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mardi 12 février 2019

Césaire de'Arles et les continents



Césaire d'Arles et les Cinq Continents. Volume II, Venelles, 2019.
Éditeur : Aux sources de la Provence
Collection : Césaire d'Arles et les cinq continents
280 pages

Présent
ation de l’ouvrage
Après avoir publié en septembre 2017 le premier tome de la collection "Césaire d'Arles et les Cinq Continents" l'Association Aux Sources de La Provence présente dans ce volume II 15 contributions, traduites en français et en anglais, d'auteurs de six nationalités qui sont soit des hommes de science, soit des historiens érudits. Cette collection a, en effet, pour but de nous éclairer sur une figure marquante de notre patrimoine intellectuel et spirituel, un homme plein de fougue, un prédicateur inlassable, le plus prolixe du monde latin après saint Augustin. Elle donne la parole aux meilleurs spécialistes qui font part de leurs savoirs sous forme synthétique dans de brefs chapitres.
De fait, Césaire d'Arles suscite un immense intérêt, davantage même hors de France que dans son pays. Il est l'objet de multiples publications et de recherches en une douzaine de langues. Dans ce tome II nous poursuivons la présentation de travaux concernant ses 238 sermons et les 5 conciles dont il a été un acteur majeur, lesquels seront traduits en français dans un avenir proche.


Plan de cet ouvrage organisé en trois grandes parties :
1. Césaire d'Arles, homme d'hier et d'aujourd'hui
2. L'œuvre de Césaire d'Arles et les cinq continents
3. Césaire d'Arles : archéologie et histoire,
Auxquelles est adjointe la présentation du tome III – Hérésies et superstitions, projeté pour fin 2019.

Les principaux auteurs et un résume des articles auxquelles ils ont apporté leur contribution

L'article de Dom Germain Morin o.b.s (1937-1942), nous décrit les travaux qu'il a conduits pendant plus de 60 ans à travers toute l'Europe. C'est lui qui est à l'origine de la renaissance de Césaire d'Arles et il demeure une source de premier plan pour qui veut découvrir la personnalité et l'œuvre de ce saint éminent. 
Marie-José Delage, Professeur émérite, nous fait bénéficier de sa connaissance de l'ensemble de l'œuvre en nous présentant les entretiens historiques de Césaire avec le Roi Théodoric à Ravenne et avec le Pape Symmaque à Rome (512-513). 
Claude Sintès directeur du Musée d'Arles antique, nous fait vivre l'extraordinaire exposition qui a réuni au Vatican plus de 330.000 visiteurs en trois mois du printemps 2017 et il nous fait partager ses émotions sur ce retour de Césaire d'Arles à Rome.
Le Professeur William E Klingshirn de l'Université Catholique d'Amérique, à Washington, nous explique comment depuis plus de 60 ans, Césaire d'Arles a fait l'objet de nombreux travaux malgré les difficultés de traduction de ses écrits, à partir du latin, aussi bien pour l'anglais que pour le français. Une brève présentation de l'influence de Césaire d'Arles sur le culte liturgique à son époque, par le Professeur Hervé Chiavérini, clôture cette première partie.

Pour aborder ensuite l'œuvre de Césaire, le résumé du Petit traité sur la Grâce présenté par le Père Dominique Bertrand sj, patrologue bien connu, est une excellente introduction. Ce traité a trouvé aujourd'hui une place particulière dans les textes du Pape François. Le père Michel Dujarier a bien voulu nous proposer un accès à la question complémentaire : Comment Césaire d'Arles a t-il compris et vécu la fraternité ? et son écoute fine et sensible témoigne d'une profonde analyse intérieure.

La grande connaissance qu'a Don Francesco Tedeschi de Césaire d'Arles lui permet de nous offrir une approche subtile de l'utilisation des sept règles de Tyconius, ce qui est aussi le cas de la communication suivante du Professeur Luce Pietri sur les conciles de Césaire d'Arles, dont on sait que l'examen est de la plus haute importance pour prendre la mesure de son œuvre.
Le rôle capital de St Augustin dans la vie et l'œuvre de Césaire d'Arles nous est présenté par le Professeur Raúl Villegas Marín, tandis que le professeur Harald Tripp nous fait part de la place du mystère de la Trinité dans les sermons de Césaire d'Arles et du rôle que cette question théologique a joué dans le débat avec les Ariens.
Ce chapitre s'achève par une communication historique et scientifique sur les paludismes en Provence d'après les sermons de Césaire d'Arles, travail du Professeur Eric Faure spécialiste d'épidémiologie de l'Université de Provence.

La troisième partie consacrée à l'archéologie dans ses liens avec l'histoire nous dévoile les découvertes archéologiques récentes sur Césaire et « l'île sainte» de Lérins, Yann Codou nous introduisant de la sorte à l'histoire de cette île qui a joué un rôle majeur dans l'œuvre de Césaire d'Arles.

Enfin ce tome II s'achève sur une  présentation du  projet d'édition du tome III (parution fin 2019) qui rassemblera des communications sur Les hérésies et les superstitions d'après les sermons de Césaire d'Arles ainsi que le Bréviaire contre les Hérétiques. En annexe sont mentionnés des travaux en cours, les thèses, mémoires et maîtrises, des articles publiés durant l'année.
Source :

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


samedi 15 décembre 2018

La vie et les oeuvres d'Alexandre Soljenitsyne


VIE ET ŒUVRES D’ALEXANDRE ISSAÏEVITCH SOLJENITSYNE (1918-2008).

Alexandre Issaïevitch Soljénitsyne est un romancier et dissident russe.

Après une enfance heureuse à Rostov sur le Don, au sud de la Russie, et malgré la disparition de son père avant sa naissance, Soljenitsyne entreprend des études de sciences et de lettres. Il est ensuite mobilisé pour toute la durée de la guerre et devient capitaine.
En janvier 1945, il est arrêté pour avoir émis dans une lettre privée des doutes sur la stratégie politique de Staline, qualifié par ailleurs de "caïd". Il est condamné sans appel à 8 ans de redressement dans un camp, pour complot antisoviétique, une expérience qu'il relatera dans "Une journée d'lvan Denissovitch".

En 1962, Khrouchtchev autorise la parution de cette description crue du goulag. La publication lui attribue une reconnaissance immédiate. Cependant, à partir de 1964, il est la cible d'une vaste campagne de dénigrement orchestrée par les services de la sûreté et l'Union des écrivains. Après un dernier appel à la résistance, il est arrêté et déchu de sa nationalité.
Contraint de s'exiler en Suisse puis aux Etats-Unis, il publie ses œuvres à l'étranger : "Le Premier Cercle", "Le Pavillon des cancéreux" et "L' Archipel du goulag" (1973). Alexandre Soljenitsyne, qui a toujours plaidé pour l'abolition de la censure et subi l'ostracisme des autorités de l'URSS, obtient le prix Nobel de littérature en 1970 "pour la force éthique avec laquelle, il a perpétué les traditions de la littérature russe", qu'il ne peut recevoir que quatre ans plus tard, après avoir été expulsé d'URSS.

Huit ans après, il prononce le discours de Harvard où il fustige le monde occidental dont il déplore l'effondrement moral, l'industrialisation à outrance et le bazar mercantile. Exilé, il vit avec sa famille, dans le Vermont, pour écrire "La Roue rouge", une épopée historique comptant des milliers de pages.
Après vingt années d'exil, il rentre dans son pays en 1994. En 2007, il reçut des mains de Vladimir Poutine le prix d'Etat russe avant de se retirer du monde.

Fondée sur l'expérience du totalitarisme, son oeuvre, qui a les dimensions d'une grande fresque sociale, s'attache à révéler les falsifications de l'Histoire. 



Août quatorze : Premier nœud. – Paris, Le Seuil, 1972. 509 pages.


