement liturgique", et "Réforme liturgique" où il est noté que "la réalisation du grand programme (liturgique du Concile) fut placée sous la sage direction du Cardinal Lercaro et du secrétaire Annibale Bugnini".

P. Pierre Fournier,
responsable de la formation permanente du diocèse de Gap et d'Embrun

mercredi 27 juillet 2016

Annibale Bugnini : un artisan de la réforme liturgique

Annibale Bugnini(1912-1982) : réformateur de la liturgieParis, Desclée de Brouwer, 2016. 221 pages.



« La liturgie est essentiellement paroissiale, c’est-à-dire a sa plénitude et perfection dans la paroisse et s’alimente à l’esprit de la paroisse. Ni dans une cathédrale ni dans une abbaye, ou dans un sanctuaire ou dans une ‘rottoria’ [la chappelle d’un institut religieux ou d’un séminaire], les fidèles ne peuvent vivre pleinement la liturgie, mais seulement dans une paroisse » (Article de A. Bugnini « la communità e il rinnovamento liturgico attuale’, dans Annali della Missione, 1962).

La publication de la biographie d’Annibale Bugnani (1912-1982) constitue une bonne introduction à la compréhension de la réforme liturgique qui fut entreprise par le Concile Vatican II. Cette question qui a provoqué un schisme au temps du Pape Paul VI continue d’alimenter les controverses dans l’Eglise catholique encore aujourd’hui.
L’un des principaux artisans de cette réforme fut Monseigneur Annibale Bugnani qui demeure pourtant un inconnu pour le public. Comme le montre l’auteur la question liturgique a été une de ses principales préoccupations bien avant le Concile Vatican II : déjà sous Pie XII il n’hésita pas à faire quelques expériences afin de faire en sorte que les fidèles comprennent mieux la liturgie à laquelle ils participaient sans bien comprendre. Avec le Concile Vatican II et surtout sous le pontificat de Paul VI – dont il fut pendant longtemps un proche collaborateur – il fut l’auteur de la réforme de la messe pour l’adapté aux exigences d’une période du  XXè siècle en plein bouleversement.
Bien avant de ce que l’on peut qualifier de disgrâce il fit l’objet de nombreuses controverses : pour les uns il était (et restera) l’auteur d’une des réformes les plus audacieuses en matière de liturgie, pour les autres il porte la responsabilité de la rupture dans l’unité liturgique  et d’avoir voulu faire disparaître la « messe de toujours » (c’est-à-dire la messe tel quel fut mis en promulguée par Saint Pie V).

Pour faire comprendre ces appréciations contrastées Yves Chiron nous donne une étude où abondent les documents sur cette question. Il retrace tout d’abord le parcours de ce fils d’une famille pieuse. Très jeune il fut impressionné par les cérémonies religieuses et pendant son noviciat cheez les Pères lazaristes il s’intéressa à tout ce qui touchait la liturgie. Nommé secrétaire de la commission préparatoire pour la liturgie en vue du Concile Vatican II, il fut écarté à cause des prises de positions jugées trop audacieuses mais participa aux débats en tant qu’expert.  Il revint en grâce  avec Paul VI au moment de l’institution du Concilium (un conseil ayant en charge de mettre en pratique les directives du Concile), puis secrétaire pour la Congrégation du Culte divin.
Bien que méconnu le Père Bugnini se montra homme d’influence qui sut mettre  à profit ses qualités : audace, excellent communiquant sr surtout la force de ses convictions sur le bien-fondé d’une réforme liturgique sans oublier la confiance que lui accorda Paul VI. Mais en 1975 Mgr. Bugnini fut brutalement de la Congrégation pour le Culte divin (exigence de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ? appartenance supposée à la franc-Maçonnerie ?) Paul VI l’éloigna en le nommant noce apostolique en Iran (1976).
Le père Annibale Bugnini est décédé à Rome en 1982 et sur sa pierre tombale on peut lire ses mots : « liturgiae amator et cultor ». ces mots résument à eux seuls ce qui fut pour lui la mission à laquelle il se donna toute sa vie.

Yves Chiron dans cet essai biographique s’attache donc essentiellement à nous monter quelle fut l’action et l’influence de Mgr. Annibale Bugnini dans l’élaboration de ce que l’on a appelé la « nouvelle messe » et qui a provoqué la rupture entre Rome et les partisans de  Mgr. Lefebvre pour qui seule le rite de saint Pie V est la "messe de toujours".  Pour l’auteur une question reste en suspens : « Mgr. Bugnini at-il bien ‘aimé’ et ‘servi’ la liturgie ? ou par l’idée qu’il s’en faisait - la vraie liturgie doit être ‘paroissiale’ et ‘dynamique’ - , et par sa volonté constructiviste, a-t-il contribué à sa ‘désintégration ? »

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles