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vendredi 18 mars 2016

Des outils pour approfondir Laudato Si'

Après la publication de Laudato Si' en mai 2015, des groupes de travail autour de l'écologie s'organisent dans les diocèses. A Gap, l'intervention du Père Jean-Baptiste Rougny le 8 janvier 2016 à l'occasion des voeux diocésains a été chaleureusement accueillie par les prêtres, les salariés et les bénévoles du diocèse.
La médiathèque diocésaine Mgr Depéry propose un éventail d'outils pour étayer la réflexion sur le sujet de l'écologie. Vous pouvez les trouver en suivant ce lien.
Parmi ceux-ci, deux sont particulièrement à recommander :

Père Dominique Lang, Petit manuel d'écologie intégrale : avec l'encyclique Laudato Si', un printemps pour le monde, Paris : Saint-Léger éditions, 2015, 380 p., 20 €.
Déjà présenté ici par le Père Pierre Fournier, cet ouvrage commence par une analyse fouillée de l'encyclique et présente en détail le concept d'écologie intégrale : "une manière d'habiter le monde (oikos) qui intègre toutes ses réalités vivantes, des plus immédiates aux plus discrètes" (p. 64).
Dans la pratique, il s'agit de mettre en application un changement de mode de vie, orienté vers une économie équitable, des relations humaines renouvelées et basées sur l'égalité et la réciprocité. Avant tout, il faut préparer les générations futures à "passer de la domination à la gérance" (p. 81), en reconnaissant que le "Salut [est] promis à toute la création" (p. 90).

Michel Maxime Egger, Soigner l'esprit, guérir la Terre : introduction à l'écopsychologie, Genève : Labor et Fides, 2015, 288 p., 25 €.
Cet ouvrage fait découvrir l'écopsychologie, l'alliance de la psychologie individuelle et de l'écologie. Il met en avant les besoins mutuels de l'écologie et de la psychologie.
Il y a un hiatus entre les informations transmises par les médias, la réception qu'en fait le grand public (voir à ce propos la recension de Que feriez-vous si vous saviez ?) et la mise en oeuvre des recommandations des scientifiques. Individuellement, chacun est dans le déni, confronté à des problèmes d'une ampleur difficile à évaluer, érigeant des mécanismes pour se défendre de la peur, de la culpabilité, de l'impuissance. De plus, la résistance au changement augmente les difficultés à se prendre en main.
Dans la seconde partie, l'auteur analyse les causes civilisationnelles qui ont amené à la situation actuelle. Il montre comment les modèles de civilisation primitive (les chasseurs-cueilleurs, la domestication des animaux, les éleveurs sédentaires...), la place des femmes dans l'organisation sociale, les modèles de consommation, déterminent l'attitude de chaque société face aux problèmes environnementaux.
Enfin, l'auteur présente des psychothérapies non anthropocentriques qui aident l'homme à se replacer dans son environnement global, vers "un travail qui relie" (p. 247).
Les grandes parties de l'ouvrage sont ponctuées par les portraits des scientifiques qui ont contribué à l'écopsychologie : Carl Gustav Jung, Paul Shepard, l'auteur de Nous n'avons qu'une seule Terre, Theodore Roszak et Joanna Macy.
Cet ouvrage permet de réfléchir à la manière dont nous nous intégrons pleinement dans la Création.

Hélène Biarnais
bibliothécaire du diocèse de Gap


vendredi 8 janvier 2016

Petit manuel d'écologie intégrale

Petit manuel d'écologie intégrale
Dominique LANG, éd. Saint-Léger, 2015, 380 p, 20 €.

