mercredi 22 juin 2016

LE RETOUR DE L'ENFANT PRODIGUE

Le retour de l’enfant prodigue : revenir à la maison

Henri Nouwen
Québec,  Bellarmin, 1992. 176 pages

Un livre pour prolonger la méditation sur la miséricorde de Dieu.

Dans ce petit livre, Henri Nouwen, universitaire et conférencier reconnu nous dit comment il est passé d’une carrière universitaire prometteuse à la vie avec des personnes ayant un handicap intellectuel profond au sein de l’Arche fondée par Jean Vannier. Après vingt ans d’enseignement comme professeur dans les plus grandes universités américaines et une carrière d’écrivain, ce prêtre à l’approche de la de la cinquantaine, a traversé une crise spirituelle profonde en se posant la question suivante : « Est-ce que le fait de vieillir m’a rapproché de Jésus ? ». Et c’est dans la contemplation d’un tableau de Rembrandt Le retour de l’enfant prodigue que l’auteur trouvera sa véritable vocation. Cette expérience a donné un très beau livre : Le retour de l’enfant prodigue.

On connait tous le tableau de Rembrandt Le Retour de l’enfant prodigue qui illustre bien souvent la parabole que l’on trouve dans l’Evangile de saint Luc (15, 11-32). C’est devant ce tableau qui est au musée de l’Ermitage à Léningrad en Russie que l’auteur, Henri Nouwen a médité durant des heures entières.  Voici ce que perçoit le Père Nouwen du peintre :
«   Le peintre de ce tableau est un homme qui a fait dans sa vie l’expérience d’une immense solitude. Ayant vécu des pertes immenses et ayant été témoin de la mort de plusieurs proches, Rembrandt aurait pu devenir une personne amère, en colère et pleine de ressentiment. Au lieu de cela, il devint celui qui a pu peindre un des tableaux les plus intimes de tous les temps, Le retour du fils prodigue. Ce n’est pas là un tableau qu’il aurait pu peindre lorsqu’il était jeune et que tout lui réussissait. Non, car il ne fut capable de peindre la pitié d’un père aveugle que lorsqu’il eut lui-même tout perdu : tous ses enfants sauf un, deux de ses femmes, tout son argent, sa notoriété ainsi que la popularité dont il jouissait. C’est alors seulement qu’il fut capable de peindre ce tableau, et il le peignit depuis un endroit à l’intérieur de lui-même où il savait ce qu’était la miséricorde de Dieu. D’une certaine façon, ses pertes et ses souffrances l’avaient vidé, le rendant apte à accueillir pleinement et profondément la miséricorde de Dieu. Lorsque Vincent Van Gogh vit ce tableau, il s’exclama : « Vous ne pouvez peindre ce genre de tableau que lorsque vous êtes mort plusieurs fois. » Rembrandt ne put le faire que parce qu’il était mort tant de fois qu’il savait dorénavant ce que la miséricorde de Dieu signifie vraiment. »  (Henri Nouwen, Revenir à la maison ce soir, Bellarmin, 2009, pp. 37-38)

Cet ouvrage est donc le fruit de ses méditations  Car c’est son témoignage qu’il livre tout en commentant le tableau de Rembrandt: S'identifiant d'abord au fils prodigue en quête d'une figure paternelle, Henri Nouwen se reconnaît ensuite dans la figure du fils aîné, jaloux du pardon inconditionnel accordé à ce cadet volage et inconséquent, avant de se découvrir retrouver dans celle du père qui accueille sans juger.  Mais du livre, comme de la parabole de Jésus, se déplace  sur le Père rempli de miséricorde pour ses deux fils. Et c’est ce « Père » que Nouwen désire devenir et qu’il nous invite à imiter pour trouver notre vocation propre : il faut cesser d’être « le fils » pour devenir « le père ».


Le tableau de Rembrandt a été l’occasion pour le père Nouwen d’entrer profondément dans le cœur du Père miséricordieux de la parabole de Jésus.  Il reste à souhaiter qu’il en soit ainsi pour le lecteur.

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles
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