Affichage des articles dont le libellé est évangélisation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est évangélisation. Afficher tous les articles

mercredi 10 février 2021

Réveil catholique : les emprunts évangéliques par l'Eglise catholique

 

Réveil catholique : emprunts évangéliques au sein du catholicisme

Valérie Aubourg

Genève, Labor et Fides, 2020.353 pages



QUATRIÈME DE COUVERTURE

Réveil catholique

Parti reconquérir des terres françaises en voie de sécularisation, le catholicisme emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes. En associant les mots « Réveil » et « catholique », Valérie Aubourg entend montrer la manière originale dont l'Église de Rome s'en empare : cette régénération s'inscrit dans un héritage religieux et des traditions culturelles particulières. Elle consiste certes à suivre une ligne évangélique, mais également à la réinsérer dans la matrice catholique.

C'est donc au cœur  de cette dialectique que se situe cette étude : entre « évangélicalisation » et « recatholicisation » du christianisme. L'ouvrage, qui s'articule autour d'une recherche ethnologique menée sur trois terrains - les dispositifs Miracles et Guérisons, la Prière des mères et le Renouveau missionnaire paroissial -, permet de dresser le portrait d'un visage inédit du christianisme.

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

 

 « Réveil catholique », Valérie Aubourg au pays des charismatiques

 Dans son livre, Valérie Aubourg, anthropologue et ethnologue, montre comment le catholicisme français s’est approprié l’apport évangélique nord-américain.

Depuis les années 1970, le catholicisme s’est fortement recomposé. Si dans la plupart des pays occidentaux, il a perdu en nombre et en influence, il a aussi cherché la voie d’une régénération. C’est du côté évangélique qu’il l’a en partie trouvée, ce qui a donné naissance au Renouveau charismatique. Mais le catholicisme ne s’est pas contenté d’adopter des manières de faire venues du monde évangélique : il les a réinsérés dans sa propre matrice, en recatholisant les influences venues essentiellement d’Amérique du Nord. C’est ce que met en évidence cette étude de Valérie Aubourg.

 Dans une longue introduction, cette spécialiste d’anthropologie-ethnologie à l’Université catholique de Lyon souligne la « stupéfiante croissance » du « christianisme charismatique » outre-Atlantique à partir du milieu des années 1960, ce qui accrédite la thèse d’une «’charismatisation’ du christianisme » où l’insistance est mise sur la Bible, la conversion (ou reconversion), l’annonce de l’Évangile, l’expérience du baptême dans l’Esprit Saint et les manifestations qui en découlent.

 Une inspiration pentecôtiste

Le mouvement, inspiré par le pentecôtisme et porté notamment par des groupes de prière, va s’étendre à l’étranger, à commencer par les pays anglo-saxons. « En 1969, 13 pays accueillent des groupes de prière, 25 pays en 1970 et, en 1975, ce sont 93 pays qui sont concernés », indique la chercheuse. (29). « La diffusion du Renouveau charismatique catholique s’effectue de manière relativement spontanée, par le biais de laïcs, de prêtres ou de religieux qui découvrent ce mouvement lors d’une visite aux États-Unis et l’importent ensuite dans leur pays d’origine. Sa propagation se répand également par la médiation de charismatiques américains qui en font la promotion lors de leurs séjours à l’étranger », relève-t-elle.

 « Tout en s’appropriant des traits majeurs du pentecôtisme, les groupes et activités charismatiques s’intègrent dans la vie de l’Église catholique », non sans une certaine méfiance au départ. « Jugé incontrôlable, le mouvement charismatique est discrédité en raison de son inclinaison vers un christianisme émotionnel semblant dévaloriser l’engagement dans la société et par l’attitude perçue comme arrogante de ces nouveaux convertis se présentant comme l’avenir de l’Église ».

 

Un catholicisme « plastique »

Nous sommes au milieu des années 1970. Des personnalités de renom, comme le cardinal Suenens, vont alors jouer un rôle déterminant dans la reprise en main institutionnelle du Renouveau en encadrant ses pratiques et en lui donnant une assise doctrinale. En contrepartie, le mouvement charismatique donnera des gages de catholicité susceptibles de rassurer l’institution romaine : « recours à de figures emblématique (saints, mystiques, papes), réappropriation de l’histoire de la tradition ecclésiale, remise au goût du jour de pratiques tombées en désuétude (adoration du Saint-Sacrement, confessions individuelles, pèlerinage, culte marial, etc.) ». Mais avec le temps, le mouvement charismatique a perdu en vigueur. C’est aussi pourquoi depuis deux décennies des laïcs essaient de le redynamiser.

