jeudi 5 février 2015

La guerre de la cryptographie et les fusillés « pour l’exemple » : deux aspects spécifiques de la Première Guerre mondiale

            

André Bach, Fusillés pour l’exemple (1914-1915), Paris, Tallandier, 2003, 617 p.Sophie de Lastours, La France gagne la guerre des codes secrets, Paris, Tallandier, 1998, 263 p.

Le tout est-il la somme des parties ? L’histoire de la Première Guerre mondiale est-elle l’addition de l’analyse d’aspects particuliers du conflit ? Ecrire aujourd’hui une histoire de la Première Guerre mondiale est possible dans la mesure où les archives publiques sont ouvertes et que la plupart des archives privées, notamment les archives catholiques, sont également disponibles. Ce n’est pas le manque de sources mais peut-être le trop-plein qui guette le chercheur. De même, le public n’a-t-il pas forcément le goût pour une histoire « totale » qui pourrait être indigeste. Ce public cherche, souvent à des fins d’érudition, des points précis parfois portés par les médias : les progrès techniques de l’armement notamment de l’aviation, la guerre du renseignement dont Mata Hari est emblématique, la généalogie, aidé notamment par le site Mémoire des hommes.
Le général André Bach, qui a préfacé en 2014 Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes (une recension ici), est l’auteur en 2003 de Fusillés pour l’exemple (1914-1915). Après le débat national en 1997-1998 sur la réhabilitation des soldats français fusillés pour refus de combattre en 1917, André Bach a repris le dossier. Plutôt que de se focaliser sur l’année 1917, il recherche la genèse de la question en travaillant sur les années 1914 et 1915. Ainsi, pour 1914, soit les premiers mois de la guerre, « un peu moins de 190 fusillés pour l’exemple [sont] répertoriés et assumés officiellement » (p 409) et « en seize mois, de septembre 1914 à décembre 1915, près de 430 soldats français ont été fusillés, sur un total qui, pour toute la durée de la guerre, s’élèvera à un peu plus de 600. La saignée pratiquée en 1914-1915 s’atténuera donc ensuite » (p 589-590). Les condamnations permettent d’en étudier le motif.
La France gagne la guerre des codes secrets (1914-1918), également chez Tallandier en 1998, est écrit par Sophie de Lastours qui est, significativement, spécialiste des armées russe et soviétique. Elle a publié son ouvrage, préfacé par l’amiral Pierre Lacoste, sous la direction de Rémi Kauffer. Il montre qu’un progrès dans le domaine des communications doit s’accompagner, stratégiquement, d’un progrès dans le renseignement. Ainsi, les généraux russes de 1914 n’avaient-ils pas conscience que l’usage de la radio, utile pour la circulation rapide des ordres, avait comme corollaire une plus grande vulnérabilité en cas d’interception de communications non cryptées (p 197-212).
L’auteur revient sur les qualités de certains chiffreurs. Elle cite, notamment, le lieutenant Brault, qui deviendra évêque de Saint-Dié en 1947 (p 216).
Si nous nous interrogeons avec l’auteur pour savoir si « la cryptologie [a été] la clé de voute de la Grande Guerre », il est évident qu’elle n’est pas le seul outil de la victoire.

Luc-André Biarnais
Archiviste du diocèse de Gap
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