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mardi 18 juin 2019

L'initation des chrétiens par Jean-Marie Brauns





L’initiation des chrétiens : 
de l’anthropologie à la théologie
Jean Marie Brauns
Paris, Artège-Lethielleux, 2019. 513 pages
Par  

La pratique et la notion d'initiation ont des racines plus vieilles que le christianisme. Elles naissent en milieu païen, dans la Grèce archaïque. Depuis, la notion a été reprise et réinterprétée dans diverses traditions, dès l'Antiquité et jusqu'à nos jours. Actuellement, l'idée d'initiation désigne tout à fait globalement "les premiers pas" dans à peu près n'importe quelle discipline ou activité.
Or, à voir de plus près, il s'agit plus précisément "du premier pas" , "le pas décisif" , essentiellement cultuel et communautaire, par lequel un sujet est agrégé à un nouveau corps social. La notion d'initiation n'est pas biblique, et les auteurs chrétiens des premiers siècles paraissent éviter délibérément le vocabulaire typique lié aux pratiques d'un paganisme encore bien vivant, alors qu'à la même époque les modalités d'intégration de la communauté chrétienne - essentiellement rituelles et communautaires - se fixent.
Le thème de l'initiation chrétienne est relativement récent : il date de la fin du XIXe siècle. L'un des rituels majeurs de l'Eglise catholique en porte d'ores et déjà le nom. Cette étude se pose trois questions : qu'est-ce que l'initiation en tant qu'acte humain, en-deçà de la polyvalence actuelle du terme ? En quoi la pratique appelée "initiation chrétienne" est-elle une initiation ? Comment la Révélation de Dieu en Jésus Christ appelle-t-elle une pratique de ce genre ?

Jean-Marie Brauns (1969) est Docteur en théologie.
Prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, il enseigne au séminaire Saint-Sulpice d'Issy les Moulineaux.

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L’expression ‘initiation chrétienne’ est aujourd’hui complètement passée dans le langage courant de notre pastorale catholique. Deux exemples suffisent pour le prouver : d’une part, le rituel pour les sacrements de baptême, confirmation et eucharistie des adultes, le fameux RICA paru en 1997, porte son nom ; d’autre part, les évêques de France, dans leur texte pour l’orientation de la catéchèse en France de 2006, ont pris comme fil rouge la ‘pédagogie de l’initiation’.
Or, assez bizarrement, il n’existait pas jusqu’à ce jour d’étude un peu consistante sur ce concept qui a gagné du terrain en France récemment (le livre du Père Louis Bouyer de 1958, réédité en 2012, intitulé Initiation chrétienne, ne portant pas sur le processus rituel tel que nous l’entendons aujourd’hui). Il faut donc remercier le Père Jean-Marie Brauns, sulpicien, actuellement enseignant au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, d’avoir consacré beaucoup de temps et d’énergie à une pareille étude menée dans la cadre d’une thèse en théologie soutenue à la Catho de Toulouse fin 2017.

Spécificité de l’initiation  chrétienne
Son but est très clair : « Déterminer, dans une perspective théologique, comment l’initiation chrétienne est une initiation, et en quoi cette initiation est chrétienne », indique-t-il dans son introduction. Son plan ne l’est pas moins, assez classique, presque scolaire. Il commence par étudier ce qu’est l’initiation, au sens le plus large du terme. Pour cela, il a choisi quatre champs (qu’il préfère appeler ‘faisceaux’), bien distincts : les cultes à mystère de l’Antiquité – les coutumes des populations dites primitives – la maîtrise d’un artisanat, notamment dans les compagnonnages – le gnosticisme.
Au terme d’une analyse fouillée, il en arrive à la conclusion que, dans tous les cas, l’initiation « a pour effet un changement (qui) s’explicite selon les registres de l’agrégation ou de l’illumination ou, encore, plus typiquement, par combinaison de l’une et de l’autre ». Suivent alors des études, aussi très minutieuses, à partir de l’Ancien Testament, du Nouveau et des Pères de l’Église, avant et après l’Édit de Milan. Dans la toute dernière partie, il tente de ressaisir théologiquement tout ce qu’ont pu lui apporter la sociologie, l’exégèse et la patristique.
On peut retenir deux séries de conclusions, à partir du but initial de l’auteur : les premières portent sur le rapport de l’initiation chrétienne à toutes les autres initiations, au sens large. Monsieur Brauns affirme ceci : « Le baptême chrétien apparaît comme une initiation, au même titre anthropologique que les autres traditions qualifiées du même vocable. Ses spécificités ne le font pas sortir du genre. En sens inverse, présenter l’initiation chrétienne, implicitement ou explicitement, comme le modèle définitif du genre reviendrait à lui méconnaître cet enracinement anthropologique, et relèverait par ailleurs de l’anachronisme. »