Dix jours avant la bataille de la Marne, l'armée russe attaque l'Allemagne en Prusse orientale. Déjà les armées convergentes de Rennenkampf et Samsonov forcent l'armée prussienne à battre en retraite vers la Vistule. C'est alors que le général Hindenburg prend le commandement du front, intercepte les ordres que Samsonov donne par radio en clair à ses unités et, coupant l'armée russe, lui inflige une terrible défaite. Les Allemands donnèrent à leur victoire le nom de Tannenberg, là même où, en 1410, les Polonais s'étaient heurtés aux Chevaliers teutoniques.
Enfin, la bataille des lacs Mazures contraint à une retraite désordonnée l'armée de Rennenkampf et écarte du front oriental la menace de l'armée du tsar.
Août quatorze, «premier nœud» d'une œuvre que d'emblée l'on compare à Guerre et Paix de Tolstoï, est d'abord le récit de la campagne militaire par ses participants. Mais c'est aussi, et de façon grandiose, le premier volet d'une fresque qui représente, en Russie et à travers les Russes, la fin d'un monde qu'achèvera la révolution de 1917. Dans le lent et vaste glissement de cette masse d'hommes dans la fuite ou la mort et à travers une série de familles et de personnages dont l'impitoyable observation ne manque jamais de tendresse, le génie de Soljénitsyne discerne avec une ironie supérieure le mouvement profond de l'Histoire.
Ce sont donc là les premières mesures de l'œuvre qu'Alexandre Soljénitsyne préparait depuis l'adolescence avec l'ambition de rétablir dans sa continuité heurtée, et au-delà des ruptures de circonstance, l'histoire, c'est-à-dire la vie même de son pays.

« Ce jour-là, on n'entendit plus tirer de nulle part. Militaire, civil, femme ou vieillard, on ne voyait toujours aucun Allemand. Notre armée elle-même semblait disparue, il ne restait personne, à part leur division qu'on faisait avancer sur cette route déserte, perdue. Il n'y avait même pas de Cosaques pour aller voir devant ce qui se passait.Et le dernier des soldats, le plus inculte, comprenait que le Commandement ne savait plus où il en était.
Ce jour était le quatorzième de leur marche ininterrompue, le 12 août ».


L’archipel du Goulag (1918-1956) : essai d’investigation littéraire. Première et deuxième parties. Tome 1
Alexandre Soljénitsyne
Paris, Le Seuil, 1974. 446 pages.



Immense fresque du système concentrationnaire en U.R.S.S. de 1918 à 1956,  » L’Archipel du Goulag  » (ce dernier mot est le sigle de l’Administration générale des camps d’internement) fut terminé par Soljénitsyne en 1968.
 » Le cœur serré, je me suis abstenu, des années durant, de publier ce livre alors qu’il était déjà prêt : le devoir envers les vivants pesait plus lourd que le devoir envers les morts. Mais à présent que, de toute façon, la sécurité d’Etat s’est emparée de ce livre, il ne me reste plus rien d’autre à faire que de le publier sans délai. « 
227 anciens détenus ont aidé Soljénitsyne à édifier ce monument au déporté inconnu qu’est  » L’Archipel du Goulag « . Les deux premières parties, qui composent ce premier volume, décrivent ce que l’auteur appelle  » l’industrie pénitentiaire « , toutes les étapes par lesquelles passe le futur déporté : l’arrestation, l’instruction, la torture, la première cellule, les procès, les prisons, etc. – ainsi que le  » mouvement perpétuel « , les effroyables conditions de transfert. Les deux parties suivantes sont consacrées à la description du système et de la vie concentrationnaires « 
L’archipel du Goulag  » n’est pas un roman mais, comme l’intitule Soljénitsyne, un essai d’investigation littéraire. La cruauté parfois insoutenable des descriptions, l’extrême exigence de l’auteur vis-à-vis de lui-même et l’implacable rigueur du réquisitoire sont sans cesse tempérées par la compassion, l’humour, le souvenir tantôt attendri, tantôt indigné ; les chapitres autobiographiques alternent avec de vastes aperçus historiques ; des dizaines de destins tragiques revivent aux yeux du lecteur, depuis les plus humbles jusqu’à ceux des hauts dignitaires du pays. La généralisation et la personnalisation, poussée chacune à leur limite extrême, font de  » L’Archipel du Goulag  » un des plus grands livres jamais écrits vivant au monde,  » notre contemporain capital « .

L’archipel du Goulag (1918-1956) : essai d’investigation littéraire . Troisième et quatrième parties. Tome 2
Alexandre Soljenitsyne
Paris, Le Seuil, 1974. 501 pages.