Selon le sous-titre "Avec l'encyclique Laudato Si', un printemps pour le monde (et pour l'Eglise)", le P. Lang, assomptionniste en lien avec le Mouvement Pax Christi, relève les intuitions fortes de l'encyclique: retrouver la Source, le Dieu qui offre la Création à l'humanité; la joie de dire merci à la manière de st François d'Assise, le courage de souligner l'urgence d'une conversion des comportements personnels et collectifs, l'attention à la croissance intérieure, l'appel à une expérience intégrale de transformation du style vie individuel et international. D. Lang, ensuite, commente l'encyclique pas à pas.Il en vient ainsi à montrer qu'un seuil est franchi: "La doctrine sociale de l'Eglise s'enrichit d'un nouveau terrain d'action: l'accueil de la terre, une lucidité nouvelle, le projet chrétien d'une écologie intégrale". L'auteur est alors à même de donner, sur cent pages, des "textes officiels chrétiens qui ont jalonné l'émergence du souci écologique" de 1945 à 2015: des extraits de discours (papes, dirigeants de pays,..), d'encycliques (de Jean XXIII au pape François), d'interventions de Conférences épiscopales (Japon, Pays-Bas, Canada, Europe, Italie,..), de penseurs (J.Maritain,..),.. . Il donne alors une synthèse, en abécédaire, des "petits et grands thème de l'écologie intégrale": depuis "abeille", "agriculture", "air", "alimentation", jusqu'à "terre", "travail", "vie (mode de)", "ville", en passant par "Christ", "climat", "Création", "consommation", "décroissance", "eau", "énergies", "Esprit Saint", "Eucharistie", "forêts", "gaspillage", "inter-religieux", "O.G.M.", "péchés (sociaux)", "prière", "solidarité",.... La plupart de ces thèmes sont accompagnés de sélections bibliographiques. Une utile Annexe énumère, du cardinal arménien Agananian jusqu'au théologien orthodoxe J. Zizoulias, les témoins de la progressive prise de conscience écologique: membres de la hiérarchie dans les diverses Eglises (évêques,..) ou laïcs (acteur politique, philosophe, une économiste comme Barbara Ward,..). Ce "petit manuel", très documenté, présente ainsi l'intérêt de baliser les étapes des recherches écologiques qui prennent maintenant une place importante dans l'enseignement social de l'Eglise, et la pertinence des fondements de l'"écologie intégrale" que promeut le pape François. Ce manuel devient ainsi un opportun et précieux outil œcuménique de travail personnel et d'animation de groupes. Il sera possible, aussi, de croiser les éléments de ce manuel avec les documents réunis par le CERAS dans "Le discours social de l'Eglise catholique de Léon XIII à Jean-Paul II" (éd.Centurion, 878 p., éd. de 1994 et rééd.): dans l'index, les thèmes "écologie", "agriculture", "bien commun", "destination universelle des biens",...
Père Pierre Fournier,
responsable de la Formation permanente du diocèse de Gap

mercredi 6 janvier 2016

Que feriez-vous si vous saviez ?

Eric et Catherine Guilyardi, Que feriez-vous si vous saviez ?, des climatologues face à la désinformation, Paris : éd. Le Pommier, coll. Essai-Manifeste, 2015, 189 p., 17 €.


A l'issue de la COP 21 et après l'encyclique Laudato Si' du pape François, il est intéressant de revenir sur les questions écologiques sous l'angle de leur présentation dans les médias.
Cet ouvrage présente le dialogue entre un climatologue et une journaliste : comment communiquer vers le grand public à propos d'une science complexe et en évolution constante ? Pour le journaliste, comment ne pas déformer les propos des climatologues par une simplification à l'extrême ? A travers la question du réchauffement climatique, c'est le traitement de l'information, notamment scientifique, par le prisme des médias qu'interrogent les deux auteurs.
Dans nos bibliothèques chrétiennes, cet ouvrage est un complément intéressant à l'encyclique. Outre l'éclairage laïc qu'il apporte, il permet à nos lecteurs de se former au décryptage de l'actualité scientifique.

Hélène Biarnais,
bibliothécaire du diocèse de Gap

mardi 28 juillet 2015

LAUDATO SI : l'ENCYCLIQUE DU PAPE FRANÇOIS

Laudato si : le cri du pape François
Laudato si : que dit l’encyclique du pape François?

