samedi 14 janvier 2017

De l'âme : François Cheng





De l’âme : sept lettres à une amie
François Cheng
Paris, Albin Michel, 2016 162 pages




« De l’âme  « Lorsque j’ai reçu votre première lettre, chère amie, je vous ai répondu immédiatement. Avoir de vos nouvelles plus de trente ans après m’a procuré une telle émotion que ma réaction ne pouvait être qu’un cri instantané.
« Votre deuxième lettre, que j’ai sous les yeux, je l’ai gardée longtemps avec moi, c’est seulement aujourd’hui que je tente de vous donner une réponse. La raison de ce retard, vous l’avez sans doute devinée, puisque votre missive contient une singulière requête : "Parlez-moi de l’âme"…
Votre phrase : "Sur le tard, je me découvre une âme", je crois l’avoir dite à maintes reprises moi-même. Mais je l’avais aussitôt étouffée en moi, de peur de paraître ridicule. Tout au plus, dans quelques-uns de mes textes et poèmes, j’avais osé user de ce vocable désuet, ce qui sûrement vous a autorisée à m’interpeller. Sous votre injonction, je comprends que le temps m’est venu de relever le défi… »

Nous ne saurions rien de cette « chère amie » que François Cheng présente comme une inconnue rencontrée par hasard dans le métro il y a des années et qui soudain lui demande « Parlez—moi  de l’âme ! ». Mais grâce à cette scène l’auteur va nous livrer en sept lettres sa pensée sur ce qu’est l’âme pour lui.
Pour relever ce défi il revisite les philosophes et aussi les mystiques chinois, taoïstes ou occidentaux et des bribes de sa vie (souvenir d’enfance, lectures, impressions glanées au fil de ses rencontres et de ses promenades).

François Cheng aborde ce « terreau natif et irréductible de chaque être » et au fil du texte il va cerner les contours de l’âme, cette « clef de voûte » qui n’intéresse plus guère notre monde contemporain seulement préoccupé des exploits du corps ; en effet il nous fait comprendre que nous avons à la fois un corps, un esprit et une âme.
Au-delà de ses expériences personnelles ou de ses considérations philosophiques il emmène le lecteur bien loin : toutes les religions ont tenté de nous dire ce qu’était l’âme, ce qu’elle devenait après la mort « corporelle » et cela ne lui est pas indifférent ; il ne parle pas directement de Dieu qu’il ne nomme pas ni de résurrection mais en parlant de « communion des saints » on perçoit qu’il n’est pas loin d’une vision chrétienne de l’âme. D’ailleurs il signe sa dernière lettre « aum » (mot sacré dans l’hindouisme)  et surtout par ce dernier mot chrétien « Amen ».

En temps que romancier et poète François Cheng nous a livré sous forme épistolaire sa pensée sur l’âme où se révèle tout son talent littéraire et poétique. Aujourd’hui si une telle réflexion sur l’âme est rare c’est une raison suffisante pour se plonger dans ce petit livre et pour certains de découvrir cet auteur..


Biographie de l'auteur

François Cheng, d’origine chinoise (naturalisé en 1971), de l'Académie française, est à la fois poète (Entre source et nuage, 1990 ; Le Livre du vide médian, 2004), romancier (Le Dit de Tianyi Prix Femina 1998, L'Eternité n'est pas de trop 2002, Quand reviennent les âmes errantes 2012) et essayiste (Cinq méditations sur la beauté 2006, L'un vers l'autre 2008, Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie, 2013, Assise, 2014).

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles.

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