« Dans sa lutte inégale contre le pouvoir terrestre, usurpateur et mystificateur, l’homme désarmé n’a pas eu depuis des siècles, sous aucune latitude, de défenseur plus lucide, plus puissant et plus légitime qu’Alexandre Issaïevitch Soljjénitsine… ». « C’est probablement le livre de ce siècle. Il va écraser sous sa, masse, sous son poids spirituel et temporel, tout ce qui a été publié deouis la guerre…« 
 Ces deux phrases résument des milliers de réactions qui ont salué de toutes parts la publication du premier tome de l’Archipel du Goulag.
Ce volume central plonge à présent le lecteur au coeur même de l’histoire et de la géographie de l’Archipel. On assiste à son surgissement, à sa consolidation, à son essaimage et à sa prolifération à la surface de ce pays qui a fini par devenir une sorte d’immense banlieue de ses propres camps, vivant du travail exterminateur d’une nouvelle  nation d’esclaves, tout en s’imprégnant peu à peu de ses mœurs et de ses mots. Voici décrite par le menu cette « culture » concentrationnaire qui s’est perpétuée pendant des décennies chez des dizaines de millions d’indigènes de l’Archipel, avec ses rites, ses règles, sa tradition orale, sa hiérarchie et ses castes, jusqu’à engendrer comme une nouvelle espèce infra-humaine – les zeks-, peuplade unique dans l’Histoire, la seule sur cette planète à avoir connu une extinction aussi rapide et à la compenser par un mode de reproduction non moins accéléré : les flots successifs d’arrestations massives.
Impossible à un seul rescapé de tout vouloir décrire en quelques centaines de pages, précise Soljénitsyne ; ajoutant toutefois : « Mais la mer, pour savoir quel en est le goût, il n’est besoin que d’une gorgée. »

L’archipel du Goulag (1918-1956) : essai d’investigation littéraire. Cinquième et sixième parties. Tome 3.
Paris, Le Seuil, 1976. 468 pages.

Voici le troisième et dernier volume d’une œuvre qui restera comme un monument impérissable à la mémoire des dizaines de millions de victimes du totalitarisme en URSS. Il traite de la période finale du règne de Staline et de celui de ses successeurs : comment, un quart de siècle après son abolition par la Révolution, a été rétabli le bagne russe, bientôt confondu avec les « camps spéciaux », réservés aux détenus politiques, où on leur fait porter des numéros comme chez les nazis – oui, encore quelques années après Nuremberg, quand l’humanité soupirait : « Cela ne se reproduira plus jamais ! « 
A ceux qui n’ont pas manqué de demander, aux historiens marxistes soucieux de rejeter sur les victimes la responsabilité de leur sort : « Mais pourquoi donc vous êtes-vous laissé faire ? » Soljénitsyne répond par une extraordinaire chronique des évasions, grèves, révoltes héroïques qui ont jalonné l’histoire des camps soviétiques de l’après-guerre et dont personne n’avait eu jusqu’ici connaissance.
La mort de Staline a-t-elle mis fin au Goulag ? Absolument pas, répond Soljénitsyne. A certains égards, le régime des camps s’est encore durci. Quant à la relégation, cette forme d’exil intérieur qui toucha 15 millions de paysans lors de la « dékoulakisation », puis des nations entières, elle est devenue une méthode généralisée de mise à l’écart des indésirables. En bref, « les dirigeants passent, l’Archipel demeure ».
Au terme de leur lecture, bien peu d’Occidentaux contesteront qu’ils viennent de refermer un témoignage unique sur l’Histoire d’un siècle barbare, ainsi qu’une œuvre majeure de la littérature mondiale.


Le chêne et le veau : esquisses de la vie littéraire. – Avec en appendices un choix de documents. – Paris, Le Seuil, 1975. 569 pages.


"Un renne donne du front contre le chêne..." dit une locution proverbiale russe, qui explique le titre du livre. Commencés au plus fort de la répression post-kroutchévienne contre les mileux "dissidents", après la saisie des archives de Soljénitsyne et au lendemain du procès Siniavsky-Daniel, ces mémoires ne sont pas seulement une chronique de vingt ans de vie littéraire officielle et clandestine en URSS après Staline, mais se lisent comme le roman autobiographique de l'écrivain lui-même. Ils s'achèvent sur son arrestation et son bannissement en 1974, sauvé par la publication de l'Archipel du Goulag. 


