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jeudi 2 août 2018

Le silence ; comme introduction à la métaphysique

Le silence : comme introduction à la métaphysique
Joseph Rassam ; Préface de Philippe-Marie Margelidon.
Perpignn, Paris, Artège – Lethielleux, 2017, 280 pages

Joseph Rassam (1917-1977), philosophe thomiste, professeur apprécié, aura laissé une œuvre brève dont on réédite, avec soin et de nombreux amendements, un texte daté de 1962, paru posthumément en 1980 et réédité en 1988. Parler du silence est aussi aventureux, voire plus, que de parler du langage. Les grands livres sur le silence sont rares (celui de Max Picard, Le monde du silence, 1954, est évidemment de nombreuses fois cité) ; celui de l'auteur est sous-tendu par une thèse « à la suture de la phénoménologie et de l'ontologie ». Le silence n'est pas l'envers négatif de la parole, il hante toute parole. La parole humaine n'est pas démiurgique, elle ne parle qu'à recevoir ce dont elle est l'offrande. « La métaphysique n'est pas, à proprement parler, un discours sur l'être, mais plutôt le discours de l'être en nous. » Et ce discours est ineffable, non pas indicible (l'ineffable étant l'envers positif de l'indicible, il est le trop inépuisable de ce qui excède tout dire). C'est grâce au silence, « berceau de la parole », que nous pouvons nous entendre ; par son entremise, nous communiquons avec l'être. Il n'y a pas d'antéprédicatif : « L'expérience métaphysique, et c'est en cela qu'elle est acte de silence, est l'attention à travers les essences qui définissent les étants à l'acte qui les fait être. » Réalisme thomiste ! « Attention » : le mot est philosophiquement et spirituellement riche, il est inséparable du silence. L'attention est ouverture, disponibilité, écoute, façon d'être à l'autre, à l'être. À autrui, au monde. Ce livre minutieusement écrit, dense – aucun mot, aucune phrase, aucune référence ne venant encombrer ou combler le vide –, mérite une lecture attentive.

Source : Revue Etudes, numéro de avril 2018.
https://www.revue-etudes.com/article/le-silence-comme-introduction-a-la-metaphysique-de-joseph-rassam-19217  


L’auteur : Joseph Rassam
Docteur et agrégé de philosophie, Joseph Rassam (1917-1977) a dessiné, entre les philosophies de la subjectivité et de l'intériorité, les contours de ce qu'on peut appeler un « réalisme spirituel ». Il est l'auteur de trois ouvrages sur la métaphysique de saint Thomas d'Aquin.


Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles




lundi 15 janvier 2018

Rencontre autour du livre Silence au Centre Saint Jean (Aix-en-Provence) le 24/01/2018

Silence
Shûsaku Endô
Paris, Folio, 2010. 304 pages


Dans le cadre des rencontres Culture et foi  : le mercredi 24 janvier à 20h30 au centre Saint-Jean, présentation par Jean-Marie ROUX du roman de SHÛSAKU ENDÔ : « Silence », un livre qui a pour trame l’éradication brutale, au début du XVIIème siècle du christianisme au Japon.
Ce roman nous interroge à double titre : -Pourquoi Dieu reste-t-il silencieux face aux souffrances qu’un pouvoir cruel fait subir à ceux qui ont cru en sa Parole ? Et - Le christianisme peut-il prendre racine dans des cultures différentes de celles où il est né ?


Présentation de l'éditeur

Japon, 1614. Le shogun formule un édit d'expulsion de tous les missionnaires catholiques. En dépit des persécutions, ces derniers poursuivent leur apostolat. Jusqu'à ce qu'une rumeur enfle à Rome : Christophe Ferreira, missionnaire tenu en haute estime, aurait renié sa foi. Trois jeunes prêtres partent au Japon pour enquêter et poursuivre l'œuvre évangélisatrice... Dans ce roman encensé par la critique internationale, Shûsaku Endô éclaire une part méconnue de l'histoire de son pays. Ce roman d'aventures se fait réflexion sur le caractère universel des religions et le sens véritable de la charité chrétienne, témoignage étonnant des relations complexes entre Japon et Occident.

