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vendredi 5 août 2016

"Prendre soin ce n'est pas nécessairement rajouter des jours à la vie mais de la vie aux jours"

Élodie Lemoine, Jean-Philippe Pierron (dir.), La mort et le soin : autour de Vladimir Jankélévitch, coll. Questions de soin, Paris : Presses Universitaires de France, 2016, 180 p., 13 €.


La collection Questions de soin, présentée sur le site des Presses Universitaires de France, créée en 2012, met en lien philosophie, sociologie et médecine (avec par exemple Souffrance et douleur : autour de Paul Ricoeur, 2013, À quel soi se fier ? Conversations avec Winicott, 2015). Elle présente des essais sur des points médicaux précis, amenés par les progrès médicaux, qui concernent souvent la relation au patient (Le soin maternel, 2013, Le patient autonome, 2014). Elle en montre les implications politiques. Certains de ces ouvrages sont disponibles en format numérique, pour un prix réduit (à partir de 4,49 €).
Bien que les soins palliatifs n'existaient pas à sa parution en 1966, La Mort de Vladimir Jankélévitch éclaire ce que l'on appelle aujourd'hui la fin de vie. Il situe la question de la mort dans sa portée existentielle, métaphysique, morale et relationnelle : il met en lumière le paradoxe entre la certitude de la mort, partagée par tous les êtres humains, et l'incertitude de la date à laquelle elle surviendra. C'est dans cet espace que prennent place les soins palliatifs, durant lesquels l'équipe médicale doit s'occuper du patient et l'entourer, sans espoir de guérison, sans tomber ni dans l'"abandonnisme" ni dans l'acharnement thérapeutique, défini aujourd'hui comme une obstination déraisonnable.
La mort et le soin, placé sous la direction d'Élodie Lemoine, doctorante en philosophie, et de Jean-Philippe Pierron, professeur à l'université Jean Moulin-Lyon 3, revient en 10 contributions sur les apports de Jankélévitch pour les appliquer aux situations médicales actuelles : définir le temps de la fin de vie, l'espace de vie permis par l'incertitude de la date de la mort, les questions éthiques de l'euthanasie et de l'acharnement thérapeutique. Les relations que le patient entretient avec les soignants et son entourage sont longuement explorées : Tanguy Châtel, sociologue, parle de l'accompagnant, Pascale Vassal, médecin, traite de la relation de soin. La philosophe Agata Zielinski observe la personne mourante agir comme un miroir pour celles qui y sont confrontées.
Les contributeurs sont médecins et oncologues d'une part, sociologues et philosophes universitaires de l'autre. Cette interdisciplinarité ouvre un champ de réflexion très large. Il est toutefois regrettable qu'une bibliographie, même sommaire, ne soit pas proposée.
Il est intéressant de compléter cet ouvrage avec les écrits de Marie de Hennezel, qui analyse en profondeur l'expérience spirituelle des personnes en fin de vie et de leurs accompagnateurs. Elle rejoint ici Jean-Philippe Pierron, qui rappelle justement dans son introduction que "prendre soin ce n'est pas nécessairement rajouter des jours à la vie mais de la vie aux jours" (p. 8).

Hélène Biarnais
médiathèque du diocèse de Gap et d'Embrun

dimanche 19 avril 2015

Quel regard porte la société sur la mort aujourd'hui ?

La mort, un temps à vivre
sous la dir. de l'Académie d'éducation et d'études sociales, Paris : François-Xavier de Guibert, 2015, 247 p.


L'Académie d'éducation et d'études sociales publie tous les ans les actes de ses journées d'études. Pour l'année 2013-2014, le thème est la mort, étudiée d'un point de vue social. Tous les angles sont abordés : acceptation de la mort, suicide des jeunes, soins palliatifs, euthanasie, pratiques funéraires, réactions des proches, ce que nous enseigne la Bible sur la mort.
Les intervenants traitent de sujets dont ils sont des spécialistes reconnus : Nicolas Aumonier est l'auteur d'un ouvrage sur l'euthanasie, Michel Aupetit, évêque de Nanterre, est un ancien médecin, Christian de Cacqueray dirige le Service catholique des funérailles de Paris. Tous ont déjà publié des travaux sur l'éthique médicale et sur la mort.
Bien que ce texte n'est pas accessible à tous, par le vocabulaire employé notamment, cet ouvrage est à recommander aux aumôniers d'hôpital et à tous ceux qui sont en contact avec des personnes en fin de vie et des familles en deuil.

Hélène Biarnais
responsable de la bibliothèque du diocèse de Gap et d'Embrun

mardi 25 novembre 2014

UN MEDECIN QUI PRATIQUE L'EUTHANASIE


Médecin catholique : pourquoi je pratique l’euthanasie
Corinne Van Oost avec Joséphine Bataille
Paris, Presses de la Renaissance, 2014. 228 pages.

            L’auteur, Corinne Van Oost, est une chrétienne angagée et médecin de soin palliatifs dans une clinique belge ; elle est également responsable du réseau de soins palliatifs à domicile de la région d’Ottignies (Belgique francophone).
            C’est dans le cadre de la loi belge que ce médecin pratique des euthanasies pour éviter aux patients de trop grandes souffrances ou une fin de vie jugée dégradante. A travers des témoignages elle nous livre son parcours : un parcours d’accompagnement des malades, un parcours de foi. « Au rebours de ceux qui avancent leur foi pour s’en abstenir, j’ai l’impression que je témoigne de Dieu et de sa compassion pour l’homme. Et dans le fond, je me respecte plus profondément ».
            Si l’objectif avoué au final est d’amener le patient à renoncer à l’euthanasie on peut tout de même s’interroger. S’agit-il toujours d’une vraie compassion à l’égard des malades et de son entourage ? Pourquoi la souffrance ne serait-elle vue que sous l’angle négatif : pourquoi ne pas aider l’autre à grandir dans sa foi surtout s’il s’agit de catholiques ? Quand on lit qu’un prêtre participe à cet acte et même l’entoure de rites il se pose là une vraie question : que célèbre-t-on au juste ? La fin d’une vie ? La mort ? Que fait-on de l’espérance chrétienne ?

            Au final cet ouvrage qui se veut un témoignage d’espoir suscite un profond malaise et pose aux chrétiens – et même au-delà de toute croyance -  les questions fondamentales : le sens de toute vie humaine, le sens de la souffrance, le sens même de la  mort. Malgré les assertions de l’auteur, la mort n’est considérée que comme une fin et non une entrée dans la Vie.