 Le propos central de l’ouvrage de Valérie Aubourg est de décrire ces efforts à travers l’étude de trois initiatives très différentes : une offre religieuse centrée sur la guérison qui a vu le jour à Lyon en 2006 (Miracles et Guérisons), les groupes de prière hebdomadaire qui réunissent des mères lyonnaises (La Prière des Mères) et le Renouveau missionnaire paroissial. Ces deux derniers terrains n’ont pas de lien établi avec le Renouveau. Mais, comme le montre l’auteur, ils manifestent que l’« évangélicalisation » du catholicisme déborde le seul milieu charismatique. Surtout ils témoignent de la plasticité du catholicisme, de sa capacité d’adaptation « aux formes mobiles d’appartenance » de nos contemporains. Une étude passionnante et très éclairante sur la « recomposition » des propositions catholiques en réponse aux évolutions contemporaines du croire.

 https://www.la-croix.com/Culture/Reveil-catholique-Valerie-Aubourg-pays-charismatique-2020-10-21-1201120633

 ===================================

 Valérie Aubourg : l’étape post-charismatique du Renouveau

 Dans Réveil catholique, l’anthropologue-ethnologue Valérie Aubourg montre la manière originale dont l’Eglise catholique emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes, pour se régénérer et ralentir la courbe des désaffiliations religieuses, tout en conservant son identité.

Professeure d’anthropologie-ethnologie et directrice de recherche à l’Université catholique de Lyon, Valérie Aubourg a conduit une enquête minutieuse qui montre comment le catholicisme se recompose dans le contexte du Renouveau charismatique, cet emprunt fait à l’univers pentecôtiste et plus largement évangélique. Son travail a abouti à la publication de Réveil catholique, dans lequel le Renouveau charismatique serait parvenu à une étape post-charismatique, où ces emprunts, réinsérés dans la matrice catholique, ne sont plus clairement explicites, ni explicités.

Comment l’ethnologue et anthropologue que vous êtes aborde-t-elle ces nouvelles formes de christianisme ?

 Valérie Aubourg: sans jugement de valeur. L’ethnologue y voit un exemple de plusieurs dynamiques à l’œuvre: celles de la transnationalisation du religieux et d’influences croisées, que Levi Strauss appelle des «bricolages» religieux. J’y vois aussi des métamorphoses du catholicisme, qui subit certes depuis plusieurs décennies une crise, mais qui se montre néanmoins créatif et se transforme en faisant des propositions inédites. Certes, la taille et le modèle d’organisation du «paquebot» catholique ne lui permettent pas de changer de cap aussi rapidement que les «hors-bords» évangéliques. Elle fait néanmoins preuve d’inventivité, se modifie et s’adapte en prenant notamment exemple sur les navires protestants.

 «La taille et le modèle d’organisation du ‘paquebot’ catholique ne lui permettent pas de changer de cap aussi rapidement que les ‘hors-bords’ évangéliques.»

 Qu’entend-on par renouveau charismatique au sein de l’Eglise catholique ? 
Il s’agit d’un courant d’environ 19 millions de personnes né aux Etats-Unis. En janvier 1967, quatre enseignants laïcs de l’université de Duquesne à Pittsburgh (Pennsylvanie) font l’expérience du baptême dans le Saint-Esprit dans un groupe de pentecôtistes épiscopaliens. Cette expérience se propage rapidement dans les milieux étudiants catholiques et se traduit par le foisonnement d’une grande variété de groupes de prière, dont plusieurs donnent naissance à des communautés dites nouvelles: aux Etats-Unis, The Word of God (1969) ou en France, l’Emmanuel (1972), Le Chemin Neuf (1973), la Théophanie (1972), le Pain de vie (1976), le Puits de Jacob (1977), etc. Groupes de prières et communautés organisent régulièrement des rassemblements communs propices aux relations entre catholiques et pentecôtistes. 

