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vendredi 30 mai 2014

Un baptême à La Roche des Arnauds en 1795

Le document que nous présentons est l’acte du baptême de Pierre Pauchon, en 1795, à La Roche des Arnauds. La célébration a eu lieu à la maison, un an auparavant. L’acte est entièrement manuscrit comme cela se faisait à l’époque, puisque les formulaires n’apparaîtront qu’en 1867 dans le diocèse de Gap, précurseur en ce domaine.
Cet acte est rédigé sur un registre clandestin, comme cela est courant durant la période de la Révolution française en raison de la politique de déchristianisation. Ici, il s’agit plus vraisemblablement de la copie d’un premier registre puisque seul l’abbé Dominique Chaix a signé. 
Dominique Chaix est bien connu. Il est proche des « idées nouvelles », c’est-à-dire de la Révolution française commencée en 1789. Il prête le premier serment à la constitution civile du clergé en 1791 puis se rétracte. Il participe également à l’élection de l’évêque constitutionnel des Hautes-Alpes, Ignace de Cazeneuve (1791-1798). Prêtre typique de l’Eglise gallicane, la modération de ses idées est reconnue. L’abbé Dominique Chaix a été le maître du grand botaniste Dominique Villars et l’ami de Jean Joseph Serre, chirurgien et botaniste, ce dernier est le Jean Serre de l’acte que nous étudions. 
Cet acte de baptême est rédigé un an après la célébration « à la maison » de cette entrée dans la communauté chrétienne. Le document n’est pas le sacrement, certes ! La rédaction par les curés est toutefois obligatoire selon le droit de l’Eglise, le droit canonique. Cet acte permettra, par exemple, au baptisé de se marier sacramentellement à l’église. Nous sommes, ici, en présence d’une régularisation : certaines interviendront 25 à 30 ans après la Révolution. Si nous en croyons l’état civil de La Roche des Arnauds, consultable en ligne sur le site des archives départementales des Hautes-Alpes, Pierre Pauchon est né le 27 novembre 1794, « pendant le temps de l’expulsion des pasteurs » expliquant la célébration à la maison. 
A chaque baptisé il faut au moins un parrain et une marraine chargés de l’aider à grandir dans la foi chrétienne. L’usage veut qu’il y ait à la fois un parrain et une  marraine. Ici, la personnalité de cette dernière est intéressante : Margueritte Brochier est l’épouse de Jean Joseph Serre. Celui-ci est député à la Convention nationale, l’une des assemblées révolutionnaires. Il a été capitaine au 2e bataillon des volontaires des Hautes-Alpes. Il sera député à plusieurs reprises puis, entre 1814 et 1830, il participera à l’administration préfectorale des Hautes-Alpes. Nous sommes donc en présence d’une personne aux opinions affirmées et qui évolueront au gré des changements politiques. Son l’épouse, cependant, professe la foi catholique durant la Révolution… tout comme son collègue d’assemblée, Ignace de Cazeneuve, l’évêque constitutionnel.

jeudi 17 avril 2014

Le Bon Pasteur à Marseille


Le fonds 84 DM - Bon Pasteur comprend pour l’essentiel des archives de la Société des Prêtres du Sacré-Cœur dit du Bon Pasteur et quelques pièces concernant la paroisse du Bon Pasteur à Marseille, notamment des documents sur le cercle d’ouvriers.

Une petite communauté, formée autour des pères Boniface Dandrade, Denis et Jean-Louis Truilhard, voit ses membres consacrés au Sacré Cœur le 20 novembre 1732. La chapelle du Bon Pasteur est bâtie sur l’emplacement d’une maison et jardins achetés le 19 juillet 1733 par le père Antoine Granier, non loin de la rue d’Aix. Mgr Henri de Belsunce approuve l’établissement d’un hospice pour les enfants abandonnés et d'une œuvre de secours. Devenue rapidement trop petite, la première chapelle est détruite. La première pierre du second édifice est posée le 23 février 1737. Le séminaire est érigé en 1747 et la même année a lieu la première élection du Supérieur de la communauté. Le site est entièrement démoli en 1794 et la communauté dispersée.

vendredi 21 mars 2014

Au XVIIIe siècle, un clergé diocésain au service des fidèles

Le clergé diocésain, au XVIIIe siècle, est mieux formé qu’au siècle précédent grâce à la généralisation des séminaires. Cependant, ces lieux de formation vont souffrir du départ des Jésuites dans les années 1760. C’est l’un des soubresauts, dans l’Eglise, des luttes contre le jansénisme nées au XVIIe siècle. Les séminaires sont aussi l’une des ferments de l’effervescence révolutionnaire : Gratien, directeur du séminaire diocésain de Chartres, devient évêque constitutionnel de Seine-Inférieure à partir de 1792.

L’un des problèmes de ce clergé est celui des revenus. La portion congrue est le revenu suffisant pour vivre, elle devient synonyme de revenus étriqués. Elle concerne un tiers des curés du diocèse de Nevers à la fin du XVIIIe siècle. Les bénéfices ecclésiastiques sont aussi une source de revenus mais ils sont l’objet d’une législation solide depuis le concile de Trente (1545-1563) et d’une jurisprudence qui veulent réprimer les abus. Des évêques, en outre, rappellent qu’il ne faut pas réclamer de rétributions pour la célébration d’un mariage si la somme prévue pour la publication des bans a été payée par les fiancés.

La célébration de la Cène et du sacrifice du Christ dans la messe amène les curés à utiliser les missels diffusés dans les diocèses. Des missels diocésains sont élaborés, comme à Chartres où il est imprimé à Paris en 1782 ou à Orléans (imprimé par la veuve Rouzeau-Montault en 1774). Leur rédaction est souvent un enjeu idéologique marqué par la question janséniste. Ces missels sont très largement diffusés comme en témoigne le nombre de ceux qui sont conservés dans les bibliothèques diocésaines, certains portant des ex-libris, signe de leur utilisation. Le missel romain s’imposera dans la seconde moitié du XIXe siècle : c’est le fruit d’une inlassable pastorale des évêques et du travail de spécialistes comme Dom Guéranger de Solesmes.

Enfin, les curés ont en charge la surveillance des écoles dans un XVIIIe siècle où la scolarisation se heurte massivement à l’obstacle du travail des enfants notamment dans le milieu rural. L’agriculture, notamment, a besoin des bras ! Les curés ont aussi à tenir les registres des baptêmes, mariages et sépultures. Les législations canoniques et civiles rappellent l’obligation des dépôts annuels et de la tenue rigoureuse des actes qui doivent être signés par les intéressés, témoins et célébrant. C’est l’une des permanences de la charge des âmes.


Luc-André Biarnais

Archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun