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lundi 16 juillet 2018

Un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines

Un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines
Nicolas Diat
Paris, Fayard, 218. 226 pages.  


Comprendre les derniers instants de la vie : ce qu’en dit l’auteur au début de ce livre : 
« Aujourd’hui, la liturgie de la mort n’existe plus. Or les peurs et les angoisses n’ont jamais été aussi fortes. Les hommes ne savent plus comment mourir.Dans cet univers désolé, j’ai eu l’idée de prendre le chemin des grands monastères pour découvrir ce que les moines ont à nous dire de la mort. Derrière les murs des clôtures, ils passent leur existence à prier et à réfléchir aux fins dernières. 

« J’ai pensé que leurs témoignages pourraient aider les hommes à comprendre la souffrance, la maladie, la peine et les derniers instants de la vie. Ils savent les morts compliquées, les morts rapides, les morts simples. Ils y ont été confrontés plus souvent, et de plus près, que la plupart de ceux qui vivent au-delà des enceintes des monastères. J’avais l’intuition, en commençant mon travail, que les moines ne me cacheraient rien, qu’ils me parleraient du trépas des leurs avec vérité. 

« J’aimerais que ce livre donne un peu d’espoir, car les moines nous montrent qu’une mort humaine est possible. L’homme du XXIè siècle n’est pas condamné à des fins solitaires, sans amour, dans des chambres anonymes d’hôpitaux. L’homme du XXIè siècle n’est pas condamné à la fausse humanité d’une mort maquillée et travestie dans des salons funéraires désincarnés.Aujourd’hui les moines sont peut-être les derniers à pouvoir comprendre les mots de saint François d’Assise dans son « Cantique au frère soleil » :
Loué sois-tu Seigneur,
pour notre sœur la mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ;
heureux ceux qu’elle surprendra en faisant sa volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire. 

« Les récits recueillis dans les abbayes que j’ai visitées ne m’ont pas détrompé. J’aimerais que ce livre donne un peu d’espoir, car les moines nous montrent qu’une mort humaine est possible. [...] Les histoires que m’ont confiées les bénédictins d’En-Calcat, de Solesmes et de Fontgombault, les trappistes de Sept-Fons, les cisterciens de Cîteaux, les chanoines de Lagrasse, les prémontrés de Mondaye et les ermites de la Grande-Chartreuse sont aussi belles et exceptionnelles que les paroles mémorables des temps anciens. »


  Présentation du livre
 Voilà un livre qui parle de la mort, mais de la mort qui s’ouvre sur la Vie.  Son auteur, Nicolas Diat, est surtout connu pour ses livres sur Benoît XVI et le cardinal Sara, qui ont obtenu un grand succès en France comme à l’étranger. Mais ici c’est en enquêteur sur un sujet difficile qu’il a entrepris de recueillir les confidences de nombreux moines sur la fin de vie derrière les murs clos de leurs monastères. Les témoignages sont extrêmement divers et l’attitude devant la mort est celle de tout être humain ce qui les rend plus proches de nous et plus bouleversants encore. Certains ont peur de la mort, ce qui peut sembler étonnant de la part d’un religieux, certains aussi ont peur de ne pas « faire une bonne mort » ; d’autres l’attendent comme la rencontre, celle qui donne sens à la vie, et à toutes choses.
 Devant la mort personne ne peut tricher ! Il peut y avoir chez certains comme une attitude enfantine devant cet instant à la fois inéluctable, devant cette fin à la fois redoutée mais le plus souvent désirée : « Nous savons où nos frères partent »   « Le lendemain de sa mort, je disais le chapelet dans le jardin et je me suis fait la réflexion que je n’avais pas eu le temps de pleurer ; j’ai aussitôt fondu en larmes. Pourtant, dans un monastère, nous ne pleurons pas pour un décès. Il ne faut pas y voir une sécheresse de nos sentiments. Nous savons où nos frères partent. Les enterrements sont toujours joyeux. Notre existence doit être un noviciat d’éternité. » (page 92)
  