 Quelles sont les grandes étapes que connaît ce courant de renouveau spirituel ?
Après les années d’éclosion (1972-1982), pendant lesquelles l’expérience pentecôtiste pénètre le catholicisme, on assiste à un repli identitaire (1982-1997) aboutissant dans un deuxième temps à une routinisation. La troisième période est celle du rapprochement avec les néo-pentecôtistes, dans le but de réanimer le Renouveau (depuis 1997). La quatrième phase, dite «post-charismatique» correspondant à l’introduction d’éléments caractéristiques du pentecôtisme dans le catholicisme, en dehors du Renouveau charismatique stricto-sensu. 

 «La quatrième phase, dite «post-charismatique» correspond à l’introduction d’éléments caractéristiques du pentecôtisme dans le catholicisme, en dehors du Renouveau charismatique stricto-sensu.»

 Selon vous, et c’est la thèse que vous défendez dans votre livre, nous sommes donc aujourd’hui à cette étape post-charismatique. Comment se caractérise-t-elle ?
Alors que le Renouveau charismatique se limite aux membres d’une organisation bien circonscrite, de nombreux éléments évangéliques et pentecôtistes se diffusent dans l’Eglise catholique au-delà de sa seule composante charismatique. Ils prennent la forme de groupes d’oraison, d’assemblées de guérison, de formations, de dispositifs individualisés, de supports musicaux, d’ouvrages, de techniques du corps, d’objets, etc. Comme le note Henri Couraye, «une certaine sensibilité charismatique au sens large a gagné l’Eglise sans que tous les fidèles en soient toujours conscients, par capillarité». 

 Retrouve-t-on dans cette étape l’expérience du baptême dans l’Esprit-Saint ?
Oui, car elle ne concerne pas uniquement les actuels membres de groupes ou communautés charismatiques mais aussi ceux qui étaient auparavant des charismatiques actifs et qui ont cessé leur participation dans le mouvement, tout en poursuivant leur activité dans un autre secteur de l’Eglise. Ils sont appelés les «anciens du Renouveau», selon Oreste Pesare, l’ancien responsable du service international du Renouveau charismatique catholique, qui souligne l’attitude de plus en plus fréquente de ces catholiques qui empruntent des éléments charismatiques sans pour autant se définir comme adeptes du Renouveau. Oreste Pesare emploie à leur sujet le terme d’expérience «post-charismatique», qu’il définit comme le fruit de la diffusion de la culture de Pentecôte dans l’Eglise catholique, par exemple celle du Brésil, où les catholiques travaillent en ce sens en proposant une sorte d’évangélisation à travers la musique, la radio et la télévision.

 Pourquoi ces emprunts au monde pentecôtiste et plus largement évangélique ? 
Le catholicisme emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes pour redynamiser la pratique catholique et ralentir la courbe ascendante des désaffiliations religieuses. J’évoque dans mon livre Michael White, un curé de la paroisse de la Nativité à Timonium, l’archidiocèse de Baltimore aux Etats-Unis. A son arrivée dans la paroisse, en 1998, il constate que familles et jeunes l’ont désertée. Il sollicite alors l’aide de Tom Corcoran, un laïc père de six enfants. Découvrant que 75 % de ceux qui ont quitté les bancs des paroisses catholiques rejoignent des assemblées évangéliques et convaincus qu’ils ont beaucoup à apprendre de leurs méthodes, ils s’intéressent aux mégachurches protestantes prospères et en croissance et visitent celle de Saddleback puis d’autres comme la South Coast Community Church à Newport Beach, en Californie. En 2004, ils commencent à reproduire des éléments de ces Eglises et voient le nombre d’adeptes augmenter de manière notoire.  

Source d’inspiration du Renouveau charismatique, les mégachurches, comme celle de Saddleback aux Etats-Unis, fondée par le pasteur Rick Warren. | © blog.ephatta.com

 Comment caractériser ce mouvement ?  
Les entités charismatiques empruntent au pentecôtisme son insistance sur la Bible, la conversion ou la reconversion, l’annonce de l’Evangile, l’expérience du baptême dans l’Esprit-Saint et les manifestations charismatiques qui en découlent, telle la guérison, la glossolalie (ndlr le parler en langues) ou la prophétie. Ils apprécient aussi le répertoire musical évangélique de type pop rock et les innovations technologiques dont ces églises font preuve.

