jeudi 5 juin 2014

LES SOLDATS DE LA PROVENCE FACE AUX CALOMNIES

La légende noire des soldats du Midi
Jean-Yves Le Naour
Paris, Vendémiaire, 2013.

Avec cet ouvrage l’auteur continue une œuvre de vulgarisation sur la guerre de 14-18. Ici il se concentre sur ce qui fut « l’affaire du XVè corps d’armée » au début de la Première Guerre Mondiale.

A partir du 14 août 1914, l’armée française lance une offensive en Lorraine. Si elle avance assez rapidement cette avancée coûteuse en hommes va se transformer en échec : les Allemands écrasent le 19 août les français sous un déluge de feu…. tuant de milliers de fantassins.  Ne pouvant tenir les troupes françaises battent en retraite.
Pour expliquer ce recul le Haut Commandement accuse le XVè Corps d’armée composée de méridionaux d'avoir failli face à l’ennemi. Le sénateur Gervais s’en fait l’écho dans la presse nationale : c’est ainsi que naît la « légende noire des soldats du Midi ». Les troupes de Provence sont stigmatisées et aux châtiments infligés par l’armée s'ajoute les railleries sur les soldats de « l’aimable Provence ». Malgré les protestations des élus provençaux et les tentatives du gouvernement pour réparer l'affront cela restera une blessure durant toute la guerre quand bien même les soldats provençaux feront leur devoir comme les autres.
L’auteur s’attache à montrer comment le Nord de la France se représente l’homme du Midi : un monde indolent, beau parleur, peu patriote. Cette image négative est véhiculée par les intellectuels parisiens et la presse surtout de droite. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que les soldats du Midi soient réhabilités : mais le mal était fait dans l’opinion publique et au sein de l’armée.

Pour suivre au jour le jour les événements qui ont conduits à la « défaite de Lorraine » il faut se reporter à  l’ouvrage de Maurice Mistre « La légende noire du XVè corps » (ouvrage publié en 2009 aux Editions C’est-à-dire).


UNE HISTOIRE D'AIX-EN-PROVENCE PENDANT LA REVOLUTION FRANÇAISE

AIX SOUS LA TERREUR : La Révolution française Tome I. 26 avril 1795 au 12 août 1796Tome II. 13 août 1796 au 31 décembre 1797de Ambroise Thomas Roux-AlphéranVauvenargues, Editions Desbaumes, 2013

 





Enfoui à la Méjanes, dans le fonds patrimonial de cette prestigieuse bibliothèque aixoise, ce journal de Roux Alphéran, méritait assurément qu’on le tire de l’oubli dans lequel il était tombé. Réunies en un ouvrage austère, à la couverture jaunâtre, ces pages manuscrites furent écrites au jour le jour, à Aix, de 1795 à 1797, par un jeune homme d’à peine dix-neuf ans. Il nous conte ainsi par le détail, la vie terrifiante qui était alors celles des habitants de notre ville et de ses alentours, en ces temps révolutionnaires. Passionnant à plus d’un titre, ce livre nous fait la saveur inégalable de ce passé où il ne faisait pas bon se dire républicain comme royaliste. Tour à tour, soumis au uns ou au autres, notre malheureuse cité, vidée d’abord de ses nobles, se vidait aussi de son sang, par les assassinats et exécutions sommaires malgré les appels au calme de ses édiles. Il fallait avoir le coeur bien accroché pour vivre au milieu de ces troubles, parmi une population qui n’espérait plus rien, sinon la fin de ces atrocités continuelles. L’auteur d’ailleurs prenait grand risque sans doute, à coucher ainsi sur papier tout ce qui se passait en Aix. Mais où aller ? Que faire d’autre que d’être ce témoin privilégié, journaliste reporter avant l’heure, chroniqueur d’un désastre national dont on ne voyait encore pas la fin. En fin observateur et malgré tous les dangers, notre jeune bourgeois s’enquiert de tout, écoute ce qui se dit dans les cafés et les tavernes, se fait l’écho parfois de rumeurs les plus folles, comme il sait lire aussi les journaux arrivant de Paris par la malle-poste… quand celle-ci n’est pas dévalisée en chemin! C’est que la capitale tenait toujours le pays d’une main de fer. Le Directoire était alors la plus grande instance révolutionnaire et seule la distance atténuait ses dictats. La campagne d’Italie battait son plein et l’on était suspendu à ses victoires qui scellait le destin de la France. Un nom revient peu à peu d’ailleurs dans ces notes : celui d’un certain buonaparte…patronyme que nous lisons non sans sourire, nous qui connaissons la destinée du héros du pont d’Arcole ! Mais la lecture de notre ouvrage n’est pas seulement d’un intérêt historique. On y « sent » aussi la vie quotidienne des aixois et l’on partage ainsi leurs angoisses journalières à la montée des prix du pain et des autres denrées. On peut aussi ressentir une certaine nostalgie à l’évocation des cercles et de certains cafés dont quelques uns subsistent encore aujourd’hui sous d’autres noms. La vie malgré tout continuait et à la saison d’été, si l’on ne nous parle pas du chant des cigales, couvert sans doute par certains chants révolutionnaires ou royalistes, on a la surprise au coin d’une page, de savoir que certains jeunes gens s’étaient mis à jouer la sérénade, sous les fenêtres d’une belle. De même d’être au courant d’un bal près de la place Albertas malencontreusement interrompu par des pandores… Il y aurait aussi beaucoup à rire – si les conséquences de telles parures vestimentaires n’étaient point aussi tragiques – de voir Gravure autorisation Bibliothèque Nationale ainsi avec quelle effronterie certains n’hésitent pas à afficher leur conviction idéologique, s’affublant d’un ruban blanc ou se coiffant en oreille de chien pour les royalistes, d’un bouquet de thym à leur chapeau, pour les républicains ! La vie donc, la vie seulement pourrait-on dire malgré les épreuves, les peines et les angoisses qui touchaient jusqu’à nos campagnes, teintées de sang. On lance un aérostat à l’occasion d’une fête et voilà qu’il s’élève pour s’en aller tomber sur le flanc de la montagne Sainte- Victoire ! Mais pour cet épisode ludique, combien de coups de main tragiques, d’expéditions punitives qui se soldent, soit par la mort d’un paysan, soit par la blessure d’un soldat, soit le pillage d’une ferme ? On reste pantois de fait, devant tant de violence, d’intolérance, de trahison qui s’étalent tout au long de ces pages. On en est troublé d’autant plus que le cadre de ces faits sanglants n’a pas beaucoup changé. Le Cours (Mirabeau) est là, la maison commune, la caserne, les rues de notre vieille ville comme ses multiples églises destinées au fourrage et qui au gré des jours, revoient peu à peu leurs portes s’ouvrir comme leurs officiants reprendre leur service.
 Un livre remarquable, illustré de nombreux documents, tiré d’un manuscrit de plus de 600 pages, d’une écriture petite et nerveuse, presque sans rature, conservé pour nous et pour la postérité d’après même l’aveu de l’auteur. Ce dernier nous vaudra d’ailleurs bien plus tard son livre célèbre entre tous : « LES RUES D’AIX ».
 


UN PAPE DANS LA TOURMENTE DE LA GRANDE GUERRE

Benoît XV (1914-1922) :  Un pape pour la paix
Paris, le cerf, 2014.

Le pape de la Première Guerre mondiale, c'est lui, Benoît XV (1854-1922), visionnaire en un temps de chaos d’un monde en devenir. Révélant une page secrète des relations internationales, cet essai biographique raconte comment, à peine élu, ce diplomate de vocation n'aura cessé, depuis Rome, d'opposer à Paris et à Berlin la neutralité du Saint-Siège pour mieux appeler l'ensemble des belligérants à la paix.
Comment, en leur proposant inlassablement sa médiation, il leur intimera de projeter une Europe unie malgré l’opposition des belligérants et cette opposition viendra également des rangs catholiques : Benoît XV sera accusé d’être un « pape allemand » ou un « pape français » Comment, aussi, il multipliera les signes de réforme de l'Eglise catholique afin de la désengager de son terreau traditionnel en créant une nouvelle Congrégation pour les Eglises orientales en 1917 et en condamnant les nationalismes coloniaux en 1919.


Ce portrait vivant, dressé au milieu des grands événements d'une époque charnière, montre également que les incompréhensions suscitées par ses diverses initiatives ne sont pas allées sans désillusion ; Benoît XV ne pourra pas faire entendre son message de paix et le Saint-Siège sera exclu des négociations lors du traité de paix de Versailles comme il le sera de la future Société des Nations.
Benoît XV n'en reste pas moins une figure d'exception au sein d'un temps d'immense confusion. A la sortie de la Grande Guerre, grâce à son action, le catholicisme a pris toute la mesure de son universalité. Ses successeurs seront en dette de cette conception globale du monde et de l'histoire qui aura animé son court, mais intense pontificat.

LES CHRETIENS DANS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Chrétiens dans la première guerre mondiale : actes des Journées tenues à Amiens et à Péronne les 16 mai et 22 juillet 1992
Sous la direction de Nadine-Josette Chaline
Paris, le Cerf, 1993.