Biographie de l'auteur

Né à Tokyo en 1923, Shûsaku Endô vit quelques années en Mandchourie jusqu'au divorce de ses parents. Sa mère, une femme très catholique, s'installe alors avec lui à Kohe et le fait baptiser en 1935, sous le nom de Paul. Mais être catholique au Japon dans les années 1930 n'est pas toujours très bien perçu... Après des études à l'Université Keio, il part étudier la littérature française à Lyon où il découvre les œuvres de Bernanos, Claudel et Mauriac. Des problèmes pulmonaires l'obligent à rentrer au Japon et à rester alité pendant un an. Il commence alors à écrire. Son expérience en Occident lui fournit le cadre de son premier roman, L'homme blanc, en 1955, pour lequel il obtient le prix Akutagawa. Il réfléchit à la problématique de la foi chrétienne au Japon, pays fort éloigné de l'idée du monothéisme, et tente de comprendre les causes du mal. En 1964, parait Lu fille que j'ai abandonnée, adapté au cinéma en 1997 par Kumai Kei : après des années, le narrateur se souvient d'une aventure pour lui sans lendemain avec Mitsu, une jeune fille très naïve. Obsédé par le désir de la revoir, il découvrira son tragique destin. Dans Le fleuve sacré, tous les personnages sont à la recherche de quelque chose. Parmi le groupe de touristes japonais en voyage en Inde, qui retrouvera la paix, la régénération de l'âme et du cœur dont chacun a tant besoin ? Shûsaku Endô est également l'auteur de nombreuses nouvelles, dont certaines, écrites entre 1959 et 1985, sont réunies dans Une femme nommée Shizu et reprennent les grandes interrogations qui ont tourmenté l'écrivain toute sa vie. Son écriture sobre mêle fiction et aveu intime tout en se défiant du pathétique. Shûsaku Endô est mort à Tokyo en 1996.Couronnée par les plus grands prix littéraires du Japon, traduite en vingt et une langues, son œuvre était considérée par Graham Greene, dont les préoccupations étaient proches des siennes, comme " celle d'un des plus grands romanciers de notre temps ".

vendredi 17 mars 2017

Silence : un livre, un film

Silence
Shusaku Endo
Paris, Gallimard, 1966.


Silence (en japonais 沈黙 ou Chinmoku) est un roman historique, écrit en 1966 par Shusaku Endo, écrivain japonais catholique. Sous forme littéraire de journal personnel et lettre envoyée en Europe à ses supérieurs il illustre le drame de conscience vécu par les missionnaires jésuites européens au Japon du XVIIè siècle qui connait de grandes persécutions antichréteinnes et sont les témoins des tortures infligées à ceux qu'ils ont convertis au christianisme. Explorant le thème du ‘silence de Dieu’ au milieu de la souffrance subie en son nom, le roman obtinten 1966 le prix Tanizaki et qui est considéré comme le chef-d'oeuvre de Shusaku Endo.


