vendredi 6 octobre 2017

Dietrich Bonhoeffer et Hans von Donhanyi : des résistants sous Hitler

Des hommes peu ordinaires : Dietrich Bonhoeffer et Hans von Dohnany, résistants à Hitler dans l’Eglise et dans l’Etat «
Elisabeth Sifton et Fritz Stern
Paris, Gallimard, 2017.177 pages.


« Résister durant les douze années qu’a duré le IIIe Reich fut un drame plus profond et plus complexe que ce qui est généralement présenté » notent dans la préface de ce livre Elisabeth Sifton, fille du théologien protestant américain Reinhold Niebuhr, et Fritz Stern, dont les parents et grands-parents furent des proches de la famille Bonhoeffer.


Une résistance : « Au nom du caractère sacré de la loi et de la foi »

Il existe peu de témoignages pour dire la résistance de ces Allemands qui osèrent défier Hitler et son régime. Les églises elles-mêmes – catholiques et luthériennes – se sont trouvées divisées face à cette alternative : se soumettre ou résister. Parmi ces chrétiens qui franchirent le pas et se dressèrent cotre la tyrannie nazi, Dietrich Bonhoeffer et son beau-frère Hans von Dohnanyi le firent « au nom du caractère sacré de la loi et de la foi ». L’un d’eux,  pasteur et théologien protestant, est déjà bien connu, le second, avocat haut placé dans le contre-espionnage de l’armée allemande (reconnu comme « Juste parmi les nations »), reste inconnu du grand public.

Cet ouvrage montre que très vite Dietrich Bonhoeffer et Hans von Donhany, ainsi que Christine Bonhoeffer, épouse de Dohnanyi, prirent conscience de la « terrible barbarisation » et de la « dislocation sociale » de l’Allemagne quand Hitler devint chancelier, le 30 janvier 1933. Tous les deux de par leurs contacts – surtout avec les évêques anglais - avec les autres églises sont engagés dans le mouvement œcuménique naissant en Europe, ne pourront qu’être scandalisés par les programmes d’euthanasie des handicapés et par les lois antisémites, mises en place ; si quelques voix parmi les autorités catholiques et protestantes s’élèvent contre ce programme, certains évêques catholiques et pasteurs de l’Église évangélique allemande (EKD, fédération protestante créée en 1924) apporteront néanmoins leur soutien au régime.


Un but avoué : renverser Hitler

« Les chrétiens d’Allemagne sont placés devant la terrible alternative de souhaiter la défaite de leur pays afin que la civilisation chrétienne puisse survivre, ou de souhaiter la victoire de leur nation et détruire ainsi notre civilisation », écrit Bonhoeffer en juillet 1939 depuis New York où il donne des conférences. Avec d’autres confrères de l’église luthérienne il crée « l’église confessante » pour s’opposer au nazisme. En août 1940, le pasteur est interdit de parole en public dans toute l’Allemagne, en raison de son « activisme défaitiste ». Cela ne l’empêchera pas cependant de soutenir dans la clandestinité une activité pastorale pour tenter de faire comprendre en quoi le régime nazi n’a rien de chrétien ; en même temps il s’engage auprès de ceux qui veulent lutter contre Hitler et on retrouve sa trace dans les divers complots qui vont se succéder pendant toute cette période.
De son côté Dohnanyi (qui a une ascendance juive), est amené de par son métier d’avocat, son activité  au sein de l’Abwehr (service 'de contre-espionnage allemand) qui est alors dirigé par Canaris mettra toutes les informations de son service, toute sa compétence de juriste au service de la résistance. Malgré la surveillance policière, il parvient (son activité »est digne d’un roman d’espionnage !) à tisser des liens entre les différents groupes de résistants – officiers de la Wehrmacht, avocats en contact avec l’étranger ou dirigeants socialistes – en vue d’un complot pour renverser Hitler et espérer que les Alliés accepteront de signer une paix avec une Allemagne dotée d’un nouveau régime.
Mais le drame se dénoue le  5 avril 1943 : la Gestapo les arrêta tous les trois: Christine fut relâchée un mois plus tard, mais Bonhoeffer et von Donhnanyi resteront en prison jusqu’en avril 1945. Malgré les interrogatoires, malgré un régime pénitentiaire de plus en plus dur ils resteront fidèles à leurs idéaux et à leur foi. Ils  furent exécutés en avril 1945, quelques semaines avant la capitulation de l’Allemagne par la seule volonté du Fuhrer

Il faudra attendre des années à l’Allemagne pour reconnaître que tous ceux qui s’étaient opposés à Hitler et à son régime n’étaient pas des traitres  Il faudra attendre des années pour qu’ils soient réhabilités .


Églises luthériennes d'Allemagne face au nazisme


Les Églises luthériennes d'Allemagne ont été confrontées au nazisme dès 1920 et ce jusqu’en 1945. Certains partisans de la première heure d’ Hitler  étaient membres des églises luthériennes. Ces « Chrétiens allemands » militant pour un « christianisme positif » pensaient unir les valeurs du national-socialisme et du christianisme et créèrent en 1933 l’église évangélique allemande. La majorité des dirigeants des Eglises luthériennes restèrent fidèles au régime hitlérien durant toute son existence. Seule une minorité regroupée autour de quelques pasteurs dans « l’Eglise confessante » fut une des composantes actives de la résistance allemande au nazisme.


Publication ; Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles



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