mardi 28 octobre 2014

La Première Guerre mondiale dans les Hautes-Alpes

 
 
Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes : loin du front, la guerre de tous, 1914-1918
Sous la direction de Gaël Chenard et Pierre Spitalier, préface d'André Bach
 
 
S’il était nécessaire de trouver une raison aux commémorations successives, ce livre Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes : loin du front, la guerre de tous (1914-1918) serait une bonne réponse. En effet, le renouvellement de la bibliographie, l’ouverture de perspectives historiographiques sont le fruit de ce centenaire, comme ils l’avaient été pour le bicentenaire de la Révolution française en 1989.
L’ouvrage dirigé par Gaël Chenard (directeur des archives départementales des Hautes-Alpes) et Pierre Spitalier (enseignant à Gap) est publié chez Privat, maison gage de sérieux éditorial. Ici, la qualité de l’iconographie et de la mise en page font de Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes un livre agréable à lire. Il est composé de contributions couvrant de nombreux domaines de la guerre : la place du 159e régiment d’infanterie dans le concert des armées en 1914-1915 est étudiée par Nicolas Cottin (p 55-70), « Les paysans alpins dans la guerre » par Christel Manz (p 120-141). C’est la même qui traite du sujet peu connu de « La main d’œuvre coloniale de l’Argentière-La Bessée » (p 142-151). Le lecteur aurait cependant apprécié de connaître un peu mieux les auteurs, ne serait-ce que par la simple mention de la profession.
L’histoire des mentalités gagnerait à ce que des sources peu exploitées, et rendues accessibles désormais, soient étudiées. Pensons aux chroniques tenues par les curés de paroisse ou les congrégations religieuses du Saint-Cœur et de la Providence, par exemple. Certaines de celles-ci sont répertoriées dans le Guide des sources ecclésiastiques sur la Première Guerre mondiale pour le Sud-Est de la France, paru électroniquement en novembre 2013 et disponible sur ce site Christianisme et mémoires en Provence. Le texte de la Providence est, il faut le souligner, cité page 183 dans l’article de Dominique Robert-Loubet (Le soin des blessés dans les Hautes-Alpes, p 171-189). De même, la mention du décès de Mgr Prosper Amable Berthet (p 186), qui a contracté « une simple bronchite » en octobre 1914 en visitant des malades à l’hôpital complémentaire pouvait être précisée par une consultation des sources diocésaines, ne serait-ce que la Quinzaine religieuse. La place de Mgr Gabriel de Llobet, évêque de Gap après la mort de Mgr Berthet, dans l’aumônerie aux armées puis parmi les anciens combattants serait intéressante à rendre publique, ainsi que les rapports entre le département et le territoire frontalier de l’Italie.
Les statistiques amènent des éclairages intéressants. Cependant, celles des « Morts et des disparus de la guerre entre les différentes professions » (75,4 % sont des agriculteurs ; 1,7 % sont des militaires de carrière ; 0,3 % des ecclésiastiques) auraient pu être étayées par la répartition de ces mêmes professions dans la population active (p 337). Enfin, il aurait été plus clair de distinguer, dans la bibliographie, les ouvrages généraux traitant de la Grande Guerre de ceux ayant comme sujet les Hautes-Alpes ou des localités du département. Cette bibliographie est complétée par une (trop) courte filmographie comptant une seule référence, les ressources électroniques auraient été bienvenues telle www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Il ne reste qu’à attendre les travaux complémentaires que ce livre ne manquera pas de susciter.
Luc-André Biarnais, archiviste du diocèse de Gap, co-coordinateur du Guide des sources ecclésiastiques sur la Première Guerre mondiale pour le Sud-Est de la France.
Enregistrer un commentaire