La guerre qui éclate pendant l’été de 1914 va bouleverser toutes les habitudes, et ceci dans tous les pays. Mais celles des chrétiens aussi. Au front comme à « l’arrière », on se tourne vers Dieu. Dans les tranchées, les soldats manifestent leur foi de multiples façons. Loin des combats, garçons et petites filles prient pour ceux qui luttent pour la victoire de l’armée française. Depuis l’Amérique, la petite Anaïs Nin prie pour la France, incarnant ces enfants catholiques qui assument par la prière leur part de l’effort de guerre. Un catholique pratiquant, Denys Cochin, entre au gouvernement, contribuant à effacer l’image d’une France anticléricale. Si en ces temps de grande tension, certains remettent en cause leur foi, d’autres au contraire la découvrent et/ou se convertissent. Le clergé participe aussi à la guerre : Les aumôniers militaires ont incarné auprès des soldats français et britanniques la permanence du christianisme dans un monde où tout s’écroule ; soldats et prêtres en partageant les mêmes dangers, les mêmes souffrances se découvrent mutuellement. La guerre est aussi l’occasion de côtoyer ceux qui appartiennent à une autre confession.

Cet affrontement dramatique et prolongé entre chrétiens, voire entre catholiques, inquiète le pape dont les initiatives, et particulièrement sa note d’août 1917, sont loin de faire l’unanimité : on lui reproche de vouloir « une paix allemande ». Et une fois la guerre finie, les survivants veulent maintenir le souvenir de leurs camarades morts. Beaucoup d’églises sont alors dotées de vitraux commémoratifs. Ce sera aussi l’occasion d’un rapprochement diplomatique entre la France et le Vatican puisque les relations diplomatiques seront rétablies en en1922.

150e anniversaire de la consécration de Notre-Dame de la Garde


C’est le samedi 4 juin 1864 qu’est consacré le sanctuaire de Notre-Dame de la Garde (rappelons qu'il ne porte pas encore le titre de basilique puisqu’il a été érigé en basilique mineure en 1896). Seul le clergé assiste à la cérémonie de consécration en présences des cardinaux Jean-Baptiste Pitra, Clément Villecourt, Césaire Mathieu et Fernand Donnet.
 

Procession du 5 juin 1864 sur la Canebière

Le lendemain de la consécration, se déroule la translation solennelle de la statue de Notre Dame dans son nouveau sanctuaire. Le 5 juin sont rassemblés autour de Mgr Patrice Cruice une cinquantaine d’évêques. Une foule immense, organisée en cinq processions, monte des rues de la ville vers le sanctuaire, autour des reliques de saint Jean de Matha, saint Ferréol, saint Sérénus, saint Vincent de Paul, saint Cannat, saint Victor, saint Théodore, sainte Marie Madeleine, sainte Marthe et saint Lazare.

Procession du 5 juin 1864

Pour commémorer l'anniversaire de la consécration, dimanche 8 juin 2014 à 16h, vêpres et office du rappel de la consécration suivis d'une messe à 17h.

Les photos de la célébration sont disponibles sur le site du diocèse de Marseille.

mercredi 4 juin 2014

La mise au pas des écrivains : l’impossible mission de l’abbé Bethléem au XXè siècle
Jean-Yves Mollier
Paris, Fayard, 2014. 510 pages.

« C’est le livre qui fait les révolutions. Voilà ce qu’il faut répéter à satiété ». Voilà ce que fit l’abbé Bethléem.

L’abbé Bethléem (1869-1940) est surtout connu pour avoir publié en 1904 un brûlot : «  Romans à lire et romans à proscrire », futur best-seller. Mais la force de frappe de son magazine culturel, « la Revue des Lectures », qui parvint à s’imposer dans le paysage culturel de l’entre-deux guerres, l’est beaucoup moins. Ce grand intellectuel catholique, soutenu par le Saint-Siège, fut la bête noire des surréalistes qui refusaient ses oukases, et il n’hésita pas non plus à s’attaquer à Gide ou à Mauriac. Après sa mort, il inspira la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse qui tenta d’empêcher les jeunes éditeurs Pauvert, Losfeld ou Tchou, de publier Sade et les auteurs maintenus dans l’Enfer de la Bibliothèque Nationale.