Pour sa première  encyclique écrite entièrement de sa main, le pape François n'a pas voulu d'un titre latin. Empruntant les belles invocations du Cantique des créatures de saint François, Laudato si s'inscrit d’emblée dans la lignée franciscaine, louant les beautés de la nature, notre maison commune, notre sœur, avec laquelle nous partageons notre existence. « Loué sois-tu mon seigneur pour soeur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe », chantait hier François d'Assise. Aujourd'hui, notre sœur souffre et gémit, la maison va mal, et ses habitants aussi.
Le pape François n’est pas le premier pape à s'élever avec autant de force contre la dégradation de la planète et l’exploitation éhontée des ressources naturelles. Dès le concile Vatican II, la conscience écologique de l'Église s’est affirmée et tous les papes se sont largement exprimés sur le sujet. Mais cette encyclique est la première à aborder le sujet de façon aussi approfondie, faisant du souci écologique bien plus qu’une simple inquiétude de surface : une véritable angoisse pour les générations à venir, un appel vibrant à la conversion. L’écologisme intégral dont parle François se déploie dans toutes les directions : économique, politique, religieuse. Ce texte s'appuie, entre autre, sur les travaux des conférences épiscopales d’Amérique latine, qui depuis des années s'élèvent contre l’exploitation des terres et de leurs habitants.
Construit autour de 6 chapitres, ce texte, au ton souvent dramatique, se décline comme une vaste fresque d’un monde post industriel qui a fait de la croissance économique son moteur principal, n’écoutant ni la clameur des pauvres, ni les gémissements d’une planète à bout de souffle. Conscient de la complexité des problèmes, le pape François y lance un appel pressant pour que tous, dirigeants politiques, financiers, économiques, et simples citoyens dialoguent, agissent et… changent de vie.    

Chapitre 1 : ce qui se passe dans notre maison
Pollution, culture du déchet, réchauffement climatique, déforestation, extinction des espèces, problème de l’eau, dans ce premier chapitre le pape revient longuement sur la dégradation de notre environnement, qui va de pair avec la dégradation sociale. Car, rappelle François, nous ne pouvons aujourd'hui parler d’environnement sans écouter la clameur de la terre et la clameur des pauvres, exposés à toutes sortes de trafics et à la perte d’identité. "Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre qui se joignent aux gémissements des abandonnés du monde" : situations insoutenables, qui peuvent conduire à de nouvelles guerres. Bien sûr, avance le pape, l’espérance chrétienne invite à reconnaître qu’il y a toujours une porte de sortie, mais reprend-il avec un ton presque douloureux, reconnaissons que "l’actuel système mondial est insoutenable" et que "la croissance n’a pas eu de retentissement sur la vie quotidienne de certaines populations marginalisées". 

Chapitre 2 : l'Evangile de la création
Après un premier chapitre au scénario catastrophe, le second revient longuement, et souvent de façon lyrique, sur les textes bibliques dont la sagesse a traversé les siècles et qui peuvent encore nous parler. Oui, nous avons été créés, par amour, par un père créateur et unique maître du monde, attaché à la plus petite et insignifiante de ses créatures. Ce créateur nous a confié un monde fragile, interpellant notre esprit pour "reconnaître comment nous devrions orienter, cultiver et limiter notre intelligence. « Ce monde, qui a encore besoin de développement, nous est confié et nous marchons avec lui vers la plénitude de Dieu "où le Christ ressuscite embrasse et illumine tout". Ce chapitre, où Teilhard de Chardin est cité, a des accents très franciscains. Le pape évoque "l’univers matériel qui est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée pour nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu". Comment, se demande alors  François, "être écologiste sans avoir un amour sincère pour tous les êtres humains ?" Tout est lié et comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs, "dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l'amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi avec une tendre affection à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière, et à la mère terre".