Discours américains : recueil de trois discours prononcés en juin-juillet 1975 aux Etats-Unis – Paris, Le Seuil, 1975. 87 pages.





Les droits de l’écrivain. – Paris, Le Seuil, 1972. 124 pages.


Les Droits de l'écrivain» réunissent un entretien de l'auteur avec Pavel Lichko, mars 1967, un recueil de ses lettres à l'Union des écrivains soviétiques, mai 1967-avril 1968, et un compte-rendu de sa comparution devant elle.

Salué en Occident comme le plus grand écrivain russe vivant, prix Nobel de littérature en 1970, consacré par la publication simultanée dans les pays occidentaux d'Août quatorze, A. Soljénitsyne demeure persécuté en URSS où ses oeuvres interdites circulent clandestinement.
Voici recueillies ses lettres de protestation à l'Union des écrivains soviétiques et le compte rendu qu'il a rédigé de sa comparution devant elle : une des plus sinistres tragi-comédies qu'on puisse lire. En annexe à ce recueil figure le texte du discours que Soljénitsyne a écrit, mais n'a pu prononcer, à l'occasion du prix Nobel.


L’erreur de l’Occident. – Paris, Grasset, 1980. 126 pages.


Textes précédemment parus en anglais dans "Time", février 1980 et

Dans cet essai oublié pour la première fois en 1980, l'auteur de l'Archipel du Goulag rappelle que le communisme est un mal universel et s'interroge sur ce qui conduit les milieux influents, en Occident, à laisser croire que communisme et Russie ne font qu'un, que l'idéologie et le système communistes sont une spécificité russe, comme les zakouskis ou les ballets du Bolchoï.
Qui sont les propagateurs de cette vision du monde où la Russie ferait figure de seul et unique foyer d'infection répandant la pandémie communiste de par le monde ?"


Une journée d’Ivan Denisovitch. – Paris, Union générale d’éditions, 1963. 192 pages.


En 1962, pour qu'Une journée d'Ivan Denissovitch pût être publiée en URSS, Soljenitsyne avait dû consentir à des coupures et, par endroits, remanier le texte original. Voici la version intégrale de ce roman si profondément, si tragiquement russe et qui, cependant, fait maintenant partie du patrimoine mondial de la culture. Vingt ans ont passé depuis qu'il a vu le jour. Des œuvres  monumentales ont succédé à ce joyau : le Premier Cercle, le Pavillon des cancéreux, Août Quatorze et ce requiem colossal qu'est l'Archipel du Goulag ; pourtant, c'est toujours Ivan Denissovitch qui revient le premier à la mémoire dès qu'on nomme Soljenitsyne.
Récit, dans sa version intégrale, de la douloureuse expérience du maçon Denissovitch dans le camp Solovetski. Cette description crue du goulag a fait sensation dès sa parution.

Quatrième de couverture:

Une journée d'Ivan Denissovitch , c'est celle du bagnard Ivan Denissovitch Choukhov, condamné à dix ans de camp de travail pour avoir été fait prisonnier au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le récit nous montre sa journée depuis le coup sur le rail suspendu dans la cour qui marque le lever, jusqu'au court répit du soir et au coucher, en passant par les longues procédures de comptage, la peur des fouilles, les bousculades au réfectoire, les travaux de maçonnerie par un froid terrible dans l'hiver kazakhe, les menues chances et malchances de la journée. Archétype du paysan russe moyen, Choukhov, homme humble et débrouillard en qui le bien fait encore son œuvre , a su se libérer intérieurement et même vaincre la dépersonnalisation que ses maîtres auraient voulu lui imposer en lui donnant son matricule. Le talent propre à Soljénitsyne, son don de vision interne des hommes apparaissent ici d'emblée dans une complète réussite : ce chef-d'œuvre à la structure classique restera dans toutes les anthologies du vingtième siècle comme le symbole littéraire de l'après-Staline. 


Lettre aux dirigeants de l’Union Soviétique : [5 septembre 1973] et autres textes [1972-1974]. –Paris, Le Seuil, 139 pages.