« Une nouvelle incarnation »
Ensuite, touchant à la théologie même de l’initiation chrétienne, notre auteur rattache à cette dernière deux concepts importants (qui figuraient d’ailleurs dans le titre de la thèse originaire) : le corps et le mystère et, d’ailleurs, dans ses recherches bibliques et patristiques, il a longuement scruté tout ce qui relève de ces deux mots-là.  Et, dans ce livre, le treizième et ultime chapitre s’intitule « Corps et mystère » ! D’un côté, le corps (avec ou sans majuscule !) fait bien sûr référence aussi bien au Christ lui-même qu’à l’Église et le baptême nécessite une action concrète, physique sur le corps du nouveau baptisé alors que l’on aurait bien pu, finalement, se passer de cette action-là. C’est que, dit notre théologien, « à l’inverse des initiations mystériques et gnostiques, l’initiation chrétienne n’est pas un moyen présumé de désincarnation, mais une nouvelle incarnation par agrégation au Corps du Christ, le ‘revêtement’ ou l’engloutissement de l’incarnation naturelle et corruptible – le ‘vieil homme’ – par la condition incarnée mais incorruptible du Christ » ! Brauns attache peut-être davantage d’importance encore au ‘mystère’, véritable fil rouge qui traverse tout son épais ouvrage ! Il peut ainsi indiquer sur le sujet dans sa conclusion : « Toute la spécificité de l’initiation chrétienne en tant qu’initiation relève du μυστήρίόν, c’est-à-dire de la volonté de Dieu de se réconcilier et d’unir toute la création, volonté exécutée dans l’économie de l’incarnation et de l’offrande pascale du Fils ». Et, un peu plus loin, il affirme très clairement : « La compréhension chrétienne de l’initiation baptismale dépend en dernière instance de la façon dont le μυστήρίόν est perçu » !
Voici donc un livre vraiment intéressant, qui traite d’une façon originale un sujet qui n’avait jamais encore été traité de manière aussi systématique ; le lecteur pourra néanmoins regretter une certaine lourdeur de style, avec force répétitions d’un chapitre à l’autre, ce qui rend la lecture parfois fastidieuse, presque indigeste. De plus, l’auteur use et abuse de mots ou de phrases en latin ou en grec directement dans son texte, souvent sans traduction, ce qui ne facilitera pas la lecture à celui qui ne connaît rien de ces deux langues anciennes !
David Roure



Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence



vendredi 3 juillet 2015



L'ouvrage de Fabien Revol est un excellent complément à l'Encyclique que vient de publier le Pape François sur l'écologie : remettre la nature au coeur de notre réflexion chrétienne.

LE TEMPS DE LA CREATION
Fabien Revol
Paris, Editions du Cerf, 2015. 338 pages.


Peut-on faire dialoguer le discours religieux sur la création et le discours savant sur l'écologie ? Peut-on accepter que la métaphysique et le discours scientifique sur la nature demeurent étrangers l'un à l'autre ? Peut-on trouver dans le christianisme et la philosophie des éléments de médiation afin que ces deux conceptions entrent en dialogue ? Peut-on rapprocher l'action créatrice de Dieu et les processus naturels mis en évidence par la science en disant que Dieu crée dans le temps ?
Une relecture ouverte de la Bible et des Pères révèle que la tradition chrétienne est à même de relever les défis de la culture moderne et les interpellations de la sensibilité écologique contemporaine. La notion de création continuée qui s'en dégage rejoint ce que la cosmologie scientifique nous donne de percevoir de la nature dans sa dimension historique et ce que la contestation écologique nous demande d'apercevoir en ce qui concerne l'importance et le sens de la biodiversité.


L'enjeu de cet ouvrage en ressort double. Il vise à clarifier le concept de création continuée qui persiste à faire débat dans le monde catholique et à justifier sa pleine légitimité. Il entend aussi en fournir une représentation innovante parce qu'originelle et apte par-là à motiver les chrétiens à s'engager en faveur de la sauvegarde de la création. Car l'acte divin implique d'abord et toujours le dynamisme et la relation. Un traité éclairant, militant, limpide et fort.




Présentation de l'auteur : 
Fabien Revol, un inlassable défenseur de la Création

Fils d’agriculteurs de la Drôme, Fabien Revol, titulaire de la Chaire Jean Bastaire au sein de l’Université catholique de Lyon, rêvait d’être paléontologue.
Il a découvert l’écologie lors de ses études de biologie.
Passionné par le sujet, il a consacré sa thèse au concept de « Création continuée ».

« EN FRANCE, LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLOGIE ÉTAIT UN DOMAINE QUASI INEXISTANT »

Ainsi démarre l’aventure théologique de Fabien Revol, 36 ans, celle qui l’a conduit à soutenir en 2013 une thèse sur « la Création continuée » dont une partie est publiée qu’il vient de publier et dont une autre partie, plus philosophique, doit paraître prochainement. 
« En France, la théologie de l’écologie était un domaine quasi inexistant », se souvient-il. « Depuis le XIX e siècle, la doctrine sociale de l’Église est la porte d’entrée sur l’écologie. Je souhaitais, moi, chercher d’abord du côté de la théologie fondamentale, et donc de la théologie de la Création. »

Sa rencontre en 2008 avec Jean Bastaire, écrivain chrétien passionné de théologie et désireux de « sensibiliser les chrétiens à la sauvegarde de la Création », est déterminante. Grâce au legs confié par ce dernier à la Fondation Saint-Irénée à Lyon, Fabien Revol vient de réaliser « son rêve » : ouvrir, au sein de l’Université catholique de Lyon, une chaire dédiée à la théologie de l’écologie, qui réunit déjà huit chercheurs et une doctorante, une religieuse ivoirienne qui contribuera – espère-t-il – à « faire évoluer les consciences dans son pays ».. « Les solutions écologiques sont techniques, politiques, scientifiques, mais la réaction face à la crise écologique, elle, concerne tout le monde », « Et nous chrétiens, nous avons les meilleures raisons de nous mobiliser : non pas la peur mais l’espérance qui jaillit de notre regard sur la Création. »


Publication : Claude TRICOIRE
                       Bibliothèque diocésaine d'Aix-en-Provence