Cadre historique et intrigue
Au XVIIè siècle, après un mouvement de conversions au christianisme, la toute jeune Eglise entre dans une ère de graves persécutions. La persécution des chrétiens et de leurs prêtres (le plus souvent étrangers) est sévère; les tortures infligées pour obtenir le reniement de la foi chrétienne sont  raffinées et atroces.  C'est dans ce contexte que deux jésuites portugais, le Père Rodriguez et le Père Garpe malgré les graves dangers qui les attendent, se rendent au Japon pour y soutenir les chrétiens et enquêter sur le cas d’un missionnaire (le Père Ferreira) qui succombant aux tortures avait abjurer. Ils y arrivent mais sont bientôt découverts et emprisonnés.
La moitié du roman est le "journal personnel" tenu par le jeune missionnaire, le Père Sébastien Rodrigues, tandis que l'autre moitié est écrit à la troisième personne, et consiste en lettres des autres associés au récit narratif. Le roman raconte les procès des chrétiens et les difficultés croissantes subies par Rodrigues.
Sébastien Rodrigues et son compagnon, le père François Garpe arrivent auJapon en 1638. Ils trouvent une population qui vit sa foi dans la clandestinité. Pour dénicher les chrétiens cachés, les hommes du gouverneur forcent ceux qu’ils soupçonnent de l’être à piétiner une image du Christ (épreuve du fumi-e. Ceux qui refusent sont emprisonnés et torturés à mort.
Rodrigues et Garpe ne sont pas en mesure de poursuivre longtemps leur ministère pastoral. Bientôt arrêtés ils sont contraints à être témoins de la mort lente et cruelle de chrétiens japonais refusant d’abandonner leur foi. Il n'y a pas de gloire dans ces martyrs en vient à  penser Rodrigues au contraire de ce qu’il avait imaginé, mais seulement brutalité et cruauté.
Avant l'arrivée de Rodrigues, les autorités avaient tenté de forcer les prêtres à l'apostasie en les torturant plus moralement que physiquement. Le succès obtenu avec le père Ferreira qui apostasia sous la torture et qui devint ensuite leur allié, les fait changer de stratégie. Ils forcent les prêtres à regarder les tortures et tourments infligés à leurs chrétiens leur faisant comprendre qu’ils en sont responsables et qu’il leur suffit de renoncer à la foi pour mettre fin à la souffrance de leurs convertis.
Dans son journal Rodrigues décrit ses combats et débats intérieurs. Il comprend que l’on puisse accepter de souffrir pour défendre sa foi. Mais sous la pression de Ferreira, face au silence de Dieu (d’où le titre du livre)  il prend le parti d’abjurer pour sauver des vies et mettre aux souffrances endurer par les autres.
À un moment paroxystique de l’action, Rodrigues entend les gémissements de ceux qui ont abjuré, mais doivent rester dans le puits de torture jusqu'à ce que lui-même bafoue l'image du Christ. Alors que le regard de Rodrigues se porte sur l’image du Christ, prête pour le fumii-e, celui-ci rompt son silence et Rodrigues entend : « Piétine ! Piétine ! Mieux que quiconque je connais la souffrance. Piétine ! C’est pour être piétiné par les hommes que je suis venu au monde ! C’est pour partager la douleur des hommes que j’ai porté ma croix ! » Rodrigues s’exécute et les chrétiens sont libérés.
Une autre figure importante dans ce livre – comme dans le film : la figure du traitre. L’auteur a une tendresse particulière pour cet homme faible qui renie sans cesse, qui dénonce les chrétiens aux japonais, qui dénonce Rodriguez aux autorités  mais qui demande à chaque fois l’absolution. Et c’est cet homme qui finalement restera aux côtés de Rodriguez restant toujours le « Père » et vers qui il se tournera pour recevoir une dernière absolution.


Réception
Le roman fut un grand succès en librairie. Au Japon, il reçut le prix Tanzaki parce que considéré comme étant le meilleur roman de l’année 1966 et fut souvent l’objet d’analyses critiques. La représentation d’un Dieu qui souffre avec l’homme au lieu de supprimer la souffrance, interpelle ce qui fait la culture japonaise. Endo, dans son livre Une vie de Jésus, affirme que la culture japonaise s’identifie volontiers avec Celui qui « souffre avec nous » et qui ne tient pas compte de nos faiblesses... « J'ai essayé, non pas tellement de raconter un Dieu-Père, image qui a tendance à caractériser le christianisme, mais plutôt de représenter l'aspect maternel et bienveillant de Dieu révélé dans la personne de Jésus ».


Adaptations
Adapté une première fois au cinéma en 1971 par Masahiro Shinoda, le livre vient d'être porté sur les écrans par le réalisateur américain Martin Scorsese. Le film se révèle fidèle au roman et permet au spectateur le drame vécu au Japon pendant cette période. Le spectateur est inviter à se poser des questions : le sens du martyr, le douloureux problème de l'apostasie ainsi que les conséquences des missions dans un pays à la culture des missionnaires étrangers.


source : Wikipédia
publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles