lundi 18 avril 2016

Rencontrer Dieu dans le désert

Éric-Emmanuel Schmitt, La nuit de feu, Paris : Albin Michel, 2015, 182 p., 16 €.


D'Éric-Emmanuel Schmitt, nos bibliothèques proposent essentiellement l'Évangile selon Pilate (à Aix-en-Provence et à Gap) et les romans du Cycle de l'invisible : Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (à Gap), Oscar et la Dame rose (à Aix-en-Provence), L'enfant de Noé (à Gap). C'est un romancier apprécié pour son style clair et agréable à lire.
Dans son dernier ouvrage, il raconte comment à 28 ans, en 1989, lors d'une nuit dans le désert, il a fait une expérience mystique qui a transformé son rapport au monde.
Le titre, La nuit de feu, est une référence à ce que vécut Blaise Pascal, qui eut une vision intense et qui ressentit profondément la présence de Dieu dans la nuit du 23 novembre 1654, après un accident de carrosse qui faillit lui coûter la vie. Au début de son voyage dans le Hoggar, en Algérie, Éric-Emmanuel Schmitt est, comme Blaise Pascal avant sa conversion, un philosophe rationnaliste. La rencontre avec un autre membre de l'expédition, Ségolène, catholique affirmée, est l'occasion pour lui d'exposer les doutes qu'il nourrissait alors sur l'existence de Dieu.
C'est après l'escalade d'une montagne qu'il s'égare loin de son groupe. Surpris par la nuit, il s'enfouit dans le sable, véritable sarcophage minéral, pour se protéger du froid. D'abord envahi par la peur, il se sent ensuite emporté par une force inconnue, soulevé hors de son corps. Il compare cette force à un feu. Cette expérience, qu'il interprète comme une rencontre avec Dieu, le bouleverse.
Toutefois, cette expérience n'agit pas seule pour modifier sa perception du divin : la rencontre avec Abayghur, le Targui musulman, et la découverte de l'immensité du désert ont joué leur rôle.
Charles de Foucauld, dont le centenaire de la mort sera célébré en décembre 2016, tient lui aussi une place importante dans cet ouvrage. En effet, c'est pour écrire le scénario d'un film sur sa vie qu'Éric-Emmanuel Schmitt se rend au Sahara. Décrivant à plusieurs reprises le profond impact que la vie de l'ermite a sur lui, l'auteur fait un parallèle entre sa conversion et celle de Charles de Foucauld, qui eut lieu après une illumination alors qu'il se confessait à son directeur spirituel, l'abbé Henri Huvelin.
Ce témoignage est écrit avec tout le brio de l'écrivain, qui nous tient en haleine en annonçant à plusieurs reprises l'imminence de la nuit qui va changer sa vie. L'humour est lui aussi présent tout au long du récit. Cet ouvrage, qui se lit comme un roman tout en étant d'une grande profondeur, est à conseiller à tous nos lecteurs.

Hélène Biarnais,
bibliothécaire de la Médiathèque du diocèse de Gap et d'Embrun


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