Extraits du livre donnant quelques témoignages de moines

« Frère Vincent est mort avec une grande facilité.
En écoutant le Père Emmanuel-Marie, il me semble entendre un homme qui parle de la disparition de son propre enfant : “Je me suis penché au-dessus de lui, j’ai su que les dernières minutes approchaient. J’ai dit à sa mère de prendre sa main droite, à sa sœur de saisir la gauche. Son corps était brûlant. J’ai récité les prières des agonisants et je lui ai donné le sacrement des malades. Soudainement, nous avons senti qu’il s’apaisait.
 
Témoignage recueilli à En-Calcat
« Une année avant sa mort, pendant sa rémission, le Père Michel-Marie a reçu un journaliste. Il avait peur de souffrir, et cependant il a tenu [au journaliste] ce discours magnifique : “Me savoir ainsi atteint par la maladie m’a donné une hypersensibilité. Je me rends compte à quel point la vie n’est pas grand-chose. En même temps, elle revêt toute son importance. Je prends conscience désormais avec clarté de la fin de toute chose. Il faut cependant se lever et se battre pour la vie. J’ai le trac de la mort, comme avant un examen. La dimension de ce qui nous attend au ciel est affolante. Pourtant, j’ai un rôle à jouer dans cette grandeur. Dès ici-bas, tout ce que je fais prépare ce que j’aurai à vivre au ciel. Mais cela me dépasse. J’ai pris conscience de l’incroyable immensité de ce qui m’attend de l’autre côté.” [...]
En-Calcat est une oasis qu’on quitte à regret. »
Le Frère Pierre Buisson ne voulait pas devenir centenaire. Je savais donc que le temps était compté. Depuis quelques semaines, il était diminué.À la fin du mois de mai, lorsque je suis parti en Espagne, je lui ai demandé d’attendre mon retour pour mourir. Il m’a obéi.En revenant à l’abbaye, je suis monté rapidement dans sa chambre. Nous étions la veille de son décès.Il est parti comme une petite flamme. Il disait que sa valise était prête. Jusqu’à la fin, le Frère Pierre a passé des heures à prier. Il visitait tous les jours le cimetière pour honorer les morts. Il ne disait jamais de mal de personne. Notre Frère est parti avant l’office de sexte, alors que l’infirmier s’était brièvement absenté pour préparer une perfusion. Je suis monté lui donner l’absolution.”Le Père abbé était heureux et serein. Il avait pu le voir une dernière fois. Il n’imaginait pas être absent de Solesmes en ces moments si particuliers. »
 
Témoignage recueilli à La Grande-Chartreuse
« Dom Innocent me dit avec son humour habituel que la vie serait un désastre si nous ne savions pas que la mort viendrait nous chercher un jour. Comment les hommes resteraient-ils indéfiniment dans cette vallée de larmes ?
“Nous sommes nés pour rencontrer Dieu. Les vieux chartreux lui demandent de ne pas tarder. La mort, c’est la fin de l’école. Après, le paradis arrive. Un moine a donné sa vie à Dieu, et il ne l’a jamais rencontré. Il est normal qu’il soit impatient de le voir. Comme dans les poèmes de Thérèse d’Ávila et de Jean de la Croix, les chartreux meurent de ne pas mourir. À notre grand regret, le Saint-Esprit n’est pas pressé de venir nous chercher. Dans notre Ordre, les purifications et les grandes épreuves ne sont pas courantes. Les derniers mois, le Christ s’est déjà emparé de nos vieux moines. Le corps usé retourne à la terre, mais c’est pour attendre la gloire de sa résurrection. Nous ne savons pas encore ce qu’est réellement notre corps, sa beauté, sa gloire et sa lumière. Le plus beau, et de loin, est encore devant.” »

 Témoignage recueilli à l’Abbaye de Lagrasse

Le petit Frère semblait plus reposé, emporté dans un voyage qui le dépassait. Nous avions la certitude qu’il allait nous quitter. Il était devenu transparent. Le temps des crises, le temps des suffocations s’éloignait.Il ne nageait plus dans cette mer de souffrances qui était sa prison. Frère Vincent n’avait pas peur. Son départ a été doux.La veille, les spasmes déformaient son visage. À l’heure de la mort, il était rayonnant.” »

 Témoignage recueilli à Solesmes
« Je me souvenais de sa manière respectueuse et délicate de parler d’un moine qu’il aimait : “Je demande toujours à mes Frères de mourir lorsque je suis à l’abbaye. Je voyage beaucoup en raison de mes fonctions de supérieur de la congrégation de Solesmes.

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence

lundi 13 novembre 2017

L'éternité reçue : Martin Steffens

L’éternité reçue

Martin Steffens

Paris, Desclée de Brouwer, 2017. 245 pages  


« j’ai réglé mes comptes avec la vie, je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l’accepter comme une partie intégrante de la vie, c’est élargir cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre bout de vie mutilée méritant à peine le nom de vie. Cela semble un paradoxe : en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète, en l’y accueillant on élargit et enrichit sa vie »  (Etty Hillesum in Une vie bouleversée. Journal –ceci étant écrit le 3 juillet 1942 quelques jours avant son exécution dans les chambres à gaz.
  

C’est par cette réflexion surprenante que s’ouvre le livre de Martin Steffens L’éternité reçue. On pourrait penser qu’avec un tel titre l’auteur nous donnerait un manuel pour réussir une belle mort  ou se préparer à mourir. Mais en y pénétrant plus en profondeur on s’aperçoit qu’il s’agit bien plutôt d’un hymne à la vie, une vie reçue qu’il faut vivre hic et nunc, ici et maintenant ; il faudra certes quitter cette vie d’ici-bas mais pour recevoir l’Eternité de la main d’un autre, de la main même de Dieu. 

L’auteur nous dit que nous ne sommes pas faits pour mourir mais pour vivre ! Etrange paradoxe quand on sait qu’il nous faudra un jour la quitter pour la recevoir à nouveau ! Dans les premiers chapitres  met en garde contre ses soi-disant préceptes pour se préparer à ce qui fait notre condition humaine, il met en garde contre ces « sagesses de camomille »  comme il s’insurge contre ce souhait de maîtriser la mort par le fait de « vouloir mourir quand on veut et comme on veut » (c’est ce que réclament ceux qui prônent le « droit » à mourir quand on l’a décidé.Qu’est-ce donc que  vivre ? Vivre, c’est apprendre à ne pas vouloir tout maîtriser : il faut apprendre à renoncer à ses désirs même ceux qui sont légitimes, c’est accepter ces « petites morts » dont nous parle l’auteur : à chaque obstacle nous sommes invités à ces renoncements, à nous déprendre de nous-mêmes. Et ce consentement à ces « petites morts » de chaque jour sont des actes d’amour. Mourir à soi-même  c’est tuer en nous ce qui dans notre vie est justement obsédé par la vie.

Ces « petites morts », lues à partir de la pensée de Simone Weil, indiquent un chemin de dépossession et de plénitude. Elles nous introduisent dans le mystère de notre mort et de l’éternité à laquelle nous sommes appelés. Car l'heure viendra où nous serons dessaisis de tout, où il faudra enfin faire le renoncement ultime. Et c'est notre propre vie qui nous sera redonnée en plénitude : nous recevrons encore une fois la vie car la vie nous a été donnée une première fois à la naissance.

Nous étions à la lisière du paradis, et nous ne le savions pas ! Il faudra bien l'éternité pour prendre la mesure de cette étrange nouvelle. L’Eternité reçue : l’éternité c’est le don que Dieu nous fera si nous le voulons bien, si nous ne mangeons pas le « fruit défendu » pour retrouver le Jardin perdu (et là l'auteur ne manque pas de dire que ceux qui veulent pour nous l'immortalité par le mouvement du transhumanisme nous volent notre humainté) ! Mais il faut lire la très belle méditation qu’en fait Martin Steffens qui parle en philosophe et surtout en croyant. Voilà un livre parfois difficile car il ne faut pas oublier que l’auteur est aussi un philosophe.

Mais c’est avant tout un hymne à la vie parce que ce livre est plein d’espérance. « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ! » disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus au moment de sa mort. Telle aurait pu être aussi la conclusion de cet ouvrage loin d’être triste parce que l’Espérance en est le moteur.
  

Biographie de l’auteur.

Martin Steffens (né en 1977) est professeur de philosophie en khâgne, conférencier et chroniqueur pour les journaux La Croix et La Vie. C’est également un spécialiste de  Nietzche, Simone Weil et Chestov. Il a publié plusieurs essais, parmi lesquels : Petit traité de la joie. Consentir à la vie (2011 ; Prix Humanisme Chrétien, 2013) ; La Vie en bleu (2014) ; Rien que l'amour (2015 ; Prix des Libraires religieux, 2016) ; Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger. Éloge du combat spirituel (2016). 


Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

jeudi 30 mars 2017

Mort et résurrection dans l'Antiquité chrétienne

Mort et résurrection dans l'antiquité chrétienne
Centre Histoire et Théologie de l'Institut Catholique de Toulouse
Paris, Parole et Silence, 2017. 213 pages


Dans le cadre des Rencontres des Recherches Patristiques Inter-universitaires, ont eu lieu en 2014 et 2015 trois rencontres sur le thème  du mystère pascal et de l’espérance en la résurrection :
1)   Mort et résurrection dans l’Antiquité chrétienne
2)   Entre passion et résurrection, la descente aux enfers
3)   Résurrection du Christ, transfiguration de l’homme.

        La première étude porte sur les interrogations que ce posaient les premiers chrétiens : que devenons-nous après la mort ? Qu’est-ce que la résurrection, quand et comment cela se fera-t-il ? Ces questions furent longtemps débattues dès le début du christianisme pour apporter une réponse cohérente. Et c’est à la lumière d’auteurs païens, d’auteurs chrétiens que la question de la mort, de la résurrection que les auteurs est abordée pour cerner un thème qui ne cesse de poser question depuis les origines

        De même on ne peut dissocier l'événement de la résurrection du Christ de celui de sa passion et de sa mort. Mais, lorsque l'auteur de la Première Épître de Pierre (chapitre 3, verset 19), comme d’ailleurs d’autres passages des Epitres de Paul,  évoque un étonnant voyage qui mena le Fils de Dieu auprès des esprits en prison, les premiers chrétiens n’ont cessé de se poser la question : comment interpréter cette “descente aux enfers” ? D’ailleurs cette question depuis l’époque des Pères de l’Eglise jusqu’aux théologiens d’aujourd’hui les croyants tentent de répondre à cette question qui fait partie du dogme ; en effet on retrouve cette affirmation dans le Symbole des Apôtres : «Il est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux.. »
        Le colloque organisé par la Faculté de Théologie de Lyon et l’Institut des Sources Chrétiennes a réuni des exégètes, des philosophes et des théologiens pour tenter d’apporter une réponse à cette affirmation de foi. En même temps ils ont essayé de voir quelles en étaient les implications théologiques et spirituelles en se situant dans le prolongement de la passion du Christ et sur l'horizon de sa résurrection.

        De même la dernière partie de cette étude se situe dans une réflexion plus pastorale et liturgique : qu’est ce que cela nous dit sur notre propre espérance après la mort, qu’est ce que cela implique dans la célébration des liturgies du baptême et des funérailles ?

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


mercredi 30 novembre 2016

Le prix du salut : un ouvrage de Peter Brown





Le prix du salut : les chrétiens, l’argent et l’au-delà en Occident (IIIè-VIIè siècle)
Peter Brown
Paris, Belin, 2016. 322 pages.

