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mercredi 9 janvier 2019

Fim Fortuna : Projection et débats dans le cadre des Rencontres cinématographiques des Droits de l'Homme à Aix


FILM FORTUNA

Fortuna 
de Germinal Roaux
Film suisse, noir et blanc, 1 h 46

Cinéma des Droits de l’Homme : « Fortuna »
LE 19 JANVIER 2019
Cinéma Les Arcades, Place Gambetta, Salon-de-Provence
Le Secours Catholique – Caritas France,et un collectif d‘ONG (Amnesty International, ACAT, CCFD-TS, la Cimade et la LD) vous invitent aux rencontres cinématographiques des droits de l’Homme :
Fortuna – L’ACCUEIL… JUSQU’OÙ ?
Fiction dramatique de Germinal Roaux 106 min – 2018

Jeune Éthiopienne accueillie dans un monastère des Alpes suisses, théâtre d’évènements qui viennent ébranler la vie communautaire. Film proposé par le Secours Catholique – Caritas France. Débat avec Jean-Yves Constantin, prêtre-ouvrier agricole, pastorale des migrants et Bernadette Rousset, écoutante AGAPA. Animé par Jean Claude Escaffit, journaliste.


SYNOPSIS ET DÉTAILS

Fortuna, jeune Ethiopienne de 14 ans, est accueillie avec d’autres réfugiés par une communauté de religieux catholiques dans un monastère des Alpes suisses. Elle y rencontre Kabir, un jeune Africain dont elle tombe amoureuse. C’est l’hiver et à mesure que la neige recouvre les sommets, le monastère devient leur refuge mais aussi le théâtre d’événements qui viennent ébranler la vie paisible des chanoines.  Ceux-ci vont-ils renoncer à leur tradition d’hospitalité ? Parviendront-ils à guider Fortuna vers sa nouvelle vie ?

 Genèse de « Fortuna »
Les projets de cinéma de Germinal-Roux démarrent toujours avec une rencontre dans la vraie vie. Pour Left-Foot-Right-Foot,  son précédent film, il s’agissait de la découverte de ces jeunes filles qui se prostituent occasionnellement pour s’acheter des fringues de luxe. Pour Fortuna, les choses ont commencé avec la compagne comédienne du metteur en scène, Claudia Gallo, qui a été engagée à Lausanne par le CREAL (Centre de ressources pour élèves allophones) afin d’encadrer des enfants roms qui traînent dans la rue. Il se rappelle : 
« De fil en aiguille, on lui a demandé de s’occuper de mineurs non accompagnés, que j’ai rencontrés à mon tour et dont les histoires m’ont bouleversé, notamment le récit d’une jeune adolescente tombée enceinte pendant son exil, qui préfigure celui de Fortuna. La situation de ces jeunes exilés était si déchirante, leurs récits si forts et courageux qu’il me fallait parler d’eux, faire quelque chose. Nous sommes tous désarmés devant ce qui se passe en Europe, en Méditerranée avec les traversées cauchemardesques auxquelles on assiste sur nos écrans et par nos radios, sans pouvoir aider. C’est terrible de se sentir impuissant devant tant de souffrance. Toutes ces réflexions nées de mes rencontres avec ces jeunes m’ont appelé à écrire l’histoire de Fortuna. Durant les premiers mois d’écriture, j’ai fait des recherches sur l’accueil des réfugiés en Suisse et c’est là que j’ai découvert que, pour pallier le manque de place dans les centres de requérants, des frères du monastère d’Einsiedeln en avaient accueilli chez eux. Du coup, cela a résonné en moi et m’a donné envie de situer le film à l’hospice du Simplon, j’aimais ce lieu que je connaissais pour y avoir déjà fait des photos. Ma rencontre avec les chanoines du Simplon a été déterminante dans l’écriture du projet Fortuna. Mois après mois mes carnets de notes se sont remplis comme un herbier, une collection d’idées et de mise en relation qui ont fini par aboutir à un projet de long métrage. »

