mardi 8 novembre 2016

Félicité Lamennais (1782-1854) : Paroles d'un croyant

Félicité Lamennais (1782 - 1854) : Paroles d'un croyant


Le 30 avril 1834 paraît à Paris Paroles d'un croyant. Ce petit ouvrage, qui en appelle à l'insurrection contre l'injustice au nom de l'Évangile, est immédiatement condamné par le Saint-Siège. Son auteur, Félicité de Lamennais (1782-1854),  né à Saint-Malo 42 ans plus tôt, peu avant la Révolution française est un prêtre qui va ensuite rompre avec l’Eglise mais dont les idées vont longuement imprégnées la société européenne.

Le catholicisme après la tourmente révolutionnaire
Ordonné prêtre à 34 ans en 1816, suivant l'exemple de son frère aîné, Lamennais accède brusquement à la célébrité l'année suivante avec son ouvrage en publiant Essai sur l'indifférence en matière de religion où il appelle à un renouveau de l’Eglise et à une meilleure formation du clergé.
L'Église sort à ce moment-là de la tourmente révolutionnaire et cette période est marquée par un réveil de la foi qui s’étend à toute l’Europe. L’Eglise retrouve une vitalité qui se voit par les initiatives multiples et le nombre impressionnant de vocations religieuses et sacerdotales.
Ces jeunes générations plaident pour un renforcement de l’autorité du pape sur l’ensemble de l’Eglise et se démarque du gallicanisme de l’Ancien Régime en militant pour un ultramontanisme conquérant. Mais marqués par les idées de la Révolution, certains – dont Lamennais, Lacordaire, Montalembert, Ozanam – souhaitent une séparation de l’Eglise et de l’Etat ; pour eux, le Concordat de 1801 a fait des prêtres et des évêques des fonctionnaires soumis à l’Etat et non à la seule autorité du pape.
« Nous sommes payés par ceux qui nous regardent comme des hypocrites ou des imbéciles et sont persuadés que notre vie tient à leur argent. Leur traitement est si injurieux que des hommes qui le souffrent tombent nécessairement au-dessous du mépris», écrit Lamennais

Ils seront déçus par les Papes successifs (Léon XII – 1823-1829 et Pie IX – 1846-1878) qui ne soutiennent pas les révoltes belges, irlandaises ou polonaises face aux gouvernements qui les oppriment. Une partie d’entre eux opteront ouvertement pour le libéralisme (Lamennais, Lacordaire, Ozanam). En même temps ils voient les côtés néfastes de l’industrialisation qui entraîne la pauvreté dans le peuple et l'enrichissement toujours plus grand de la bourgeoisie.

Une lente rupture avec l’Eglise.
C’est dans ce contexte que naît le journal L’Avenir en 1830 au moment où Charles X est chassé du pouvoir et remplacé par Louis-Philippe. Ce journal qui connaît un rapide succès inquiète le pouvoir mais aussi les autorités ecclésiastiques.  Le Pape Grégoire XVI condamne en 1832 dans l’Encyclique Mirari Vos les idées  libérales défendues dans ce journal. Si Lacordaire, Montalembert et Ozanam se soumettent, Lamennais  refuse de se soumettre.

La rupture avec l’Eglise.
En 1834 Lamennais publie Paroles d’un croyant où au nom de l’Evangile il condamne les injustices sociales, les gouvernements qui abusent de leur autorité pour opprimer le peuple. Ce pamphlet lyrique est un appel au peuple pour qu’il prenne son destin en main. Condamné par l’Eglise Lamennais abandonne son sacerdoce et se lance par ses écrits dans le débat public. Il deviendra député après l’avènement de la République en juillet 1848.
Usé par la maladie et la fatigue il meurt en février 1854 sans s'être réconcilié avec l'Eglise et sans avoir reçu les derniers sacrements. Conformément à ses vœux il sera enterré, comme les pauvres,  dans une fosse commune au Père Lachaise.

Conclusion

Félicité Lamennais eut sans doute le génie et le tord d’avoir eu raison trop tôt. Les idées qu’il défendit avec fougue et acharnement toute sa vie, et souvent dans la solitude, trouveront un écho au XXè siècle : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le souci des pauvres au sein de l’Eglise marqué par l’Encyclique (mai 1891) Rerum Novarum promulgué par Léon XIII et reprise par ses successeurs, son influence dans la création en politique de partis "démocrate-chrétien".


OUVRAGES DE LAMENNAIS ET SUR LAMENNAIS
LAMENNAIS, Félicité. - Oeuvres posthumes. – Paris, Paulin et le Chevalier, 18756. 438 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Les Paroles d'un croyant de Lamennais. – Paris, Le Hire, 1919

LE GUILLOU, Louis. - Les Lamennais Paris, Les Editions ouvrières, 1990. 107 pages.

RICARD, Abbé Ant. – Lamennais.- Paris, Plon, 1884. 418 pages.

BOUTARD, Abbé Charles. – Lamennais. – Paris, Perrin et Cie, 1905-1908, 1913.
Comprend : 1. L’éducation de la démocratie. 2. La renaissance de l’ultramontanisme. – 3. Le catholicisme libéral.
       
HOURDIN, Georges. – Lamennais. - Paris, Perrin, 1982. 417 pages.

ROUSSEL, Alfred. -  Lamennais à la Chênaie. – Paris, Téqui, 1909. 300 pages.

MARECHAL, Christian. - Lamennais et Lamartine. – Paris, Bloud, 1949. VIII-380 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Dante-Lamennais. La Divine Comédie, traduite et précédée d'une introduction sur la vie, la doctrine et les oeuvres de Dante. –
In Les œuvres posthumes de F. Lamennais, publiées selon le voeu de l'auteur par E.-D. Forgues.. 1862. 482 pages.

RICARD, Ant. - Gerbet et Salinis ; L' École menaisienne. –Paris, Plon, 1883. 353 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Les Évangiles. - Traduction et Commentaires de Lamennais d'après les textes et manuscrits retrouvés par Pierre Harispe, et publiés pour la première fois avec l'approbation de la censure ecclésiastique. – Paris, Payot, 1928. 412 pages.

LEBRUN, Jean. – Lamennais. – Paris, Fayard, Mame, 1981. 281 pages.
VALLERY-RADOT, Robert. – Lamennais. – 1931.

MOLIEN, A. ; DUINE, F. - Lamennais, sa vie, ses idées. – Paris, E.Vitte, 1898. 348 pages.

BREHAT, René. - Lamennais le trop chrétien. – Paris, Denoël, 1941. – 280 pages.

FEUGERE, Anatole. – Lamennais. – Paris, Bloud, 1906. XIII-460 pages.

MARECHAL, Christian. - Lamennais et Lamartine. – Paris, Bloud, 1907. VIII-380 pages.

ROUSSEL, Alfred. - Lamennais d'après des documents inédits. – Paris, Hyacinthe Caillière, 1892. 282 pages.

ROUSSEL ; Alfred. - Lamennais à la Chênaie. - Paris, Téqui, 1909. 300 pages.

 LEBRUN, Jean. -  Lamennais. – Paris, Fayard, Mame, 1981. 281 pages.

[Attribué à THOMAS A KEMPIS]. - Imitation de Jésus-Christ / traduit par Félicité Lamennais –Plusieurs éditions : 1915, 1926, 1946. Publié par : Droguet-Ardant, 1915, 1950, 1959.

LAMENNAIS, Félicité. –Œuvres.- Plusieurs éditions. 4 tomes..

LAMENNAIS, Félicité. -  Lettres inédites. – Paris, Perrin, 1910. 338 pages.
     
 LAMENNAIS, Félicité. - Esquisse d'une philosophie. – Paris, Pagnerre, 1840.

LAMENNAIS, Félicité. -   Esquisse d'une philosophie : les meilleures pages. – Paris, J. Duvivier, 1911. 413 pages.

LAMENNAIS, Félicité. -  Essai sur l'indifférence en matière de religion. – Paris, Pagnerre, 1844. 403 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Oeuvres complètes. – Paris, Daubrée et Cailleux, 1836.
Contient : 1. Les affaires de Rome. 2. De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre politique et civil.

LAMENNAIS, Félicité. -  De l'art et du beau. – Paris, Garnier, 1872. 354 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Paroles d'un croyant. – Paris, Bureau de la publication, 1866. 127 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Paroles d'un croyant. – Paris, Impr. Viéville et Capiomont, 1833. 355 pages.

LAMENNAIS, Félicité. - Essai sur l'indifférence en matière de religion. – Paris, Tournachon-Molin, 1818. 4 volumes.

LAMENNAIS, Félicité. - Lettres inédites. – Paris, V. Forest et T. Grimaud, 1862. 178 pages.

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles



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