"Quand la violence fait irruption dans la vie paisible des hommes, son visage flamboie d'arrogance, elle porte effrontément inscrit sur son drapeau, elle crie : "Je suis la violence ! Place, écartez-vous, ou je vous écrase !" Mais la violence vieillit vite, encore quelques années et elle perd son assurance, et pour se maintenir, pour faire bonne figure, elle recherche obligatoirement l'alliance du mensonge. Car la violence ne peut s'abriter derrière rien d'autre que le mensonge, et le mensonge ne peut se maintenir que par la violence. Et ce n'est ni chaque jour, ni sur chaque épaule que la violence pose sa lourde patte : elle n'exige de nous que notre obéissance au mensonge, que notre participation quotidienne au mensonge et c'est tout ce qu'elle attend de ses loyaux sujets.
Et c'est là justement que se trouve, négligée par nous, mais si simple, si accessible, la clef de notre libération : le refus de participer personnellement au mensonge ! Qu'importe si le mensonge recouvre tout, s'il devient maître de tout, mais soyons intraitables au moins sur ce point : qu'il ne le devienne pas par moi !"
Alexandre Soljénitsyne, Moscou, 12 février 1974.


Le Pavillon des cancéreux. – Paris, Le Livre de poche, 1973. 701 pages.


En 1955, au début de la déstalinisation, Alexandre Soljenitsyne est exilé dans un village du Kazakhstan après huit ans de goulag. Il apprend alors qu'il est atteint d'un mal inexorable dont le seul nom est un objet de terreur. Miraculeusement épargné, il entreprendra quelques années plus tard le récit de cette expérience.
Au " pavillon des cancéreux ", quelques hommes, alités, souffrent d'un mal que l'on dit incurable. Bien que voisins de lit, Roussanov et Kostoglotov ne se parlent pas. Pour l'un, haut fonctionnaire, la réussite sociale vaut bien quelques concessions. Pour l'autre, Kostoglotov, seule compte la dignité humaine. Pour ces êtres en sursis, mais également pour Zoé la naïve, Assia la sensuelle, Vadim le passionné, c'est le sens même de leur vie qui devient le véritable enjeu de leur lutte contre la mort. Une œuvre de vérité.


Le Premier cercle. – Paris, Laffont, 1972. 823 pages.


Le jeune diplomate Volodine a eu connaissance d'un piège tendu à un médecin de valeur, ami de sa famille, Doit-il le prévenir ? Sa conscience et son coeur disent oui, l'instinct de conservation regimbe. En 1949, sous Staline, il faut se montrer en tout d'une extrême prudence si l'on veut vivre ou simplement survivre, mais alors est-on encore un être humain ? D'ailleurs, il n'existe pas de technique permettant d'identifier les voix. En appelant d'une cabine publique, en faisant vite, les risques restent limités. Et Volodine téléphone. Par malheur, il y a près de Moscou, à Mavrino, une de ces prisons surnommées charachkas où les détenus politiques, pour la plupart ingénieurs et techniciens, sont employés à des travaux de recherche. Ceux de Mavrino s'occupent de mettre au point un téléphone assurant le secret absolu des communications et, accessoirement, d'élaborer un système de codification de la voix analogue à celui des empreintes digitales. Qui sont ces détenus ? Des mathématiciens, des paysans ou de hauts fonctionnaires qui ont plongé par le hasard d'un caprice ou, d'une dénonciation dans l'Enfer de la disgrâce dont la charachka est le premier cercle, le camp de déportation le dernier ? épreuves qu'Alexandre Soliénitsyne, pour les avoir vécues, décrit et dénonce avec vigueur dans ce livre bouleversant.


MARTIN, André. Soljénitsyne le croyant : lettres, discours, témoignages. – Paris, Editions Albatros, 1973. 171 pages.


La prière d’Alexandre Soljénitsyne
"La lutte pour la liberté que nous ignorons en Occident, des hommes et des femmes en Union soviétique la mène âprement et parfois au risque de subir ce qui est pire que la mort : la désintégration de leur personne dans des asiles conçus pour réduire à néant tous ceux qui veulent vivre, agir et penser en hommes libres. (...) Il fallait un géant comme Soljenitsyne pour nous en faire prendre conscience."  André Martin


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

vendredi 29 septembre 2017

Oeuvres : Simone Weil

Œuvres
Simone Weil ; édition publiée sous la direction de Florence de Lussy
Paris, Gallimard, (collection Quarto), 1999. 1280 pages.


Présentation de l’œuvre

Simone Weil laisse le souvenir d'une figure étrange, surhumaine par certains aspects, qui attire et repousse en même temps. On lui reconnaît une puissance intellectuelle exceptionnelle, une force morale digne des héros, un courage et un esprit de résistance hors pair, mais une intransigeance dans l'existence qui fait peur et qui s'accompagne d'une lucidité souvent prophétique. De son vivant, comme aujourd'hui, elle dérange, irrite, scandalise, tout en suscitant l'attachement le plus vif.

Plus de cinquante ans après sa disparition, les éditions Gallimard offre au public en un seul volume la totalité d'une vie, d’un itinéraire philosophique et spirituel et d'une œuvre foisonnante ; cette édition permet enfin d’en dégager la cohérence dans toute sa force et donc de la découvir.
Le but de ce volume est de faire tenir ensemble la militante, la philosophe et la mystique, car tout est solidaire dans cette pensée aux vues puissamment convergentes. Parmi les 53 textes, articles, correspondances et livres retenus dans ce volume on trouvera notamment, selon leur agencement et leur titre désormais en vigueur : Impressions d'Allemagne, 1932, Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, Expérience de la vie d'usine, Méditation sur l'obéissance et la liberté, Lettre à Georges Bernanos, Réflexions sur la barbarie, Réflexions sur les origines de l'hitlérisme, L'Iliade ou le poème de la force, A propos de la théorie des quanta, L'Amour de Dieu et le malheur, Autobiographie spirituelle, Cahier de Marseille, Cahier de New York, Lettre à un religieux, L'Enracinement...

Enfin, une série de témoignages sur Simone Weil, la réception de son œuvre (Blanchot, Cioran, Sperber...) et sa diffusion à l'étranger complètent ce volume et lui apportent de précieux éclairages.

Une brève présentation de Simone Weil.

Simone Adolphine Weil  est née à Paris en février 1903. C’est une philosophe française, sœur du mathématicien André Weil.
En 1924-1925, elle suit les cours du philosophe René Le Senne au lycée Victor-Duruy, à Paris, et obtient, au mois de juin 1925, à 16 ans le baccalauréat de philosophie  En octobre 1925, elle entre au lycée Henri-IV. Elle entre à l’École normale supérieure en 1928.et obtient son agrégation de philosophie en 1931. Elle enseignera dans divers lycées mais quittera l’enseignement en 1934 pour mener une vie plus en accord avec ses idées et ses engagements.

Communiste anti-stalinienne, elle participe à partir de 1932 au Cercle communiste démocratique de Boris Souvarine.  Elle passe quelques semaines en Allemagne, au cours de l'été 1932, dans le but de comprendre les raisons de la montée en puissance du fascisme. À son retour, avec beaucoup de lucidité, elle exprime dans plusieurs articles ce qui risquait de survenir. Abandonnant provisoirement sa carrière d'enseignante, en 1934-1935, elle est ouvrière sur presse chez Alstom, puis elle travaille à la chaîne aux établissements Carnaud et Forges de Basse-Indre, à Boulogne-Billancourt, et chez Renault, jusqu'au mois d'août 1935. Elle note ses impressions dans son Journal d'usine.

Simone Weil se rapproche peu à peu du christianisme. Elle éprouve la présence du Christ, à partir de l'année 1938, et entre en contact avec des prêtres et des religieux, afin de leur poser des questions sur la foi de l'Église catholique. Cependant elle ne franchira le pas pour se convertir  demander le baptême.

En 1942, elle emmène ses parents en sécurité aux États-Unis, mais, refusant un statut qu’elle ressent comme trop confortable en ces temps de tempêtes où ses compatriotes souffrent de la faim et luttent contre l’occupant allemand, elle fait tout pour se rendre en Grande-Bretagne et travaille comme rédactrice dans les services de la France libre. Elle démissionne de l'organisation du général de Gaulle en juillet 1943n ‘ayant jamais pu obtenir le droit de pouvoir passer dans la résistance active en France malgré ses multiples démarches.

Atteinte de tuberculose, elle meurt d'un arrêt cardiaque au sanatorium d'Ashford, le 24 août 1943, à l'âge de 34 ans. 

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles