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jeudi 8 octobre 2020

Fratelli tutti : nouvelle encyclique du Pape François

 

 “Fratelli tutti”, la nouvelle encyclique du Pape François

 


La fraternité et l’amitié sociale sont les voies indiquées par le Pape pour construire un monde meilleur, plus juste et plus pacifique, avec l’engagement de tous, peuples et institutions. Il rappelle avec force l’opposition à la guerre et à la mondialisation de l’indifférence.

 

Quels sont les grands idéaux mais aussi les voies concrètes que peuvent parcourir ceux qui veulent construire un monde plus juste et plus fraternel dans leurs relations quotidiennes, dans leur vie sociale, dans la vie politique, dans les institutions ? C’est la question à laquelle veut répondre Fratelli tutti, que le Pape présente comme une « encyclique sociale ». Elle tire son titre des Admonitions de saint François d’Assise, qui utilisait ces paroles « en s’adressant à tous ses frères et sœurs, pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile ». L’encyclique a pour objectif de promouvoir une aspiration mondiale à la fraternité et à l’amitié sociale. 

« Quand je rédigeais cette lettre, a soudainement éclaté la pandémie de la Covid-19 qui a mis à nu nos fausses certitudes », écrit François. Mais la crise sanitaire mondiale a démontré que « personne ne se sauve tout seul » et qu’est vraiment arrivé le moment de « rêver d’une seule et même humanité » dans laquelle nous sommes « tous frères ».


http://www.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20201003_enciclica-fratelli-tutti.pdf


https://fr.aleteia.org/slideshow/les-passages-cles-de-lencyclique-fratelli-tutti


 

Les deux prières du pape François à découvrir dans Fratelli tutti

  

L’encyclique se termine sur deux prières composées par le souverain pontife lui-même. L’une est adressée au Créateur et invite à « reconnaître le bien et la beauté » de chaque peuple tandis que l’autre est une prière œcuménique.

 

 Prière au Créateur

 

Seigneur et Père de l’humanité,
toi qui as créé tous les êtres humains avec la même dignité,
insuffle en nos cœurs un esprit fraternel.
Inspire-nous un rêve de rencontre, de dialogue, de justice et de paix.
Aide-nous à créer des sociétés plus saines
et un monde plus digne,
sans faim, sans pauvreté, sans violence, sans guerres.
Que notre cœur s’ouvre
à tous les peuples et nations de la terre,
pour reconnaître le bien et la beauté
que tu as semés en chacun
pour forger des liens d’unité, des projets communs,
des espérances partagées. Amen !

 

 

Prière chrétienne œcuménique

 

Notre Dieu, Trinité d’amour,
par la force communautaire de ton intimité divine
fais couler en nous le fleuve de l’amour fraternel.
Donne-nous cet amour qui se reflétait dans les gestes de Jésus
dans sa famille de Nazareth et dans la première communauté chrétienne.
Accorde aux chrétiens que nous sommes de vivre l’Évangile
et de pouvoir découvrir le Christ en tout être humain,
pour le voir crucifié
dans les angoisses des abandonnés et des oubliés de ce monde
et ressuscité en tout frère qui se relève.

Viens, Esprit saint, montre-nous ta beauté
reflétée en tous les peuples de la terre,
pour découvrir qu’ils sont tous importants, que tous sont nécessaires, qu’ils sont des visages différents de la même humanité que tu aimes. Amen !

 

Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


mardi 28 juillet 2015

LAUDATO SI : l'ENCYCLIQUE DU PAPE FRANÇOIS

Laudato si : le cri du pape François
Laudato si : que dit l’encyclique du pape François?

Pour sa première  encyclique écrite entièrement de sa main, le pape François n'a pas voulu d'un titre latin. Empruntant les belles invocations du Cantique des créatures de saint François, Laudato si s'inscrit d’emblée dans la lignée franciscaine, louant les beautés de la nature, notre maison commune, notre sœur, avec laquelle nous partageons notre existence. « Loué sois-tu mon seigneur pour soeur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe », chantait hier François d'Assise. Aujourd'hui, notre sœur souffre et gémit, la maison va mal, et ses habitants aussi.
Le pape François n’est pas le premier pape à s'élever avec autant de force contre la dégradation de la planète et l’exploitation éhontée des ressources naturelles. Dès le concile Vatican II, la conscience écologique de l'Église s’est affirmée et tous les papes se sont largement exprimés sur le sujet. Mais cette encyclique est la première à aborder le sujet de façon aussi approfondie, faisant du souci écologique bien plus qu’une simple inquiétude de surface : une véritable angoisse pour les générations à venir, un appel vibrant à la conversion. L’écologisme intégral dont parle François se déploie dans toutes les directions : économique, politique, religieuse. Ce texte s'appuie, entre autre, sur les travaux des conférences épiscopales d’Amérique latine, qui depuis des années s'élèvent contre l’exploitation des terres et de leurs habitants.
Construit autour de 6 chapitres, ce texte, au ton souvent dramatique, se décline comme une vaste fresque d’un monde post industriel qui a fait de la croissance économique son moteur principal, n’écoutant ni la clameur des pauvres, ni les gémissements d’une planète à bout de souffle. Conscient de la complexité des problèmes, le pape François y lance un appel pressant pour que tous, dirigeants politiques, financiers, économiques, et simples citoyens dialoguent, agissent et… changent de vie.    

Chapitre 1 : ce qui se passe dans notre maison
Pollution, culture du déchet, réchauffement climatique, déforestation, extinction des espèces, problème de l’eau, dans ce premier chapitre le pape revient longuement sur la dégradation de notre environnement, qui va de pair avec la dégradation sociale. Car, rappelle François, nous ne pouvons aujourd'hui parler d’environnement sans écouter la clameur de la terre et la clameur des pauvres, exposés à toutes sortes de trafics et à la perte d’identité. "Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre qui se joignent aux gémissements des abandonnés du monde" : situations insoutenables, qui peuvent conduire à de nouvelles guerres. Bien sûr, avance le pape, l’espérance chrétienne invite à reconnaître qu’il y a toujours une porte de sortie, mais reprend-il avec un ton presque douloureux, reconnaissons que "l’actuel système mondial est insoutenable" et que "la croissance n’a pas eu de retentissement sur la vie quotidienne de certaines populations marginalisées". 

Chapitre 2 : l'Evangile de la création
Après un premier chapitre au scénario catastrophe, le second revient longuement, et souvent de façon lyrique, sur les textes bibliques dont la sagesse a traversé les siècles et qui peuvent encore nous parler. Oui, nous avons été créés, par amour, par un père créateur et unique maître du monde, attaché à la plus petite et insignifiante de ses créatures. Ce créateur nous a confié un monde fragile, interpellant notre esprit pour "reconnaître comment nous devrions orienter, cultiver et limiter notre intelligence. « Ce monde, qui a encore besoin de développement, nous est confié et nous marchons avec lui vers la plénitude de Dieu "où le Christ ressuscite embrasse et illumine tout". Ce chapitre, où Teilhard de Chardin est cité, a des accents très franciscains. Le pape évoque "l’univers matériel qui est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée pour nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu". Comment, se demande alors  François, "être écologiste sans avoir un amour sincère pour tous les êtres humains ?" Tout est lié et comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs, "dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l'amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi avec une tendre affection à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière, et à la mère terre".

Chapitre 3 : la racine humaine et la crise écologique
Dans ce chapitre qui tranche avec la douceur et la tendresse du précédent, le pape revient sur le paradigme technocratique dominant et la place de l’être humain et de son action dans le monde.
Ne reniant pas le "merveilleux" de l’activité humaine et la créativité de tous ceux qui ont permis les progrès de l’humanité, le pape revient longuement sur cette technique qui donne à l’homme "un terrible pouvoir". Hier l'homme accompagnait la nature, aujourd'hui, il l’écrase. "Voilà pourquoi l’être humain et les choses ont cessé de se tendre amicalement la main". On presse les biens de la planète au-delà des limites. Cette logique de domination de la technique étend son emprise sur le politique et l’économie sans prêter attention aux conséquences négatives sur l’environnement. Et le pape de fustiger la théorie "bien installée selon laquelle la croissance des marchés est une solution aux problèmes de la misère".
C’est ici que le pape revient sur la présentation inadéquate à ses yeux d’une anthropologie chrétienne qui conduit  à soutenir que l’homme doit dominer la nature :  "un rêve prométhéen de domination sur le monde qui a donné l’impression que la sauvegarde de la  nature est pour les faibles". L’homme, nous dit le pape, n'est pas "le seigneur de l’univers, il en est l’administrateur responsable".
Dans ce chapitre, François revient sur cette conception qui lui est chère et que l’on retrouve souvent dans ce texte : tout est lié. Et la crise écologique est une manifestation de la crise culturelle éthique et spirituelle de la modernité.
Ce pouvoir de l’homme sur la nature, souvent dénoncé par le pape, a pour lui des conséquences désastreuses sur un style de vie qu’il qualifie de "dévié" c'est-à-dire en proie au "relativisme pratique" qui fait qu'on ferme les yeux sur l’exploitation des enfants, la traite d’êtres humains, la criminalité organisée, le narco-trafic, le commerce d'animaux en voie d’extinction... tout cela donne une culture corrompue, une logique du "utilise et jette" qui engendre tant de désastres.
Et de terminer  sur cette crise socio-environnementale qui requiert "une approche intégrale pour combattre la pauvreté, rendre la dignité aux exclus et simultanément, préserver la nature" car, encore une fois, tout est lié... 

