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mardi 18 décembre 2018

L'alliance irrévocable : Benoit XVI et la judaïsme


L’alliance irrévocable : Joseph Ratzinger – Benoît XVI et le judaïsme
Paris, Communio, Parole et Silence, 2018. 284 pages.


Résumé

Après des siècles d'ignorance, de mépris, voire d'antijudaïsme, de la part des chrétiens, ce qui prépara la voie à l'effroyable antisémitisme nazi du Troisième Reich, l'article 4 de la déclaration Nostra AEtate, votée par les Pères conciliaires en 1965 a marqué un tournant considérable dans les relations entre les Juifs et l'Eglise catholique, ouvrant un dialogue fait de reconnaissance et de respect mutuels.
En 2017, à la demande du cardinal Koch, le pape émérite Benoît XVI a accepté de publier des remarques intitulées Les dons et l'appel sans repentir initialement destinées à la seule Commission. D'abord parues dans l'édition allemande de Communio, puis traduites dans l'édition francophone, ces remarques ont suscité des réactions, notamment celle du Grand rabbin de Vienne Arie Folger qui s'exprima dans la presse de Berlin. Ceci donna lieu pendant l'été 2018 à une correspondance entre le pape émérite et le Grand rabbin. Pour compléter ce dossier, il nous a paru utile de joindre un important document sur Le peuple juif et ses saintes Ecritures dans la Bible chrétienne publié en 2001 par la Commission biblique, la "réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et Juifs" signée par le cardinal Koch, Président de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme (2015) et le texte Entre Jérusalem et Rome. Le partage de l'universel et le respect du particulier publié en février 2017 par la Conférence des rabbins européens et approuvé par le Comité exécutif du Conseil des rabbins américains. Ce texte a été présenté au pape François lors d'une audience le 31 août 2017.

Le dossier réuni ici par Communio ne contient pas la totalité des documents parus sur les relations entre l'Eglise et le judaïsme. Néanmoins, de la Déclaration conciliaire au discours du pape François, il couvre de manière significative soixante années de dialogue intra-religieux.


Présentation de cet ouvrage par la site ZENIT, un organe d’information du Vatican.

Un manuel incontournable pour tous les catéchistes

“L’alliance irrévocable. Joseph Ratzinger-Benoît XVI et le judaïsme”: ce précieux volume est publié en français par Communio/Parole et Silence (290 p.)

La grande nouveauté du volume c’est sans doute à la fois la correspondance du pape émérite avec le rabbin Folger, et la mise ensemble de différents documents clefs. Les traductions de l’allemand sont de Jean-Robert Armogathe. Les catéchistes ont là un nouvel instrument de formation indispensable et sûr, sous la houlette de Benoît XVI.
C’est un dossier réuni par Communio/Parole et silence qui ne contient pas la totalité des documents parus sur les relations entre l’Eglise catholique et le judaïsme depuis la Déclaration conciliaire “Nostra Aetate” (28 octobre 1965). Mais il couvre « de manière significative » soixante années de dialogue, explique l’éditeur.

Celui-ci indique que tout est parti, en 2017, d’une demande du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et président de la Commission vaticane pour les relations religieuses avec le judaïsme. Le cardinal Koch suggéré à Benoît XVI de publier des remarques intitulées « Les dons et l’appel sans repentir », initialement destinées à la Commission vaticane. Elles ont été ensuite publiées par Communio, en allemand puis en français. La réaction du grand rabbin de Vienne, Arie Folger, a suscité une correspondance entre le pape émérite et le grand rabbin, l’été dernier.
Puis le dossier s’enrichit de deux documents de la Commission biblique vaticane. D’une part, le document sur « Le peuple juif et les Saintes Ecritures dans la bible chrétienne » (2001, le card. Ratzinger présidait la Commission et signe la préface). D’autre part, une « Réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et juifs », du cardinal Koch (2015).
S’y ajoute le document publié en février 2017 par la Conférence des rabbins européens, approuvé par le Comité exécutif des rabbins américains, « Entre Jérusalem et Rome. Le partage de l’universel et le respect du particulier ».
Le discours du pape François aux représentants de la Conférence des rabbins européens, du Conseil rabbinique d’Amérique et de la Commission du Grand rabbinat d’Israël (31 août 2017) complète l’ensemble.
Dans « Le don et l’appel sans repentir », présenté par le p. Olivier Artus et par le cardinal Koch, Joseph Ratzinger-Benoît XVI, rappelle notamment que l’Alliance avec Israël, selon l’enseignement de l’Epître aux Romains, « n’a jamais été révoquée ».
Comme le souligne le p. Artus les deux thèses principales – qui fondent le dialogue avec le judaïsme – sont explicitées: d’une part, la « théorie » (et non pas théologie !) « de la substitution » doit être rejetée, et d’autre part, l’Alliance établie par Dieu en faveur d’Israël « est irrévocable ».
L’enjeu c’est aussi le « jamais plus » d’après la Shoah: dans sa correspondance avec le rabbin autrichien, le pape émérite déplore notamment « la triste histoire de l’antijudaïsme chrétien qui conduit finalement à l’antijudaïsme antichrétien des nazis » et à « Auschwitz ».
En somme, ce qui est pour la première fois publié, ensemble et en français, c’est un manuel incontournable pour tous les catéchistes catholiques francophones et pour tous ceux qui sont chargés de transmettre la foi. Incontournable, parce que sans ce socle, la catéchèse ne serait pas vraiment catholique : ce n’est pas une option.
Leur formation et leur mission c’est d’ailleurs l’intention de prière du pape François pour ce mois de décembre 2018.





Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

mercredi 5 août 2015

La pensée et l’action du cardinal Jean-Marie Lustiger (1926-2007) mises en valeur dans les actes du colloque « La Promesse, de génération en génération »

« L’apport de la réflexion et de l’action de Jean-Marie Lustiger au dialogue judéo-chrétien et à la théologie chrétienne du judaïsme » (p 13 dans l’éditorial de Frédéric Louzeau, p 13-14) est le sujet d’un numéro hors-série (mars 2015) de la Revue théologique des Bernardins.

Les titres de revues chrétiennes comme Esprit et Etudes restent bien connus du grand public cultivé. Elles font référence à la fois par leur histoire (Etudes a plus de 150 ans) et par la qualité de leurs articles. Cependant, des publications de bon niveau naissent régulièrement : la richesse des dossiers spirituels et théologiques de Sources vives fait de cette publication une revue recherchée. La Revue théologique des Bernardins paraît trois fois par an. Elle est le reflet des travaux du collège des Bernardins à Paris et publie des études de théologie catholique. Le numéro 13 (janvier-avril 2015) est consacré au synode su la famille.

En octobre 2014 s’est tenu un colloque sur le cardinal Lustiger, co-organisé par l’institut Jean-Marie Lustiger et la faculté Notre-Dame, au collège des Bernardins.
La biographie du cardinal Lustiger (1926-2007) est facilement accessible. Etienne Fouilloux lui consacre une longue notice (p 430-432) dans le Dictionnaire des évêques de France au XXe siècle paru au Cerf en 2010. En conclusion, il cite le livre d’entretiens accordés à Jean-Louis Missika et Dominique Wolton (Paris, Fallois, 1987, 473 p) et l’ouvrage de Robert Serrou (Lustiger : cardinal, juif et fils d’immigré, Paris, Perrin, 1996, 315 p). Il faudrait y ajouter la biographie publiée en 2012 chez Grasset par Henri Tincq (Jean-Marie Lustiger : le cardinal prophète, 370 p). La revue Sens de l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF) a publié plusieurs numéros à propos de l’œuvre du cardinal, dont les 326 et 343.
Le colloque aux Bernardins avait comme point de départ l’ouvrage du cardinal Lustiger, La Promesse, « Mes yeux ont devancé la fin de la nuit pour méditer sur ta promesse » (psaume 119, 148), Paris, Parole et Silence, 2002, 222 p. L’ouvrage est symboliquement cité en première note de l’introduction des actes (Laetitia Calmeyn, p 15-19).

Parmi tous les apports de ces actes, soulignons celui du rabbin Revon Krygier (La Promesse : un jalon pour le dialogue, p 185-191) : « contrairement à un mauvais procès qui lui a été fait du côté juif, il n’y a pas de relents de la théologie de la substitution dans le propos de Lustiger. Il condamne énergiquement le fait que la chrétienté ait eu par le passé ‘la volonté de déposséder le dépositaire légitime, voire de l’exterminer pour lui voler ce trésor’ » (p 188).

A la bibliothèque diocésaine Mgr Depéry ce sont 45 références qui apparaissent à la requête « Lustiger » sur le catalogue en ligne (DISPONIBLE ICI). Parmi les livres qu’il a écrits, notamment :
Osez croire : 1981-1984, articles, conférences, sermons, interviews, Paris, Le Centurion, 1985, 362 p.
Osez vivre : 1981-1984, Paris, Le Centurion, 1985, 227 p.
Dieu merci, les droits de l’Homme : 1984-1989, Paris, Critérion, 1990, 466 p.
Pain de vie et peuple de Dieu, Paris, Critérion, 1981, 80 p.
Pour l’Europe, un nouvel art de vivre, Paris, Presses universitaires de France, 1999, 95 p.
Le cardinal Lustiger a préfacé de nombreux ouvrages. Parmi eux, ceux-ci :
La Morale et la guerre, actes du XIe colloque national des juristes catholiques, Paris, Tequi, 1992, 271 p.
Avec le cardinal Vingt-Trois, La Formation spirituelle des prêtres, Paris, Le Cerf, 1995, 232 p.
Jean Allemand, Henri Caffarel : un homme saisi par Dieu, Paris, 1997, 271 p.
Henri Bissonnier, La Vie devant nous : lettre à mes amis du 3e et 4e âge, Paris, Mediaspaul, 2007, 157 p.
Robert Masson, Tibhirine : les veilleurs de l’Atlas, Paris, Le Cerf, 1997, 263 p.
Enfin, l’œuvre et la pensée du cardinal Lustiger ont fait l’objet de polémiques évoquées dans ce numéro de la Revue théologique des Bernardins. Notons ces deux ouvrages :
Michel Massenet, Le Silence et la douleur : lettre à Mgr Lustiger, Paris, Albin Michel, 1993, 153 p.
Raphaël Draï, Lettre ouverte au cardinal Lustiger : sur l’autre révisionnisme, Aix-en-Provence, Alinéa, 1989, 188 p.


Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun


mardi 3 juin 2014

LE PAPE JEAN XXIII

Une affaire de famille
Jean XXIII, les juifs et les chrétiens
Alexandre Adler
Paris, Le Cerf, 2014.


Istanbul, 1942. L'Allemagne nazie étend la solution finale à l'Europe du Sud-Est. Une femme, un homme décident de joindre leurs forces pour organiser le sauvetage des juifs. Cette femme, c'est Maria Bauer, la grand-mère d'Alexandre Adler. Cet homme, c'est Angelo Roncalli, le délégué apostolique du Saint-Siège.

Rome, 1962. Le concile Vatican II, convoqué par Angelo Roncalli, élu pape sous le nom de Jean XXIII, entame l'aggiornamento de l'Église catholique qui, entre autres, renouvellera totalement les relations avec le judaïsme.

D'une amitié à l'autre, d'une histoire personnelle à l'histoire collective, ce livre dévoile les dimensions secrètes de la Bulgarie du tsar Boris, de la Turquie de Mustafa Kemal, de la France de Charles de Gaulle dans la construction d'un destin ; ce livre  révèle la profondeur de l'antinazisme de Pie XI et même de Pie XII, cerne la dette d'une grande théologie à l'égard de l'école parisienne animée par les Maritain, Congar, de Lubac. S'attachant surtout au portrait intime d'un grand spirituel et examinant son influence intellectuelle que fut le Pape Jean XXIII sur ses successeurs jusqu'au pape François, Alexandre Adler retrace ici le renversement religieux, philosophique, géopolitique, de deux millénaires de défiance en un dialogue essentiel avec le judaïsme, inséparable du dialogue œcuménique. En cela l’auteur invite l'entière humanité à se redécouvrir comme une seule famille.

Un livre pour comprendre l'universalité d'un pontife qui aura été réellement "saint".