Côté casting
Le casting a été un long travail, qui a d’abord commencé en Suisse. Germinal-Roaux avait au départ envie d’impliquer des mineurs non accompagnés dans ce projet, avant de rapidement se rendre compte que, pour des raisons émotionnelles évidentes, ce ne serait pas possible. Le réalisateur explique : « Le premier casting helvétique ne m’a pas révélé LA perle. Je voulais en effet une jeune fille qui venait juste d’arriver en Europe, encore marquée dans sa voix et dans son corps par ses origines africaines. Les jeunes filles que l’on rencontrait ici s’étaient rapidement adaptées à notre mode de vie occidental et avaient souvent perdu tout de leurs racines. Par la suite, avec l’aide d’une directrice de casting nous avons fait des recherches à Paris, puis en Afrique de l’Ouest, également restées vaines. Sur les recommandations de Ama Ampadu, une amie productrice, j’ai proposé à Ruth Waldburger d’aller faire le casting à Addis-Abeba où, durant une dizaine de jours, nous avons testé une centaine de garçons et de filles devant la caméra, et c’est là que je suis tombé sur Kidist, LA Fortuna que je cherchais, une orpheline qui parlait un peu d’anglais et avait tenu un petit rôle dans le film éthiopien Lamb de Yared Zeleke, primé à Cannes en 2015. Kidist Siyum Beza m’a tout de suite impressionné par sa présence, et la force qui émanait de sa fragilité tenant notamment à sa foi profonde. Elle rayonne : on la sent du côté de la vie malgré sa tristesse. Quant au garçon, Assefa Zerihun Gudeta, qui n’était pas prévu au casting, je l’ai rencontré parmi les nombreux curieux qui nous tournaient autour. Il avait fait un peu de théâtre, et sa présence incroyable m’a tout de suite saisi. »

Le choix Bruno Ganz
Germinal-Roaux avait pensé à Bruno Ganz en cours d’écriture du scénario de Fortuna, car il lui fallait un acteur de sa stature capable de porter le rôle du chanoine « supérieur ». Depuis Les Ailes du désir de Wim Wenders, qui lui a donné envie de faire du cinéma, le cinéaste admire Bruno Ganz pour son mélange de solidité et de douceur. Germinal Roaux se souvient :
« J’en ai donc parlé à Ruth Waldburger, nous lui avons envoyé le scénario, qui l’a beaucoup intéressé, et notre première rencontre a été marquée par une belle discussion. Il posait beaucoup de questions, sensibilisé aussi par le fait qu’Angela Merkel venait d’accueillir environ un million de réfugiés. Or, travailler avec lui m’impressionnait beaucoup, et je ne savais pas trop comment allait se faire la greffe entre cet immense comédien et une débutante. Avec la jeune Kidist, je ne voulais surtout pas risquer d’abîmer ce qu’elle pouvait amener d’elle-même à son personnage de Fortuna et pour cette raison j’ai décidé de ne jamais lui donner le scénario. Nous avons travaillé en partie sur l’improvisation ou plus exactement sur l’adaptation du dialogue au langage propre des deux acteurs éthiopiens, avec l’aide précieuse d’une interprète amharique. De son côté, Bruno Ganz exigeait la stricte interprétation d’un texte dont il garantissait de ne pas toucher une virgule. Deux façons bien différentes d’appréhender le travail et de construire les personnages du film. »

Une expérience unique
Le tournage de Fortuna a duré 37 jours, entre avril et mai 2016. Une expérience unique pour Germinal Roaux, qui a culminé au cours d’un souper commun, le soir du tournage de la descente de police à l’hospice du Simplon, réunissant les acteurs et les figurants amateurs d’origines variées, l’équipe technique et les chanoines, plus tous ceux qui ont aidé le metteur en scène et son équipe d’une façon ou d’une autre (soit 80 personnes environ). « Dans l’ensemble, le tournage du film, qui aurait pu tourner à la catastrophe du fait de la rigueur des conditions, coincés que nous étions à plus de 2000 mètres d’altitude et par un froid glacial, a vraiment été une réussite et une aventure collective marquante pour tous », se rappelle le metteur en scène.

En noir et blanc
Germinal Roaux explique au sujet du choix du noir et blanc : « Du point de vue artistique, Ruth Waldburger m’a laissé une très grande liberté. Quant au noir et blanc, c’est ma langue, et ça l’est de plus en plus. Cela me semble le médium idéal pour raconter les histoires telles que je les conçois. On pourrait en parler longuement, même du point de vue philosophique, avec le jeu de l’ombre et de la lumière, et je crois que le spectateur est engagé de façon très différente devant un film en noir et blanc. Le cinéma peut nous ramener à une expérience du temps présent et c’est cela que je recherche. Mon souci est de rendre le spectateur actif, de lui donner un rôle, de l’inviter à réfléchir sur des questions essentielles de notre condition humaine. La vraie difficulté de l’écriture cinématographique c’est de réussir à écrire l’histoire non pas de l’extérieur comme si on l’observait, mais de l’intérieur comme si on la vivait et permettre à chaque spectateur de voir son propre film en lien avec son propre vécu. Un film devrait pouvoir s’écrire dans le regard de celui qui le regarde. »




mardi 8 janvier 2019

Film Un jour ça ira


Un jour ça ira – RÊVE D’ADOS RÉFUGIÉ

Documentaire de Stan et Edouard Zambeaux 90 min – 2018
ISTRES le 10 janvier à 9h00 au Cinéma Le Coluche – Allée Jean Jaurès,