Chapitre 4 : une écologie intégrale
Voici une expression chère au pape, sur laquelle il revint longuement dans ce chapitre, dans lequel il s’adresse plus précisément aux organisations politiques. Peut-on espérer que la législation et les normes relatives à l’environnement soient bien efficaces ? Pouvons-nous être sûrs que certains pays ne violent pas systématiquement les lois existantes ? Comment prendre en compte la construction de nouvelles villes, comment respecter les cultures locales, préserver les richesses des peuples ? Nous courons vers l’homogénéisation si préjudiciable à l’harmonie des cultures. Et le pape de s’alarmer contre les grands mégapoles, bruyantes, polluées, dont les habitants les plus pauvres s’entassent dans des quartiers insalubres. Nous avons besoin du beau, ne cesse de dire François, nous avons besoin de nous sentir à la maison, besoin de nous sentir en harmonie avec notre loi morale inscrite au fond de nous. C’est cela aussi qui fonde notre dignité. Allons-nous alors changer de style de vie ? Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? C'est avec des mots très forts et presque désespérés que François conclut ce chapitre.  "L’homme et la femme post modernes courent le risque  permanent de devenir profondément individualistes, et beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté, aux crises des liens familiaux et sociaux, aux difficultés de la reconnaissance de l’identité". 

Chapitre 5 : quelques lignes d’orientation et d’action
Dans ce chapitre, le pape donne des conseils qui permettraient de sortir de cette spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous sommes engagés. C’est un chapitre très politique dans lequel  il invite les gouvernants à plus de transparence et de souci du bien commun.
Il revient longuement sur les efforts du mouvement écologique mondial et les sommets mondiaux de ces dernières années. Il se félicite des avancées dans certaines stratégies écologiques et dans l'imposition de mesures adéquates. Mais il déplore un affaiblissement des États nationaux du fait de la finance et de l’économie qui a pris le pas sur la politique.
C’est avec force qu'il invite à un travail honnête et transparent pour que les besoins particuliers ne prennent pas le pas sur le bien commun. Et de prôner "une certaine décroissance dans quelques parties du monde mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d'autres parties". 

Chapitre 6 Éducation et spiritualité écologique
L’humanité doit changer et prendre un nouveau départ. C’est là la conclusion du pape. Et de donner des pistes pour un nouveau style de vie. Responsabilité des consommateurs, éducation à de nouveaux comportements, susciter une culture de vie au sein même de nos familles, éveiller au beau. François réveille nos consciences et appelle aussi l’Église à plus d’austérité responsable. Ce chapitre est l’occasion de tracer les lignes "d’une spiritualité de la sobriété, de la capacité à jouir de peu" et du retour à la simplicité. Il cite longuement et à plusieurs reprises sainte Thérèse et sa petite voie de l’amour, ainsi que Jean de la Croix qui enseigne qu’on ne peut rien admirer sans admirer la grandeur de Dieu. C’est ainsi que le pape appelle tous les hommes à œuvrer pour le bien de la terre, là où ils trouvent. Ce travail et cette attention sont pour lui un chemin de vie spirituelle et d’avancée vers Dieu.