Jean-Yves Mollier raconte avec brio l’histoire de cet abbé chargé de mettre au pas les écrivains –y compris catholiques– au XXè siècle, et de les contraindre à respecter les lois relatives aux bonnes mœurs. Menacée dans ses certitudes et ses croyances à l’époque de l’Encyclopédie, l’Église souhaitait reconquérir les âmes perdues et traquer le Mal partout où il sévissait. L’abbé Bethléem s’attaqua au roman, au théâtre, à l’opéra, à la bande dessinée, à l’annonce publicitaire et enfin au maillot de bain féminin, pourtant bien loin du sulfureux bikini de l’après-Seconde Guerre mondiale. Fondé sur un important dépouillement d’archives et de journaux, cet ouvrage édifiant montre que la censure, présente encore au XXIe siècle, et refuge de tous les extrémismes, doit beaucoup à l’abbé Bethléem, et au-delà de sa forte personnalité, à l’Église catholique et à sa difficulté à laisser l’individu déterminer librement sa destinée.

Spécialiste de l’histoire des livres et des médias, auteur de nombreux ouvrages, Jean-Yves Mollier a publié notamment Pierre Larousse et son temps (avec Pascal Ory, Larousse, 1995), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d’un empire (Fayard, 1999) et Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).


LOS CRISTEROS : UNE "VENDEE MEXICAINE"

Histoire du Christianisme Magazine -hors série – Printemps 2014
L'épopée des cristeros : 1926-1929 : une « Vendée mexicaine »

En 1926, un soulèvement populaire secoue le Mexique suite aux lois du président Callès, qui interdisent toutes pratiques religieuses dans l’ensemble du pays. Des hommes et des femmes de tous horizons, les Cristeros, vont alors risquer leur vie pour défendre leur liberté et lutter contre les persécutions menées par le gouvernement. Une des pages les plus sombres de l’Histoire du Mexique.
Il faut remonter au milieu du XIXè siècle pour comprendre le contexte général de cette révolte. En 1857 est promulguée une Constitution destiné à faire du Mexique un Etat moderne. Parmi ces lois de Réforme figurent celles concernant la laïcité et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ces lois, reprises dans la Constitution de 1917 ne seront appliquées que dans les régions où l’attachement au catholicisme est le plus faible mais rendent difficiles et conflictuelles les relations entre l’Etat et l’Eglise.
Mais l’élection en 1924 du Président Plutarco Calles met fin à une relative trêve entre l’Eglise et l’Etat. Il fait appliquer strictement les lois anticléricales sur tout le pays et surtout en 1926 une loi interdit le port de l’habit clérical et l’enseignement religieux dans les écoles. Profondément anticlérical le nouveau président ne cache sa volonté d’éradiquer toute influence de l’Eglise catholique. En réaction l’attitude de l’Eglise se durcit et en juillet 1926 l’Epsicopat vote la suspension du culte religieux. Après une résistance non-violente qui échoue tout bascule dans la violence.
Dès août 1926 des affrontements ont lieu entre l’armée fédérale et  ce que l’on va appeler « los cristeros ». Cette armée rebelle est surtout composée de paysans du Sud du Mexique, le Nord du pays (plus tournée vers les Etats-Unis et vers un modèle libérale) ne soutient guère ce mouvement armé.  L’épiscopat lui-même se désolidarise des Cristeros et préfère négocier avec le gouvernement mexicain par l’entremise d’un émissaire des Etats-Unis. Cette guerre qui aura fait de nombreuses dans les deux camps se termine en 1929 un accord : « los arreglos » : le culte redevient libre, l’enseignement religieux est autorisé dans les églises et les prêtres recouvrent leurs droits civiques.
La guerre aura fait environ 100 000 morts parmi les combattants (dont 60 000 pour les fédéraux). Le bilan est difficile à évaluer parmi la population civile. Cette guerre menée au nom du « Christ Roi » a ses martyrs : des prêtres, des laïcs. On peut dire que révolte l’a été pour la défense de la liberté religieuse au nom de la foi. Mais elle laissera ouverte de nombreuses cicatrices au sein de la nation mexicaine : il faudra attendre Jean-Paul pour que soient que soit  reconnus martyrs (morts pour leur foi) de nombreuses victimes de cette tragédie.

Pour comprendre le mouvement des Cristeros dans l’histoire du Mexique on peut de reporter à de nombreux ouvrages notamment ceux de Jean Meyer, le premier historien qui s’est intéressé à cet épisode de la construction de l’Etat mexicain contre l’Eglise..
MEYER, Jean. –La rébellion des Cristerois.. l’Eglise, l’Etat, le peuple dans la révolution mexicaine. – Paris, CLD, 2014.
MEYER, Jean. – La révolution mexicaine, 19140-1940. – Paris, Tallandier, 2014.
IANNACCONE, M. A. – Cristiada, l’épopée dei cristeros in messico. – Editions Lindau, 2014.
GREEN, Graham. -  Route sans lois. – Paris, Petite bibliothèque Payot, 1998.
GREEN, Graham. – La puissance et la gloire. – Paris, le Livre de poche.