 Vous donnez l’exemple de l’église Sainte-Blandine à Lyon, dont les membres se sont réapproprié ces éléments à la manière catholique. C’est-à-dire ?
Les paroisses catholiques s’approprient le modèle des mégachurches sans faire du copié collé. Elles conservent certains éléments et en abandonnent d’autres. Elles empruntent ainsi à ces Eglises la taille spectaculaire (mega-church), l’innovation technique, la proposition d’une large gamme de services, une vie communautaire intense, une forte implication des laïcs, une spiritualité tournée vers la régénération individuelle, des lignes de forces qui définissent les megachurches américaines et que nous pouvons aujourd’hui observer dans la paroisse catholique Sainte-Blandine. Cela dit, des différences notoires distinguent les mégachurches évangéliques de leurs consœurs catholiques. A partir du cas lyonnais, quatre spécificités catholiques peuvent être soulignées: le rôle prépondérant de l’institution catholique, une inscription dans l’espace urbain et la vie religieuse locale,  une valorisation de la pratique sacramentelle et une expression contenue de la foi.

 «Tout en s’appropriant les traits majeurs du pentecôtisme, les charismatiques défendent la doctrine catholique, assistent assidument aux offices paroissiaux et respectent la hiérarchie ecclésiale.»

 Les charismatiques conservent donc leur identité catholique…
Oui, tout en s’appropriant les traits majeurs du pentecôtisme, ils défendent la doctrine catholique, assistent assidument aux offices paroissiaux et respectent la hiérarchie ecclésiale. Se tenant à distance des questions politiques et du progressisme de certains de leurs coreligionnaires catholiques, les charismatiques préfèrent renouer avec des pratiques traditionnelles: récitation du chapelet, pèlerinages mariaux, confession individuelle, prosternation, adoration du Saint-Sacrement, etc. Du point de vue de leur insertion ecclésiale, la majorité des communautés charismatiques bénéficient du statut d’associations de fidèles et sont placées sous l’autorité de l’évêque du diocèse dans lequel elles sont érigées. 

 Vous avez mené l’enquête sur trois terrains catholiques, dont celui de l’association internationale des ministères de guérison, à Oron (VD). Quel était son objectif ? 
Faire des propositions diverses dans le champ de la guérison et de la prière. Dans des chambres de guérisons, des soirées, des rassemblements de grande envergure, il s’agissait de proposer de prier pour les personnes qui le souhaitent, en demandant à Dieu qu’il les guérisse, y compris physiquement. Cette association est issue du pentecôtisme «troisième vague», qui fait porter l’accent sur la force d’un Saint-Esprit sensé se manifester avec davantage de puissance par «des signes, des prodiges, des guérisons, des miracles» et des délivrances d’entités démoniaques. Yves Payen, un catholique lyonnais est à l’origine du projet local. Il évolue dans le Renouveau charismatique depuis le tout début des années 1970. 

Comment ce «réveil catholique» est-il considéré par le Vatican ?
Au début (années 1967-75) avec méfiance, puis à partir de la Pentecôte 1975, Paul VI encourage le renouveau charismatique. Jean Paul II continue à lui accorder son soutien, mais en lui demandant de ne pas perdre de vue son identité catholique. Pour le pape François, c’est la dimension œcuménique qui l’intéresse en premier lieu avec une expérience du dialogue interconfessionnel différente de par son expérience à Buenos Aires.

 «Les prises de positions du pape François accréditent la thèse selon laquelle l’évangélicalisation du catholicisme ne se réduit pas aux 10% de catholiques réunis sous le label du ‘Renouveau charismatique’».

 Assiste-t-on selon vous à une révolution dans le catholicisme ? 
Les prises de positions du pape François accréditent la thèse selon laquelle «l’évangélicalisation» du catholicisme ne se réduit pas aux 10% de catholiques réunis sous le label du «Renouveau charismatique». Une vidéo en ligne montre le cardinal Bergoglio recevant le baptême dans l’Esprit-Saint en Argentine, lors d’un rassemblement réunissant des catholiques et des évangéliques. Devenu pape, il encourage l’ensemble des catholiques à vivre «la grâce du Baptême dans le Saint Esprit» employant à dessein ce vocable pour souligner ce qui unit les différentes confessions chrétiennes (catholiques et pentecôtistes notamment). Car, pour le pape, «il y a là un problème qui est un scandale: c’est le problème de la division des chrétiens». Aussi place-t-il son pontificat sous le signe du rapprochement catholiques-évangéliques. 

 Qu’est-ce que ces changements nous disent du catholicisme ? 
Ces injonctions en provenance du sommet de la hiérarchie catholique nous invitent à nous demander dans quelle mesure la culture ecclésiale n’est pas en train de se transformer. En se diffusant largement au sein du catholicisme, les éléments pentecôtistes ne sont-ils pas en train favoriser un mouvement de rupture profondément rénovateur ? Là est la question à laquelle je tente de répondre dans la conclusion de cet ouvrage…

 Le Renouveau charismatique au Saint-Siège
Depuis juin 2019, le Renouveau charismatique catholique est représenté par un nouveau et unique organe, Charis, pour Catholic Charismatic Renewal International Service. Voulu par le pape François, il marque une nouvelle étape pour le Renouveau charismatique catholique au sein de l’Eglise. Il remplace les deux organismes reconnus jusque-là par le Saint-Siège, le service International du Renouveau Charismatique Catholique (ICCRS) et la Fraternité catholique des communautés et communautés d’alliance charismatiques (CF), qui ont cessé d’exister depuis. Charis est un service établi par le Saint-Siège à travers le dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie avec personnalité juridique publique.
C’est un organe de communion et de formation pour les différentes réalités issues du Renouveau qui, dans le monde, compte actuellement plus de 120 millions de catholiques. Le statut de Charis souligne l’importance de répandre la grâce du baptême dans l’Esprit, l’œuvre pour l’unité des chrétiens, le service aux pauvres et la participation à la mission évangélisatrice de toute l’Eglise. Jean-Luc Moens est le premier modérateur de Charis. Nommé par le Dicastère, ce belge, marié et père de sept enfants est engagé dans le Renouveau charismatique depuis plus de 45 ans. L’assistant ecclésiastique de Charis, choisi personnellement par le pape François, est le Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale. CP

 https://www.cath.ch/newsf/valerie-aubourg-letape-post-charismatique-du-renouveau/

vendredi 8 septembre 2017

Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez.....

Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez : quelle place dans l’Eglise ?
Valérie Le Chevalier
Namur (Belgique), Editions Lessius, 2017. 104 pages.



RÉSUMÉ
Selon les dernières statistiques, au moins 53 % des Français se disent catholiques, tandis que le groupe de ceux qui participent régulièrement à l'eucharistie dominicale s'élève tout au plus à 5 % de la population. Cet ouvrage se penche sur cet ensemble de « non-pratiquants » et réfléchit sur l'attitude juste à avoir à leur égard. L'auteur se situe dans la perspective de ces participants actifs à la vie de l'Église pour qui les autres, pourtant « catholiques », ne pratiquent « pas assez ». Contre ce schème sociologique et théologique, elle pose clairement la question : quelle place accorder dans l'Église à ces pratiquants occasionnels ? Ceci suppose que ces femmes et ces hommes ne soient plus réduits à leur absence de pratique religieuse, mais reconnus à part entière s comme de véritables « fidèles ».


« De laïcs à fidèles pratiquants »

Ce petit livre s’attaque donc frontalement à une question à la fois importante et sensible dans la pastorale française actuelle : celle des catholiques volontiers appelés « non-pratiquants ».
L’auteure, secrétaire de rédaction aux Recherches de science religieuse (RSR), dit tout au long de son ouvrage trouver ce qualificatif bien trop réducteur. Dans un premier chapitre, d’histoire contemporaine, elle montre bien comment l’irruption de la sociologie dans le champ religieux à partir des années 1930 a fait passer le discours courant de l’Église de la catégorie de « fidèle »’ celle de “pratiquant“. Valérie Le Chevalier, qui dirige le cycle «  Croire et comprendre » au Centre Sèvres, critique fortement cette évolution car, désormais, un catholique est évalué à partir de sa seule fréquentation de l’eucharistie dominicale et plus simplement à partir du baptême qu’il a un jour reçu.