Publication Claude Tricoire
                     Bibliothèque diocésaine - Aix-en-Provence


vendredi 3 juillet 2015

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI'


Lettre  Encyclique "Laudato si"
Pape François
Paris, Parole et Silence, 2015. 190 pages


Trois clés, trois axes, trois cris
"Tout est lié, tout nous est donné, tout est fragile." On peut retenir trois clés de lecture poiur comprendre l’encyclique sur l’écologie intégrale, qui sont trois piliers autour desquels s’articulent la réflexion du Pape

Tout est  est donné, fragile
Premier centre, première expression qui revient constamment : tout est lié. Cela est dit et redit en permanence dans cette encyclique. L'idée d'écologie et de rapport à la terre ne peut être conçue indépendamment par rapport aux humains, à Dieu, aux institutions, à la culture, à la politique, à l'économie. Le Pape pose là une définition courageuse de l'environnement : la relation existant entre la nature et la société qui l’habite. Cette dimension relationnelle est au cœur de l’encyclique.

Deuxième pivot : le don, le rappel que tout nous est donné. Cette terre dégradée, il faut avant tout se rappeler que c’est un don. Un rappel lié à la destination universelle des biens, un des principes-clés de la doctrine sociale de l’église.

Troisième centre de gravité de ce texte : la fragilité. Dans ce lien entre la terre et les hommes, tout est fragile. L'interdépendance entre les deux est totale. Ce document dit qu'aujourd'hui, on ne peut pas concevoir l’un sans l’autre, la lutte contre la pauvreté indépendamment de la lutte pour le respect de la terre et l'écologie.

Trois concepts forts
Par ailleurs, cette encyclique expose trois concerts forts. D'abord, bien sûr, la notion d’écologie intégrale. Une notion à mettre en parallèle du principe de développement intégral, dans la doctrine sociale de l’Église. Mais ici, le Pape va plus loin et parle d'écologie intégrale.

Autre concept : la notion de création. Un chapitre de cette encyclique est intitulé "Évangile de la création". Comme dans un parcours biblique, il est fait appel à l'Ancien et au Nouveau Testament pour montrer comment, dans la Bible, le rapport à la nature et à l'humain vont ensemble. Il y a là une théologie de la création, qui déconstruit tout rapport de domination à la terre.

Troisième mot clé : le dialogue. Un chapitre de cet encyclique propose des actions,  décliner l'action en termes de dialogue. C'est une invitation à l’Église à se situer face au monde, dans une relation de dialogue.

Trois cris associés à ces trois concepts

On peut aussi distinguer trois cris, trois appels, correspondant à ces trois concepts. D'abord un appel à construire notre maison commune. Dans cette construction, on va parler des différentes responsabilités, de dette écologique, les pays riches ayant plus profité de cette maison que les pays pauvres. En même temps, ce texte parle de louange. C’est le Cantique des créatures de saint François qui rythme l’encyclique. Cette maison commune est aussi à célébrer.

Deuxième cri, aussi une notion forte ; l'invitation à la conversion écologique, à trois niveaux. La gratitude permet de se reconnaître dans ce monde donné. La communion rappelle très fortement qu'il n'est pas de conversion sans conversion communautaire. La dimension communautaire est centrale. Cette conversion écologique s’inscrit enfin dans l’espérance. Elle ne demande pas seulement de réparer le mal fait à la terre et à la nature, mais ouvre à la possibilité d’une nouvelle création. Elle invite à la créativité et à l'enthousiasme.

Troisième et dernier appel, c’est celui à une révolution culturelle. Il faut un nouveau paradigme, quelque chose de radicalement nouveau pour construire le monde à venir. Il faut changer de style de vie, changer au niveau éducatif. Il faut de la sobriété, non pas dans une approche sacrificielle, mais comme une expérience libératrice. Il ne s'agit pas seulement d'une réduction de sa consommation : dans cette sobriété se joue notre liberté. Dernier élément : la célébration. Il faut célébrer cette belle création qui nous est donnée. Elle est source d’émerveillement et il ne faut pas l’oublier.

lundi 9 septembre 2013

La première encyclique du pape François commentée par Mgr. Dufour


Le 29 juin 2013, un peu plus de 100 jours après son élection, le pape François a signé sa première encyclique. « Une lettre écrite à quatre mains » dira-t-il. Et il écrit : « Benoît XVI avait déjà pratiquement achevé une première rédaction…