Le synopsis
Djibi et Ange, deux adolescents à la rue, arrivent à l’Archipel, un centre d'hébergement d'urgence au cœur de Paris. Ils y affrontent des vents mauvais, des vents contraires, mais ils cherchent sans relâche le souffle d'air qui les emmènera ailleurs. Et c'est avec l'écriture et le chant qu’ils s’envolent… et nous emportent. Une plongée au coeur de l’Archipel, un centre qui propose une façon innovante d’accueillir les familles à la rue et où la création vient au secours des naufragés de la vie.   

Film proposé par Ligue des Droits de l’Homme – Le Secours catholique d’Aix et Arles.
L’intégration par le chant et l’écriture au cœur d’un centre d’accueil à Paris à travers le regard de deux ados migrants. Film proposé par la Ligue des Droits de l’Homme avec la participation de Et le ciné va (Istres) Débat avec Maud Bagaria référente migration Secours Catholique Alpes Maritimes et Marc Durand, spécialiste des migrants à la Ligue des Droits de l’Homme. Animée par Hélène Mayer, présidente Secours catholique Aix & Arles



Deux critiques pour en savoir plus


L'argument : Djibi et Ange, deux adolescents à la rue, arrivent à l’Archipel, un centre d’hébergement d’urgence au cœur de Paris. Ils y affrontent des vents mauvais, des vents contraires, mais ils cherchent sans relâche le souffle d’air qui les emmènera ailleurs. Et c’est avec l’écriture et le chant qu’ils s’envolent… et nous emportent. Une plongée au coeur de l’Archipel, un centre qui propose une façon innovante d’accueillir les familles à la rue.

Notre avis : Alors qu’ils viennent de terminer un premier documentaire Des clés dans la poche sur des personnes à la rue qui se reconstruisent en Auvergne, les frères Zambeaux, (Edouard et Stan respectivement scénariste et réalisateur), infatigables baroudeurs mus par une éternelle volonté de donner un espace à ceux qui n’en ont pas, sont contactés par le Président du Samu Social et directeur d’Aurore (l’association parisienne qui accompagne les SDF et les mal-logés) qui souhaite rendre compte de la place des déshérités dans l’espace public. Leur curiosité et leur sens de l’esthétisme nous permettent de découvrir en toute dignité une réalité difficile mais jamais misérabiliste, à travers ce huis-clos installé dans le centre d’hébergement d’urgence l’Archipel où sont accueillies des familles à la rue, souvent composées d’une mère et de ses enfants.

La caméra, témoin impartial de ces vies raccommodées, se faufile le long des couloirs pour nous ouvrir les portes d’une cuisine impersonnelle, de douches spartiates et de chambres plus ou moins bien agencées (il s’agit d’anciens bureaux). Un confort basique que l’on finit par oublier car la caractéristique de ce lieu où cohabitent des personnes de tous horizons et de toutes nationalités est de parvenir à générer des initiatives et des énergies. Les enfants constituant les forces vives de l’Archipel, c’est à eux que les réalisateurs choisissent d’accorder une place centrale, tout particulièrement à Djibi, un garçon seul avec sa mère et à Ange, une fille seule avec son père. Déployant des trésors de patiente complicité et de bienveillante attention, le réalisateur suit, à travers l’atelier d’écriture auquel il s’est inscrit, le cheminement du jeune garçon protégeant, tant bien que mal, la dernier part de son enfance mise à mal par les aléas traversés. Ses écrits qu’il espère bien voir publiés dans le quotidien Libération lui permettent de se délivrer d’un passé trop lourd, mais aussi de se rêver un avenir fait de reconnaissance et de valorisation. Pour reprendre ses propres termes, il n’est qu’un serial déménageur qui habite au 115, ce qui, dans l’espace social, ne lui accorde qu’un statut « d’invisible ».

Si son regard sur le monde, sa maturité, sa détermination nous rendent immédiatement craquant ce gamin héroïque, un léger sentiment de frustration nous envahit en constatant que son seul point de vue est évoqué et que la place réservée à Ange est réduite à la portion congrue. Timide, elle se réfugie dans le chant et les occasions de la côtoyer seront trop peu nombreuses pour que l’on profite de son témoignage que l’on pressent pourtant riche. Sa prestation musicale en compagnie de Peggy la musicienne au piano nous donne néanmoins l’occasion de découvrir la beauté de l’incroyable chapelle cachée au cœur de ce no man’s land, à la fois lieu de promiscuité mais aussi cocon protecteur. L’irruption bien inutile de migrants venus de Calais ne faisant que traverser l’écran et dont on ne saura rien ne parvient heureusement pas à perturber cette alchimie précaire mais nécessaire à ces oubliés soumis à une vie d’incertitude et de ballottement.
Un documentaire plein de poésie et d’optimisme qui nous laisse l’espoir qu’un jour, ça ira.



Ange et Djibi ont 13 ans et habitent « au 115 » — le numéro de téléphone pour tenter d’obtenir un hébergement d’urgence. De chambres d’hôtel minables en foyers surpeuplés, elle et son père, lui et sa mère, n’ont connu que la préca­rité, la fatalité de devoir sans cesse ­refaire ses bagages pour rejoindre un énième logement temporaire : « Je passe ma vie à déplacer ma vie dans des valises », dit joliment Djibi, le « serial déménageur »… Quand les frères Zambeaux les ont rencontrés, début 2016, les deux collégiens avaient trouvé un refuge pas comme les autres. A L’Archipel, ancien immeuble de bureaux cossu (aujourd’hui en travaux) du très chic 8e arrondissement de Paris, les murs se délabraient et le confort était spartiate. Mais les enfants y trouvaient leur bonheur, grâce au travail exemplaire des associations et des travailleurs sociaux.
Le film, très attachant, chronique les derniers mois de cette étonnante tour de Babel sociale, entre chaleur de la vie en communauté et tension liée à l’imminence de la fermeture. Avec une justesse de tous les plans et le plus grand respect pour les « mal-logés ». Fil rouge du documentaire, les ateliers ­artistiques permettent aux enfants de mettre des mots sur leur honte, leurs souffrances, mais aussi leur espoir en une vie meilleure. Ange, la timide, s’affirme par le chant. Djibi, le chef de bande gouailleur, révèle, lui, un vrai talent d’écriture : il est même publié dans Libération, et il râle parce qu’un journaliste voudrait couper trois mots dans son article ! Quand l’adolescent, déjà si mature malgré son visage enfantin, lit devant les familles de L’Archipel le très beau texte sur son existence de « nomade », sa voix se noue. Son émotion est contagieuse.



samedi 8 octobre 2016

Le Secours Catholique : une ONG centenaire !


Le Secours Catholique (1946-2016)
François Mabille
Paris, Le Cerf (Collection Histoire), 2016. 240 pages.



« Cette association a pour objet le rayonnement de la charité chrétienne » (Article 2).


Association caritative, laboratoire d’innovation sociale, promoteur de la dignité humaine, acteur politique de la charité en actes, le Secours Catholique œuvre depuis soixante-dix ans pour venir en aide aux plus démunis. Qu’est-ce qui fait l’originalité de son action ? Comment est-il devenu la principale organisation de solidarité et de développement ? Car l’histoire du Secours Catholique, c’est la construction passionnante d’un réseau aux multiples paradoxes, inédit dans le monde associatif, où sont inextricablement liés l’Église catholique, les pouvoirs publics et la société française.

De l’aide d’urgence portée aux rescapés au sortir de la Seconde Guerre mondiale à la mobilisation, en 2016, en faveur des migrants de la jungle de Calais, du fondateur Jean Rodhain à l’actuelle présidente Véronique Fayet, des actions menées en France par des milliers de bénévoles au déploiement à l’international, François Mabille nous invite à une plongée au cœur de la solidarité, de ses mécanismes et de ses mutations au fil des décennies face aux nouveaux défis sociaux et humains.

Une enquête minutieuse sur une ONG qui contribue à édifier un monde plus juste et plus fraternel. Le mérite de cet ouvrage est aussi de nous dresser le portrait de ceux qui ont œuvré pour faire grandir l’œuvre du Père Rodhain, de nous montrer que le Secours Catholique ne saurait exister sans tous ses bénévoles 


L'auteur
Politologue, spécialiste des religions et de politique inter-nationale, François Mabille est secrétaire général de la Fédération internationale des universités catholiques (FIUC) et membre du laboratoire « Groupe sociétés, religions, laïcités » au CNRS. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’internationalisme catholique.

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles