lundi 15 février 2016

Langage et communication en catéchèse

Le langage et les langages en catéchèse, sous la direction de Enzo Biemmi, Lumen Vitae, Pédagogie catéchétique 31, 2015, 117 p.

Cet ouvrage réunit les contributions données au congrès Langage et langages en catéchèse, qui a eu lieu à Malte en mars 2012. Celui-ci faisait lui-même suite au congrès de Lisbonne (2008) sur la première annonce et au congrès de Cracovie (2012) sur la catéchèse narrative.

L'introduction s'ouvre sur le récit que Bernard Sesboüé fait du jeune Henri de Lubac se moquant du sermon d'un prédicateur, à qui un surveillant conseille de réfléchir à la difficulté de parler de Dieu. En effet, comment l'homme qui est fini peut-il parler du Dieu infini ? C'est toute la tension de la théologie : « dire le mystère de Dieu dans un langage humain à l'intérieur d'une culture déterminée » (p.6).

Au sein du christianisme, le langage est pluriel. Il est avant tout la Parole de Dieu, dans la Bible mais aussi incarnée en Jésus. Il est aussi le propre de l'homme, qui témoigne de la Parole par l'annonce, qui lui répond par la louange, et qui par le langage d'accueil devient progressivement pleinement humain.


Le constat de l'articulation entre le langage de Dieu, le langage des Écritures et le langage de la Tradition de l’Église amène Jean-Claude Reichert, auteur Langage et langages en catéchèse, à propos de la liaison unitive (p.61-74), à définir ainsi la tâche de la catéchèse : « introduire dans la relation avec la Trinité de Dieu, par la rencontre avec sa Parole, selon la compréhension de la communauté ecclésiale » (p.10).

Cette contribution est celle qui aborde le plus l'aspect pratique du thème du congrès. Les communications de Salvatore Currò et Ignace Verhack sont riches en apports philosophiques et théologiques, celles de Grazia Papola et de Christophe Raimbault traitent des Écritures. François Moog aborde l'évangélisation à l'aune de la découverte du mystère qu'est Jésus-Christ.

Toutes les contributions mettent en avant le fait que la crise de la foi que connaît aujourd'hui notre société est avant tout une crise du langage. Les mots de la théologie sont incompréhensibles pour nos contemporains, certaines images portées par la Bible n'évoquent plus rien dans notre société industrielle et urbanisée. Toutefois, on peut se demander si le fossé entre le langage de la tradition chrétienne et celui des hommes et femmes d'aujourd'hui est intrinsèque à la difficulté d'exprimer le mystère de Dieu, ou si l'obscurité des termes nous évite d'avoir à définir clairement les concepts que nous utilisons. Au-delà de la question du vocabulaire, c'est sur le fond du message qu'il convient de s'attarder.

Bien que le langage de la foi a tout d'abord une structure narrative, il n'est pas entièrement rationnel. La transmission se fait aussi grâce « au corps, à l'émotion, à la poésie, à la beauté, aux sens, à l'invocation, à l'émerveillement, à la contemplation », c'est la « polyphonie du langage de foi » (p.11).


Cet ouvrage n'est visiblement pas destiné à être lu par tous les catéchistes : de niveau universitaire, sa lecture demande d'être au fait des mécanismes de la communication et du langage. Toutefois, il soulève des questions pertinentes qui peuvent être traitées lors de formations pour ces mêmes catéchistes, et pour toute personne amenée à parler de sa foi pour la faire découvrir.

Hélène Biarnais
bibliothécaire du diocèse de Gap et d'Embrun
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