Chapitre 3 : la racine humaine et la crise écologique
Dans ce chapitre qui tranche avec la douceur et la tendresse du précédent, le pape revient sur le paradigme technocratique dominant et la place de l’être humain et de son action dans le monde.
Ne reniant pas le "merveilleux" de l’activité humaine et la créativité de tous ceux qui ont permis les progrès de l’humanité, le pape revient longuement sur cette technique qui donne à l’homme "un terrible pouvoir". Hier l'homme accompagnait la nature, aujourd'hui, il l’écrase. "Voilà pourquoi l’être humain et les choses ont cessé de se tendre amicalement la main". On presse les biens de la planète au-delà des limites. Cette logique de domination de la technique étend son emprise sur le politique et l’économie sans prêter attention aux conséquences négatives sur l’environnement. Et le pape de fustiger la théorie "bien installée selon laquelle la croissance des marchés est une solution aux problèmes de la misère".
C’est ici que le pape revient sur la présentation inadéquate à ses yeux d’une anthropologie chrétienne qui conduit  à soutenir que l’homme doit dominer la nature :  "un rêve prométhéen de domination sur le monde qui a donné l’impression que la sauvegarde de la  nature est pour les faibles". L’homme, nous dit le pape, n'est pas "le seigneur de l’univers, il en est l’administrateur responsable".
Dans ce chapitre, François revient sur cette conception qui lui est chère et que l’on retrouve souvent dans ce texte : tout est lié. Et la crise écologique est une manifestation de la crise culturelle éthique et spirituelle de la modernité.
Ce pouvoir de l’homme sur la nature, souvent dénoncé par le pape, a pour lui des conséquences désastreuses sur un style de vie qu’il qualifie de "dévié" c'est-à-dire en proie au "relativisme pratique" qui fait qu'on ferme les yeux sur l’exploitation des enfants, la traite d’êtres humains, la criminalité organisée, le narco-trafic, le commerce d'animaux en voie d’extinction... tout cela donne une culture corrompue, une logique du "utilise et jette" qui engendre tant de désastres.
Et de terminer  sur cette crise socio-environnementale qui requiert "une approche intégrale pour combattre la pauvreté, rendre la dignité aux exclus et simultanément, préserver la nature" car, encore une fois, tout est lié... 

Chapitre 4 : une écologie intégrale
Voici une expression chère au pape, sur laquelle il revint longuement dans ce chapitre, dans lequel il s’adresse plus précisément aux organisations politiques. Peut-on espérer que la législation et les normes relatives à l’environnement soient bien efficaces ? Pouvons-nous être sûrs que certains pays ne violent pas systématiquement les lois existantes ? Comment prendre en compte la construction de nouvelles villes, comment respecter les cultures locales, préserver les richesses des peuples ? Nous courons vers l’homogénéisation si préjudiciable à l’harmonie des cultures. Et le pape de s’alarmer contre les grands mégapoles, bruyantes, polluées, dont les habitants les plus pauvres s’entassent dans des quartiers insalubres. Nous avons besoin du beau, ne cesse de dire François, nous avons besoin de nous sentir à la maison, besoin de nous sentir en harmonie avec notre loi morale inscrite au fond de nous. C’est cela aussi qui fonde notre dignité. Allons-nous alors changer de style de vie ? Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? C'est avec des mots très forts et presque désespérés que François conclut ce chapitre.  "L’homme et la femme post modernes courent le risque  permanent de devenir profondément individualistes, et beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté, aux crises des liens familiaux et sociaux, aux difficultés de la reconnaissance de l’identité". 

Chapitre 5 : quelques lignes d’orientation et d’action
Dans ce chapitre, le pape donne des conseils qui permettraient de sortir de cette spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous sommes engagés. C’est un chapitre très politique dans lequel  il invite les gouvernants à plus de transparence et de souci du bien commun.
Il revient longuement sur les efforts du mouvement écologique mondial et les sommets mondiaux de ces dernières années. Il se félicite des avancées dans certaines stratégies écologiques et dans l'imposition de mesures adéquates. Mais il déplore un affaiblissement des États nationaux du fait de la finance et de l’économie qui a pris le pas sur la politique.
C’est avec force qu'il invite à un travail honnête et transparent pour que les besoins particuliers ne prennent pas le pas sur le bien commun. Et de prôner "une certaine décroissance dans quelques parties du monde mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d'autres parties". 

Chapitre 6 Éducation et spiritualité écologique
L’humanité doit changer et prendre un nouveau départ. C’est là la conclusion du pape. Et de donner des pistes pour un nouveau style de vie. Responsabilité des consommateurs, éducation à de nouveaux comportements, susciter une culture de vie au sein même de nos familles, éveiller au beau. François réveille nos consciences et appelle aussi l’Église à plus d’austérité responsable. Ce chapitre est l’occasion de tracer les lignes "d’une spiritualité de la sobriété, de la capacité à jouir de peu" et du retour à la simplicité. Il cite longuement et à plusieurs reprises sainte Thérèse et sa petite voie de l’amour, ainsi que Jean de la Croix qui enseigne qu’on ne peut rien admirer sans admirer la grandeur de Dieu. C’est ainsi que le pape appelle tous les hommes à œuvrer pour le bien de la terre, là où ils trouvent. Ce travail et cette attention sont pour lui un chemin de vie spirituelle et d’avancée vers Dieu.

Publication Claude Tricoire
                     Bibliothèque diocésaine - Aix-en-Provence


vendredi 3 juillet 2015

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI'


Lettre  Encyclique "Laudato si"
Pape François
Paris, Parole et Silence, 2015. 190 pages


Trois clés, trois axes, trois cris
"Tout est lié, tout nous est donné, tout est fragile." On peut retenir trois clés de lecture poiur comprendre l’encyclique sur l’écologie intégrale, qui sont trois piliers autour desquels s’articulent la réflexion du Pape

Tout est  est donné, fragile
Premier centre, première expression qui revient constamment : tout est lié. Cela est dit et redit en permanence dans cette encyclique. L'idée d'écologie et de rapport à la terre ne peut être conçue indépendamment par rapport aux humains, à Dieu, aux institutions, à la culture, à la politique, à l'économie. Le Pape pose là une définition courageuse de l'environnement : la relation existant entre la nature et la société qui l’habite. Cette dimension relationnelle est au cœur de l’encyclique.

Deuxième pivot : le don, le rappel que tout nous est donné. Cette terre dégradée, il faut avant tout se rappeler que c’est un don. Un rappel lié à la destination universelle des biens, un des principes-clés de la doctrine sociale de l’église.

Troisième centre de gravité de ce texte : la fragilité. Dans ce lien entre la terre et les hommes, tout est fragile. L'interdépendance entre les deux est totale. Ce document dit qu'aujourd'hui, on ne peut pas concevoir l’un sans l’autre, la lutte contre la pauvreté indépendamment de la lutte pour le respect de la terre et l'écologie.

Trois concepts forts
Par ailleurs, cette encyclique expose trois concerts forts. D'abord, bien sûr, la notion d’écologie intégrale. Une notion à mettre en parallèle du principe de développement intégral, dans la doctrine sociale de l’Église. Mais ici, le Pape va plus loin et parle d'écologie intégrale.

Autre concept : la notion de création. Un chapitre de cette encyclique est intitulé "Évangile de la création". Comme dans un parcours biblique, il est fait appel à l'Ancien et au Nouveau Testament pour montrer comment, dans la Bible, le rapport à la nature et à l'humain vont ensemble. Il y a là une théologie de la création, qui déconstruit tout rapport de domination à la terre.

Troisième mot clé : le dialogue. Un chapitre de cet encyclique propose des actions,  décliner l'action en termes de dialogue. C'est une invitation à l’Église à se situer face au monde, dans une relation de dialogue.

Trois cris associés à ces trois concepts

On peut aussi distinguer trois cris, trois appels, correspondant à ces trois concepts. D'abord un appel à construire notre maison commune. Dans cette construction, on va parler des différentes responsabilités, de dette écologique, les pays riches ayant plus profité de cette maison que les pays pauvres. En même temps, ce texte parle de louange. C’est le Cantique des créatures de saint François qui rythme l’encyclique. Cette maison commune est aussi à célébrer.

Deuxième cri, aussi une notion forte ; l'invitation à la conversion écologique, à trois niveaux. La gratitude permet de se reconnaître dans ce monde donné. La communion rappelle très fortement qu'il n'est pas de conversion sans conversion communautaire. La dimension communautaire est centrale. Cette conversion écologique s’inscrit enfin dans l’espérance. Elle ne demande pas seulement de réparer le mal fait à la terre et à la nature, mais ouvre à la possibilité d’une nouvelle création. Elle invite à la créativité et à l'enthousiasme.

