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samedi 18 novembre 2017

De la chasse aux sorcières à la Terreur

Ils m’ont haï sans raison : de la chasse aux sorcières à la Terreur
Jacob Rogozinski
Paris, Le Cerf, 2015. 432 pages.



Présentation de l'éditeur


Qu'est-ce que la haine ? Comment, de cet affect individuel, peuvent découler des dispositifs de persécution collective ? En quoi l'invention moderne d'une logique de la haine reste-t-elle d'actualité ? Retraçant le phénomène de la chasse aux sorcières qui a marqué la période courant entre le XVe siècle et le XVIIIe siècle, de la Renaissance aux Lumières, Jacob Rogozinski dresse un tableau complet des techniques mises en œuvre pour désigner puis anéantir les cibles supposées de cette entreprise de purification. S'imposent ainsi la recherche du "stigmate diabolique", l'aveu de la "vérité démoniaque" extorqué sous la torture et l'accusation de "Satan" comme stratège et ennemi absolu menant à l'"anéantissement" du possédé.

Tous ces mécanismes d'éradication se retrouveront, sous d'autres noms, dans d'autres circonstances, animant la Terreur jacobine, les procès de Moscou ou encore les plus récentes théories du complot. En analysant ces diverses expériences historiques, en scrutant leurs dimensions concrètes, en détaillant leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre qu'elles proviennent de la même angoisse du "monde renversé" que les dominants soupçonnent les opprimés de préparer. Et que c'est ainsi que s'est opéré le passage de l'exclusion à la persécution.


Biographie de l'auteur
Philosophe, professeur à l'Université de Strasbourg, Jacob Rogozinski a publié au Cerf Le moi et la chair, en 2006, et Guérir la vie, en 2011.

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque d'Aix et Arles


vendredi 5 décembre 2014

LES PERSECUTIONS CONTRE LES CHRETIENS DANS LE MONDE


Le livre noir des chrétiens persécutés

Sous la direction de Jean-Micxhel Di Falco
Paris, EditionsXO, 2014. 811 pages.


Extraits d'une présentation de l'ouvrage faite Samuel Lieven lors d'un entretien à Radio-Vatican

 


 Plus de 800 pages, 70 témoignages, des reportages et des analyses d’experts de 17 nationalités, chrétiens ou non : l’ouvrage est imposant et ambitieux et s’intitule « Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde ». Paru d’abord en France il est dirigé par trois personnalités aux profils différents : Mgr Jean-Michel Di Falco, le frère dominicain Timothy Radcliffe et l’historien Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio.
150 à 200 millions de chrétiens sont discriminés ou persécutés à travers la planète. L’actualité nous le rappelle hélas trop souvent. Derrière le constat sombre, l’ouvrage souhaite mettre en lumière des témoignages et des éclairages qui vont au-delà de la simple question de la liberté religieuse, mais rappelle que cette hostilité voire cette haine peut compromettre toute une civilisation.

Samuel Lieven, journaliste au quotidien La Croix est le coordinateur de ce livre, explique la genèse de cet ouvrage.
"La genèse, c’est qu’avec l’éditeur, on a mis bout à bout cette actualité malheureusement charriée depuis quelques années au sujet des chrétiens. Par exemple, l’attentat de la cathédrale de Bagdad en 2010, celui d’Alexandrie en 2011, la situation de la Syrie et de l’Irak de ces derniers mois et ces dernières années mais aussi l’enlèvement de religieux en Afrique et l’actualité des chrétiens du Pakistan. Il y avait beaucoup d’histoires à raconter, de témoignages à  recueillir mais on s’est dit qu’on est face à un phénomène global qui dépasse notre entendement. On ne peut pas se limiter uniquement à l’empathie, au témoignage. Il faut quelque chose de plus ambitieux, de plus vaste. Et l’éditeur était à l’origine du livre noir du communisme qui, il y a quinze ans, avait fait un peu le bilan d’un siècle d’idéologie mortifère au 21°siècle. On s’est dit que c’est un livre noir de la condition des chrétiens qu’il nous faut. Donc, « condition des chrétiens » et pas persécution parce que les 150 à 200.000.000 chrétiens qui sont aujourd’hui inquiétés pour le seul fait d’être chrétiens là où ils vivent ne sont pas persécutés au sens rigoureux du terme. C’est ce qu’on a d’ailleurs fait analyser par une historienne. Cela va des discriminations au quotidien, comme les coptes d’Égypte qui ne peuvent pas avoir tel ou tel travail, ou qui ne peuvent pas envisager une certaine carrière, jusqu’aux pires violences comme connaissent les Irakiens aujourd’hui mais aussi les chrétiens pakistanais qui ont subi les plus nombreux attentats antichrétiens de l’histoire de leur pays, à Peshawar, en septembre 2013. C’est un tour du monde où l'on a voulu à la fois recueillir des témoignages, des reportages mais aussi à chaque fois, pour chaque pays, donner des clefs de lecture par de grands experts indépendants qui n’ont pas de chapelle à défendre, qui ne sont pas des militants et qui analysent, souvent avec des détours par l’Histoire, la géopolitique et qui donnent au lecteur des clefs pour comprendre au-delà de l’émotion, au-delà de l’empathie.
C’est un ouvrage à plusieurs voix avec de nombreuses contributions du monde entier. C’est aussi un ouvrage dirigé par trois personnalités, Mgr Di Falco, l’évêque de Gap, Timothy Radcliffe, le dominicain et Andrea Riccardi, le fondateur de la communauté de Sant’ Egidio. Ce sont des voix très diverses. Comment êtes-vous concrètement arrivé à coordonner toutes ces voix ? Comment on articule un ouvrage avec des voix aussi disparates ?

On a d’abord voulu se dire qu’on est face à une problématique qui est volontiers récupérée souvent par des courants politiques qui aiment jeter un peu d’huile sur le feu des identités. On s’est dit que ce qu’on veut faire. Nous, ce qu’on veut faire, c’est montrer aujourd’hui qu’il y a là une réalité qu’il faut pouvoir regarder tranquillement en face. Pour cela, on va faire appel à des gens dont le fond de commerce n’est précisément pas le combat identitaire. On est donc allé chercher des gens qui sont à la fois des grandes personnalités chrétiennes engagées dans le monde, d’une manière ou d’une autre, qui portent sur le monde un regard fondamentalement généreux, qui n’ont pas de compte à régler avec telle ou telle partie de la population. C’est pour cela qu’on est allé chercher en tout premier lieu Andrea Riccardi parce qu’en tant qu’historien, il était celui qui avait travaillé sur ces questions au 20°siècle à la demande de Jean-Paul II. On est aussi allé chercher Timothy Radcliffe en tant qu’ancien supérieur mondial des dominicains, pour sa connaissance planétaire des communautés qu’il continue encore aujourd’hui de visiter en sillonnant la planète et en donnant également une lecture en profondeur des évènements, y compris à l’adresse d’un public qui n’est pas nécessairement chrétien parce qu’on tient à s’adresser à tout le monde. Et Jean-Michel Di Falco parce qu’en tant qu’évêque, il porte aussi une responsabilité d’Église. Au fond, qu’est-ce que les religieux peuvent faire aujourd’hui pour essayer de sortir un peu de cette ornière ? Il ne s’agit pas non plus d’en rester à un constat entièrement horizontal et déprimant. Le livre explore des voies pour tenter sans faire de plans sur la comète d’améliorer la condition de ces chrétiens à travers le monde parce qu’on ne se mobilise pas que pour des chrétiens. Là où les chrétiens sont inquiétés, ils ne seront pas les seuls et dans plusieurs situations, ils ne sont même pas les plus inquiétés. On pense par exemple aux musulmans victimes du conflit entre chiites et sunnites un peu partout dans le monde. Ils sont néanmoins les indicateurs du sort qui est fait à des populations entières et donc on s’est dit que là où la liberté de conscience et de religion n’est pas respectée (...)"

dimanche 4 mai 2014

LOS CRISTEROS VUS PAR UN HISTORIEN FRANÇAIS



Ce Français qui a révolutionné l'histoire du Mexique

LE MONDE CULTURE ET IDEES |  • Mis à jour le  |Par 


Massacre de «cristeros» en 1929 (photo anonyme).

C'est un historien français, âgé de 70 ans, inconnu chez nous mais célébré auMexique. Jean Meyer a bataillé pendant trois décennies afin de révéler un épisode tragique de ce pays et pour que ce dernier en reconnaisse l'existence : l'assassinat de 250 000 paysans catholiques, entre 1926 et 1929. Après la révolution de 1910, les soldats de l'Etat ultralaïque ont massacré ces paysans qui entendaient célébrer la messe et qui criaient leur foi en le Christ-Roi. D'où leur nom de "cristeros" et celui de leur mouvement, la Christiade.

Etrange destin que celui de Jean Meyer, Alsacien né à Nice en 1942, qui le mènera à mettre au jour ce qu'il appelle "cette gigantesque Vendée mexicaine". Tout commence par un emballement de jeunesse. Etudiant en histoire, il a 20 ans et veut se rendre à Cuba, attiré par Fidel Castro et Che Guevara : "Le cinéaste Chris Marker m'avait même prêté une caméra", raconte-t-il, dans sa résidence de Mexico, où il est installé depuis quarante ans - il a même obtenu la naturalisation en 1979.
Il oublie vite Cuba, car c'est en découvrant le Mexique qu'il trouve sa terre d'élection. Revenu à Paris, il profite de sa cinquième année d'agrégation pouringurgiter tous les livres que le Musée de l'homme possède sur ce pays etrassembler ce qu'il peut glaner aux archives diplomatiques du Quai d'Orsay. Il suit le séminaire de Pierre Chaunu, le grand américaniste de l'époque, et songe àconsacrer sa thèse au révolutionnaire Emiliano Zapata, défenseur des paysans du Sud.