L'au-delà, le devenir de l'âme, la mort, sont au coeur des pensées religieuses des chrétiens des premiers siècles. Tout en montrant que les premiers chrétiens ont pendant longtemps gardé certaines coutumes du paganisme ainsi qu'une certaine conception de l'au-delà pour honorer leurs morts, l’auteur nous montrent aussi comment ils prient, comment ils intercèdent par leurs dévotions pour le salut des âmes des défunts. Contrairement à notre époque contemporaine qui évacue le problème et rejette toute réflexion sur la mort, à cette époque le monde des vivants est intimement et quotidiennement lié à celui des morts.

Au cours des IIIe et IVe siècles, alors que le christianisme est devenue religion de l’Empire, la richesse des grandes familles infléchit la conception du Salut : aux dévotions s’ajoutent de donations fastueuses qui assurent le salut  de l’âme mais enrichissent l’Eglise : c’est le prix pour s’assurer le Paradis. C’est l’époque où le monde occidental se couvre de nombreuses chapelles funéraires. La richesse devient un moyen par des actes de générosité envers l’Eglise, envers les pauvres  et ses saints de s’assurer de sa Rédemption dans l’au-delà.

Dans ce contexte économique et social s’ouvrent de longs débats théologiques et de doctrine dans l’Eglise sur l’usage de l’argent mais aussi sur ce que devient l’âme après la mort. Les Pères de l’Eglise interviennent dans ce débat. C’est en étudiant en détail ces pratiques et ses controverses dans l’Eglise du monde occidental (de l’Irlande à l’Afrique du Nord, de l’Espagne à l’Orient) que Peter Brown nous fait revivre toute une pensée religieuse aussi riche que complexe avec des hommes tels que saint Augustin ou Grégoire de Tours et enfin saint Colomban.


Cet ouvrage jette un regard sur un sujet que l’on a peu l’habitude de traiter : à savoir qu’elles étaient les préoccupations des chrétiens dans les premiers siècle de l'Eglise à propos de tout ce qui touche la vie après la mort : qu’y a-t-il après la mort ? que devient notre âme après la mort ? Peut-on acheter le salut de son âme ?

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

vendredi 5 août 2016

"Prendre soin ce n'est pas nécessairement rajouter des jours à la vie mais de la vie aux jours"

Élodie Lemoine, Jean-Philippe Pierron (dir.), La mort et le soin : autour de Vladimir Jankélévitch, coll. Questions de soin, Paris : Presses Universitaires de France, 2016, 180 p., 13 €.


La collection Questions de soin, présentée sur le site des Presses Universitaires de France, créée en 2012, met en lien philosophie, sociologie et médecine (avec par exemple Souffrance et douleur : autour de Paul Ricoeur, 2013, À quel soi se fier ? Conversations avec Winicott, 2015). Elle présente des essais sur des points médicaux précis, amenés par les progrès médicaux, qui concernent souvent la relation au patient (Le soin maternel, 2013, Le patient autonome, 2014). Elle en montre les implications politiques. Certains de ces ouvrages sont disponibles en format numérique, pour un prix réduit (à partir de 4,49 €).
Bien que les soins palliatifs n'existaient pas à sa parution en 1966, La Mort de Vladimir Jankélévitch éclaire ce que l'on appelle aujourd'hui la fin de vie. Il situe la question de la mort dans sa portée existentielle, métaphysique, morale et relationnelle : il met en lumière le paradoxe entre la certitude de la mort, partagée par tous les êtres humains, et l'incertitude de la date à laquelle elle surviendra. C'est dans cet espace que prennent place les soins palliatifs, durant lesquels l'équipe médicale doit s'occuper du patient et l'entourer, sans espoir de guérison, sans tomber ni dans l'"abandonnisme" ni dans l'acharnement thérapeutique, défini aujourd'hui comme une obstination déraisonnable.
La mort et le soin, placé sous la direction d'Élodie Lemoine, doctorante en philosophie, et de Jean-Philippe Pierron, professeur à l'université Jean Moulin-Lyon 3, revient en 10 contributions sur les apports de Jankélévitch pour les appliquer aux situations médicales actuelles : définir le temps de la fin de vie, l'espace de vie permis par l'incertitude de la date de la mort, les questions éthiques de l'euthanasie et de l'acharnement thérapeutique. Les relations que le patient entretient avec les soignants et son entourage sont longuement explorées : Tanguy Châtel, sociologue, parle de l'accompagnant, Pascale Vassal, médecin, traite de la relation de soin. La philosophe Agata Zielinski observe la personne mourante agir comme un miroir pour celles qui y sont confrontées.
Les contributeurs sont médecins et oncologues d'une part, sociologues et philosophes universitaires de l'autre. Cette interdisciplinarité ouvre un champ de réflexion très large. Il est toutefois regrettable qu'une bibliographie, même sommaire, ne soit pas proposée.
Il est intéressant de compléter cet ouvrage avec les écrits de Marie de Hennezel, qui analyse en profondeur l'expérience spirituelle des personnes en fin de vie et de leurs accompagnateurs. Elle rejoint ici Jean-Philippe Pierron, qui rappelle justement dans son introduction que "prendre soin ce n'est pas nécessairement rajouter des jours à la vie mais de la vie aux jours" (p. 8).

Hélène Biarnais
médiathèque du diocèse de Gap et d'Embrun

mercredi 9 mars 2016

UNE VIE APRES LA MORT ? D'OSIRIS A JESUS

une vie apres la mort
D’OSIRIS A JESUS

In « Le Monde  de la Bible » n° 216 ? MARS-AVRIL-MAI 2016

Dans l’Antiquité, la civilisation égyptienne  - comme on peut le remarquer d’ailleurs dans beaucoup de civilisations antique - semble être celle qui a exploré et développé le plus loin le concept du « passage d’une vie terrestre à une vie après la mort » sans aller jusqu’à la notion de résurrection après la mort.

Les Egyptiens seraient-ils aller plus loin encore que ne l’ont exprimé les Hébreux de l’Ancien Testament ? Il est également utile de découvrir comment les Mésopotamiens et les gréco-romains se sont emparés de l’idée, avant de présenter ce qui apparaît comme le renouvellement d’une annonce de résurrection avec Jésus dans le Nouveau Testament. 

En effet il faut attendre la période des Maccabées pour voir que l’idée de la  résurrection des morts se fera jour dans la religion juive. Mais c’est seulement dans le Nouveau Testament que cette croyance deviendra un dogme de foi affirmée avec force dans les Evangiles et les Epîtres de Paul.

Osiris et Jésus, deux promesses d’éternité ? Car c’est bien ce qui se passe après la mort qui vient sujet de réflexion non seulement dans les civilisations méditerranéennes mais que l’on retrouve dans toute civilisation. Et c’est ce que veut nous faire découvrir ce numéro du Monde de la Bible.


Ce numéro est donc le bienvenu pour une réflexion jusqu’à Pâques en ce temps de Carême : un chemin d’espérance après la Semaine Sainte. Comme le dira Saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité vaine est notre foi ! » (Première Epître aux Corinthiens, 15).

Publication : Claude Tricoire. Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles.

dimanche 19 avril 2015

Quel regard porte la société sur la mort aujourd'hui ?

La mort, un temps à vivre
sous la dir. de l'Académie d'éducation et d'études sociales, Paris : François-Xavier de Guibert, 2015, 247 p.


L'Académie d'éducation et d'études sociales publie tous les ans les actes de ses journées d'études. Pour l'année 2013-2014, le thème est la mort, étudiée d'un point de vue social. Tous les angles sont abordés : acceptation de la mort, suicide des jeunes, soins palliatifs, euthanasie, pratiques funéraires, réactions des proches, ce que nous enseigne la Bible sur la mort.
Les intervenants traitent de sujets dont ils sont des spécialistes reconnus : Nicolas Aumonier est l'auteur d'un ouvrage sur l'euthanasie, Michel Aupetit, évêque de Nanterre, est un ancien médecin, Christian de Cacqueray dirige le Service catholique des funérailles de Paris. Tous ont déjà publié des travaux sur l'éthique médicale et sur la mort.
Bien que ce texte n'est pas accessible à tous, par le vocabulaire employé notamment, cet ouvrage est à recommander aux aumôniers d'hôpital et à tous ceux qui sont en contact avec des personnes en fin de vie et des familles en deuil.

Hélène Biarnais
responsable de la bibliothèque du diocèse de Gap et d'Embrun

mercredi 4 mars 2015

LA PASSION DE JESUS-CHRIST

La passion de Jésus : l'attirance universelle du crucifié
René  Coste
Paris, Parole et Silence, 2015. 228 pages

Une réflexion sur les textes évangéliques qui décrivent la Passion du Christ. En s'appuyant sur une étude exégétique et théologique, René Coste médite sur le sens à donner à la mort et à la résurrection de Jésus de Nazareth, évoquant notamment ses paroles à ses apôtres juste avant sa mort.
Ce livre sur la Passion du Christ est une méditation en profondeur des textes évangéliques qui la décrivent. S'appuyant sur une étude exégétique et théologique minutieuse, l'auteur montre comment cette passion du Fils de Dieu donne sens à notre vie et l'oriente vers un Dieu d'amour. Il s'attache tout particulièrement aux paroles de Jésus à ses apôtres juste avant de mourir.

Surtout, il rappelle que c'est justement en donnant sa vie jusqu'à la mort que Jésus parachève l'oeuvre de salut pour laquelle il est venu sur la terre. C’est donc une lecture au service de l'intelligence de la Parole et d'une vie spirituelle renouvelée autour de l'événement fondateur de la vie chrétienne : la mort et la Résurrection du Christ, Fils de Dieu.

mardi 25 novembre 2014

UN MEDECIN QUI PRATIQUE L'EUTHANASIE


Médecin catholique : pourquoi je pratique l’euthanasie
Corinne Van Oost avec Joséphine Bataille
Paris, Presses de la Renaissance, 2014. 228 pages.

            L’auteur, Corinne Van Oost, est une chrétienne angagée et médecin de soin palliatifs dans une clinique belge ; elle est également responsable du réseau de soins palliatifs à domicile de la région d’Ottignies (Belgique francophone).
            C’est dans le cadre de la loi belge que ce médecin pratique des euthanasies pour éviter aux patients de trop grandes souffrances ou une fin de vie jugée dégradante. A travers des témoignages elle nous livre son parcours : un parcours d’accompagnement des malades, un parcours de foi. « Au rebours de ceux qui avancent leur foi pour s’en abstenir, j’ai l’impression que je témoigne de Dieu et de sa compassion pour l’homme. Et dans le fond, je me respecte plus profondément ».
            Si l’objectif avoué au final est d’amener le patient à renoncer à l’euthanasie on peut tout de même s’interroger. S’agit-il toujours d’une vraie compassion à l’égard des malades et de son entourage ? Pourquoi la souffrance ne serait-elle vue que sous l’angle négatif : pourquoi ne pas aider l’autre à grandir dans sa foi surtout s’il s’agit de catholiques ? Quand on lit qu’un prêtre participe à cet acte et même l’entoure de rites il se pose là une vraie question : que célèbre-t-on au juste ? La fin d’une vie ? La mort ? Que fait-on de l’espérance chrétienne ?

            Au final cet ouvrage qui se veut un témoignage d’espoir suscite un profond malaise et pose aux chrétiens – et même au-delà de toute croyance -  les questions fondamentales : le sens de toute vie humaine, le sens de la souffrance, le sens même de la  mort. Malgré les assertions de l’auteur, la mort n’est considérée que comme une fin et non une entrée dans la Vie.