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jeudi 9 juin 2016

Parrainage et parenté spirituelle dans la société occidentale à l'époque moderne et contemporaine

Guido Alfani, Vincent Gourdon, Isabelle Robin (dir.), Le parrainage en Europe et en Amérique : pratiques de longue durée (XVIe-XXIe siècle), coll. Histoire des mondes modernes, Bruxelles : P.I.E. Peter Lang, 2015, 487 p., 60 €.


Il s'agit du troisième livre publié par le réseau Patrinus, réseau européen d'histoire sociale et culturelle du baptême et du parrainage animé par Guido Alfani, professeur à l'Université Bocconi (Milan, Italie) et Vincent Gourdon, directeur de recherches en histoire au CNRS, qui dirigent cet ouvrage avec Isabelle Robin, maître de conférence à l'Université Paris-Sorbonne. Le premier, paru en 2009, s'intitule Baptiser : pratique sacramentelle, pratique sociale, XVIe-XXe siècle. Le second est Spiritual kinship in Europe, 1500-1900, publié en 2012.
Le parrainage en Europe et en Amérique est le fruit de deux rencontres scientifiques : la session "Godparenthood strategies : a long-term perspective (15th-20th centuries)", qui s'est tenue en avril 2012 à Glasgow, et le colloque éponyme de ce livre, qui a eu lieu en décembre 2012 à l'Université Paris-Sorbonne. L'objectif de ces manifestations était de "cerner les principales transformations des pratiques de parrainage dans la longue, voire la très longue durée" (p. 10), dans ce qu'elles ont de révélateur par leur aspect anthropologique, pour l'histoire de la famille et de la société, mais aussi du point de vue de la démographie et de l'histoire économique.

vendredi 30 mai 2014

Un baptême à La Roche des Arnauds en 1795

Le document que nous présentons est l’acte du baptême de Pierre Pauchon, en 1795, à La Roche des Arnauds. La célébration a eu lieu à la maison, un an auparavant. L’acte est entièrement manuscrit comme cela se faisait à l’époque, puisque les formulaires n’apparaîtront qu’en 1867 dans le diocèse de Gap, précurseur en ce domaine.
Cet acte est rédigé sur un registre clandestin, comme cela est courant durant la période de la Révolution française en raison de la politique de déchristianisation. Ici, il s’agit plus vraisemblablement de la copie d’un premier registre puisque seul l’abbé Dominique Chaix a signé. 
Dominique Chaix est bien connu. Il est proche des « idées nouvelles », c’est-à-dire de la Révolution française commencée en 1789. Il prête le premier serment à la constitution civile du clergé en 1791 puis se rétracte. Il participe également à l’élection de l’évêque constitutionnel des Hautes-Alpes, Ignace de Cazeneuve (1791-1798). Prêtre typique de l’Eglise gallicane, la modération de ses idées est reconnue. L’abbé Dominique Chaix a été le maître du grand botaniste Dominique Villars et l’ami de Jean Joseph Serre, chirurgien et botaniste, ce dernier est le Jean Serre de l’acte que nous étudions. 
Cet acte de baptême est rédigé un an après la célébration « à la maison » de cette entrée dans la communauté chrétienne. Le document n’est pas le sacrement, certes ! La rédaction par les curés est toutefois obligatoire selon le droit de l’Eglise, le droit canonique. Cet acte permettra, par exemple, au baptisé de se marier sacramentellement à l’église. Nous sommes, ici, en présence d’une régularisation : certaines interviendront 25 à 30 ans après la Révolution. Si nous en croyons l’état civil de La Roche des Arnauds, consultable en ligne sur le site des archives départementales des Hautes-Alpes, Pierre Pauchon est né le 27 novembre 1794, « pendant le temps de l’expulsion des pasteurs » expliquant la célébration à la maison. 
A chaque baptisé il faut au moins un parrain et une marraine chargés de l’aider à grandir dans la foi chrétienne. L’usage veut qu’il y ait à la fois un parrain et une  marraine. Ici, la personnalité de cette dernière est intéressante : Margueritte Brochier est l’épouse de Jean Joseph Serre. Celui-ci est député à la Convention nationale, l’une des assemblées révolutionnaires. Il a été capitaine au 2e bataillon des volontaires des Hautes-Alpes. Il sera député à plusieurs reprises puis, entre 1814 et 1830, il participera à l’administration préfectorale des Hautes-Alpes. Nous sommes donc en présence d’une personne aux opinions affirmées et qui évolueront au gré des changements politiques. Son l’épouse, cependant, professe la foi catholique durant la Révolution… tout comme son collègue d’assemblée, Ignace de Cazeneuve, l’évêque constitutionnel.