« Le vocabulaire des années 70 est obsolète »

Dans un deuxième chapitre, davantage exégétique, elle s’efforce, à partir des Evangiles, de montrer comment il y avait plusieurs catégories de personnes autour de Jésus : le premier cercle des disciples, certes, mais aussi nombre : la foule qui suivait Jésus, ceux qui, une fois guéris, étaient simplement renvoyés chez eux sans appel spécifique à suivre le Christ avec cette injonction : « Va, rentre chez toi, ta foi t’a sauvé. »



« La vocation des laïcs : être d’abord fidèles »

A partir de là, V. Le Chevalier va, dans un troisième et dernier chapitre, bâtir une hypothèse : pour elle, l’Église aujourd’hui se trompe en voulant tout ramener à la pratique eucharistique des fidèles et elle est devenue très exigeante pour conférer ses sacrements à ceux qu’elle ne voit jamais à la messe ou, plus largement, à l’Église. Elle devrait bien mieux les prendre en compte,  mieux accueillir ces croyants vivant leur foi suivant un cheminement propre et qui constituent de toute manière un groupe beaucoup plus importants que les pratiquants : « Le vocabulaire des années 70 est obsolète. Parler de non-pratiquant n’a plus guère de sens pour les croyants », affirme l’auteure de façon quelque peu péremptoire.


Une démarche militante ?

Comme le dit le théologien Christoph Theobald dans son élogieuse préface, « l’ouvrage de Valérie Le Chevalier ouvre un large champ de questions ». Mais il reconnait volontiers qu’« il sera sans doute contesté sur tel point ». En effet, au-delà d’une libre interprétation des paroles de Jésus « Va, ta foi t’a sauvé ! » ou du sens de l’appel des disciples et des apôtres, de critiques pas toujours justifiées sur la pratique pastorale actuelle ou même d’erreurs de jugement (par exemple, un chrétien pratiquant ne semble pas pouvoir connaître les valeurs du monde !), elle semble parfois rester à la surface dans son argumentation.  Même si elle avait posé un postulat : « Les faibles pratiquants sont un lieu théologique et pastoral à repenser en profondeur, en dehors de tout ecclésiocentisme » mais la démarche paraît davantage être militante  - et parfois polémique à certains égards - . D’autre part les réflexions qui parcourent cet essai, se situent plus au niveau du champ sociologique que dans une réflexion théologique ou même véritablement pastorale ; on aurait pu souhaiter une réflexion plus ambitieuse autour de la foi, des sacrements ou de la vie de foi pour un chrétien ; ces réflexions apparaissent certes ici ou là mais trop brièvement.


En conclusion

Il faut reconnaître que l’auteure pose une question de fond pour les communautés chrétiennes : les absents de nos eucharisties  sont-ils un manque, ces absents sont-ils une souffrance ?  Si l’auteure ne donne pas de réponse qui puisse satisfaire au moins elle ouvre la voie à une réflexion sur le témoignage que doivent donner les fidèles, une réflexion aussi sur notre vocation à annoncer quelque soit notre état de vie « la bonne odeur du Christ ».



Source : Journal La Croix (23 août 2017)

mardi 31 janvier 2017

Périphéries : crises et nouveautés dans l'Eglise


Périphéries : crises et nouveautés dans l’Eglise
Andrea Riccardi
Paris, le cerf, 2016. 197 pages.


Analyse du livre


Aujourd’hui s’il est de bon ton de se lamenter sur les défaillances de l’Eglise vue comme une institution en crise, sur la baisse de la pratique religieuse, sur le manque de vocation , le livre d’Andrea Riccardi ne se veut pas une énième analyse de tout ce qui ne va plus, mais au contraire une incitation à espérer dans les ressources de l’Eglise :une invitation à « bouger de son canapé », une raison d’espérer.



Dans un premier chapitre, intitulé « Le retour des périphéries », l’auteur dresse un bilan de notre époque. Il constate que les changements visibles dans notre société ne sont pas sans affecter la vie de l’Eglise : « La perception de la ville comme communauté de destin a disparu. » (p.17). L’Église est aussi devenue universelle surtout avec la venue des « Eglises de la périphérie » dans ce que l’on appelé le Tiers-Monde (Afrique, Amérique latine…). Cette diversité n’a pas empêché l’Eglise de maintenir une vision institutionnelle et centrée sur un modèle occidental. L’Eglise aurait-elle abandonné au cours de son histoire « d’aller aux périphéries » ;  dans un paragraphe intitulé « Un monde étranger à l’Eglise » l’auteur rapporte cette interpellation d’un auteur du XIXè siècle « pourquoi nous vous délaissons » en réponse à une question posée par un évêque français (pp. 31-32) : « Qui donc me dira pourquoi ce peuple nous délaisse ? » : la réponse est sévère et peut-être injuste mais reflète cependant l’état d’esprit d’une grande partie de la population ouvrière de ce XIXè siècle
« Monseigneur […] nous vous délaissons aujourd’hui, parce que depuis des siècles vous nous avez délaissés. […] J’entends que, depuis des siècles, vous avez abandonné notre cause temporelle, votre influence s’étant même exercée à empêcher plutôt qu’à favoriser notre rédemption sociale »
C’est peut-être la raison pour laquelle le Pape François insiste autant sur les « périphéries » ; et ici Andrea Riccardi s’en fait l’avocat tout au long de son ouvrage

Dans le deuxième chapitre, Riccardi ce fait historien du peuple hébreu en terre d’Israël au milieu des autres nations, comment l’Eglise des premiers temps s’est constitué en marge de la société de son époque : les prophètes, Jésus et ses disciples ne faisaient pas partie de l’élite intellectuelle ou sociale de leur temps. A cours de son histoire, après la reconnaissance officielle par les autorités de l’Empire, l’Eglise en s’institutionnalisant a connu des phases de divorce entre les autorités et le peuple et des retours vers ce même peuple grâce au monachisme, grâce à de grands saints qui vouaient vivre la radicalité de l’Evangile (comme un saint François d’Assise par exemple).

Dans un troisième chapitre l’auteur s’intéresse à toutes les périphéries de l’Eglise du XXè siècle en Europe. C’est pourquoi il fait une large part aux expériences de la Mission de France, aux prêtres ouvriers soutenus par le cardinal  Suhard, archevêque de Paris, impressionné par le livre des abbés Daniel et Godin « France pays de mission ? ». Déjà le cardinal Suhard constatant que des quartiers entiers s’éloignaient de l’Eglise disait : « Il faut sortir de chez soi, allez chez eux !» Au-delà des prêtres ouvriers il cite les exemples comme le Père Charles de Foucauld, des Petites Sœurs de Jésus (à la suite de Petite Sœur Madeleine de Jésus), de simples laïcs comme Madeleine Delbrel qui a vécu à Ivry dans la « ceinture rouge » de la capitale au milieu d’un peuple ouvrier et pauvre et loin de l’Eglise

A travers ces quelques exemples l’auteur veut faire prendre conscience que dans ce début du XXIè siècle nos villes avec leurs grandes banlieues ont leurs périphéries où beaucoup sont loin des instances paroissiales, loin des centres diocésains qu’ils ignorent le plus souvent. Les moyens de communication modernes si performants soient-ils ne suffisent pas à remplacer la présence effective de communautés allant à la rencontre de tous ceux qui sont en quête de spiritualité, de religiosité mais qui se trouvent « comme des brebis sans bergers » (Matthieu 9, 36-37)

Le grand défi de notre époque : se rappeler ces phrases de l’Evangéliste Matthieu : «Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu'elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n'ont point de berger. Alors il dit à ses disciples: La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers".

C’est ce quoi nous invite l’auteur « La régénération de l’Église et de la vie chrétienne part précisément de la passion pour les périphéries et pour les êtres de la périphérie : on peut même dire qu’elle part de la redécouverte de la tâche joyeuse de vivre et de communiquer l’évangile dans la périphérie. » (p.151)


L’auteur
Andrea Riccardi, né à Rome en 1950, est dès l'adolescence un jeune chrétien engagé, passionné par les avancées du Concile Vatican II. L'année de son bac, il fonde ce qui deviendra la Communauté Sant'Egidio, du nom de l'ancien Carmel de Rome, dans le quartier de Trastevere  Outre cet engagement, Riccardi est historien et universitaire, il enseigne l'histoire du christianisme et des religions à l'université de Rome III et au collège des Bernardins à Paris. Il a reçu le prix Charlemagne pour son action en 2009. Il est entré en 2012 dans le gouvernement Monti comme ministre sans portefeuille chargé de l'intégration et de la coopération internationale. Il trouve cependant le temps d'écrire et on lui doit aussi une biographie du pape Jean-Paul II parue en 2011.

source principale : le Journal LA CROIX

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque du diocèse d'Aix-en-Provence et Arles