Troisième et dernier appel, c’est celui à une révolution culturelle. Il faut un nouveau paradigme, quelque chose de radicalement nouveau pour construire le monde à venir. Il faut changer de style de vie, changer au niveau éducatif. Il faut de la sobriété, non pas dans une approche sacrificielle, mais comme une expérience libératrice. Il ne s'agit pas seulement d'une réduction de sa consommation : dans cette sobriété se joue notre liberté. Dernier élément : la célébration. Il faut célébrer cette belle création qui nous est donnée. Elle est source d’émerveillement et il ne faut pas l’oublier.



L'ouvrage de Fabien Revol est un excellent complément à l'Encyclique que vient de publier le Pape François sur l'écologie : remettre la nature au coeur de notre réflexion chrétienne.

LE TEMPS DE LA CREATION
Fabien Revol
Paris, Editions du Cerf, 2015. 338 pages.


Peut-on faire dialoguer le discours religieux sur la création et le discours savant sur l'écologie ? Peut-on accepter que la métaphysique et le discours scientifique sur la nature demeurent étrangers l'un à l'autre ? Peut-on trouver dans le christianisme et la philosophie des éléments de médiation afin que ces deux conceptions entrent en dialogue ? Peut-on rapprocher l'action créatrice de Dieu et les processus naturels mis en évidence par la science en disant que Dieu crée dans le temps ?
Une relecture ouverte de la Bible et des Pères révèle que la tradition chrétienne est à même de relever les défis de la culture moderne et les interpellations de la sensibilité écologique contemporaine. La notion de création continuée qui s'en dégage rejoint ce que la cosmologie scientifique nous donne de percevoir de la nature dans sa dimension historique et ce que la contestation écologique nous demande d'apercevoir en ce qui concerne l'importance et le sens de la biodiversité.


L'enjeu de cet ouvrage en ressort double. Il vise à clarifier le concept de création continuée qui persiste à faire débat dans le monde catholique et à justifier sa pleine légitimité. Il entend aussi en fournir une représentation innovante parce qu'originelle et apte par-là à motiver les chrétiens à s'engager en faveur de la sauvegarde de la création. Car l'acte divin implique d'abord et toujours le dynamisme et la relation. Un traité éclairant, militant, limpide et fort.




Présentation de l'auteur : 
Fabien Revol, un inlassable défenseur de la Création

Fils d’agriculteurs de la Drôme, Fabien Revol, titulaire de la Chaire Jean Bastaire au sein de l’Université catholique de Lyon, rêvait d’être paléontologue.
Il a découvert l’écologie lors de ses études de biologie.
Passionné par le sujet, il a consacré sa thèse au concept de « Création continuée ».

« EN FRANCE, LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLOGIE ÉTAIT UN DOMAINE QUASI INEXISTANT »

Ainsi démarre l’aventure théologique de Fabien Revol, 36 ans, celle qui l’a conduit à soutenir en 2013 une thèse sur « la Création continuée » dont une partie est publiée qu’il vient de publier et dont une autre partie, plus philosophique, doit paraître prochainement. 
« En France, la théologie de l’écologie était un domaine quasi inexistant », se souvient-il. « Depuis le XIX e siècle, la doctrine sociale de l’Église est la porte d’entrée sur l’écologie. Je souhaitais, moi, chercher d’abord du côté de la théologie fondamentale, et donc de la théologie de la Création. »

Sa rencontre en 2008 avec Jean Bastaire, écrivain chrétien passionné de théologie et désireux de « sensibiliser les chrétiens à la sauvegarde de la Création », est déterminante. Grâce au legs confié par ce dernier à la Fondation Saint-Irénée à Lyon, Fabien Revol vient de réaliser « son rêve » : ouvrir, au sein de l’Université catholique de Lyon, une chaire dédiée à la théologie de l’écologie, qui réunit déjà huit chercheurs et une doctorante, une religieuse ivoirienne qui contribuera – espère-t-il – à « faire évoluer les consciences dans son pays ».. « Les solutions écologiques sont techniques, politiques, scientifiques, mais la réaction face à la crise écologique, elle, concerne tout le monde », « Et nous chrétiens, nous avons les meilleures raisons de nous mobiliser : non pas la peur mais l’espérance qui jaillit de notre regard sur la Création. »


Publication : Claude TRICOIRE
                       Bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence

samedi 20 juin 2015

CHRETIENS ET ECOLOGIE : POURQUOI UNE ENCYCLIQUE ?

Chrétiens et écologie ; la place de l’homme dans la création

En 1967, l’historien américain Lynn White soupçonnait le christianisme d’être à l’origine de la crise écologique contemporaine.


Quarante ans plus tard, les théologiens ont approfondi les questions posées par ces soupçons : l’écologie est-elle une remise en cause de la place de l’homme au sommet de la création ? Le christianisme est-il anthropocentrique ? Que signifie « dominer la terre » ?


« La foule applaudit le garçon agile tout en haut de la pyramide humaine, mais celui-ci ne peut se passer des cinq ou six niveaux d’hommes qui le portent au-dessous ! » Jean-Hugues Bartet utilise spontanément la tradition basque et catalane des « castellers » pour illustrer la place de l’homme dans la Création : au sommet, mais totalement tributaire de toutes les créatures qui l’ont précédé et continuent de le soutenir.Diacre du diocèse de Digne, cet ancien ingénieur forestier ne craint pas, contrairement à certains chrétiens, que l’écologie remette en cause la place de l’homme dans la Création.« C’est à l’homme seul que Dieu a donné la liberté et la conscience lui permettant d’entrer en alliance avec son Créateur. Mais cela ne signifie ni que l’homme soit au sommet, ni qu’il soit au centre : c’est Jésus-Christ qui est au centre de la Création ! », poursuit Jean-Hugues Bartet, également directeur du département Environnement et modes de vie à la Conférence des évêques de France (CEF).« La Bible dit de l’être humain qu’il est créé à l’image de Dieu, mais pas qu’il est au sommet de la Création », précise Fabien Revol, titulaire de la chaire Jean-Bastaire à l’Université catholique de Lyon (lire La Croix du 28 mars).Cependant, ces deux chrétiens engagés en éthique environnementale réfutent fermement les soupçons dont le christianisme est l’objet, depuis l’article de Lynn White sur « Les racines historiques de notre crise écologique », publié dans la revue Science en 1967.


« SOYEZ FÉCONDS, EMPLISSEZ LA TERRE ET SOUMETTEZ-LA
»


Selon ce médiéviste américain, spécialisé dans l’histoire des techniques, l’exploitation et le saccage de la nature auraient été légitimés par le christianisme – « la religion la plus anthropocentrique du monde » –, en particulier par le commandement divin « Soyez féconds, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux de la terre » (Gn 1, 28).À l’époque, cet article eut un retentissement considérable, d’autant qu’il rejoignait la contre-culture hippie.Quarante ans plus tard, les théologiens avancent deux arguments pour répondre à cette accusation. D’abord, le verbe « dominer » (du latin dominus, maître de maison, gérant) est à comprendre comme une« bénédiction divine, engageant la responsabilité de chaque homme pour prendre soin de la terre, la cultiver et la garder », comme le dit Jacques Arnould, théologien et historien des sciences au Centre national d’études spatiales (CNES).Une expression semblable fut utilisée lors du rassemblement œcuménique européen de Bâle (Suisse) en 1989, parlant de l’homme« placé comme protecteur et gestionnaire de la Création ».> Lire aussi : « Laudato si » : la première encyclique du pape sur la préservation de la nature


DIEU, APRÈS LE DÉLUGE, FIT ALLIANCE AVEC « TOUS LES ÊTRES VIVANTS »SORTANT DE L’ARCHE

Second argument : ce n’est pas le christianisme qui a cristallisé le rapport utilitaire à la nature mais les interprétations erronées qui en ont été faites. « Entre le XVI e et le XIX e  siècle, le christianisme occidental a isolé l’homme dans la Création, un peu comme il a isolé l’esprit dans l’homme, ce qui a conduit à un certain mépris de la chair, du naturel », explique Jacques Arnould.« Avec Descartes, on a commencé à imaginer que la nature n’était que matière et cela s’est aggravé avec les Lumières », rappelle de son côté Dominique Bourg, philosophe, enseignant à l’université de Lausanne (1).« Cette philosophie matérialiste a conduit à considérer que la Création n’a de valeur que celle que l’homme lui donne, ce qui est totalement contraire à la Bible », ajoute Fabien Revol, qui aime rappeler que Dieu, après le Déluge, fit alliance avec« tous les êtres vivants » sortant de l’arche.Aujourd’hui, les théologiens se réjouissent donc que l’écologie remette en cause ces interprétations erronées de la Bible et les dichotomies entre corps et esprit ou entre nature et culture qu’elles ont entraînées. « Le mépris du naturel n’a rien de biblique ! », résume Jacques Arnould.« L’accusation de Lynn White visait juste, poursuit Fabien Revol. Car, après le traumatisme de la peste noire dans l’Europe du XIV e  siècle, le christianisme en était arrivé à penser qu’il valait mieux désirer les biens du Ciel puisqu’il n’y avait plus de sagesse immanente dans la Création ! »D’où cet autre reproche adressé au christianisme par certains tenants de l’écologie : avoir désacralisé la nature. « L’Ancien Testament a libéré l’homme de toute crainte et soumission devant ce qui a été créé par le Dieu unique, souligne Jean-Hugues Bartet. Puis la science a expliqué les phénomènes naturels que la pensée médiévale percevait comme des instruments utilisés par Dieu pour châtier les méchants. Ainsi, l’implication de Dieu dans la nature a disparu et l’homme s’est retrouvé tout seul. »

« L’ÊTRE HUMAIN EST APPELÉ À TÉMOIGNER DE L’AGIR DE DIEU DEVANT LES AUTRES CRÉATURES »

Souhaitant réenchanter la nature, les écologistes tombent parfois dans des excès, allant jusqu’à personnifier et diviniser Gaïa et la Nature. Un retour au néo-paganisme que le magistère catholique dénonce (2), invitant plutôt à redécouvrir les concepts franciscains de « Terre mère » ou de « Terre sœur ».« Avec François d’Assise, on peut parler d’une relation fraternelle de l’être humain avec tous ses écosystèmes », souligne Jean-Hugues Bartet. Il rappelle aussi que, puisque Dieu fait alliance avec toutes les créatures vivantes, toutes chantent la louange de leur Créateur et sont donc en relation les unes avec les autres.Le diacre de Digne va plus loin. « La mission de l’homme est de faire de la biosphère une noosphère », lance-t-il, en reprenant le mot créé par le jésuite Pierre Teilhard de Chardin pour désigner la « sphère de la pensée humaine », troisième d’une succession de phases de développement de la Terre, après la géosphère (matière inanimée) et la biosphère (la vie biologique).« Par le fait qu’il est une représentation vivante de Dieu, l’être humain est appelé à témoigner de l’agir de Dieu devant les autres créatures, considère Fabien Revol. Or le Christ a clairement montré qu’être le premier, c’est se faire serviteur, poursuit le théologien. L’homme a donc pour mission de se mettre au service de la Création. »> (Re)lire : Fabien Revol, un inlassable défenseur de la Création


CLAIRE LESEGRETAIN
(1) Le Temps de la Création, sous la dir. de Fabien Revol, Cerf, 399 p., 2015, 24 €.(2) Enjeux et défis écologiques pour l’avenir, document du groupe de travail Écologie et environnement de la CEF, avant-propos de Mgr Marc Stenger, Cerf, 20

Claude Tricoire
bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence

jeudi 19 février 2015

Pour un engagement écologique : simplicité et justice
  • Editeur : PAROLE SILENCE
  • Collection : DOCUMENTS
  • Date de parution : 31/12/2014
Malgré une prise de conscience internationale des problèmes écologiques, les mesures qui impliqueraient en particulier de réduire une croissance dont on conçoit aisément qu’elle ne puisse être indéfinie sont difficiles à prendre et, quand elles sont annoncées, ne sont pas ou sont trop peu suivies d’effets. Et pourtant des choix urgents qu’il faudrait faire dépend l’avenir du monde que nous léguerons à nos enfants.
Les chrétiens sont ici concernés à un double titre : comme citoyens du monde, comme ceux qui, dans la foi, considèrent qu’ils ont une responsabilité particulière face à la Création et qu’ils doivent contribuer à la justice et au partage. Notre propos est de permettre aux chrétiens et donc à l’Eglise, d’être porteurs d’une parole prophétique.